
{"id":40521,"date":"2026-04-01T02:00:07","date_gmt":"2026-04-01T00:00:07","guid":{"rendered":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?p=40521"},"modified":"2026-03-31T19:22:43","modified_gmt":"2026-03-31T17:22:43","slug":"recadrage-de-la-logique-narrative-la-revanche-des-sith-vingt-ans-apres-paul-d-peters","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/recadrage-de-la-logique-narrative-la-revanche-des-sith-vingt-ans-apres-paul-d-peters\/","title":{"rendered":"Recadrage de la logique narrative : \u00ab\u00a0La Revanche des Sith\u00a0\u00bb vingt ans apr\u00e8s &#8211; Paul D. PETERS"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40521?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40521?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: 10pt;\">Traduction d&rsquo;un article publi\u00e9 dans la revue en ligne <\/span><\/em><a href=\"https:\/\/www.sensesofcinema.com\/\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Senses of Cin\u00e9ma<\/span><\/a><em><span style=\"font-size: 10pt;\">, no. 116 (Melbourne, Australie) en janvier 2026. En contrepoint, voici quelques donn\u00e9es tir\u00e9es de Box Office Mojo. Dans la franchise <\/span><\/em><span style=\"font-size: 10pt;\">La Guerre des \u00e9<\/span><span style=\"font-size: 10pt;\">toiles<\/span><em><span style=\"font-size: 10pt;\">, le succ\u00e8s commercial de la trilogie des pr\u00e9quelles est sensiblement moindre de celui des suites. Pr\u00e9quelle, <\/span><\/em><span style=\"font-size: 10pt;\">La Revanche des Sith<\/span><em><span style=\"font-size: 10pt;\"> a gagn\u00e9 380,3 millions $ aux \u00c9tats-Unis et 848,8 millions $ mondialement lors de sa sortie en 2005 ; par comparaison, la suite <\/span><\/em><span style=\"font-size: 10pt;\">Le R\u00e9veil de la Force<\/span><em><span style=\"font-size: 10pt;\"> (2015) a gagn\u00e9 936,7 millions aux \u00c9tats-Unis et 2,07 milliards $ mondialement. La reprise de <\/span><\/em><span style=\"font-size: 10pt;\">La Revanche des Sith<\/span><em><span style=\"font-size: 10pt;\"> en 2025 a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 42,2 millions $ aux \u00c9tats-Unis, chiffre bien inf\u00e9rieur de celui de 2005, mais un grand succ\u00e8s pour une reprise (le format 4DX n&rsquo;y \u00e9tait pas pour rien). Le dernier film de la trilogie des suites, <\/span><\/em><span style=\"font-size: 10pt;\">L&rsquo;Ascension de Skywalker <em>(2019)<\/em><\/span><em><span style=\"font-size: 10pt;\">, a gagn\u00e9 515,2 millions $ aux \u00c9tats-Unis et 1,07 milliard $ mondialement, ce qui t\u00e9moigne d&rsquo;un d\u00e9clin relatif de la franchise (David Buxton).<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 sa sortie, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Star_Wars,_%C3%A9pisode_III_:_La_Revanche_des_Sith\"><em>La Revanche des Sith<\/em><\/a> (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/George_Lucas\">George Lucas<\/a>, 2005) s&rsquo;est d\u00e9marqu\u00e9 pour une audience accoutum\u00e9e aux conventions strictes de cause \u00e0 effet dans les films hollywoodiens. Depuis longtemps, les th\u00e9oriciens comme <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/David_Bordwell\">David Bordwell<\/a> avaient fait remarquer que la narration hollywoodienne classique d\u00e9pend d\u2019une logique causale rigoureuse pour am\u00e9nager les s\u00e9quences afin qu\u2019on ait rarement besoin de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la relation des \u00e9v\u00e8nements entre eux (1). Cependant, des critiques comme <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Peter_Bradshaw_(critique)\">Peter Bradshaw<\/a> et <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Anthony_Lane\">Anthony Lane<\/a> pr\u00e9tendent que <em>La Revanche des Sith<\/em> n\u2019adh\u00e8re pas \u00e0 ce sch\u00e9ma, car le choix d\u2019Anakin du c\u00f4t\u00e9 obscur de la force n\u2019est pas motiv\u00e9 de mani\u00e8re convaincante (2). Pendant deux d\u00e9cennies, je partageais leur malaise, ayant du mal \u00e0 comprendre comment le protagoniste pouvait subitement trahir et ses camarades de l\u2019Ordre Jedi, et lui-m\u00eame. Pourtant, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stuart_Hall_(sociologue)\">Stuart Hall<\/a> nous rappelle que l\u2019interpr\u00e9tation n\u2019est jamais fixe, car le d\u00e9codage d\u2019un film d\u00e9pend du contexte social et historique du spectateur (3). Ma propre r\u00e9ponse aux actions d\u2019Anakin a donc chang\u00e9 quand j\u2019ai revu le film lors de sa reprise en salles en 2025. Cet essai affirme qu\u2019un changement dans la situation \u00e9conomique, politique ou id\u00e9ologique des spectateurs peut recontextualiser la lisibilit\u00e9 narrative d\u2019un film.