
{"id":34170,"date":"2019-03-31T18:20:55","date_gmt":"2019-03-31T16:20:55","guid":{"rendered":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?p=34170"},"modified":"2019-11-28T10:38:41","modified_gmt":"2019-11-28T09:38:41","slug":"34170-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/34170-2\/","title":{"rendered":"Spectacle \u00e0 deux : le chanteur et le guitariste &#8211; Garry WHANNEL"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34170?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34170?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><div class=\"su-note\"  style=\"border-color:#b7b9c2;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\"><div class=\"su-note-inner su-u-clearfix su-u-trim\" style=\"background-color:#d1d3dc;border-color:#ffffff;color:#000000;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: 10pt;\">Cette pi\u00e8ce occasionnelle (\u00ab <a href=\"https:\/\/garrywhannel.com\/longer-writing\/\">Double Acts<\/a> \u00bb) a \u00e9t\u00e9 post\u00e9e par Garry Whannel sur son <a href=\"https:\/\/garrywhannel.com\/\">site personnel<\/a>. Elle a \u00e9t\u00e9 traduite avec sa permission et annot\u00e9e par David Buxton.<\/span><\/em><\/p>\n<\/div><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autre jour [en d\u00e9cembre 2017], j\u2019ai vu les Pretty Things en concert au Borderline, un petit club \u00e9tabli depuis longtemps, qui se cache derri\u00e8re Charing Cross Road \u00e0 Londres. La salle, passablement sombre, a une forme bizarre, peinte en noir, avec la sc\u00e8ne dans un coin, le bar \u00e0 l\u2019arri\u00e8re avec quelques canap\u00e9s, et un couloir en L menant aux toilettes. S\u2019il s\u2019agissait de recr\u00e9er l\u2019ambiance des bouges des ann\u00e9es 1960 (exception faite du bar, encore plus rudimentaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque), c\u2019est une grande r\u00e9ussite. Mais dans cet exercice les Pretty Things font encore mieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-32299\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/pretty-things.jpg\" alt=\"\" width=\"171\" height=\"153\" \/>Avec les Rolling Stones et les Who, les Pretty Things sont les derniers survivants de ce moment fatidique entre 1956 et 1963 quand certains gar\u00e7ons britanniques ont d\u00e9couvert le blues des Noirs am\u00e9ricains [1]. \u00c0 la diff\u00e9rence des Rolling Stones et des Who, qui font un retour nostalgique aux racines de temps \u00e0 autre, ils n\u2019ont jamais r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre stars au point de jouer dans des stades ou des ar\u00e8nes, et continuent donc \u00e0 jouer dans de petits clubs pour gagner leur vie [2]. En cons\u00e9quence, quasiment plus personne n\u2019arrive \u00e0 capter aussi bien qu\u2019eux l\u2019aspect rugueux de l\u2019\u00e9poque, sans pistes rythmiques (<em>click tracks<\/em>), projections sur \u00e9cran g\u00e9ant, ou arrangements complexes avec claviers, anches et chanteurs suppl\u00e9mentaires. C\u2019est un quintette rock classique \u2013 un batteur, un bassiste, un chanteur et deux guitaristes [3]. Deux d\u2019entre eux \u2013 Phil May et Dick Taylor \u2013 sont des survivants du groupe original de 1963 ; les trois autres, plus jeunes, ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s en 1994, 2007 et 2008 [4]. Leur son m\u2019a fait penser \u00e0 deux albums qui, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, rendent hommage aux groupes des ann\u00e9es 1960 qui s\u00e9vissaient dans les clubs : \u00ab Stupidity \u00bb de Dr Feelgood, et \u00ab Pinups \u00bb de David Bowie, lequel inclut deux chansons des Pretty Things.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au c\u0153ur du groupe est l\u2019interaction entre le vocaliste Phil May et le guitariste Dick Taylor, septuag\u00e9naires n\u00e9s \u00e0 Dartford, la banlieue sans \u00e2me au sud-est de Londres d\u2019o\u00f9 sont \u00e9galement issus Mick Jagger et Keith Richards des Rolling Stones [5]. Phil May ressemble \u00e0 un vieux rocker avec le visage burin\u00e9 de quelqu\u2019un qui a beaucoup v\u00e9cu, et porte une chemise blanche avec col ouvert et cravate noire mince nou\u00e9e loin du cou. Dick Taylor, qui a une calvitie avanc\u00e9e, n\u2019a pas vieilli aussi bien, il est un peu vo\u00fbt\u00e9, avec des lunettes \u00e9paisses en monture \u00e0 corne, le tout ressemblant au p\u00e8re d\u2019Elvis Costello. Mais quel guitariste !