
{"id":38459,"date":"2022-12-01T09:00:19","date_gmt":"2022-12-01T08:00:19","guid":{"rendered":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?p=38459"},"modified":"2022-12-01T09:04:28","modified_gmt":"2022-12-01T08:04:28","slug":"quand-la-vie-cest-de-lart-et-le-travail-toute-la-vie-leigh-claire-la-berge-interviewee-par-wen-zhuang","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/quand-la-vie-cest-de-lart-et-le-travail-toute-la-vie-leigh-claire-la-berge-interviewee-par-wen-zhuang\/","title":{"rendered":"Quand la vie, c\u2019est de l\u2019art, et le travail, toute la vie &#8211; Leigh Claire LA BERGE, interview\u00e9e par Wen ZHUANG"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38459?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38459?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Cette interview a \u00e9t\u00e9 faite sur Zoom en mai 2020, lors du confinement aux \u00c9tats-Unis, et publi\u00e9 dans <\/em>The Los Angeles Review of Books<em>, le 9 juillet 2020. Le texte original, qui contient quelques passages non traduits portant sur l\u2019actualit\u00e9 du moment et sur les sp\u00e9cificit\u00e9s du dipl\u00f4me de master am\u00e9ricain, peut \u00eatre consult\u00e9<a href=\"https:\/\/lareviewofbooks.org\/article\/when-art-is-life-but-all-life-is-work-a-conversation-with-leigh-claire-la-berge\/\"> ici<\/a> (David Buxton).<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Dans son dernier livre <a href=\"https:\/\/www.dukeupress.edu\/wages-against-artwork\"><em>Wages Against Artwork<\/em><\/a> (Duke University Press, 2019), Leigh Claire La Berge maintient que l\u2019artiste \u2013 qu\u2019il soit \u00e9tudiant, enseignant ou travailleur culturel \u2013 est peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019avant-garde d\u2019une reconfiguration du syst\u00e8me capitaliste. La Berge montre comment des artistes engag\u00e9s r\u00e9agissent \u00e0 ce qu\u2019elle appelle \u00ab le travail d\u00e9marchandis\u00e9 \u00bb &#8211; la lente diminution des salaires accompagnant une augmentation de la charge de travail \u2013 et comment l\u2019expansion des programmes de master en beaux-arts et de la dette estudiantine cr\u00e9ent les conditions pour cela. Je voulais discuter avec elle comment ce processus a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par la fermeture des universit\u00e9s, et quelles seront les cons\u00e9quences pour la relation entre art et capitalisme (Wen Zhuang).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>[\u2026] Wen Zhuang : Pourrais-tu recadrer tes id\u00e9es sur l\u2019\u00e9tudiant en beaux-arts comme travailleur et sur l\u2019\u00e9cole de beaux-arts comme institution dans le contexte de la pand\u00e9mie actuelle ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Leigh Claire La Berge :<\/strong> C\u2019est un moment angoissant pour l\u2019\u00e9ducation, particuli\u00e8rement dans les humanit\u00e9s et dans les \u00e9coles de beaux-arts. Cela dit, la situation \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 angoissante avant la pand\u00e9mie. Sans \u00eatre trop optimiste, je pense que le mod\u00e8le d\u2019\u00e9ducation en r\u00e9gime capitaliste qui fonctionne avec la dette estudiantine doit \u00eatre contest\u00e9 et rendu obsol\u00e8te. Si je commence mon premier chapitre avec les activit\u00e9s d\u2019organisation des \u00e9tudiants dans les ann\u00e9es 1970, c\u2019est pour sugg\u00e9rer qu\u2019on pourrait penser \u00e0 la condition d\u2019\u00e9tudiant (<em>studentdom<\/em>) de mani\u00e8re compl\u00e8tement diff\u00e9rente. Plut\u00f4t que quelque chose qu\u2019on ach\u00e8te, ce serait un travail pour lequel on est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. C\u2019est toujours le mod\u00e8le par-ci par-l\u00e0 au Mexique et en Europe, o\u00f9 on peut \u00eatre pay\u00e9 pour faire des \u00e9tudes, consid\u00e9r\u00e9es comme un travail. \u00c0 mon avis, c\u2019est un mod\u00e8le beaucoup plus \u00e9quitable et soutenable. Est-ce que la crise actuelle m\u00e8nera \u00e0 cela ? Je ne sais pas, mais je pense que c\u2019est le moment de faire conna\u00eetre d\u2019autres mod\u00e8les possibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>WZ : Je retiens ton terme \u00ab condition d\u2019\u00e9tudiant \u00bb. Il me semble que la crise qui frappe les institutions de beaux-arts ait compromis la possibilit\u00e9 d\u2019un autre statut.