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vues au prisme de la politique de r\u00e9action (<em>backlash politics<\/em>) aux \u00c9tats-Unis au 21e si\u00e8cle, les actions suppos\u00e9ment incoh\u00e9rentes du protagoniste dans <em>La Revanche des Sith<\/em> semblent famili\u00e8res, quoique de fa\u00e7on troublante. Ce que les critiques voyaient autrefois comme une motivation faible r\u00e9sonne d\u00e9sormais avec une autre logique culturelle, d\u00e9finie par le ressentiment, la crainte du d\u00e9classement, et l\u2019all\u00e9geance au pouvoir autoritaire. Mon argument se d\u00e9roule en quatre parties. D\u2019abord, je revisite la r\u00e9ception mitig\u00e9e du film en 2005, et je situe ces r\u00e9ponses par rapport \u00e0 la th\u00e9orie classique de la narration. Puis, je montre comment ces r\u00e9ponses \u00e9taient form\u00e9es par des attentes de causalit\u00e9 qui caract\u00e9risaient le r\u00e9cit hollywoodien. Ensuite, je m\u2019appuie sur <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Judith_Mayne\">Judith Mayne<\/a> et sur Stuart Hall pour d\u00e9montrer que la r\u00e9ception des films n\u2019est pas statique, mais influenc\u00e9e par des changements historiques. Enfin, j\u2019examine comment la politique actuelle de la r\u00e9action (<em>backlash politics<\/em>) aux \u00c9tats-Unis rend plausible la trahison nagu\u00e8re inconcevable d\u2019Anakin ; ce, en raison d\u2019une tournure culturelle vers la loyaut\u00e9 autodestructrice.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">La logique narrative classique et <em>La Revanche des Sith<\/em><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019\u00e9poque, il s\u2019agissait de l\u2019\u00e9pisode concluant de la trilogie des pr\u00e9quelles de <em>La Guerre des \u00c9toiles<\/em>, tra\u00e7ant la chute d\u2019Anakin Skywalker, du chevalier Jedi \u00e0 Darth Vader. Le film commence au milieu de la guerre des Clones quand Anakin et son mentor Obi-Wan d\u00e9livrent le Chancelier Palpatine de la captivit\u00e9. \u00c0 leur retour, les d\u00e9fis qu\u2019ils doivent affronter les \u00e9loignent l\u2019un l\u2019autre. Le Conseil Jedi donne \u00e0 Obi-Wan la mission de tuer le G\u00e9n\u00e9ral Grievous afin de mettre fin \u00e0 la guerre. D\u00e9sormais sans la guidance de son ami, Anakin d\u00e9couvre que sa femme secr\u00e8te Padm\u00e9 est enceinte ; on lui demande d\u2019espionner le Chancelier Palpatine. Anakin a des pr\u00e9monitions que Padm\u00e9 mourra en couches. Palpatine lui offre l\u2019aide du c\u00f4t\u00e9 obscur de la force pour sauver sa femme. S&rsquo;ensuit une s\u00e9rie de trahisons et de massacres qui contribuent \u00e0 la chute de la R\u00e9publique et \u00e0 la mont\u00e9e de l\u2019Empire galactique. Le film conclut avec les tentatives d\u2019Obi-Wan et des Jedi restants de combattre le Mal qui se r\u00e9pand.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et les fans et les critiques remarquaient que le film divergeait des plaisirs narratifs et visuels de la trilogie originale. Qui plus est, beaucoup se disaient mal \u00e0 l\u2019aise avec les actions des personnages, per\u00e7ues comme inconsistantes ou insuffisamment motiv\u00e9es, surtout la trahison abrupte d\u2019Anakin. Ces r\u00e9ponses r\u00e9v\u00e8lent que le film d\u00e9vie d\u2019une clart\u00e9 \u00e9tablie (et attendue) de cause \u00e0 effet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme l\u2019affirment David Bordwell, <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Janet_Staiger\">Janet Staiger<\/a> et <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Kristin_Thompson\">Kristin Thompson<\/a> dans <em>The Classical Hollywood Cinema<\/em>, la narration \u00e0 l\u2019\u00e8re des studios a \u00e9tabli un ensemble d\u2019attentes concernant la motivation, la continuit\u00e9 et la r\u00e9solution qui continuent de d\u00e9terminer l\u2019interaction du public avec le cin\u00e9ma. Bordwell note que la narration classique <em>\u00ab nous encourage \u00e0 voir [le film] comme la pr\u00e9sentation d\u2019un monde fictif apparemment solide qui a simplement \u00e9t\u00e9 film\u00e9 pour notre profit \u00bb<\/em> (4). Il sugg\u00e8re qu\u2019un film qui subordonne ses propri\u00e9t\u00e9s formelles \u00e0 la narration rend les structures du cin\u00e9ma largement imperceptibles : <em>\u00ab On pourrait suivre l\u2019exemple de Hollywood et dire qu\u2019une telle narration soigneusement motiv\u00e9e est \u2033invisible\u2033. La fiert\u00e9 que prend Hollywood dans son art cach\u00e9 implique que la narration soit imperceptible et discr\u00e8te. Le montage doit \u00eatre invisible, et le travail de la cam\u00e9ra subordonn\u00e9 \u00e0 la fluidit\u00e9 de l\u2019action dramatique (5). \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette observation r\u00e9v\u00e8le que le r\u00f4le de la narration est essentiel dans le cin\u00e9ma hollywoodien classique, car les composantes et structures cin\u00e9matographiques y sont int\u00e9gr\u00e9es d\u2019une fa\u00e7on que le grand public ni reconna\u00eet ni met en question (6). Dans ce mod\u00e8le, la narration fonctionne \u00e0 naturaliser et \u00e0 rationaliser des \u00e9v\u00e8nements fictifs en impl\u00e9mentant des relations \u00e9troites de cause \u00e0 effet pour repr\u00e9senter les actions coh\u00e9rentes des personnages. Bordwell affirme que <em>\u00ab la causalit\u00e9 est le principe d\u2019unification primordial \u00bb<\/em>, et que les co\u00efncidences constituent des faiblesses (7). Dans le livre ci-mentionn\u00e9, il dit : <em>\u00ab Voici, en bref, la pr\u00e9misse de la construction narrative hollywoodienne : causalit\u00e9, cons\u00e9quence, motivation psychologique, impulsion \u00e0 surmonter des obstacles et \u00e0 atteindre des objectifs. La causalit\u00e9 centr\u00e9e sur les personnages \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire personnelle ou psychologique \u2013 est l\u2019armature du r\u00e9cit classique. [\u2026] Bien entendu, les films hollywoodiens contiennent des formes impersonnelles de causalit\u00e9, mais celles-ci sont presque toujours subordonn\u00e9es \u00e0 la causalit\u00e9 psychologique <\/em>(8)<em>. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019accent r\u00e9current sur des motifs hollywoodiens de causalit\u00e9 explicite fait montre d\u2019une convention \u00e0 laquelle les audiences sont devenues accoutum\u00e9es (9). Le travail de Bordwell d\u00e9montre que la causalit\u00e9 n\u2019est pas un simple dispositif isol\u00e9 de narrativit\u00e9, mais une attente culturelle ench\u00e2ss\u00e9e dans la r\u00e9ception de ce genre de film. Une telle rigidit\u00e9 explique pourquoi les d\u00e9viations comme la trahison apparemment non motiv\u00e9e d\u2019Anakin peuvent sembler incoh\u00e9rentes ou discordantes (10).<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">La logique narrative et ses limites en 2005<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup de r\u00e9ponses initiales \u00e0 <em>La Revanche des Sith<\/em> illustrent le sentiment de malaise face \u00e0 la non-adh\u00e9sion aux paradigmes conventionnels de causalit\u00e9 narrative. Alors que la plupart des critiques reconnus ont parl\u00e9 de la prestation des acteurs et de l\u2019usage des effets sp\u00e9ciaux, on peut trouver chez d\u2019autres un malaise \u00e0 propos de la narration. Dans <em>The Guardian<\/em> (Royaume-Uni), Peter Bradshaw met en question le moment o\u00f9 Anakin se tourne vers le c\u00f4t\u00e9 obscur : <em>\u00ab Alors, pourquoi Anakin d\u00e9serte-t-il le c\u00f4t\u00e9 lumineux de la force ? [\u2026] Des facteurs fatals m\u00e8nent \u00e0 l\u2019acte mal\u00e9fique le moins convaincant imaginable, \u00e9v\u00e8nement bizarrement neutralis\u00e9 par irr\u00e9alit\u00e9 exsangue qui entoure tout <\/em>(11)<em>. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 lui, Anthony Lane dans <em>The New Yorker<\/em> se demande avec un brin d&rsquo;insolence pourquoi pratiquement aucun des protagonistes ne soup\u00e7onne les motivations sinistres du Chancelier Palpatine, alors que celles-ci sont \u00e9videntes pour tous les spectateurs (12). Il juge l\u2019arc de caract\u00e8re d\u2019Anakin <em>\u00ab d\u00e9solant \u00bb<\/em>, en raison <em>\u00ab du temps et de l\u2019effort consacr\u00e9s \u00e0 la conversion d\u2019Anakin \u00bb<\/em> (13). Les critiques de Bradshaw et de Lane t\u00e9moignent du m\u00e9contentement r\u00e9pandu quant aux motivations des personnages.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Mr. Plinkett&#039;s Star Wars Episode III: Revenge of the Sith Review\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/bYWAHuFbLoc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des critiques semblables ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mises par le public g\u00e9n\u00e9ral, r\u00e9sum\u00e9es dans les vid\u00e9os YouTube de \u00ab <a href=\"https:\/\/villains.fandom.com\/wiki\/Harry_Plinkett\">Mr Plinkett<\/a> \u00bb (<em>RedLetterMedia<\/em>, 2010), populaires parmi les fans de la franchise (14). S\u2019alignant avec Bradshaw et Lane, ces critiques ne sont pas \u00e0 l&rsquo;aise avec les motivations d\u2019Anakin. Le narrateur hyperbolique de la vid\u00e9o de Mr. Plinkett n\u2019arrive pas \u00e0 comprendre les d\u00e9cisions d\u2019Anakin apr\u00e8s que celui-ci d\u00e9couvre que Palpatine ne sait pas encore comment sauver les mourants : <em>\u00ab en d\u00e9pit de la logique discutable et de l\u2019intervention \u00e0 point nomm\u00e9 de la promesse de Palpatine de sauver Padm\u00e9, [Anakin] accepte d\u2019aller tuer tout le monde pour boucler l\u2019histoire. M\u00eame si, pour lui, tout cela n\u2019a pas de sens <\/em>(15)<em>. \u00bb<\/em> Les actions d\u2019Anakin n\u2019ont plus de justification quand on enl\u00e8ve le but de son asservissement \u00e0 Palpatine. La popularit\u00e9 des vid\u00e9os YouTube critiquant l\u2019absence de motivation chez Anakin montre que beaucoup de spectateurs recouraient encore \u00e0 une stricte causalit\u00e9 narrative pour interpr\u00e9ter le film.