
{"id":987,"date":"2012-10-16T18:45:54","date_gmt":"2012-10-16T16:45:54","guid":{"rendered":"http:\/\/industrie-culturelle.com\/industrie-culturelle\/?p=987"},"modified":"2019-03-18T12:03:31","modified_gmt":"2019-03-18T11:03:31","slug":"presentation-de-fredic-jameson-thierry-labica","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/presentation-de-fredic-jameson-thierry-labica\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation de Fredric Jameson &#8211; Thierry LABICA"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/987?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/987?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><p><a name=\"haut\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?s2member_file_download=labica1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2111\" title=\"boutonprintpdf\" src=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/boutonprintpdf.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"42\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">Les ann\u00e9es 1980 marqu\u00e8rent le moment d\u2019une transition historique de grande ampleur et ce quel que soit le registre choisi. Si l\u2019on commence par la fin de la d\u00e9cennie, il y a, bien s\u00fbr, la chute du mur de Berlin et le d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019Union Sovi\u00e9tique. Mais cette cl\u00f4ture massive de toute la p\u00e9riode d\u2019antagonismes entre blocs ne constitua que le moment le plus embl\u00e9matique, peut-\u00eatre, de toute une s\u00e9rie de retournements et de r\u00e9orientations profondes. Il suffit de penser \u00e0 la fin de l\u2019apartheid sud-africain, ou \u00e0 la premi\u00e8re action de police plan\u00e9taire en Iraq dans le cadre du \u00ab nouvel ordre mondial \u00bb. Si l\u2019on se tourne vers le d\u00e9but de la d\u00e9cennie, l\u2019int\u00e9gration rapide de la Chine \u00e0 la concurrence \u00e9conomique mondiale, l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir quasi simultan\u00e9e de Margaret Thatcher en 1979 en Grande-Bretagne et de Ronald Reagan en 1980 aux \u00c9tats-Unis, pris ensemble dans leur quasi-simultan\u00e9it\u00e9, ressemblent singuli\u00e8rement, aujourd\u2019hui au moins, au moment inaugural d\u2019une phase g\u00e9n\u00e9ralement dite \u00ab n\u00e9olib\u00e9rale \u00bb et marqu\u00e9e notamment par les d\u00e9r\u00e8glementations financi\u00e8res, les vagues des privatisations et le recul historique du mouvement ouvrier dont, pour paraphraser une c\u00e9l\u00e8bre formule de l\u2019historien Eric J. Hobsbawm, la longue marche fut interrompue. Ces reconfigurations politiques, sociales et \u00e9conomiques s\u2019accompagn\u00e8rent d\u2019une redistribution plan\u00e9taire tant des alliances politiques que des activit\u00e9s productives. Elles se concr\u00e9tis\u00e8rent aussi, dans les march\u00e9s du travail du premier monde, par un d\u00e9clin spectaculaire de la production industrielle, par la progression des activit\u00e9s de services et une f\u00e9minisation accrue de l\u2019emploi. Et, pour ne pas trop allonger la liste, elles s\u2019accompagn\u00e8rent d\u2019une diffusion de plus en plus large des (alors) nouvelles technologies de l\u2019information. On tient l\u00e0 quelques uns des principaux sympt\u00f4mes et facteurs (souvent dit \u00ab postfordistes \u00bb) de la d\u00e9stabilisation des paradigmes politiques et id\u00e9ologiques d\u2019apr\u00e8s-guerre. Mais plus profond\u00e9ment encore, au-del\u00e0 de la p\u00e9riode ouverte par la fin de la seconde guerre mondiale, ce fut le moment d\u2019une ren\u00e9gociation d\u2019ensemble des pr\u00e9suppos\u00e9s, des exp\u00e9riences et des repr\u00e9sentations associ\u00e9es \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de \u00ab modernit\u00e9 \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\"><a href=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/lyotard2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1384\" title=\"lyotard\" src=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/lyotard2.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"275\" \/><\/a>C\u2019est dans cet environnement de crise de paradigme que certains ouvrages vinrent jouer un r\u00f4le-cl\u00e9, notamment pour leur capacit\u00e9 \u00e0 nommer la situation et lui conf\u00e9rer ainsi sa consistance propre. S\u2019il est toujours un peu risqu\u00e9 d\u2019attribuer des responsabilit\u00e9s pr\u00e9cises en la mati\u00e8re (les possibilit\u00e9s de g\u00e9n\u00e9alogies \u00e9tant nombreuses), on doit pouvoir admettre sans trop de difficult\u00e9 que <em>La Condition postmoderne<\/em> (1980) de Jean-Fran\u00e7ois Lyotard (1924-98) constitua une intervention particuli\u00e8rement importante.\u00a0 En parlant de \u00ab la fin des grands r\u00e9cits \u00bb (des grands mod\u00e8les de compr\u00e9hension et d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019histoire), Lyotard nomma la situation avec un \u00ab bonheur performatif \u00bb ind\u00e9niable au sens o\u00f9 l\u2019acte de nommer consiste en m\u00eame temps \u00e0 faire, \u00e0 constituer une situation porteuse de caract\u00e9ristiques propres, avec un \u00ab avant \u00bb qui n\u2019est pas encore elle. Toujours en France, on pourrait consid\u00e9rer que <em>l\u2019Adieu au prol\u00e9tariat<\/em>, publi\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e par Andr\u00e9 Gorz, fut une autre contribution notoire \u00e0 la <em>production (monstration-constitution) de ce nouvel ordre de l\u2019exp\u00e9rience historique dans<\/em> lequel la formation et le d\u00e9ploiement du mouvement ouvrier dans des luttes pour le pouvoir \u00e0 \u00e9chelle plan\u00e9taire depuis la 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ne constituaient alors plus une donn\u00e9e centrale de la situation. Chez les anglo-saxons, l\u2019id\u00e9e d\u2019une possible \u00ab fin des grands r\u00e9cits \u00bb fut elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019origine d\u2019un v\u00e9ritable genre selon que les \u00ab grands