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LCLB :<\/strong> La force politique et l\u2019organisation qu\u2019on a vues \u00e0 <em>Occupy Wall Street<\/em> en 2011, et lors des manifestations contre la dette en 2012 \u00e9taient centrales pour ces mouvements. Mais que peuvent faire les artistes et les travailleurs culturels ? Quid de la relation entre les deux ? En somme, que peuvent faire les dipl\u00f4m\u00e9s des \u00e9coles de beaux-arts qui deviendront des travailleurs culturels (pas le cas de tous) pour impulser une reconfiguration radicale dans l\u2019enseignement des humanit\u00e9s et des arts aux \u00c9tats-Unis au 21e si\u00e8cle ? Le mod\u00e8le actuel est extr\u00eamement probl\u00e9matique, et ne peut plus durer longtemps. En plus, il est relativement r\u00e9cent, qui date des ann\u00e9es 1970, et qui peut donc \u00eatre transform\u00e9 en autre chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>WZ : La r\u00e9alit\u00e9 pour les \u00e9tudiants en beaux-arts dans le moment actuel est sombre. Beaucoup d\u2019entre eux sont d\u00e9pourvus des moyens permettant de produire des \u0153uvres pour leur propre b\u00e9n\u00e9fice, mais qui servent aussi \u00e0 renforcer le potentiel de l\u2019institution. Le discours qui justifiait les frais de scolarit\u00e9 obsc\u00e8nes \u00e0 certaines \u00e9coles \u2013 l\u2019espace pour travailler, les interactions avec des artistes connus, la possibilit\u00e9 d\u2019exposer ses \u0153uvres \u2013 n\u2019est plus audible.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LCLB :<\/strong> La s\u00e9paration des \u00e9tudiants en beaux-arts de leurs moyens de travail r\u00e9sonne avec certaines formes de d\u00e9sindustrialisation, mais qui se d\u00e9roulent en l\u2019espace de quelques semaines, et non des d\u00e9cennies ou des si\u00e8cles. J\u2019aimerais dire ici que, \u00e0 dessein, je n\u2019utilise pas dans mon livre le terme \u00ab capital culturel \u00bb introduit par Pierre Bourdieu en 1970. Pour moi, ce concept semble \u00eatre une extension du capital au sens \u00e9conomique : autrement dit, ceux qui poss\u00e8dent du capital \u00e9conomique poss\u00e8dent aussi du capital culturel, et inversement. En r\u00e9fl\u00e9chissant, je pense qu\u2019il serait plus int\u00e9ressant de poser la question ainsi : est-ce que les artistes eux-m\u00eames ont adopt\u00e9 ce concept, et si oui, pourquoi ? Et qu\u2019est-ce que cela nous dit sur l\u2019\u00e9tat actuel des arts et de l\u2019\u00e9ducation artistique ? Dans les ann\u00e9es 1970, dans le mouvement \u00ab Salaires pour \u00e9tudiants \u00bb, on ne disait pas \u00ab nous poss\u00e9dons d\u00e9j\u00e0 du capital, [mais] \u2026 \u00bb Plut\u00f4t, on disait que \u00ab nous avons besoin de l\u2019argent, d\u2019un salaire, nous ne consid\u00e9rons pas [notre \u00e9ducation] comme une forme d\u2019accumulation \u00bb. Est-ce que la pand\u00e9mie interrompra le discours du capital culturel, tel qu\u2019il circule dans les \u00e9coles de beaux-arts, dans les mondes de l\u2019art, chez les \u00e9tudiants ? Qu\u2019est-ce que ce discours a vraiment fait pour des artistes ? S\u2019agit-il d\u2019une histoire qu\u2019ils racontent entre eux, pour eux-m\u00eames ? Comment l\u2019histoire du capital culturel concorde-t-elle avec les demandes d\u2019un collectif comme W.A.G.E. (<em>Working Artists for a Greater Economy<\/em>) qui a \u00e9tabli un bar\u00e8me de compensations pour certains \u00e9v\u00e8nements ? Je ne connais pas la r\u00e9ponse, mais la question est importante.