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une pr\u00e9supposition normative sur ce qu\u2019une narration devrait accomplir : construire une cha\u00eene continue de relations de cause \u00e0 effet qui rend les d\u00e9cisions morales compr\u00e9hensibles. Un film est per\u00e7u comme incoh\u00e9rent quand ces fils causaux sont manquants ou peu convaincants. Les actions d\u2019Anakin n\u2019\u00e9taient pas \u00ab invisibles \u00bb au sens de Bordwell. Mais certains facteurs externes intervenus depuis la sortie du film en 2005 r\u00e9v\u00e8lent que les audiences peuvent comprendre les motivations des personnages en dehors de la causalit\u00e9 narrative classique.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Du d\u00e9codage narratif des ann\u00e9es 2000 au d\u00e9codage situationnel des ann\u00e9es 2020<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019analyse narrative seule ne peut expliquer la r\u00e9ponse \u00e0 un film. Tandis que les r\u00e9ponses initiales \u00e0 <em>La Revanche des Sith<\/em> oscillaient entre avis positif et frustration marqu\u00e9e, certains d\u00e9veloppements r\u00e9cents aux \u00c9tats-Unis ont fait que son d\u00e9codage n\u2019est pas fixe. Le texte n\u2019a pas chang\u00e9, mais sa lisibilit\u00e9, si.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La chercheure am\u00e9ricaine <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Judith_Mayne\">Judith Mayne<\/a> affirme qu\u2019il ne faut pas g\u00e9n\u00e9raliser sur l\u2019engagement des audiences. Dans <em>Cinema and Spectatorship<\/em>, elle s\u2019appuie sur Janet Staiger et sur <a href=\"https:\/\/german.fas.harvard.edu\/people\/eric-rentschler\">Eric Rentschler<\/a> pour conclure que <em>\u00ab les sens d\u2019un texte sont toujours form\u00e9s par les circonstances historiques de la lecture ou du visionnement \u00e0 un moment donn\u00e9 \u00bb<\/em> (16). Elle montre que les spectateurs vivant dans l\u2019Am\u00e9rique rurale des ann\u00e9es 1930 interagissaient avec les films de fa\u00e7on tr\u00e8s diff\u00e9rente de ceux vivant dans l\u2019Am\u00e9rique post-guerre de Vietnam (17). Son travail illustre que le visionnement est un processus dynamique, historiquement situ\u00e9. Les r\u00e9ponses \u00e0 <em>La Revanche des Sith<\/em> ont donc fluctu\u00e9 entre 2005 et 2025.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e9oricien britannique Stuart Hall apporte des pr\u00e9cisions sur pourquoi de tels d\u00e9placements se produisent. Il fait la distinction entre le sens \u00ab encod\u00e9 \u00bb par les producteurs et le sens \u00ab d\u00e9cod\u00e9 \u00bb par les audiences, qui interpr\u00e8tent selon les cadres id\u00e9ologiques disponibles (18). Le sens ne r\u00e9side pas seulement dans le texte, mais \u00e9merge entre le message encod\u00e9 et l\u2019interpr\u00e9tation du spectateur. Hall identifie trois possibilit\u00e9s primaires d\u2019encodage : une lecture \u00ab dominante \u00bb ou \u00ab pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00bb qui s\u2019aligne avec le sens encod\u00e9 dans la production ; une lecture \u00ab n\u00e9goci\u00e9e \u00bb qui rejette ou modifie certains sens tout en acceptant le cadre h\u00e9g\u00e9monique dominant ; et une lecture \u00ab oppositionnelle \u00bb qui rejette le sens pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 en totalit\u00e9 (19).