r\u00e9cits \u00bb s\u2019av\u00e8rent \u00eatre ici \u00ab le travail \u00bb (Jeremy Rifkin), l\u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de \u00ab l\u2019histoire \u00bb (Francis Fukuyama), ou encore les \u00ab id\u00e9ologies \u00bb, ou le marxisme. Le monde m\u00e9diatique et intellectuel fran\u00e7ais a r\u00e9import\u00e9 tous ces d\u00e9bats sans peut-\u00eatre toujours garder \u00e0 l\u2019esprit qu\u2019ils \u00e9taient eux-m\u00eames le r\u00e9sultat d\u2019interactions profondes entre l\u2019h\u00e9ritage de la pens\u00e9e critique fran\u00e7aise et, en particulier, le monde intellectuel et universitaire \u00e9tats-unien. Dans tous les cas, il peut para\u00eetre peu surprenant, au moins r\u00e9trospectivement, que les ann\u00e9es 1980 furent marqu\u00e9es par une prolif\u00e9ration du discours et des th\u00e9matiques de la postmodernit\u00e9. Dans le monde intellectuel anglo-saxon, <em>postmodern<\/em>, <em>postmodernity<\/em> et <em>postmoderni<\/em>s<em>m<\/em>\u00a0 envahirent les intitul\u00e9s de colloques, d\u2019ouvrages de critique d\u2019art, de philosophie, de critique litt\u00e9raire, ou encore de sociologie. A tel point que l\u2019on ne sut plus toujours tr\u00e8s bien s\u2019il ne s\u2019agissait finalement pas d\u2019une simple mode d\u2019inspiration \u00ab continentale \u00bb, et en particulier fran\u00e7aise, tant le succ\u00e8s de la \u00ab th\u00e9orie fran\u00e7aise \u00bb des ann\u00e9es soixante et soixante-dix avait \u00e9t\u00e9 marquant [1]. La puissante vogue \u00ab postmoderniste \u00bb put alors tout \u00e0 la fois \u00eatre rejet\u00e9e pour ses exc\u00e8s et ses difficult\u00e9s th\u00e9oriques et son manque de <em>common sense<\/em> anglo-saxon ; comme \u00ab libertarianisme \u00bb iconoclaste gauchiste ; mais aussi comme post- et anti-marxisme et comme c\u00e9l\u00e9bration esth\u00e9tique infantile et proto-r\u00e9actionnaire des d\u00e9faites du mouvement ouvrier et de la crise de tout projet de transformation socialiste.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_1518\" aria-describedby=\"caption-attachment-1518\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/e.p.-thompson.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1518 size-thumbnail\" title=\"e.p. thompson\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/e.p.-thompson-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/e.p.-thompson-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/e.p.-thompson-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/e.p.-thompson-115x115.jpg 115w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1518\" class=\"wp-caption-text\">E. P. Thompson<\/figcaption><\/figure> <figure id=\"attachment_1512\" aria-describedby=\"caption-attachment-1512\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/hobsbawn.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1512 size-thumbnail\" title=\"hobsbawn\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/hobsbawn-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/hobsbawn-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/hobsbawn-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/hobsbawn-115x115.jpg 115w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1512\" class=\"wp-caption-text\">Eric Hobsbawn<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">Pour le monde anglophone, l\u2019ouvrage de Fredric Jameson (n\u00e9 en 1934), <em>Le Postmodernisme, ou la logique culturelle du capitalisme tardif<\/em> [[2], est venu proposer la premi\u00e8re mise en perspective du moment historique de prolif\u00e9ration postmoderniste en en cherchant la \u00ab logique \u00bb centrifuge plut\u00f4t qu\u2019en proposant une prise de parti [3]. A ce titre, les traductions de ce livre et de <em>La Totalit\u00e9 comme Complot <\/em>[4] constituent un \u00e9v\u00e8nement \u00e9ditorial qu\u2019il ne faut pas craindre de d\u00e9crire comme majeur en ce qu\u2019elles mettent enfin \u00e0 disposition du lectorat francophone la pi\u00e8ce ma\u00eetresse de toute l\u2019histoire th\u00e9orique et intellectuelle r\u00e9cente du monde anglophone dans son interaction avec la philosophie continentale (allemande et fran\u00e7aise). On pourrait <em>presque<\/em> se contenter d\u2019observer que depuis plus de vingt ans, pas un article, par un livre, pas une communication de conf\u00e9rence sur les questions de th\u00e9orie de la culture, de p\u00e9riodisation historique, ou du marxisme contemporain, ne para\u00eet possible hors du champ orbital mis en mouvement par l\u2019\u0153uvre de Jameson et en particulier son <em>Postmodernisme<\/em>. Pour une comparaison, disons que ce livre est \u00e0 la th\u00e9orie de la culture ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9, pratiquement jusqu\u2019aujourd\u2019hui, <em>La Formation de la classe ouvri\u00e8re<\/em> <em>anglaise<\/em> (<em>The Making of the English Working Class, <\/em>1963) d\u2019Edward P. Thompson pour l\u2019histoire sociale et au-del\u00e0, pour tout le champ des \u00e9tudes et de la th\u00e9orie dites <em>postcolonial<\/em>. Le rayonnement du <em>Postmodernisme<\/em> pr\u00e9sente donc d\u2019embl\u00e9e certains paradoxes au sens le plus strict. C\u2019est d\u2019abord l\u2019ouvrage d\u2019un marxiste <em>\u00e9tats-unien.