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-38465\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/wageszgainstartwork.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"275\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/wageszgainstartwork.jpg 183w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/wageszgainstartwork-100x150.jpg 100w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/wageszgainstartwork-16x24.jpg 16w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/wageszgainstartwork-24x36.jpg 24w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/wageszgainstartwork-32x48.jpg 32w\" sizes=\"auto, (max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>WZ : Un souci pour moi est le transfert du travail d\u00e9marchandis\u00e9 dans les institutions au syst\u00e8me du travail similaire en ligne. Les mus\u00e9es, les galeries et les \u00e9coles ont simplement d\u00e9plac\u00e9 les modes de capital avec lesquels on s\u2019engage sur Internet.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LCLB :<\/strong> Il est ind\u00e9niable qu\u2019on passe plus de temps en ligne, mais il faut se demander ce qu\u2019on y fait exactement. S\u2019agit-il du travail d\u00e9marchandis\u00e9 ? Ou s\u2019agit-il de ce que Christian Fuchs appelle \u00ab le travail num\u00e9rique \u00bb ? Faut-il parler du \u00ab travail affectif \u00bb ? Un livre passionnant \u00e0 cet \u00e9gard, c\u2019est <em>Platform Capitalism<\/em> de Nick Srnicek, qui analyse les diff\u00e9rentes plateformes comme Facebook, Google, etc. Srnicek se demande si le capitalisme des plateformes est une nouvelle forme d\u2019accumulation, ou une forme de rente monopolistique ; dans le dernier cas, Facebook et Zoom s\u2019assimileraient \u00e0 des biens fonciers. Une chose sur laquelle il insiste, et qui correspond \u00e0 mon concept de d\u00e9marchandisation, est que ces entreprises font de l\u2019argent en payant leurs employ\u00e9s tr\u00e8s peu. Il y a une certaine continuit\u00e9 ici. Ce serait aller trop vite en besogne que de penser que le capitalisme qui existe sur Internet est distinct du capitalisme qui existe dans le cin\u00e9ma et la t\u00e9l\u00e9vision, o\u00f9 m\u00eame dans la culture imprim\u00e9e du 19e si\u00e8cle. Cela dit, si l\u2019\u00e9ducation est une forme de travail, et que son travail s\u2019effectue d\u00e9sormais par le truchement des plateformes, ne faut-il pas repenser le capitalisme des plateformes ? Ne s\u2019agit-il pas d\u2019une nouvelle forme de biens fonciers monopolistiques ? Pourrait-on dire qu\u2019on fait ses \u00e9tudes \u00e0 telle universit\u00e9 et, en m\u00eame temps, sur Instagram ou Zoom ? Quelle est la relation entre ces diff\u00e9rentes formes d\u2019accumulation ? Il ne faut pas trop rapidement f\u00e9tichiser ces technologies en raison de leur nouveaut\u00e9, gommant ce que font r\u00e9ellement ces entreprises : faire de l\u2019argent en maintenant les salaires \u00e0 un niveau tr\u00e8s bas. Cela nous fait revenir \u00e0 la question du salaire, qui est en rapport avec une de tes questions : \u00e0 quoi ressemble une nouvelle institution d\u2019art ? [\u2026]\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>WZ : Le domicile lui-m\u00eame peut d\u00e9sormais \u00eatre justement consid\u00e9r\u00e9 comme une institution, sinon un espace en voie d\u2019institutionnalisation. La chambre est un studio, et la cuisine est une gym, n\u2019est-ce pas ? Pourrais-tu en parler un peu ? Quelle est la relation entre le processus de d\u00e9centralisation et l\u2019espace domestique \u00e0 multiples facettes ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LCLB :<\/strong> Parler ainsi du domicile est une application vraiment int\u00e9ressante du concept de d\u00e9sindustrialisation. Lorsqu\u2019on pense \u00e0 la d\u00e9sindustrialisation, et quand ce terme est utilis\u00e9 dans les sciences sociales, c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement pour r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la