Actualités des industries culturelles et créatives #12, septembre 2013

Cette rubrique propose de suivre les actualités des industries culturelles et créatives du côté des professionnels de la publicité et du marketing, qui sont souvent divisés quant à la bonne stratégie à adopter face à l’innovation technologique constante, d’où des débats « internes » dont doit tenir compte l’approche critique de cette web-revue.

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Le rock en toc, ou le creux de la vague

l’original n’aurait aucun sens. Selon Philippe Manœuvre, rédacteur en chef de Rock & Folk : « Nous sommes, en ce moment, dans le creux de la vague en matière de rock, et des artistes comme Queen, Pink Floyd ou Led Zeppelin ont laissé un répertoire formidable. Il est normal qu’il y ait des musiciens qui l’interprètent. Pour moi, le rock est la musique classique d’aujourd’hui. Quand on joue du Bach ou du Chopin, on ne s’attend pas que ces derniers soient présents au concert, en train de diriger l’orchestre… ». Moins complaisant, le critique et écrivain Patrick Eudeline (ancien chanteur et guitariste du groupe punk Asphalt Jungle) est effaré par ce « barnum musical » : « On se croirait au musée Grévin. C’est le triomphe morbide de l’inauthentique, du simulacre. Autrefois, la musique rock était vivante, elle avançait sans cesse, se renouvelait constamment. Elle défrichait toujours de nouveaux territoires. Aujourd’hui on copie servilement le passé, comme si le temps s’était arrêté, comme s’il n’y avait plus de progrès possible ».

D’après le sociologue australien Shane Homan, auteur d’une étude sur les tribute bands, Access All Eras : « Ces groupes inventent une autre manière de consommer de la musique. Ils battent en brèche la sacro-sainte idée qu’un artiste devrait être forcement authentique, unique, et vénéré pour cela… Le public et le groupe se comportent comme s’ils étaient tous deux acteurs d’un show : ils se glissent dans des rôles en se conformant à des règles tacites. On assiste à une suspension de la croyance. L’espace d’une soirée, les gens dans l’assistance semblent vouloir oublier tout ce qu’ils savent ».

Les tribute bands, selon l’ancien organisateur de concerts Didier Hunsinger, « permettent de voir des groupes légendaires qui se sont dissous, qui ne se reformeront plus, voire dont certains membres sont morts. Un tribute band en honneur de U2 n’aurait pas beaucoup de sens… Parfois, quand vous allez entendre un groupe qui vient de sortir un album, ils jouent deux morceaux un peu tubesques, le reste de son répertoire ne vous dit rien, et, en plus, les musiciens ne sont pas forcément très bons ».

Source : Patrick Williams, « La vague du rock en toc », Marianne, 848, 20-26 juillet 2013, pp. 80-3.
[1] Bon exemple du concept adornien de « pseudo-individualisation » dans la culture de masse. Voir l’article de Christophe Magis dans la web-revue.

Commentaire du rédacteur

 

Finalement, le phénomène des tribute bands n’est pas si différent que cela d’une tournée des Rolling Stones (qui mobilise jusqu’à 110 camions d’équipements), où ces derniers singent leur propre répertoire, se transformant de fait en jukebox vivant d’eux-mêmes. Il est intéressant de noter que, dans les deux cas, les promoteurs insistent sur le côté convivial, bon enfant, et intergénérationnel du spectacle. Dans les années 1960 et 1970, le concert était aperçu comme une copie (avec les défauts associés à la performance en direct) de l’original, le disque ; la plupart des groupes étaient contraints à faire des tournées épuisantes pour (au mieux) promouvoir leur disque ou (au pire) trouver un public afin de pouvoir accéder aux studios d’enregistrement sous contrat. Maintenant que la musique populaire à destination des jeunes est plutôt assemblée et programmée que « jouée » (malgré la persistance de la scène du rock indé), et qu’elle a perdu la dimension identitaire de ses débuts, sa valeur d’usage provient moins de la jouissance personnelle d’une marchandise que d’une expérience esthétique singulière, à consommer en direct. Place alors aux plus connus, ou à ceux qui « assurent » le spectacle sans originalité, mais sans pépins, sans mauvaises surprises. Dans cette nouvelle donne, les tribute bands occupent un créneau laissé vide par des groupes qui ne tournent plus, ou qui ne sont plus de ce monde (dans le cas des Rolling Stones, il va falloir attendre). On prépare semble-t-il des spectacles (toujours remis) de chanteurs morts mais « présents » en hologramme et en voix enregistrée (Elvis et Jim Morrison sont souvent cités à cet égard). Pour l’instant, il existe le duo d’un faux Elvis et de Céline Dion sur American Idol, en 2007.

 

Jorge Luis Borges) qui réécrit Don Quichotte mot à mot, mais avec un sens totalement différent plus de trois cents ans plus tard. Le « moment » progressif (situé dans les années précédant la fin des « Trentes Glorieuses ») se caractérise par la recherche contradictoire d’un prolongement des ambitions utopistes du rock des années 1960 (le rock changera le monde), et d’une certaine respectabilité, voire d’embourgeoisement (le rock vaut la musique « savante »). Quarante ans plus tard, quel est le sens d’une musique reproduite note à note en concert ? « L’esprit Woodstock » n’est plus de mise ; quant à la respectabilité, elle est acquise depuis longtemps (François Fillon et George Bush déclarent aimer le rock). Reste le sentiment d’une forme qui justement ne progresse plus, figée dans une époque perçue comme étant plus heureuse, maintenant que la crise commence à menacer les acquis de la classe moyenne. Vague conscience, de plus en plus difficile à refouler, de la lente agonie du capitalisme tardif ? Le cliché d’un « creux de la vague », qui suppose une relance naturelle de la créativité, est d’une complaisance absolue.

*Voir le livre du musicologue Christophe Pirenne, Le rock progressif anglais (1967-1977), Honoré Champion, 2005.

La fin des blockbusters ? Vers un nouveau modèle pour le cinéma

De plus en plus de blockbusters américains ont été des échecs commerciaux. Selon la productrice Kathryn Arnold : « Les studios essaient d’atteindre l’audience la plus large possible et croient parfois qu’ils doivent simplifier l’histoire et multiplier les scènes d’action pour séduire un public non anglo-saxon. Mais le public est plus malin. »

Voici quelques exemples de gros échecs commerciaux de blockbusters récents au box office (voir aussi « Actualités #9 » pour les films commerciaux des années 2000-10, et pour le commentaire sur le retour sur investissement déclinant de ce genre de film qui, une fois exploité, tombe dans un trou noir). Qui plus est, les frais (supplémentaires) de marketing sont généralement entre 60% et 100% du coût de la production, et la carrière commerciale (télévision, DVD) en dehors des recettes de salles est relativement limitée.

Titre Date Coût
/millions $
B.O. USA
/millions $
B.O. hors USA
/millions $
B.O. global
/millions $
John Carter 2012 250 73 209 282,8
After Earth 2013 130 60,3 184,2 244,5
The Lone Ranger
2013 215 87,8 88,7* 175,7*
Pacific Rim
2013 190 95,6 200,4 296
R.I.P.D.
2013 130 32 24* 56*

Sources : AFP, Le Monde (article de Thomas Sotinel), 10 août 2013

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