<\/em> L\u2019association de termes m\u00e9rite un peu d\u2019attention d\u00e8s lors que l\u2019id\u00e9e ou le fantasme d\u2019un \u00ab mod\u00e8le am\u00e9ricain \u00bb ne comporte g\u00e9n\u00e9ralement pas de volet \u00ab marxiste \u00bb. S\u2019il peut y avoir \u00ab mod\u00e8le \u00bb, pour qui souhaite en constituer l\u2019exemplarit\u00e9 \u00e9conomique et sociale, la chose tient pr\u00e9cis\u00e9ment au fait que l\u2019imaginaire g\u00e9opolitique h\u00e9rit\u00e9 de la guerre froide fait de l\u2019\u00e9radication du marxisme sous toutes ses formes (intellectuelles th\u00e9oriques, militantes r\u00e9volutionnaires, syndicales lutte de classes) la condition de possibilit\u00e9 m\u00eame du \u00ab mod\u00e8le \u00bb. En outre, Jameson est un <em>marxiste<\/em> nord-am\u00e9ricain \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la r\u00e9f\u00e9rence au marxisme ne b\u00e9n\u00e9ficie plus ni du prestige intellectuel, ni des appuis institutionnels (dans des partis, des Etats) qui \u00e9taient les siens dans un pass\u00e9 encore r\u00e9cent. On peut donc, encore une fois, situer Jameson sur l\u2019horizon intellectuel contemporain par analogie avec la situation des grands historiens anglais que furent E.P. Thompson (1924-93), Christopher Hill (1912-2003), ou Eric J. Hobsbawm (1917-2012) dont l\u2019envergure est telle qu\u2019elle impose des reconnaissances larges bien au-del\u00e0 des sympathies th\u00e9oriques et militantes dans des environnements nationaux (et aujourd\u2019hui internationaux) alors hostiles au marxisme jusque dans les bastions du mouvement ouvrier historique. Avant d\u2019en venir aux textes aujourd\u2019hui disponibles en fran\u00e7ais, encore un mot sur le parcours intellectuel de cet auteur. Si Jameson est aujourd\u2019hui un th\u00e9oricien majeur de la culture et de la p\u00e9riodisation, ses sources intellectuelles sont \u00e0 la crois\u00e9e de la lecture de Sartre, d\u2019Adorno et de l\u2019Ecole de Francfort et du travail en litt\u00e9rature compar\u00e9e. Parmi les livres qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent <em>Le Postmodernisme, Marxism and Form<\/em> (1970) et <em>The Political Unconscious : Narrative as a Socially Symbolic Act<\/em> (1981) contribu\u00e8rent \u00e0 \u00e9tablir la r\u00e9putation de Jameson comme th\u00e9oricien marxiste de l\u2019esth\u00e9tique litt\u00e9raire. Comme Terry Eagleton, ou plus encore, comme Raymond Williams (en Grande-Bretagne), Jameson est pass\u00e9 du champ litt\u00e9raire, de sa p\u00e9dagogie universitaire et des questions et enjeux politiques qui en d\u00e9pendaient, aux questions th\u00e9oriques quant \u00e0 la place et la fonction historiques de champ culturel dans sa globalit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">Ce glissement, \u00e0 lui seul, nous parle d\u00e9j\u00e0 de la d\u00e9marche g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019auteur pour qui le pr\u00e9alable \u00e0 toute intervention doit \u00eatre la compr\u00e9hension des conditions historiques de cette intervention. A ce titre, la r\u00e9flexion d\u00e9ploy\u00e9e dans <em>Le Postmodernisme<\/em>, n\u2019est pas une simple extension des positions \u00e9labor\u00e9es ant\u00e9rieurement dans et pour le champ des \u00e9tudes litt\u00e9raires. <em>Le Postmodernisme<\/em> n\u2019est pas un \u00e9cart trahissant des int\u00e9r\u00eats parall\u00e8les aux textes et \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique litt\u00e9raire. Pour le dire un peu brusquement, avec ce livre, Jameson prend acte de son propre d\u00e9classement en tant que professionnel du texte litt\u00e9raire au moment ou la litt\u00e9rature (son esth\u00e9tique, sa p\u00e9dagogie) commence \u00e0 perdre son prestige et o\u00f9 l\u2019universitaire-critique litt\u00e9raire voit son statut rapidement aboli en tant que magistrat du jugement et de la valeur esth\u00e9tiques des grandes \u0153uvres et de leur exemplarit\u00e9. Mais voil\u00e0 une contradiction qui nous porte au c\u0153ur de l\u2019argument g\u00e9n\u00e9ral et r\u00e9current du livre ; le prestige historique des \u0153uvres litt\u00e9raires, et par voie de cons\u00e9quence, de leurs savants gardiens, s\u2019\u00e9vanouit, mais cette \u00e9vanescence laisse par ailleurs derri\u00e8re elle une cat\u00e9gorie centrale maintenant d\u00e9barrass\u00e9e de toute l\u2019armature institutionnelle, esth\u00e9tique et morale qui lui avait donn\u00e9 son \u00e9paisseur et sa gravit\u00e9 d\u2019antan. Cette cat\u00e9gorie, c\u2019est le \u00ab texte \u00bb par opposition \u00e0 \u00ab l\u2019\u0153uvre \u00bb (<em>work<\/em>) et \u00e0 ces cat\u00e9gories attenantes d\u2019auteur, d\u2019intentionnalit\u00e9, de contexte, de \u00ab profondeur \u00bb, de style, ou encore d\u2019expression. Reste donc cet en-de\u00e7\u00e0 postmoderne, qui est celui du \u00ab texte \u00bb (comme surface et comme cat\u00e9gorie non- ou pr\u00e9-subjective) et que le postmodernisme comme dominante culturelle g\u00e9n\u00e9ralise \u00e0 toute chose. L\u2019architecture, la ville, l\u2019histoire, le corps, la guerre (etc.) sont tous gouvern\u00e9s par ce r\u00e9gime postmoderne de la textualit\u00e9 qui, \u00e0 la fois, d\u00e9classe et recycle le sp\u00e9cialiste du champ litt\u00e9raire dans une immense machinerie culturelle allant de la vid\u00e9o et du film \u00e0 la th\u00e9orie \u00e9conomique en passant par l\u2019architecture. Pour le dire autrement, lorsque Jameson consacre un chapitre \u00e0 la vid\u00e9o, il ne s\u2019agit pas d\u2019un d\u00e9tour pittoresque vers la culture de masse, d\u00e9tour durant lequel il faudrait faire fonctionner les cat\u00e9gories d\u2019auteur et d\u2019\u0153uvre; il s\u2019agit au contraire de reconna\u00eetre cette rupture historique selon laquelle la vid\u00e9o (qui rend ces cat\u00e9gories inop\u00e9rantes) est \u00e0 l\u2019\u00e8re du capitalisme multinational et de son imaginaire propre (constitu\u00e9 autour du probl\u00e8me de l\u2019inimaginable), ce que ce la Litt\u00e9rature, et en particulier le roman, fut pour l\u2019imaginaire national caract\u00e9ristique de la modernit\u00e9. Jameson pense donc l\u2019histoire en cherchant avant tout \u00e0 p\u00e9riodiser, \u00e0 d\u00e9terminer ce qui fait une p\u00e9riode historique et \u00e0 comprendre et r\u00e9tablir les liens de plus en plus irrepr\u00e9sentables entre la circulation globale, sans ext\u00e9rieur, du capital et le r\u00e9gime esth\u00e9tique propre \u00e0 cette nouvelle \u00e9tape du capitalisme. Mais Jameson, en dialecticien marxiste, pense \u00e9galement son propre geste th\u00e9orique comme \u00e9tant lui-m\u00eame pris dans l\u2019histoire et soumis aux forces qui d\u00e9placent les conditions m\u00eames de cette intervention.