Notes sur l’industrie des séries télévisées chinoises – JU Shuoshuo

Depuis 2005, environ 15 000 épisodes de séries télévisées sont tournés en Chine chaque année, soit 40 épisodes par jour, ce qui fait de la Chine le plus grand producteur de séries télévisées au monde.

La quantité des productions

Depuis 2005, environ 15 000 épisodes de séries télévisées sont tournées en Chine chaque année, soit 40 épisodes par jour, ce qui fait de la Chine le grand producteur de séries télévisées au monde. 1764 chaînes (sur les 1975 existantes), toutes appartenant à l’État, programment des séries télévisées. 5 millions d’épisodes sont diffusés annuellement si l’on compte les rediffusions. Parmi les 15 000 épisodes produits annuellement, un tiers ne sera pas diffusé, autrement dit, l’offre dépasse très largement la demande. Mais si l’on tient en compte le nombre de rediffusions, la demande dépasse l’offre, il y a donc un problème de qualité [1]. Il faut préciser que les séries chinoises sont vendues par épisode et non par saisons entières.

La durée des séries

En 2009, une série chinoise contient en moyenne environ 21 épisodes de 40 minutes, ce qui passe à une moyenne de 37 épisodes en 2010. Deux séries célèbres, Xi Yuao Ji (Le voyage vers l’ouest) et San Guo Yanyi (L’histoire de trois royaumes), montent à 60 et à 80 épisodes par saison. Produire une cinquantaine d’épisodes par saison permet de réduire les coûts de production par épisode, mais rend des téléspectateurs impatients de voir la fin de l’intrigue, ce qui se traduit par une baisse progressive de l’audience. Depuis que les sériés américains ont débarqué par internet dans les années 2000, les séries chinoises ont perdu beaucoup de téléspectateurs, surtout chez les jeunes.

Les placements de produit

Le placement de produit est un phénomène répandu en Chine. Les producteurs des séries réduisent les risques en recourant aux publicités prépayées, et l’influence des séries attire de plus en plus de publicitaires. La chaîne Hunan TV est la chaîne qui recourt le plus aux placements de produits dans ses séries. Dans Yi Qi Kan Liu Xing Yu (Regardons ensemble la pluie de météorites), presque 10 millions yuans (1,2 million €) viennent des placements de produit. Après le triomphe de cette série, la chaîne Hunan a inséré encore plus de produits dans Chou Nu Wu Di (Ugly Wudi), version chinoise de la sitcom américaine Ugly Betty, elle-même adaptée de la telenovela colombienne Yo soy Betty, la fea. Les placements de produit dans Ugly Wudi ont apporté plus de 10 millions de yuans. Pour 40% des chaînes chinoises, plus de 70 % des revenus viennent des séries télévisées.

Bande annonce, "Ugly Wudi" en haïnan

Le contenu des séries

En Chine, les séries historiques sont les plus populaires. Elles introduisent des éléments fictifs dans les intrigues pour mieux correspondre aux valeurs actuelles. En plus de la « Libération en 1945 », il y a beaucoup de séries qui traitent de la guerre civile entre le Parti communiste et le Parti nationaliste pendant les années 1930. Il n’y a pas de séries sur la « Révolution culturelle » des années 1960, période dont le pouvoir actuel n’est pas fier. La plupart de séries chinoises ne dure qu’une saison. La norme est la série « feuilletonnante » avec une seule intrigue qui dure une quarantaine d’épisodes [2]. À la différence des séries américaines, les séries chinoises ne parlent presque jamais des sujets d’actualité.

Les coûts de production

Pour un épisode de série chinoise, le budget moyen est de 320 000 de yuans (50 000 $), soit environ 70 fois moins que celui des séries américaines [3]. Actuellement, un tiers du budget des séries chinoises est consacré aux acteurs. Dans le cas d’une grande star, cela peut dépasser la moitié du budget. On économise alors sur le temps de tournage : trois jours par épisode, soit 20 épisodes dans 46 jours. En 2010, une série « de qualité » se vendait en moyenne 1 million de yuans (120 000 €) par épisode en Chine, mais les prix de vente sont devenus sensiblement plus élevés depuis. Pour pouvoir acheter des séries de bonne qualité, toutes les chaînes ont augmenté leurs budgets. La chaîne satellite de Jiangsu s'est accordée un budget de 5,76 milliards de yuans (700 millions €) pour acheter les séries en 2010. L’année suivante, le budget a dépassé 7,4 milliards de yuans (900 millions €). Les autres grandes chaînes satellites ont toutes un budget supérieur de 4,1 milliards de yuans (500 millions €). Mais beaucoup de séries produites ne sont pas vendues ; ce sont des « acheteurs » qui contrôlent le marché.

La licence

En Chine, il n’est pas facile d’obtenir une licence pour pouvoir tourner une série télévisée ou un film. Le Conseil Général d'État du Film et de la Télévision vise tout projet de série pour son contenu politique. Grossièrement, un projet sur l’engagement du Parti communiste chinois contre le Japon pendent la Seconde Guerre mondiale aurait toutes ses chances d’être approuvé, alors qu’un autre mettant un peu trop en avant le Parti nationaliste ne le serait sûrement pas. Les critères d’évaluation sont cependant plus complexes que cela. Les valeurs exprimées dans la série doivent être jugées « positives » en ce qui concerne la vie, l’amour, le travail, etc.