d\u00e9valuation massive du capital fixe. Ce sont les usines, les logements des travailleurs, l\u2019infrastructure, les rues, l\u2019\u00e9clairage, les tuyaux, l\u2019eau potable, etc., bref, tout ce qui rend possible la production industrielle. Dans mon livre, je parle de Manchester en Angleterre, grande ville industrielle au 19e si\u00e8cle, qui l\u2019est beaucoup moins aujourd\u2019hui. Le nom du c\u00e9l\u00e8bre label de disques, Factory Records, fond\u00e9 dans une usine d\u00e9saffect\u00e9e, \u00e9tait ironique. Aux \u00c9tats-Unis, on parlerait de Detroit. Au sommet de sa puissance industrielle dans les ann\u00e9es 1940 et 1950, la ville avait une population de deux millions ; maintenant celle-ci est tomb\u00e9e \u00e0 moins d\u2019un million. Ce n\u2019est pas seulement que le capital fixe perd sa valeur, mais que les habitants eux-m\u00eames disparaissent. Ce qui a permis \u00e0 la population de s\u2019assembler initialement, c\u2019est le mode de production. On peut consid\u00e9rer le confinement comme une sorte de d\u00e9sindustrialisation au sens que les \u00e9coles et les universit\u00e9s fournissent un appareil industriel pour des \u00e9tudiants qui n\u2019y ont plus forc\u00e9ment acc\u00e8s : le Wi-Fi en \u00e9tat de marche, l\u2019ordinateur, \u00ab l\u2019atelier \u00bb, les outils, la technologie qu\u2019on trouve dans les \u00e9coles de beaux-arts, tout cela a disparu, on ne sait pas pour combien de temps. [&#8230;]\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant, si on pense \u00e0 une \u00e9conomie industrialis\u00e9e, c\u2019est probablement la Chine qui vient \u00e0 l\u2019esprit. Dans les endroits que la sociologue Saskia Sassen appelle des \u00ab villes mondiales \u00bb (New York, Hong Kong, etc.), il existe une sorte \u00ab d\u2019infrastructure num\u00e9rique \u00bb. Celle-ci est \u00e9galement une infrastructure industrielle, ou d\u00e9pend d\u2019une infrastructure industrielle. C\u2019est peut-\u00eatre une fa\u00e7on indirecte de r\u00e9pondre \u00e0 ta question, mais l\u00e0 o\u00f9 je veux en venir, c\u2019est que les termes qu\u2019on utilise pour p\u00e9riodiser le capitalisme \u2013 industrialisation, d\u00e9sindustrialisation, production, finance, financiarisation \u2013 n\u2019ont pas lieu en s\u00e9quence. Ils ont lieu \u00e0 des moments diff\u00e9rents, mais non progressivement. Ce que d\u00e9montre cette crise, c\u2019est que l\u2019infrastructure conventionnelle qu\u2019on estime n\u00e9cessaire pour la poursuite d\u2019une \u00e9ducation artistique n\u2019est pas en fait si n\u00e9cessaire que cela. Il est trop t\u00f4t pour en juger les effets. Verra-t-on un moment de reconfiguration d\u2019une \u00e9ducation en arts lib\u00e9raux, pour le meilleur et le pire ? Serait-il possible, voire id\u00e9al, de faire conduire l\u2019\u00e9ducation artistique par des \u00e9tudiants r\u00e9pandus dans le monde entier, \u00e0 partir de leurs chambres, en supposant qu\u2019ils ont une chambre ? Cela met en \u00e9vidence la panac\u00e9e qu\u2019offre l\u2019universit\u00e9 quand elle fonctionne correctement, mais aussi les limites de l\u2019institution, de sa capacit\u00e9 \u00e0 pourvoir aux besoins des \u00e9tudiants en situation de contrainte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>WZ : Dans ton livre, tu mentionnes la notion avanc\u00e9e par Claire Bishop que \u00ab tout le monde est un \u00e9tudiant en beaux-arts \u00bb. Je pense que cela est d\u2019autant plus vrai maintenant que la ligne de d\u00e9marrage s\u2019\u00e9loigne pour tout le monde, et pas seulement pour les \u00e9tudiants en beaux-arts. Comment vois-tu les th\u00e9ories pr\u00e9sent\u00e9es dans le livre s\u2019\u00e9tendant \u00e0 d\u2019autres domaines, les humanit\u00e9s naturellement, mais m\u00eame les sciences et le commerce ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LCLB :<\/strong> J\u2019appr\u00e9cie vraiment la question, car j\u2019esp\u00e8re que le concept de travail