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9ponses initiales \u00e0 <em>La Revanche des Sith<\/em> s\u2019\u00e9taient souvent \u00e9loign\u00e9es du sens encod\u00e9 d\u2019un autoritarisme montant. Une telle lecture illustre comment le d\u00e9codage interagit avec l\u2019encodage, mais il importe aussi de reconna\u00eetre que le d\u00e9codage ne s\u2019effectue jamais dans un vide. L\u2019interpr\u00e9tation se fait au sein <em>\u00ab des ordres de la vie sociale, du pouvoir politique et \u00e9conomique, et de l\u2019id\u00e9ologie qui structurent le champ des sens possibles \u00bb<\/em> (20). Le mod\u00e8le de Hall r\u00e9v\u00e8le l\u2019importance du spectateur et du contexte. \u00c0 la sortie du film, certains critiques l\u2019ont contextualis\u00e9 dans le climat politique de l&rsquo;\u00e9poque, marqu\u00e9 aux \u00c9tats-Unis par la militarisation ouverte, les d\u00e9clarations de guerre contest\u00e9es, et la polarisation morale. <a href=\"https:\/\/uapress.arizona.edu\/author\/gabriel-s-estrada\">Gabriel S. Estrada<\/a> a interpr\u00e9t\u00e9 les actions d\u2019Anakin et les \u00e9v\u00e8nements dans la trilogie des pr\u00e9quelles en reliant les \u00e9v\u00e8nements politico-militaires du film \u00e0 ceux aux \u00c9tats-Unis apr\u00e8s 9\/11 (21). Mais la trahison d\u2019Anakin restait n\u00e9anmoins \u00e9nigmatique.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-40539\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/maga2025.jpg\" alt=\"\" width=\"275\" height=\"183\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/maga2025.jpg 275w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/maga2025-24x16.jpg 24w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/maga2025-36x24.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/maga2025-48x32.jpg 48w\" sizes=\"auto, (max-width: 275px) 100vw, 275px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux d\u00e9cennies plus tard, la situation sociopolitique est bien diff\u00e9rente ; les audiences disposent d\u00e9sormais d&rsquo;un contexte nouveau pour contextualiser les actions d\u2019Anakin. Au moment de la reprise en salles du film en 2025, on voyait beaucoup d&rsquo;Am\u00e9ricains blancs se tourner contre leurs voisins dans le soutien d\u2019un homme politique tr\u00e8s polarisant.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">D\u00e9coder la trahison d\u2019Anakin dans le contexte de la r\u00e9action<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le psychologue <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Jonathan_Metzl\">Jonathan Metzl<\/a> a r\u00e9cemment identifi\u00e9 ces ordres \u00e9mergents. Il montre que beaucoup d\u2019ouvriers blancs, craignant la perte de leurs avantages historiques, ont embrass\u00e9 des politiques qui nuisent au bien-\u00eatre d\u2019eux-m\u00eames et de leurs voisins (22). Metzl d\u00e9finit ce comportement comme la politique de la r\u00e9action (<em>backlash politics<\/em>) (23), qui \u00e9merge quand les populations blanches r\u00e9pondent \u00e0 un sens d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 en sapant les avantages per\u00e7us des groupes minoritaires, m\u00eame en faisant du mal \u00e0 leurs propres communaut\u00e9s et \u00e0 eux-m\u00eames (par exemple, la diminution des financements pour les h\u00f4pitaux et les \u00e9coles, opposition aux mesures contre la possession des armes \u00e0 feu, etc.) (24). Les observations de Metzl font montre d\u2019une tendance croissante dans laquelle des citoyens am\u00e9ricains adoptent une forme de loyaut\u00e9 autodestructrice \u00e0 des id\u00e9ologies qui pr\u00e9tendent pr\u00e9server leur domination. La crainte de perdre \u2013 du statut, du contr\u00f4le, de l\u2019identit\u00e9 \u2013 peut passer outre la rationalit\u00e9 des communaut\u00e9s \u00e9tablies.<\/p>\n<figure id=\"attachment_40547\" aria-describedby=\"caption-attachment-40547\" style=\"width: 345px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-40547\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/duelstarwars.jpg\" alt=\"\" width=\"345\" height=\"146\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/duelstarwars.jpg 345w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/duelstarwars-300x127.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/duelstarwars-24x10.jpg 24w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/duelstarwars-36x15.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/duelstarwars-48x20.jpg 48w\" sizes=\"auto, (max-width: 345px) 100vw, 345px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-40547\" class=\"wp-caption-text\">Duel entre Palpatine et Mace Windu<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Consid\u00e9rons la sc\u00e8ne essentielle o\u00f9 Anakin intervient alors que le guerrier Jedi Mace Windu combatte le Chancelier Palpatine. Bien qu\u2019Anakin ait d\u00e9nonc\u00e9 Palpatine comme membre des Sith (qui ont \u00e9pous\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 obscur), il d\u00e9sarme Mace Windu apr\u00e8s que celui-ci a gagn\u00e9 son combat, provoquant sa mort. Anakin s&rsquo;est convaincu que tuer Palpatine serait contraire aux m\u0153urs des Jedi, mais ces derniers \u2013 y compris Anakin lui-m\u00eame \u2013 n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 tuer leurs adversaires. L\u2019Ordre Jedi donne \u00e0 Obi-Wan la mission explicite