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_1389\" aria-describedby=\"caption-attachment-1389\" style=\"width: 120px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/williams2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1389 size-full\" title=\"williams\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/williams2.jpg\" alt=\"\" width=\"120\" height=\"190\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1389\" class=\"wp-caption-text\">R. Williams<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">Une ambigu\u00eft\u00e9 de taille demeure peut-\u00eatre \u00e0 ce stade de la seule lecture du titre du livre de Jameson. Le postmodernisme n\u2019est pas un style mais une \u00ab dominante \u00bb,\u00a0 une \u00ab logique \u00bb (d\u2019un certain \u00e2ge du capitalisme.) En disant que cette logique est \u00ab culturelle \u00bb, il est encore possible de croire que Jameson s\u2019appr\u00eate \u00e0 pratiquer une \u00ab r\u00e9duction \u00e9conomiciste \u00bb, rituellement imput\u00e9e d\u2019avance \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation marxiste, et impliquant un rapatriement forc\u00e9 du culturel (la \u00ab superstructure \u00bb) vers l\u2019\u00e9conomique (la \u00ab base mat\u00e9rielle \u00bb). Il y aurait alors de l\u2019activit\u00e9 capitaliste d\u2019un genre nouveau mais cette activit\u00e9 serait toujours comme post\u00e9e \u00ab derri\u00e8re \u00bb des faits culturels qu\u2019elle produirait par ailleurs et qui viendraient donc <em>apr\u00e8s<\/em> elle. Le diagnostic est ici tout autre cependant. Le propre de cette logique du capitalisme tardif (ou avanc\u00e9), c\u2019est d\u2019\u00e9craser la superstructure dans la base, de mat\u00e9rialiser de mani\u00e8re directe et explicite dans les rapports de productions capitalistes cet ordre de la culture longtemps consid\u00e9r\u00e9 autonome et \u00ab immat\u00e9riel \u00bb, comme suspendu au-dessus du monde social (celui du travail ali\u00e9n\u00e9, de l\u2019exploitation, et de la violence imp\u00e9rialiste) [5]. Dans ce nouvel \u00e2ge du capitalisme, la production culturelle a elle-m\u00eame \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement int\u00e9gr\u00e9e au r\u00e9gime de la production marchande, d\u2019o\u00f9, entre autres cons\u00e9quences, l\u2019extinction des hi\u00e9rarchies distinguant jusque-l\u00e0 culture savante et culture de masse. Deux br\u00e8ves remarques sur ce point. D\u2019abord, Jameson se situe ici dans le prolongement direct du \u00ab mat\u00e9rialisme culturel \u00bb (<em>cultural materialism<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9 chez Raymond Williams (1921-88) [6] qui consid\u00e8re le langage et la culture comme des pratiques mat\u00e9rielles au premier chef et dont il faut rappeler avec Marx (et malgr\u00e9 les ambigu\u00eft\u00e9s de ce dernier) qu\u2019elles ne sont pas dans un rapport secondaire \u00e0 une activit\u00e9 productive qui viendrait <em>avant<\/em> elles. Ensuite, une telle probl\u00e9matisation mat\u00e9rialiste et <em>mat\u00e9rialisante<\/em>\u00a0 de la culture ne peut laisser indiff\u00e9rent lorsque se banalise l\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00e2ge du capitalisme \u00ab cognitif \u00bb (o\u00f9 les mati\u00e8res premi\u00e8res sont le savoir, l\u2019information, la communication, la culture) nous installerait dans une \u00e8re de \u00ab l\u2019immateriel \u00bb. Dans ce cas, il faudrait concevoir que la \u00ab culture \u00bb a en v\u00e9rit\u00e9 gard\u00e9 tous ses anciens traits spiritualistes (autonomie, suspension au dessus du monde social, \u00ab chose de l\u2019esprit \u00bb) et se serait mise \u00e0 r\u00e9gner comme telle, pr\u00e9serv\u00e9e intacte dans un monde par ailleurs d\u00e9barrass\u00e9 de la crasse prol\u00e9tarienne et de l\u2019engagement physique dans les activit\u00e9s de transformation de la nature. Si un tel imaginaire de \u00ab l\u2019immat\u00e9riel \u00bb tient du poncif journalistique, on constate qu\u2019il est constitu\u00e9 en v\u00e9ritable intuition infra-th\u00e9orique dans des ouvrages par ailleurs hautement th\u00e9oriques d\u2019inspiration marxiste eux-aussi [7].<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">Le premier chapitre, qui donne son titre au livre, fait un premier tour d\u2019horizon des pratiques, technologies et institutions culturelles sur lesquelles les chapitres ult\u00e9rieurs reviendront. Cette d\u00e9ambulation \u00e9rudite \u00e0 travers la culture architecturale, litt\u00e9raire, th\u00e9orique, ou cin\u00e9matographie contemporaine pourrait \u00e9ventuellement d\u00e9sarmer la lectrice ou le lecteur press\u00e9-e. Il y a au moins deux raisons \u00e0 cela. La premi\u00e8re, mais on y reviendra un peu plus loin, tient au style m\u00eame de l\u2019auteur, \u00e0 ces phrases dans lesquelles viennent s\u2019ench\u00e2sser de longues propositions, des parenth\u00e8ses charg\u00e9es, des d\u00e9tours th\u00e9oriques, des allusions historiques de tous ordres. La seconde, pas tout \u00e0 fait \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la premi\u00e8re, vient de la patience de Jameson pour ses objets dont il s\u2019agit de suivre la pente qui leur est propre,\u00a0 en diff\u00e9rant le moment de la synth\u00e8se abstraite pour les penser dans les limites qui en sont constitutives.\u00a0 On aura peut-\u00eatre le sentiment, charmant ou aga\u00e7ant, d\u2019un bric-\u00e0-brac qui n\u2019est pourtant autre que celui d\u2019une p\u00e9riode o\u00f9 la clart\u00e9 des hi\u00e9rarchisations culturelles ant\u00e9rieures s\u2019est perdue, tout comme s\u2019est perdue la terre ferme du r\u00e9f\u00e9rent [8] hors du texte omnipr\u00e9sent. Sans r\u00e9duire ce texte lui-m\u00eame si peu \u00ab r\u00e9ducteur \u00bb, on peut toutefois garder \u00e0 l\u2019esprit les principaux objectifs descriptifs et programmatiques que suit Jameson.