d\u00e9marchandis\u00e9 pourra \u00eatre utilis\u00e9 plus g\u00e9n\u00e9ralement. Je me focalise sur quatre sites o\u00f9 on peut voir du travail d\u00e9marchandis\u00e9. J\u2019insiste sur le fait qu\u2019aux \u00c9tats-Unis, depuis le milieu des ann\u00e9es 1970, il n\u2019y a pas eu d\u2019augmentation salariale pour la vaste majorit\u00e9 de travailleurs. La Bourse a d\u00e9cupl\u00e9 en valeur, voil\u00e0 une mesure de la richesse sociale. L\u2019autre, la valeur du travail, est rest\u00e9e stagnante ; les salaires n\u2019ont pas augment\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019inflation. Ces deux indices de valeur ont une relation mutuelle. Ce qu\u2019exige une \u00e9conomie domin\u00e9e par la finance est d\u2019abord la stagnation des salaires, et ensuite leur disparition. C\u2019est cela que le concept de travail d\u00e9marchandis\u00e9 est cens\u00e9 aborder.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>WZ : Vois-tu cette forme de travail d\u00e9marchandis\u00e9 exister dans d\u2019autres domaines ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LCLB :<\/strong> Quand je commen\u00e7ais \u00e0 \u00e9laborer ce concept, je voyais son application d\u2019abord dans le monde de l\u2019art : dans les galeries, dans les pratiques sociales, dans les sc\u00e8nes informelles, autour de 2012-13. Apr\u00e8s, je l\u2019ai remarqu\u00e9 dans d\u2019autres domaines, les sports professionnels par exemple, qui n\u2019ont pas en principe de relation proche avec le monde de l\u2019art. De bien des fa\u00e7ons, ils sont construits et fonctionnent de mani\u00e8re similaire. Quelques vedettes gagnent \u00e9norm\u00e9ment d\u2019argent, et ont une grande visibilit\u00e9, mais la plupart des gens dans le monde de l\u2019art sont des \u00ab amateurs \u00bb, comme dans le monde sportif. La diff\u00e9rence est qu\u2019on peut aller \u00e0 une \u00e9cole de beaux-arts pour se former, chose impossible dans le monde sportif. Aujourd\u2019hui, on peut d\u00e9cider d\u2019obtenir un master pour devenir un artiste professionnel, mais on ne pourrait d\u00e9cider d\u2019\u00eatre un joueur de football [am\u00e9ricain] professionnel. Rien n\u2019existe pour que ce soit possible. N\u00e9anmoins, la plupart des sports professionnels d\u00e9pendent du travail b\u00e9n\u00e9vole. Si vous allez \u00e0 un tournoi de golf ou de tennis, la majorit\u00e9 des gens qui y travaillent sont des b\u00e9n\u00e9voles, m\u00eame s\u2019ils doivent respecter certaines r\u00e8gles, porter un uniforme et \u00eatre dirig\u00e9s par un patron, tout ce qu\u2019on associe \u00e0 un travail normal. La m\u00eame chose existe dans l\u2019universit\u00e9 : l\u2019\u00e9valuation de textes par des pairs, les expos\u00e9s d\u2019\u00e9tudiants, la recherche faite \u00e0 son compte. Idem pour le monde de l\u2019art. Je pense aux b\u00e9n\u00e9voles au Mus\u00e9e m\u00e9tropolitain d\u2019art, au MOMA (<em>Museum of Modern Art<\/em>) et aux mus\u00e9es d\u2019art plus petits. L\u2019\u00e9ducation secondaire publique aux \u00c9tats-Unis est g\u00e9r\u00e9e en partie par la PTA (<em>Parent Teacher Association<\/em>), la plus grande organisation de b\u00e9n\u00e9voles du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne pense pas qu\u2019une activit\u00e9 b\u00e9n\u00e9vole faite pour le plaisir soit comme une forme de travail d\u00e9marchandis\u00e9, mais il l\u2019est. On pourrait toujours payer quelqu\u2019un pour le faire, m\u00eame s\u2019il ne manque pas de gens proposant leurs services gratuitement. Maintenant que nous sommes en pleine crise sanitaire, il faut attendre pour voir quels seront les effets \u00e9conomiques sur le long terme. Cette crise n\u2019a pas commenc\u00e9 comme une crise \u00e9conomique, mais elle le deviendra. En cons\u00e9quence de la crise financi\u00e8re de 2007-08, beaucoup de postes ont \u00e9t\u00e9 perdus dans les humanit\u00e9s, et les institutions ont demand\u00e9 aux enseignants et aux doctorants de travailler