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Étude philamatologique et esthétique du french kiss au cinéma – Marc Hiver

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La question de la place du french kiss dans l’industrie culturelle cinématographique 

L’industrie culturelle, l’expression consacrée dans les traductions françaises et reprise d’ailleurs par Adorno lui-même dans ses conférences en français, on l’oublie trop souvent, est d’abord un terrible oxymore, cette figure qui consiste à allier deux mots de sens contradictoire pour leur donner plus de force expressive. Mais cette expression permet aussi d’insister sur la tension productive entre les deux notions d’industrie et de culture. Car la question posée renvoie à l’industrialisation de la culture, c’est-à-dire en dernière instance à l’industrialisation de ce qu’il devrait y avoir de plus humain dans l’homme, nous rappellent les ethnologues, après son rapport aux morts ; et j’ajouterais : après son rapport au corps des vivants ; et pour ce qui nous concerne ici à la représentation cinématographique des corps et en l’occurrence du french kiss, cette pratique érotique non simulée.

Hypothèse pornographique du french kiss

Je reprends une des distinctions classiques :

Érotisme : représentation destinée notamment à produire ou représenter le désir.

Pornographie : catégorie esthétique, culturelle et juridique beaucoup plus complexe, généralement associée à la représentation explicite d’activités sexuelles.

Non-simulation : l’acte corporel montré a effectivement été accompli devant la caméra.

Et c’est le troisième terme qui permet de rapprocher le French kiss du cinéma pornographique sans prétendre qu’un French kiss est pornographique, car la structure devient :

Cinéma traditionnel :

personnage → acte fictif → simulation par l’acteur → enregistrement.

French kiss réellement pratiqué :

personnage → acte fictif → acte corporel réel de l’acteur → enregistrement.

Pornographie non simulée :

personnage éventuel → acte sexuel → acte corporel réel → enregistrement.

Il existe donc une parenté de structure, pas nécessairement de nature. 

Mais cette parenté de structure ne déborde-t-elle pas sur le lien entre pornographie et prostitution ? Et la question du consentement « marchand » dans la prostitution ne vient-elle pas troubler le débat actuel sur certaines pratiques au cinéma ? En ne mélangeant pas les rapports des acteurs entre eux et ceux des rapports des acteurs avec les autres intermittents du spectacle comme dans certains scandales où des vedettes s’en sont pris à des petites mains prisonnières de leur statut précaire. Donc le sujet du french kiss n’est pas aussi anodin ou trivial qu’il y paraît ! Il s’agit dans cet article d’un essai de complexification d’une problématique.

 

Rappel philamatologique

 
En médecine, il n’existe pas de terme technique ou scientifique spécifique pour désigner le « french kiss » (baiser avec la langue) ; on emploie simplement les expressions descriptives baiser avec échange de salive ou baiser les lèvres ouvertes avec contact des langues. Quant aux effets physiologiques et risques, bien qu’il n’y ait pas de nom médical unique pour le geste lui-même, la littérature médicale et scientifique s’y intéresse pour ses impacts :
  • Microbiote et immunité : Un baiser profond de dix secondes permet d’échanger des millions de bactéries, ce qui stimule le système immunitaire. 
  • Transmission d’infections : Sur le plan infectieux, il peut favoriser la transmission de pathogènes (comme la mononucléose infectieuse, l’herpès labial ou, dans certains cas documentés en infectiologie, des infections comme la gonococcie orale).
  • Hormones : Il déclenche la sécrétion d’ocytocine, de dopamine et d’endorphines, réduisant ainsi le stress.
 

Marc Hiver

Marc Hiver

Philosophe, spécialiste des sciences de l'information et de la communication, d'Adorno et des industries culturelles Dernier livre : "Adorno et les industries culturelles - communication, musique et cinéma", L'Harmattan, collection "communication et civilisation"