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">Le premier est de proposer ce en quoi le postmodernisme est en rupture avec les cat\u00e9gories qui gouvernaient l\u2019imaginaire esth\u00e9tique et philosophique de la modernit\u00e9. Au fil du texte, on voit assez clairement s\u2019assembler deux cha\u00eenes conceptuelles chacune constitutive de la coh\u00e9rence sp\u00e9cifique de chaque p\u00e9riode. Avec la modernit\u00e9 s\u2019\u00e9labore un paradigme de <em>l\u2019\u0153uvre<\/em> qui pr\u00e9suppose <em>l\u2019int\u00e9riorit\u00e9<\/em>, la <em>profondeur<\/em>, (d\u2019)une <em>subjectivit\u00e9<\/em> monadique, qui <em>exprime<\/em> (cette int\u00e9riorit\u00e9) dans un <em>style<\/em> pouvant \u00eatre lui-m\u00eame <em>parodi\u00e9<\/em>. Le postmoderne vide et aplatit ces termes en s\u2019agen\u00e7ant dans un paradigme, non plus de l\u2019\u0153uvre, mais du <em>texte<\/em>, du <em>flux<\/em>, de la <em>surface<\/em>, du <em>fragment<\/em>, de <em>l\u2019intensit\u00e9<\/em>, du <em>code<\/em> et du <em>pastiche<\/em>. En outre, au premier paradigme qui privil\u00e9gie le temps, l\u2019histoire, le second substitue l\u2019ordre de l\u2019espace d\u00e8s lors que le pass\u00e9 n\u2019existe plus que sous la forme d\u2019images-marchandises st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es (\u00ab r\u00e9ifi\u00e9es \u00bb), de cartes postales d\u2019une nostalgie froide, de simulacres, et le futur, quant \u00e0 lui, a \u00e9t\u00e9 aboli avec la disparition de tout projet collectif alternatif. En cela, l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019une \u00e9poque \u2018contemporaine\u2019 par distinction d\u2019avec une \u00e9poque ant\u00e9rieure n\u2019a plus vraiment cours dans cet \u00e9chouage du temps historique dans le grand pr\u00e9sent d\u2019un r\u00e9el n\u2019existant plus qu\u2019au titre de simulacre de lui-m\u00eame et o\u00f9 se superposent sans ordre particulier les styles et genres ant\u00e9rieurs. Ce premier objectif renvoie dans tous les cas \u00e0 un <em>imp\u00e9ratif de p\u00e9riodisation.<\/em><\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_1386\" aria-describedby=\"caption-attachment-1386\" style=\"width: 255px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/de-certeau.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1386 size-full\" title=\"de certeau\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/de-certeau.jpg\" alt=\"\" width=\"255\" height=\"197\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1386\" class=\"wp-caption-text\">Michel de Certeau<\/figcaption><\/figure> <figure id=\"attachment_1390\" aria-describedby=\"caption-attachment-1390\" style=\"width: 119px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/bloch2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1390 size-full\" title=\"bloch\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/bloch2.jpg\" alt=\"\" width=\"119\" height=\"163\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1390\" class=\"wp-caption-text\">E. Bloch<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">Le second objectif poursuivi consiste \u00e0 faire appara\u00eetre comment les formes esth\u00e9tiques du postmoderne posent et pensent le probl\u00e8me de l\u2019irrepr\u00e9sentabilit\u00e9 du monde social multinational propre au capitalisme tardif. La circulation plan\u00e9taire d\u00e9r\u00e8glement\u00e9e du capital, la complexit\u00e9 de la division du travail, les d\u00e9connexions entre lieu de d\u00e9cision et d\u2019ex\u00e9cution, entre les moments de la production, de la circulation et de la consommation dans le cadre d\u2019un d\u00e9veloppement in\u00e9gal accru, le transfert instantan\u00e9 et permanent de masses d\u2019informations, entre autres caract\u00e9ristiques postnationales, d\u00e9sarment la compr\u00e9hension de la coh\u00e9rence syst\u00e9mique d\u2019ensemble au point d\u2019en limiter tendanciellement la conscience historique \u00e0 la seule exp\u00e9rience du fragment ali\u00e9n\u00e9, sans lien visible avec un r\u00e9el du capital plus abstrait et \u00ab imp\u00e9n\u00e9trable \u00bb que jamais. Mais il est crucial de rappeler ici l\u2019insistance de Jameson sur le fait que la logique culturelle postmoderne n\u2019est pas le produit d\u2019une simple soumission, inconsciente ou volontaire, aux puissances du capital. Avec le postmodernisme, il s\u2019agit d\u2019identifier une \u00ab dominante culturelle \u00bb, ou un \u00ab champ de forces \u00bb qui, pour \u00eatre h\u00e9g\u00e9monique, ne sature pas l\u2019ensemble des pratiques au point d\u2019imposer une uniformit\u00e9 politique et esth\u00e9tique servile et sans faille. Loin de ce genre de parano\u00efa du superpouvoir, Jameson tient un discours th\u00e9orique qui devrait \u00eatre assez familier aux lecteurs\/lectrices du Michel de Certeau (1925-86) de <em>L\u2019Invention du Quotidien<\/em>. Pour de Certeau, il y a des grilles strat\u00e9giques (militaires, commerciales, urbaines, administratives) trop vastes pour que les pratiques de la quotidiennet\u00e9 y \u00e9chappent et en m\u00eame temps trop \u00e9tir\u00e9es pour ne pas permettre du bricolage, du braconnage, du d\u00e9tournement. On retrouve la possibilit\u00e9 de cette tension dans les essais qui composent <em>Le Postmodernisme<\/em>, o\u00f9 les productions culturelles sont toujours lues sur les deux bords : celui du <em>d\u00e9j\u00e0<\/em> par lequel un \u00ab texte \u00bb r\u00e9it\u00e8re fid\u00e8lement l\u2019ordre massif d\u00e9pourvu d\u2019ext\u00e9rieur et irrepr\u00e9sentable qui gouverne l\u2019horizon de l\u2019agir, et celui du <em>pas-encore<\/em> qui trahit la tension utopique, vers l\u2019avant, inh\u00e9rente \u00e0 toute forme de production culturelle. Ce dernier point appelle une remarque. Jameson, dans les premi\u00e8res pages du premier chapitre, se situe explicitement, l\u00e0 encore, dans la filiation du marxiste d\u2019origine galloise, Raymond Williams. Mais plus profond\u00e9ment, et quelque peu secr\u00e8tement semble-t-il, Jameson s\u2019av\u00e8re \u00eatre un lecteur et un h\u00e9ritier particuli\u00e8rement fid\u00e8le de la pens\u00e9e de l\u2019utopie d\u00e9ploy\u00e9e notamment dans <em>Le<\/em> <em>Principe esp\u00e9rance<\/em>, l\u2019\u0153uvre gigantesque du plus visionnaire des marxistes, Ernst Bloch (1885-1977). C\u2019est certainement ce courant de la pens\u00e9e de Bloch qui traverse de part en part la r\u00e9flexion de Jameson et contribue \u00e0 en diff\u00e9rer sans cesse le moment pol\u00e9mique [9], souvent attendu, d\u00e8s lors qu\u2019il y a toujours un contenu d\u2019attente \u00e0 recueillir, un \u00e9lan du r\u00e9el vers le <em>Novum<\/em> (Adorno) et le <em>meilleur<\/em>, toujours d\u00e9j\u00e0 inscrit dans la cat\u00e9gorie du devenir. Chacune et chacun pourront, quoi qu\u2019il en soit, observer l\u2019attention syst\u00e9matiquement port\u00e9e \u00e0 la question de l\u2019utopie, jusque dans les recoins id\u00e9ologiques les plus insalubres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">En conclusion du premier chapitre, Jameson \u00e9nonce un troisi\u00e8me objectif programmatique que l\u2019on retrouvera diss\u00e9min\u00e9 dans tout le reste de l\u2019ouvrage et plus largement, dans son \u0153uvre : la \u00ab cartographie cognitive \u00bb (<em>cognitive mapping<\/em>). Si l\u2019espace intens\u00e9ment abstrait du capitalisme tardif n\u2019est pas repr\u00e9sentable, il n\u2019est pas pour autant inconnaissable. Il faut donc en entreprendre la cartographie, en penser l\u2019agencement, les connexions physiques, symboliques, politiques ; ou, plus concr\u00e8tement, il faut apprendre \u00e0 se situer collectivement dans des rapports de classes eux-m\u00eames redistribu\u00e9s \u00e0 \u00e9chelle multinationale. Il s\u2019agit d\u2019une p\u00e9dagogie politique destin\u00e9e \u00e0 remplir la premi\u00e8re condition de l\u2019\u00e9mancipation collective : comprendre, reconnecter ce qui ne nous appara\u00eet que sous la forme du fragment et apprendre \u00e0 nous situer dans un monde o\u00f9 les param\u00e8tres de notre exp\u00e9rience empirique quotidienne sont diss\u00e9min\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire d\u2019un capital qui diff\u00e9rencie, d\u00e9connecte, sur-localise, exclue parfois des populations enti\u00e8res, en proportion inverse de sa propre ubiquit\u00e9 plan\u00e9taire sans dehors. Il faut attendre la toute fin de l\u2019ouvrage pour comprendre que le travail et l\u2019enseignement de cartographie cognitive n\u2019est en v\u00e9rit\u00e9 rien d\u2019autre que la reconstruction de la conscience de classe, indispensable \u00e0 tout projet socialiste futur. Autrement dit, il s\u2019agit donc, l\u00e0 encore, au-del\u00e0 de l\u2019imp\u00e9ratif inaugural de p\u00e9riodisation, de viser \u00e0 la totalisation des rapports globaux et de satisfaire par l\u00e0 m\u00eame un besoin fondamental de ma\u00eetrise consciente de l\u2019environnement qui est le n\u00f4tre, entre imm\u00e9diatet\u00e9 empirique fragmentaire et hyper-abstraction irrepr\u00e9sentable. A ce titre, le texte intitul\u00e9 <em>La totalit\u00e9 comme complot<\/em>\u00a0 prolonge et d\u00e9veloppe le programme de cartographie cognitive annonc\u00e9 dans <em>Le Postmodernisme<\/em> o\u00f9 se trouve par ailleurs diss\u00e9min\u00e9 ce th\u00e8me de la compr\u00e9hension totalisante imagin\u00e9e et saisie sous la figure du complot, notamment m\u00e9diatique, dans divers films de cin\u00e9ma. En choisissant cette figure infra-th\u00e9orique par excellence, et apr\u00e8s l\u2019avoir extraite de son moment apparemment privil\u00e9gi\u00e9 dans le film d\u2019espionnage des ann\u00e9es 1970, Jameson nous sugg\u00e8re une nouvelle fois le caract\u00e8re fondamental, pr\u00e9conscient, du besoin de saisir la totalit\u00e9 sociale en vue d\u2019une r\u00e9appropriation collective du monde contre les d\u00e9possessions du capital. Par sa trivialit\u00e9 apparente, l\u2019imaginaire du complot et sa puissance d\u2019attraction, constituent une manifestation, pour ainsi dire, au ras du sol de cette tension irr\u00e9ductible vers quelque chose de l\u2019ordre du \u00ab grand r\u00e9cit \u00bb et de la promesse d\u2019une compr\u00e9hension d\u00e9sali\u00e9n\u00e9e. Il y a donc dans le complot comme raccourci vers le <em>Tout<\/em>, l\u00e0 encore, un contenu d\u2019attente utopique que la dialectique a vocation \u00e0 recueillir.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_1516\" aria-describedby=\"caption-attachment-1516\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/henri-lefebvre.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1516 size-thumbnail\" title=\"henri lefebvre\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/henri-lefebvre-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/henri-lefebvre-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/henri-lefebvre-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/henri-lefebvre-115x115.jpg 115w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1516\" class=\"wp-caption-text\">H. Lefebvre<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">Jameson propose, en fin de compte, une th\u00e9orie et une p\u00e9dagogie mat\u00e9rialiste historique de l\u2019espace du capital globalis\u00e9. Dans cette perspective, l\u2019espace n\u2019est plus le simple contenant de processus temporels, historiques, eux, dignes d\u2019\u00eatre th\u00e9oris\u00e9s. Il doit au contraire \u00eatre lui-m\u00eame pens\u00e9 comme <em>produit<\/em> dans des conditions et selon des rapports de forces historiquement d\u00e9termin\u00e9s (et en cela, Jameson se situe assez clairement dans le champ ouvert par Henri Lefebvre (1901-91) avec <em>La production de l\u2019espace<\/em>, ou <em>Espaces et politique <\/em><a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[<\/a>10]) Cette th\u00e9orie (et cette p\u00e9dagogie) commence par identifier quelque chose comme l\u2019affect narratif refoul\u00e9 tendant vers le r\u00e9tablissement des connexions, des relations de plus en plus abstraites et inimaginables du capital comme rapport social global. Et par la facilit\u00e9 et la clart\u00e9 de repr\u00e9sentation qu\u2019il offre, l\u2019imaginaire du