plus pour moins d\u2019argent. On ne reviendra pas aux conditions de travail d\u2019auparavant. Je m\u2019attends \u00e0 ce que quelque chose de similaire ait lieu dans d\u2019autres domaines. Cela dit, je suis excit\u00e9e par les efforts d\u2019organisation qui ont \u00e9merg\u00e9 pendant la crise sanitaire, m\u00eame si on ne les voit pas encore, \u00e0 mon avis, dans les domaines du travail d\u00e9marchandis\u00e9. J\u2019ai r\u00e9cemment vu un titre dans <em>The New York Times<\/em> qui disait \u00ab le ch\u00f4mage monte en fl\u00e8che, mais le nombre de b\u00e9n\u00e9voles aussi \u00bb. Les deux sont \u00e9troitement li\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-38468\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/scandals.jpg\" alt=\"\" width=\"216\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/scandals.jpg 216w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/scandals-139x150.jpg 139w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/scandals-22x24.jpg 22w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/scandals-33x36.jpg 33w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/scandals-44x48.jpg 44w\" sizes=\"auto, (max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>WZ : D\u00e9j\u00e0, ton livre transcende des disciplines, du moins dans son \u00e9laboration : tu as travaill\u00e9 dans l\u2019universit\u00e9 et collabor\u00e9 avec des artistes divers avant de concevoir ce livre. Quelle est la diff\u00e9rence dans le processus d\u2019\u00e9laboration de ce livre par rapport au pr\u00e9c\u00e9dent ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LCLB :<\/strong> Mon premier livre s\u2019intitule <em>Scandals and Abstraction<\/em>, qui traite la relation entre finance et litt\u00e9rature. La finance est une forme \u00e9conomique, alors que la litt\u00e9rature est une forme artistique. Mon dernier livre traite une autre forme \u00e9conomique, le travail d\u00e9marchandis\u00e9, et une autre forme artistique, l\u2019art socialement engag\u00e9. Il est vrai que j\u2019enseigne dans un d\u00e9partement de lettres [aux \u00c9tats-Unis], mais mon doctorat est en <em>American Studies<\/em> et mon approche est assez interdisciplinaire. Je ne cherchais pas \u00e0 enseigner la litt\u00e9rature, mais il n\u2019y a pas beaucoup de d\u00e9partements d\u2019\u00e9tudes am\u00e9ricaines, et donc pas beaucoup de postes ; je suis tr\u00e8s reconnaissant d\u2019en avoir un. Dans mon premier livre, les \u00e9crivains trait\u00e9s appartiennent bien au canon : Brett Easton Ellis, Don DeLillo, Jane Smiley, de grands noms. Dans le livre actuel, par contre, je suis devenue amie avec certains artistes qui y figurent. Dans tous les cas, j\u2019ai partag\u00e9 ce qui j\u2019ai \u00e9crit avec les interview\u00e9s, et j\u2019ai sollicit\u00e9 leur avis. Beaucoup d\u2019entre eux m\u2019ont introduite dans le monde de l\u2019art engag\u00e9, qui n\u2019est pas si grand \u00e0 New York. Je n\u2019y ai pas pens\u00e9 avant, mais ta question inspire cette remarque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9trospectivement, je dirais que j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019adapter la pratique sociale comme m\u00e9thodologie, autrement dit de collaborer avec des gens dans un autre domaine que le mien, d\u2019intervenir dans un autre monde. Je ne sais pas si j\u2019ai chang\u00e9 quoi que ce soit, mais j\u2019ai essay\u00e9 de produire un concept nouveau. Mais celui-ci n\u2019aurait pas pu \u00e9merger sans les conversations avec les artistes. J\u2019ai essay\u00e9 d\u2019interviewer des artistes assez divers qui comprenaient et qui r\u00e9agissaient de mani\u00e8re diff\u00e9rente \u00e0 la d\u00e9marchandisation de leur travail. Pour certains, celle-ci est r\u00e9ellement lib\u00e9ratrice. Pour d\u2019autres, elle est appauvrissante et contraignante. Je n\u2019ai pas tant cherch\u00e9 \u00e0 dire qui a raison, et quelle est la bonne fa\u00e7on de r\u00e9agir \u00e0 