Les séries clones

Les séries clones sont des séries chinoises calquées sur les personnages et les intrigues des séries américaines. Le scénariste Ying Da, qui a fait des études de cinéma aux États-Unis dans les années 1990, est celui qui a le mieux réussi la production de sitcoms « clones »[4]. C’est lui qui a écrit a version chinoise de la sitcom All in the familyWo Ai Wo Jia » ; J’aime ma famille) ainsi que Zhong Guo Can Guan (Le restaurant chinois ; Cheers) ; et Jia You Er Nu   (Les enfants à la maison ; Growing Pains, Quoi de neuf docteur en v.f.).

Les séries adaptées

Plusieurs séries américaines à succès ont été adaptées en Chine, avec les mêmes types de personnages. Sex and the City a été adapté sous le titre Hao Xiang Haoxiang Tan Lian Ai (Très envie de tomber amoureuse). Quatre filles jolies et modernes avec des caractères différents parlent plutôt de l’amour que du sexe, à la différence de la série d’origine [5]. Très populaire chez des jeunes en Chine, circulant en DVD pirate et en téléchargement, Prison Break (Yue Yu) a fini par avoir sa version chinoise (Yuan Dong Di Yi Jian Yu, La première prison), diffusée par Tianjing satellite télévision. Dans les années 1930, un militant communiste se trouve en prison dans une Chine sous la dominance du Parti nationaliste. Un autre militant communiste se fait emprisonner pour essayer de le sauver, et réussit finalement.

Publicité pour le DVD chinois de Prison Break.

Les adaptations non avouées

Cette année, la sitcom chinoise Ai Qing Gong Yu (L’Appartement), qui ressemble beaucoup à Friends, et qui est diffusée sur des chaînes câblées sur tout le territoire, est devenue très populaire. Mais certains fans de séries américaines accusent ses producteurs d'avoir plagié les plus grands succès américains pour la troisième saison de la série. « Beaucoup de scripts et de scènes ont été pris des shows américains. Je trouve que c'est honteux d’agir de la sorte. C’est une insulte aux producteurs de télé américains et une insulte aux scénaristes et producteurs chinois », a déclaré un internaute au Global Times. S’appuyant sur des montages photos et des vidéos, les fans s'attachent à montrer que les mises en scène, les scénarios, et même certaines blagues et certains dialogues sont directement pris des séries telles que Friends, How I Met Your Mother ou encore The Big Bang Theory. Les traits de caractères des personnages sont extrêmement similaires : l'intellectuel et l’homme simplet de la série chinoise font penser à Ross et Joey dans Friends. De nombreux Chinois connaissent des séries et des sitcoms américaines par cœur.

L’influence des séries américaines

Tous les élèves et étudiants en Chine doivent apprendre l’anglais. C’est pourquoi la culture américaine, véhiculée par des séries américaines, est de plus en plus accessible aux jeunes Chinois. Avec l’aide des nouvelles technologies (P2P, BitTorrent, eMule…), des équipes de traducteurs volontaires reçoivent très vite un nouvel épisode d’une série américaine. Les internautes peuvent alors télécharger facilement ces nouveaux épisodes avec sous-titres quelques heures après leur diffusion aux États-Unis. Des séries américaines doublées et diffusées sur les chaînes nationales ou régionales marchent beaucoup moins bien (Desperate Housewives). Cependant, les sitcoms adaptées à la chinoise ont connu du succès.

"Why TV shows like Gossip Girl are popular in China": discussion (Thoughtful China, "social media studio" basé à Shanghai) en anglais.

Ju Shuoshuo est journaliste indépendante basée à Beijing. Ces « notes » sont extraites d’un mémoire dans le cadre du M2 recherche en information-communication à l’université de Paris Ouest Nanterre La Défense, soutenu en septembre 2012. Texte adapté pour publication par David Buxton. La web-revue accueillera avec intérêt d’autres contributions sur ce sujet, peu connu en France.

[1] ZOU Guangwen, Quan Qu Hua Yu Wen Hau Chanye (La globalisation et l’industrie culturelle), Editions Bianyi, Beijing, 2006, 156 pages.

[2] WU Ke, Mei Ju Yu Han Ju Bijiao (La comparaison des séries américaines et des séries coréennes), Editions Hunan, Changsha, 2008, 145 pages.

[3] QU Jingchun, Zhong Guo Yi Shi Ju Fa Zhan (La comparaison des séries chinoises et des séries américaines), Editions Sanlian, Shanghai, 2005, 345 pages.

[4] LI Yifan, Xu Mei Ju Gai Bi De Guo Chan Dian Shi Ju (Les séries chinoises adaptées des séries américaines), in Dian Ying Wen Huo (La littérature du cinéma), 2011, pp. 119-122.

[5] LIU Qisheng, Mei Ju Dui Guo Chan Dian Shi Ju Ying Xiang He Da Xue Sheng (L’influence des séries américaines sur les étudiants chinois) in La littérature du cinéma, 2010, pp. 64-67.

JU Shuoshuo, « Notes sur l'industrie des séries télévisées chinoises », Articles [En ligne], Web-revue des industries culturelles et numériques, 2012, mis en ligne le 23 septembre 2012. URL : http://industrie-culturelle.fr/industrie-culturelle/notes-sur-lindustrie-des-series-televisees-chinoises-par-ju-shuoshuo/

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    A propos de l'auteur : Ju Shuoshuo

    Journaliste indépendante à Beijing (Chine).