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/PrWzkMTPvpM\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la plupart des groupes cl\u00e9s des ann\u00e9es 1960 et 1970, l\u2019interaction entre le chanteur et le guitariste est au centre de la performance. En d\u00e9pit de la technicit\u00e9 spectaculaire du batteur Keith Moon et la dext\u00e9rit\u00e9 du bassiste John Entwistle, le noyau sur sc\u00e8ne des Who \u00e9tait compos\u00e9 du chanteur Roger Daltrey et du guitariste Pete Townshend. Le batteur Charlie Watts a beau \u00eatre le moteur des Rolling Stones, mais l\u2019impact sensible est venu de Jagger et de Richards. Dans Led Zeppelin, le chanteur adonisien Robert Plant contraste avec le guitariste saturnin Jimmy Page. R\u00e9duit \u00e0 son essence, le spectacle \u00e0 deux se trouvait sous une forme brute de d\u00e9coffrage dans le groupe Dr Feelgood, o\u00f9 la sexualit\u00e9 agressive et les yeux per\u00e7ants du chanteur Lee Brilleaux faisaient le contrepoint au regard fixe et les gestes robotiques, maniaques du guitariste Wilko Johnson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans tous les cas, il y a une chimie sexuelle \u00e0 l\u2019\u0153uvre, enracin\u00e9e dans de petits indices d\u2019intimit\u00e9 et d\u2019hostilit\u00e9. Notoirement, les relations entre Jagger et Richards ont \u00e9t\u00e9 orageuses par moments [6]. Au d\u00e9but, Daltrey et Townshend sont venus aux mains sur sc\u00e8ne et hors sc\u00e8ne, et ils ont continu\u00e9 \u00e0 se lancer p\u00e9riodiquement des louanges et des insultes. La magie intense sur sc\u00e8ne de Brilleaux et Johnson s\u2019est av\u00e9r\u00e9e fragile et instable, qui n\u2019a pas dur\u00e9. Apr\u00e8s son \u00e9viction de Dr Feelgood, Wilko Johnson a rejoint bri\u00e8vement le groupe du chanteur Ian Dury, qui a remarqu\u00e9 apr\u00e8s coup que \u00ab <em>parfois Monsieur Johnson se conduit un peu comme une ballerine<\/em> \u00bb. Je ne sais pas si May et Taylor s\u2019entendent bien. Ils semblent \u00eatre amis, mais un peu de tension serait end\u00e9mique \u00e0 la relation entre chanteur et guitariste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela s\u2019explique en grande partie par la dynamique structurelle de la composition du groupe rock classique. Le bassiste, qui tend \u00e0 \u00e9viter les feux de la rampe, doit se mettre en relation \u00e9troite avec le batteur, car ensemble ils fournissent le rythme et la fondation. Si cela n\u2019est pas assur\u00e9, le groupe ne sera jamais convaincant musicalement. Le guitariste et le chanteur, en revanche, se trouvent au-devant de la sc\u00e8ne. Typiquement, chacun apporte quelque chose de diff\u00e9rent. Le chanteur est le point de fixation pour la plus grande partie de l\u2019audience qui, non-musicien, s\u2019int\u00e9resse moins \u00e0 la m\u00e9canique du son qu\u2019\u00e0 son impact visuel. Tout en \u00e9tant lui-m\u00eame un p\u00f4le d\u2019int\u00e9r\u00eat visuel, le guitariste se met en contrepoint au chanteur, \u00e0 travers des blocs d\u2019accords puissants, des phras\u00e9s \u00e9l\u00e9gants, des aigus pleurants, ou des sonorit\u00e9s qui s\u2019envolent, qui \u00ab chantent \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/YMS47w8hAZ8\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se peut bien que chacun soit inconsciemment jaloux l\u2019un de l\u2019autre. Les guitaristes veulent bien faire chanter leur instrument, mais savent qu\u2019ils manquent de pr\u00e9sence pour se mettre plus en avant. Les chanteurs peuvent se sentir nus sans instrument, et souvent leurs gestes miment l\u2019acte de jouer. Un guitariste qui joue trop fort peut noyer un chanteur, alors qu\u2019un chanteur trop flamboyant peut monopoliser l\u2019attention au d\u00e9triment du guitariste. En tourn\u00e9e, les Rolling Stones laissent Keith Richards, dont