cette forme \u00e9conomique qu\u2019\u00e0 dire ceci : la d\u00e9marchandisation existe, voil\u00e0 \u00e0 quoi elle ressemble, quelle sera notre r\u00e9action ? Le livre se termine sur une question que j\u2019esp\u00e8re ouverte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>WZ : Tout cela fait penser \u00e0 l\u2019id\u00e9e des \u00ab communs \u00bb, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendue \u00e0 la prise en compte des \u00ab sous-communs \u00bb. C\u2019est ce qui se passe dans le cas des \u00e9tudiants qui se lib\u00e8rent de ce qui les contraint, les cursus en beaux-arts, etc. Quelle est la relation entre le travail d\u00e9marchandis\u00e9 et l\u2019approche des communs ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LCLB :<\/strong> C\u2019est une question int\u00e9ressante et je suis contente que mon concept l\u2019ait suscit\u00e9e. Je pense qu\u2019une des caract\u00e9ristiques du concept de travail d\u00e9marchandis\u00e9 est qu\u2019il essaie vraiment de maintenir un lexique issu de l\u2019analyse marxiste, \u00e0 savoir la forme-marchandise. Cette derni\u00e8re est g\u00e9n\u00e9rative non seulement du monde social, mais aussi d\u2019une grande part de nos discours esth\u00e9tiques. \u00c0 un certain point, c\u2019est une question de m\u00e9thode. Une autre r\u00e9ponse est de dire que la d\u00e9marchandisation est un terme modeste en ce qu\u2019il d\u00e9crit ce qui existe d\u00e9j\u00e0 en creux dans un monde domin\u00e9 par la marchandise, alors que l\u2019espoir pour les communs est celui d\u2019une transformation non seulement de notre monde, mais aussi de notre imaginaire. C\u2019est ce que j\u2019appr\u00e9cie du concept, mais aussi ce qui m\u2019exasp\u00e8re. Je pense aux critiques d\u2019art qui utilisent des mots comme \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb et \u00ab transformateur \u00bb. Pour moi, il y a un vrai foss\u00e9 entre ce genre de langage, et ce qui se passe r\u00e9ellement dans des espaces artistiques divers. Ainsi, je voudrais imposer une sorte de r\u00e9conciliation entre la provenance de l\u2019art et ce qu\u2019on en fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un livre int\u00e9ressant en rapport avec cette question est <em>Poor Queer Studies<\/em> par un coll\u00e8gue \u00e0 la CUNY (<em>City University of New York<\/em>), <a href=\"https:\/\/www.gc.cuny.edu\/people\/matt-brim\">Matt Brim<\/a>. Il se demande comment appliquer ce genre de th\u00e9orie dans une universit\u00e9 publique sous-financ\u00e9e. Est-ce que mon livre a chang\u00e9 ma propre relation \u00e0 l\u2019universit\u00e9 ? J\u2019ai partag\u00e9 une partie du premier chapitre avec mes \u00e9tudiants. Je leur ai demand\u00e9 : pourquoi ne luttez-vous pas pour obtenir un salaire ? Apprendre cette histoire [des gr\u00e8ves estudiantines des ann\u00e9es 1970] a chang\u00e9 les types de questions que je pose d\u00e9sormais aux \u00e9tudiants, qui ne me comprenaient pas. La plupart d\u2019entre eux ne sont m\u00eame pas oppos\u00e9s \u00e0 des augmentations des frais de scolarit\u00e9. Ils ne veulent pas de l\u2019\u00e9ducation gratuite, m\u00eame si la CUNY \u00e9tait gratuite autrefois. Voil\u00e0 une r\u00e9ponse r\u00e9aliste \u00e0 ta question : le foss\u00e9 entre ce dont je parle dans le livre et les r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes de l\u2019enseignement est assez grand, et a besoin d\u2019\u00eatre abord\u00e9 autrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>WZ : As-tu des conseils \u00e0 donner aux \u00e9tudiants qui suivent actuellement un cursus en beaux-arts ? Quelle est la question la plus importante demandant de la r\u00e9flexion ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LCLB :<\/strong> Pour moi, c\u2019est ceci : dans quelle sorte de monde de l\u2019art voulez-vous habiter ? Peut-\u00eatre que ce n\u2019est pas ce que vous voyez quand vous zoomez depuis votre chambre, j\u2019esp\u00e8re que ce monde sera plus