de mettre fin \u00e0 la guerre en tuant (et non en capturant) le G\u00e9n\u00e9ral Grievous. Bien que t\u00e9moin de la tromperie patente de Palpatine, Anakin choisit de trahir Windu en faveur d\u2019un antagoniste qui menace l&rsquo;existence m\u00eame des Jedi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019interaction qui suit met en \u00e9vidence l\u2019engagement d\u2019Anakin vis-\u00e0-vis de Palpatine. Elle commence avec un plan en contre-plong\u00e9e de Palpatine lorsqu\u2019il propose \u00e0 Anakin <em>\u00ab de devenir mon apprenti [\u2026] et d&rsquo;apprendre \u00e0 utiliser le c\u00f4t\u00e9 obscur de la force. \u00bb<\/em> Puis, un plan en plong\u00e9e d&rsquo;Anakin, agenouill\u00e9, qui dit : <em>\u00ab Je ferai tout ce que vous demandez. Mais aidez-moi \u00e0 sauver la vie de Padm\u00e9. Je ne peux vivre sans elle. \u00bb<\/em> Le seigneur Sith lui r\u00e9pond : <em>\u00ab Le pouvoir de tromper la mort n\u2019a \u00e9t\u00e9 atteint que par une seule personne. Mais si on travaille ensemble, je sais qu\u2019on peut en d\u00e9couvrir le secret. \u00bb<\/em> La fin de l\u2019\u00e9change voit Anakin, agenouill\u00e9 de nouveau, faisant v\u0153u d\u2019all\u00e9geance \u00e0 Palpatine. Citant cette sc\u00e8ne, les critiques comme Mr Plinkett se demandaient pourquoi Anakin fait confiance \u00e0 Palpatine, alors que celui-ci se pr\u00e9sentait d\u00e9j\u00e0 comme une menace \u00e0 l&rsquo;ordre Jedi. Pourquoi devient-il son serviteur alors que Palpatine l\u2019informe qu\u2019il ne peut r\u00e9aliser sa promesse \u00e0 sauver Padm\u00e9 (25) ? D\u2019une perspective purement narratologique, ce sont des questions l\u00e9gitimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme les sujets dans l\u2019\u00e9tude de Metzl, Anakin s\u2019accroche \u00e0 l\u2019illusion de pr\u00e9servation en m\u00eame temps que celle-ci le pousse \u00e0 trahir tout ce qu\u2019il ch\u00e9rissait nagu\u00e8re. Par exemple, Metzl parle d&rsquo;un certain Trevor qui souffre d\u2019un foie d\u00e9faillant \u00e0 cause de l\u2019h\u00e9patite C, et n\u2019a pas les moyens de se faire soigner ; Trevor s\u2019oppose n\u00e9anmoins aux r\u00e9formes du syst\u00e8me de sant\u00e9 qui pourraient sauver lui et ses concitoyens dans la m\u00eame situation (26). Les images de la vie am\u00e9ricaine rendent d\u00e9sormais familiers les hommes blancs qui sont pr\u00eats \u00e0 compromettre leur situation personnelle pour pr\u00e9server un avantage qu\u2019ils craignent perdre.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\">Historiciser la logique narrative<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9\u00e9valuer <em>La Revanche des Sith<\/em> \u00e0 travers le prisme historique et sociopolitique r\u00e9v\u00e8le que le d\u00e9codage n\u2019est pas limit\u00e9 aux composantes narratives d\u2019un film, mais peut \u00e9voluer en fonction des d\u00e9veloppements dans l\u2019ordre social, politique et id\u00e9ologique d\u2019un pays \u00e0 travers le temps. \u00c0 mesure que ces conditions changent, l\u2019intelligibilit\u00e9 de la causalit\u00e9 change \u00e9galement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne veut pas dire que George Lucas ait encod\u00e9 <em>La Revanche des Sith<\/em> comme une histoire d\u2019injustice ressentie par les hommes blancs ni que tous les spectateurs le voient ainsi. Plut\u00f4t, il montre que la logique de motivation est elle-m\u00eame influenc\u00e9e par son contexte historique, social, politique et id\u00e9ologique. La coh\u00e9rence narrative d\u00e9pend non seulement de ce que montre le film, mais aussi de ce qu\u2019une culture est pr\u00eate \u00e0 reconna\u00eetre comme comportement raisonnable. La mont\u00e9e d\u2019une politique de la r\u00e9action rend courantes des images des hommes blancs agissant de mani\u00e8re autodestructrice ; quand Anakin se comporte ainsi, c\u2019est d\u00e9sormais reconnaissable, et narrativement acceptable. Ce qui \u00e9tait rejet\u00e9 comme irrationnel est devenu familier aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La reprise de <em>La Revanche des Sith<\/em> montre non seulement comment la r\u00e9ception d&rsquo;un film est influenc\u00e9e par le contexte politique et historique, mais aussi l&rsquo;existence d&rsquo;un changement culturel plus inqui\u00e9tant. En 2005, les audiences avaient du mal \u00e0 accepter l\u2019encodage dominant de George Lucas d\u2019un protagoniste h\u00e9ro\u00efque embrassant un pouvoir imp\u00e9rial. La coh\u00e9rence narrative nouvelle en 2025 r\u00e9v\u00e8le qu\u2019une partie croissante de la population aux \u00c9tats-Unis voit la loyaut\u00e9 autodestructrice comme une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre plausible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. David Bordwell, \u201cThe Classical Hollywood Style, 1917-1960\u201d, <em>The Classical Hollywood Cinema: Film Style &amp; Mode of Production to 1960<\/em>, \u00e9dition illustr\u00e9e (New York : Columbia University Press, 1985), p. 13, 24.