complot, \u00e0 la fois, trompe et dit le vrai de ce souhait utopique d\u2019une ma\u00eetrise collective d\u00e9sali\u00e9n\u00e9e du monde. Cet effort de rester au plus proche de ces tensions dialectiques, toujours en latence dans les productions culturelles, requiert un style relativement tortueux que l\u2019on prendrait \u00e0 tort pour de la simple affectation. Un authentique \u00e9litisme culturel et esth\u00e9tique simplifierait, quant \u00e0 lui, grandement les choses en postulant d\u2019embl\u00e9e une culture de masse \u00ab d\u00e9grad\u00e9e \u00bb et dont la seule fonction serait \u00ab d\u2019endormir \u00bb les consciences. Il s\u2019agit pour Jameson, encore une fois, de lire les objets sur les deux bords simultan\u00e9ment, d\u2019en habiter la logique propre tout en en faisant entendre la part de refoul\u00e9, de montrer que le fragmentaire en tant que fragmentaire est le produit d\u2019un processus global qui engendre les conditions de sa propre c\u00e9cit\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. Rester fid\u00e8le \u00e0 ces contradictions exige donc une difficult\u00e9 de style que la traduction n\u00e9gocie avec une habilet\u00e9 impressionnante que seule rend possible une patience et une connaissance approfondie de cette ubiquit\u00e9 dialectique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">Reste une r\u00e9serve. Si le capitalisme tardif se caract\u00e9rise par l\u2019int\u00e9gration g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la sph\u00e8re culturelle \u00e0 la machinerie plan\u00e9taire de la production marchande, perdant ainsi l\u2019autonomie relative qui en faisait le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019\u00e9laboration de projets critiques radicaux, est-il possible de ne pas rencontrer, \u00e0 un moment o\u00f9 un autre, les questions du proc\u00e8s- du lieu- et du collectif de <em>travail<\/em>, ce triangle ou se joue la vie quotidienne du capital ? Difficile de ne pas regretter que Jameson ne se soit pas saisi de toutes les implications touchant \u00e0 la question de \u00ab l\u2019\u0153uvre \u00bb quand l\u2019anglais, avec le mot <em>work<\/em>, invite si bien \u00e0 la rencontre de <em>l\u2019\u0153uvre<\/em> (culturelle) et du <em>travail<\/em> (salari\u00e9). Une telle limite tend finalement \u00e0 maintenir la sph\u00e8re culturelle dans son autonomie ant\u00e9rieure en la gardant distincte de l\u2019exp\u00e9rience du travail et de la production. Or, chacun sait \u00e0 quel point l\u2019entreprise, l\u2019atelier, ces lieux historiques du silence organis\u00e9 et de la subjectivit\u00e9 ni\u00e9e, se sont \u00ab culturalis\u00e9s \u00bb pour tenter de proposer de v\u00e9ritables communaut\u00e9s de substitution (au parti, au syndicat, \u00e0 l\u2019auto-activit\u00e9 du collectif de travail, \u00e0 la famille, aux amis), des nouveaux vocabulaires, des mani\u00e8res programm\u00e9es d\u2019\u00eatre soi dans la relation de service notamment. La subjectivit\u00e9 artiste, cr\u00e9ative du salari\u00e9 soumis \u00e0 des r\u00e9gimes d\u2019individualisation sans pr\u00e9c\u00e9dent,\u00a0 mobilis\u00e9e dans l\u2019activit\u00e9 de production, ne constitue-t-elle pas la meilleure figure de l\u2019\u00e9crasement du culturel dans le rapport de production marchande, comprimant ainsi toute distance, toute autonomie, toute marge critique avec par ailleurs des capacit\u00e9s accrues de prescription et de contr\u00f4le de l\u2019activit\u00e9 salariale ? Ne faut-il pas chercher l\u00e0, dans la d\u00e9sint\u00e9gration des <em>espaces<\/em> du collectif de travail, de sa conscience collective et de son potentiel d\u2019auto-activit\u00e9 critique, la version mol\u00e9culaire de l\u2019\u00e9clatement spatial global ? Sans doute y-a-t-il quelque injustice \u00e0 reprocher \u00e0 des analyses, datant de 1984-1992, de ne pas enregistrer, par exemple, l\u2019exp\u00e9rience embl\u00e9matique de la lutte des intermittents du spectacle en France (2003) et de ne pas tenir compte de la r\u00e9cente litt\u00e9rature (sociologique, clinique, romanesque, documentaire) sur les d\u00e9g\u00e2ts de la mobilisation subjective au travail, litt\u00e9rature aujourd\u2019hui assez diffuse en France [11]. Dans tous les cas, l\u2019extr\u00eame finesse et la pertinence des analyses de Jameson, avec le recul qui est le n\u00f4tre, ne se trouveront qu\u2019enrichies de connexions possibles avec notre exp\u00e9rience sociale r\u00e9cente. Car comme pour toutes les grandes <em>\u0153uvres<\/em>, il y a la tentation de prendre les intuitions et les rapprochements qu\u2019elle aura stimul\u00e9e chez son lecteur pour des non-dits ou des manques attribu\u00e9s \u00e0 l\u2019ouvrage lui-m\u00eame auquel on voudrait alors reprocher de ne pas avoir tout dit.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\"><em>Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif<\/em> (Ensba, 2007) ;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\"><em>La Totalit\u00e9 comme complot<\/em>\u00a0 (Les prairies ordinaires, 2007).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\"><strong>Autres livres de Fredric Jameson traduits (tardivement) en fran\u00e7ais :<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\"><em>L\u2019inconscient politique. Le r\u00e9cit comme acte socialement symbolique, <\/em>Questions th\u00e9oriques (Lyon), coll. \u00ab Saggio casino \u00bb, 2012.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\"><span style=\"color: #000000;\"><em><a href=\"http:\/\/www.capricci.fr\/editions.php?id_edition=487&amp;type=1\"><span style=\"color: #000000;\">Fictions G\u00e9opolitiques. Cin\u00e9ma, capitalisme, postmodernit\u00e9<\/span><\/a><\/em><\/span>,\u00a0 Editions Capricci, 2011.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\"><em>Arch\u00e9ologie du futur, (Tome 2) Penser avec la science-fiction<\/em>, <span style=\"color: #000000;\"><a title=\"Max Milo \u00c9ditions\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Max_Milo_%C3%89ditions\"><span style=\"color: #000000;\">Max Milo \u00c9ditions<\/span><\/a><\/span>, 2008.