communicatif que cela. Mais je pense que votre communaut\u00e9 actuelle est votre monde de l\u2019art. C&rsquo;est mon espoir que l\u2019exp\u00e9rience de cela provoquera la question : si c\u2019est cela le monde de l\u2019art que nous habiterons, qu\u2019en pensons-nous ? Ce monde n\u2019est pas ailleurs, \u00e0 Chelsea [quartier boh\u00e8me de New York], dans une biennale, dans une autre \u00ab ville mondiale \u00bb. S\u2019il existe l\u00e0 o\u00f9 nous vivons, quelles sont les possibilit\u00e9s de d\u00e9veloppement et de transformation ? Beaucoup de discours universitaires, que ce soit dans une \u00e9cole de beaux-arts ou dans un programme doctoral, cherchent \u00e0 se d\u00e9placer ailleurs, \u00e0 s\u2019engager dans une autre conversation, dans un autre lieu, o\u00f9 que ce soit. Comment exister dans l\u2019espace o\u00f9 on se trouve, comment se r\u00e9concilier avec lui, et comment le transformer ? Cette question est moins excitante que celle d\u2019un autre monde. Mais nous y sommes, n\u2019est-ce pas ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-38472\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/laberge-1-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><span style=\"font-size: 10pt;\">Leigh Claire La Berge est <em>associate professor<\/em> en Anglais, City University of New York, autrice de <em>Wages Against Artwork<\/em> (2019) et <em>Scandals and Abstraction<\/em> (2015).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Wen Zhuang est une \u00e9crivaine et \u00e9ditrice qui vit \u00e0 New York. Elle a un master en <em>American <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-38473\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/zhuang-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Studies<\/em> (Brown University) et un dipl\u00f4me en beaux-arts de la Rhode Island School of Design<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7069\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\" alt=\"bouton citer\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/strong><strong>ZHUANG<span style=\"font-size: 10pt;\"> Wen<\/span><\/strong><span style=\"font-size: 10pt;\">, \u00abQuand la vie, c\u2019est de l\u2019art, et le travail, toute la vie &#8211; Leigh Claire LA BERGE, interview\u00e9e par Wen ZHUANG\u00bb, <em>Articles<\/em> [En ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2022, mis en ligne le 1er d\u00e9cembre 2022. URL : https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/quand-la-vie-cest-de-lart-et-le-travail-toute-la-vie-leigh-claire-la-berge-interviewee-par-wen-zhuang\/<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"su-divider su-divider-style-default\" style=\"margin:15px 0;border-width:3px;border-color:#999999\"><a href=\"#\" style=\"color:#999999\">Aller en haut<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son dernier livre \u00ab\u00a0Wages Against Artwork\u00a0\u00bb (Duke University Press, 2019), Leigh Claire La Berge maintient que l\u2019artiste est peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019avant-garde d\u2019une reconfiguration du syst\u00e8me capitaliste.<\/p>\n","protected":false},"author":90,"featured_media":38494,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018,780],"tags":[1044],"coauthors":[795],"class_list":["post-38459","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-arts","tag-demarchandisation"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38459","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/90"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38459"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38459\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/38494"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38459"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38459"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38459"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=38459"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}