\u00a0<br \/>\n2. Peter Bradshaw, \u201cStar Wars: Episode III \u2013 Revenge of the Sith Review \u2013 Bores You into Submission\u201d, <em>The Guardian<\/em>, May 13, 2005 ; Anthony Lane, \u201cSpace Case\u201d, <em>The New Yorker<\/em>, 16 mai 16, 2005.\u00a0<br \/>\n3. Stuart Hall, \u201cEncoding\/Decoding,\u201d in Stuart Hall, Dorothy Hobson, Andrew Lowe and Paul Willis (dirs), <em>Culture, Media, Language,<\/em> (London : Routledge, 1980), p. 169.\u00a0<br \/>\n4. Bordwell, p. 24.\u00a0<br \/>\n5. <em>Ibid.<\/em>\u00a0<br \/>\n6. Bordwell, cependant, complique ce constat, affirmant que ce terme \u00ab invisible \u00bb risque de r\u00e9duire la conscience du spectateur de la nature construite du cin\u00e9ma. Plut\u00f4t, il propose que la narration classique op\u00e8re \u00e0 travers des degr\u00e9s fluctuants de conscience de soi : <em>\u00ab Dans le film classique, la narration est omnisciente, mais il met cette omniscience plus en avant \u00e0 certains moments plus que d\u2019autres. Ces fluctuations sont syst\u00e9matiques. Au d\u00e9but d\u2019un film, la narration est mod\u00e9r\u00e9ment consciente d\u2019elle-m\u00eame, et ouvertement dissimulante. \u00c0 mesure que le film progresse, la narration devient moins consciente d\u2019elle-m\u00eame, et plus communicative. \u00bb Ibid.<\/em>\u00a0<br \/>\n7. Bordwell, p. 13 ; David Bordwell, <em>Narration in the Fiction Film<\/em> (Madison : University of Wisconsin Press, 1985), p. 157.\u00a0<br \/>\n8. Bordwell, \u201cThe Classical Hollywood Style\u201d, p. 13.\u00a0<br \/>\n9. Il souligne aussi que les trous dans ces relations restreintes doivent \u00eatre r\u00e9concili\u00e9s dans le film lui-m\u00eame, par exemple, incluant <em>\u00ab une s\u00e9quence de montage ou un morceau de dialogue approfondissant les personnages \u00bb<\/em>, afin de r\u00e9it\u00e9rer la causalit\u00e9 narrative. Bordwell, <em>Narration in the Fiction Film<\/em>, p. 160.\u00a0<br \/>\n10. Bordwell fonde ses observations sur un \u00e9chantillon al\u00e9atoire des films hollywoodiens de l\u2019\u00e8re classique (approximativement 1915-60), mais affirme que ce m\u00eame paradigme persiste dans le cin\u00e9ma contemporain. Il voit son livre <em>The Way Hollywood Tells It<\/em> comme \u00e0 la fois une extension et une confirmation des principes identifi\u00e9s dans <em>The Classical Hollywood Cinema<\/em>, tandis que Thomas Schatz et Justin Wyatt soutiennent que les films apr\u00e8s les ann\u00e9es 1960 sont organis\u00e9s de plus en plus autour du spectacle ou du \u00ab <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/High_concept\">concept fort<\/a> \u00bb. Bordwell s\u2019appuie sur des \u00e9tudes de Kristin Thompson pour d\u00e9montrer que beaucoup de films populaires comme <em>Les Aventuriers de l\u2019Arche perdue<\/em> (Steven Spielberg, 1981) et <em>Terminator<\/em> (James Cameron, 1984) gardent une narration causale, unifi\u00e9e. Il conclut que l\u2019accent croissant sur le blockbuster et sur la franchise rend Hollywood plus d\u00e9pendant que jamais de la structure fluide existante : <em>\u00ab La tradition classique est devenue le cadre par d\u00e9faut pour l\u2019expression cin\u00e9matique internationale, le point de d\u00e9part pour quasiment tout r\u00e9alisateur. [\u2026] De m\u00eame, la plupart des traditions de cin\u00e9matographie commerciale adoptent ou remanient des pr\u00e9misses classiques de narration et de style. \u00bb<\/em> David Bordwell, <em>The Way Hollywood Tells It: Story and Style in Modern Movies<\/em>, (Berkeley, Los Angeles et London : University of California Press, 2006), p. 5-6.\u00a0<br \/>\n11. Bradshaw.\u00a0<br \/>\n12. Lane.\u00a0<br \/>\n13. <em>Ibid.<\/em>\u00a0<br \/>\n14. Alors que les audiences ne peuvent pas \u2013 et ne devraient pas \u2013 \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 des g\u00e9n\u00e9ralisations uniformes, la critique de Mr Plinkett fait montre d\u2019une convergence entre la culture des fans, les audiences de masse et le discours critique \u00e0 la sortie du film. Beaucoup de fans l\u2019ont d\u2019abord lou\u00e9, mais les vid\u00e9os de Mr Plinkett ont maintenu quand m\u00eame une forte traction \u00e0 la fois chez les spectateurs ordinaires et les d\u00e9vou\u00e9s de la franchise. En 2025, la remise en ligne de la vid\u00e9o originale a recueilli 8,5 millions de vues, t\u00e9moignant de sa r\u00e9sonance au-del\u00e0 de la base des fans. De m\u00eame, Benjamin Kirbach a identifi\u00e9 des continuit\u00e9s explicites entre les critiques satiriques du <em>RedLetterMedia<\/em> et les interpr\u00e9tations plus g\u00e9n\u00e9rales des pr\u00e9quelles de la franchise. Roger Ebert, \u201cRevenge on \u2018Revenge of the Sith\u2019\u201d, <em>RogerEbert.Com<\/em>, 9 avril 2013 ; Benjamin Kirbach, \u201cCritical Psychosis : Genre, D\u00e9tournement, and Critique in Mr. Plinkett\u2019s \u2018Star Wars\u2019 Reviews\u201d, <em>Iowa Journal of Cultural Studies<\/em>, vol. 16, no 1 (janvier 2014), p. 101\u201319.