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\"><em>Arch\u00e9ologie du futur, (Tome 1) Un d\u00e9sir nomm\u00e9 utopie<\/em><span style=\"color: #000000;\">, <a title=\"Max Milo \u00c9ditions\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Max_Milo_%C3%89ditions\"><span style=\"color: #000000;\">Max Milo \u00c9ditions<\/span><\/a><\/span><span style=\"color: #000000;\">,<\/span> 2007.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Note ajout\u00e9e par DB). Lire aussi la pr\u00e9face \u00e0 <em>La Totalit\u00e9 comme complot <\/em>de Nicolas Vieillescazes : <a href=\"ftp:\/\/ftp2.marxau21.fr\/marxau\/reserve\/VieillesCazes-JamesonPref.pdf\">ftp:\/\/ftp2.marxau21.fr\/marxau\/reserve\/VieillesCazes-JamesonPref.pdf<\/a><span style=\"font-size: 14px;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/><\/div>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[1] Fran\u00e7ois Cusset fait l\u2019histoire de cette r\u00e9ception dans<em> French Theory<\/em> (La D\u00e9couverte, 2003).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[2] Titre du premier chapitre paru d\u2019abord dans <em>New Left Review<\/em> (Grande-Bretagne) en 1984.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[3] L\u2019autre contribution marquante, d\u2019un caract\u00e8re plus historique et sociologique, fut le livre de David Harvey, <em>The Condition of Postmodernity<\/em> (1990). [Note ajout\u00e9e par DB: Les livres de celui-ci commencent \u00e0 \u00eatre traduits en fran\u00e7ais, notamment chez Les Prairies ordinaires<em>. <\/em>Derni\u00e8rement, <em>Pour lire \u00ab\u00a0Le Capital\u00a0\u00bb<\/em>, La ville br\u00fble, 2012].<br \/>\n<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[4] A l\u2019origine, il s\u2019agit du premier chapitre de <em>The Geopolitical Aesthetic. <\/em><em>Cinema and Space in the World system<\/em>, Indiana University Press\/British Film Institute, 1992.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[5] Voir la premi\u00e8re page du chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la vid\u00e9o, par exemple.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[6] En particulier dans son <em>Marxism and Literature<\/em> (1977), dont l\u2019impact fut consid\u00e9rable sur tout le champ des \u00e9tudes litt\u00e9raires et culturelles.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[7] Cette cat\u00e9gorie de \u00ab l\u2019immat\u00e9riel \u00bb semble acquise dans l\u2019analyse du proc\u00e8s de travail faite par Michael Hardt et Toni Negri dans la deuxi\u00e8me section de leur <em>Multitude<\/em>.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[8] Le monde autour de nous, hors du langage.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[9] Une comparaison avec, d\u2019une part, la vigueur pol\u00e9mique anti-postmoderniste omnipr\u00e9sente dans les livres\u00a0 de Terry Eagleton (cf., par exemple, le dernier chapitre de son <em>The Ideology of the Aesthetic <\/em>1990, ou <em>The Illusions of Postmodernism, <\/em>1996) et d\u2019autre part, avec l\u2019urgence politique manifest\u00e9e par Alex Callinicos dans <em>Against Postmodernism : A Marxist Critique<\/em> (1990), serait \u00e9clairante de ce point de vue.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><span style=\"font-size: 14px;\">[10] Anthropos, 1974 &amp; 1972.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\">[11] En gros, depuis les ouvrages de Christian Dejours (<em>Souffrance en France<\/em>, 1998) et Marie-France Hirigoyen (<em>Le harc\u00e8lement moral<\/em>, 1998).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14px;\"><em>Thierry Labica est enseignant-chercheur en anglais \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Paris Ouest Nanterre La D\u00e9fense. Derni\u00e8rement, il a pr\u00e9fac\u00e9 le livre d\u2019Ernst Bloch, <\/em>Thomas Munzer, th\u00e9ologien de la r\u00e9volution, <em>Les prairies ordinaires, 2012.<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><a href=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/bouton-citer1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1935\" title=\"bouton citer\" src=\"\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/bouton-citer1.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>LABICA\u00a0Thierry<\/strong>, \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation de\u00a0Fredric Jameson\u00a0\u00bb, <em>Articles<\/em> [En ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2012, mis en ligne le 16\u00a0octobre 2012. URL : http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/presentation-de-fredic-jameson-thierry-labica\/<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"#haut\"><strong><span style=\"font-size: 14px;\">RETOUR HAUT DE PAGE<\/span><\/strong><\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour le monde anglophone, l\u2019ouvrage de Fredric Jameson, Le Postmodernisme, ou la logique culturelle du capitalisme tardif, est venu proposer la premi\u00e8re mise en perspective du moment historique de prolif\u00e9ration postmoderniste.<\/p>\n","protected":false},"author":57,"featured_media":989,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018,81],"tags":[87,28,89,88],"coauthors":[452],"class_list":["post-987","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-reperes-theoriques","tag-capitalisme-tardif","tag-ideologie","tag-marxisme","tag-postmodernisme"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/987","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/57"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=987"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/987\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/989"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=987"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=987"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=987"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=987"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}