\u00a0<br \/>\n15. \u201cMr. Plinkett\u2019s Star Wars Episode III: Revenge of the Sith Review\u201d, <em>RedLetterMedia<\/em>, 18 mai 2016 : 50:19&prime;-55:37&prime;.\u00a0<br \/>\n16. Judith Mayne, <em>Cinema and Spectatorship, Sightlines<\/em> (London : Routledge, 1993), p. 67.\u00a0<br \/>\n17. <em>Idem,<\/em> p. 63.\u00a0<br \/>\n18. Hall, p. 165.\u00a0<br \/>\n19. <em>Idem<\/em>, p. 169-172.\u00a0<br \/>\n20. Hall, p. 169.\u00a0<br \/>\n21. Gabriel S. Estrada, \u201cStar Wars Episodes I\u2013VI : Coyote and the Force of White Narrative\u201d in <em>The Persistence of Whiteness<\/em>, Daniel Bernardi (dir.), (Abingdon et New York : Routledge, 2007), p. 75.\u00a0<br \/>\n22. Jonathan Metzl, <em>Dying of Whiteness: How the Politics of Racial Resentment Is Killing America\u2019s Heartland<\/em> (New York : Basic Books, 2020), p. 7.\u00a0<br \/>\n23. <em>Ibid.<\/em>\u00a0<br \/>\n24. <em>Ibid.<\/em>\u00a0<br \/>\n25. Mr. Plinkett, vid\u00e9o cit\u00e9e.\u00a0<br \/>\n26. Metzl, p. 3.\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-40534\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/paulpeters2-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/paulpeters2-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/paulpeters2-24x24.jpg 24w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/paulpeters2-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/paulpeters2-48x48.jpg 48w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/paulpeters2.jpg 192w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/>Paul D. Peters enseigne les \u00e9tudes cin\u00e9matographiques \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Baldwin Wallace (Cleveland, Ohio).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7069\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\" alt=\"bouton citer\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/a>Recadrage de la logique narrative : \u00ab\u00a0La Revanche des Sith\u00a0\u00bb vingt ans apr\u00e8s &#8211; Paul D. PETERS \u00bb, <em>Articles<\/em> [En ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2026, mis en ligne le 1er avril 2026. URL : http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/recadrage-de-la-logique-narrative-la-revanche-des-sith-vingt-ans-apres-paul-d-peters\/<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class=\"su-divider su-divider-style-default\" style=\"margin:15px 0;border-width:3px;border-color:#999999\"><a href=\"#\" style=\"color:#999999\">Aller en haut<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Revanche des Sith (George Lucas, 2005) s&rsquo;est d\u00e9marqu\u00e9 pour une audience accoutum\u00e9e aux conventions strictes de cause \u00e0 effet dans les films hollywoodiens. En effet, la narration hollywoodienne classique d\u00e9pendait d\u2019une logique causale rigoureuse, afin qu\u2019on ait rarement besoin de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la relation des \u00e9v\u00e8nements entre eux.<\/p>\n","protected":false},"author":1392,"featured_media":40577,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018,11,900,668],"tags":[154,32,694,28],"coauthors":[1003],"class_list":["post-40521","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-cinema","category-cultural-studies","category-culturepop","tag-cultural-studies","tag-culture-pop","tag-forme-esthetique","tag-ideologie"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40521","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1392"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=40521"}],"version-history":[{"count":40,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40521\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":40588,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40521\/revisions\/40588"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/40577"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=40521"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=40521"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=40521"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=40521"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}