la voix rauque n\u2019est pas assez forte pour assurer un concert entier, chanter quelques morceaux. Lass\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00e9clips\u00e9 par les agissements de Jagger pendant ses propres tours de chant, Richards a exig\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es que celui-ci quitte la sc\u00e8ne momentan\u00e9ment, et il a m\u00eame fait inscrire cette demande dans son contrat. Daltry, chanteur des Who, a probablement pens\u00e9 que l\u2019intellectuel guitariste Townshend le m\u00e9prisait comme l&rsquo;ancien chaudronnier qu&rsquo;il fut, forcement inculte, alors que Townshend a cit\u00e9 la responsabilit\u00e9 de composer et d\u2019arranger presque toutes les chansons comme une forme de pression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Beatles ne rentrent pas tout \u00e0 fait dans ce moule, car les deux leaders, Lennon et McCartney, jouaient tous les deux d&rsquo;instruments ; bien que McCartney ait jou\u00e9 de la basse sur sc\u00e8ne, il \u00e9tait aussi adepte \u00e0 la guitare, et au moins l\u2019\u00e9gal de Ringo \u00e0 la batterie (d\u2019o\u00f9 le commentaire acide de Lennon quand Ringo a gagn\u00e9 le prix du meilleur batteur au Royaume-Uni : <em>\u00ab ce n\u2019est m\u00eame pas le meilleur batteur des Beatles \u00bb<\/em>). Le guitariste soliste, George Harrison, timide et plus jeune que les autres, \u00e9tait plut\u00f4t un apprenti au d\u00e9but, quand Lennon et McCartney \u00e9crivaient toutes les chansons, chacun en la pr\u00e9sence de l\u2019autre. Mais m\u00eame eux ont finalement succomb\u00e9 \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 dans la fin acrimonieuse du groupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, May et Taylor, comme Jagger et Richards, et Daltrey et Townshend, semblent avoir d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019ils ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 rester ensemble [7]. Parfois la magie d\u00e9pend de l\u2019unit\u00e9 fragile du spectacle \u00e0 deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/G-bBhgMtPsc\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p><strong>Annotations (DB)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. Cette d\u00e9couverte du blues fut suivie par une p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9tude et d&rsquo;analyse intense. Dans son autobiographie (<em>Life<\/em>, Laffont, 2010), Keith Richards raconte comment lui et Brian Jones passaient des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 d\u00e9cortiquer les disques, difficilement trouvables \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, des <em>bluesmen<\/em> de Chicago, afin de ma\u00eetriser les astuces techniques, les sonorit\u00e9s et le jeu d&rsquo;ensemble (p. 126-33). Voir aussi Eric Clapton discutant le jeu de Robert Johnson (<em>Eric Clapton<\/em>, Arrow Books, London, 2008), p. 40-41.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2. cf. les propos du batteur Bill Bruford (Yes, King Crimson) sur l&rsquo;influence du lieu sur le jeu rythmique. <em>\u00ab Si vous voulez que quelque chose d&rsquo;un peu subtil soit entendu jusqu&rsquo;au dernier rang d&rsquo;une salle de plus de mille places, il vous va falloir m\u00e9nager l&rsquo;espace correspondant dans la musique, et formuler votre id\u00e9e avec le plus grand soin. Si vous souhaitez dire quelque chose d&rsquo;intelligent, il faudra le faire clairement, avec le moins de notes possible. Ne vous avisez surtout pas de jouer \u00e0 un tempo plus rapide que celui, pesant et lugubre, de Pink Floyd. [&#8230;] Dans l&rsquo;habitat exigu et naturel qu&rsquo;est le club de jazz, chaque son est audible. Le savoir-faire d&rsquo;un batteur ne d\u00e9pend pas de la clart\u00e9 de son articulation ; il recherche au contraire une certaine ambigu\u00eft\u00e9 d&rsquo;expression. \u00bb<\/em> (Bill Bruford, <em>L&rsquo;Autobiographie<\/em>, Le Mot et le Reste, 2012, p. 212). Le style de rock connu sous le nom de \u00ab <em>heavy metal<\/em> \u00bb, avec sa forme carr\u00e9e et \u00e9paisse (qui n&rsquo;excluait pas des solos endiabl\u00e9s), \u00e9tait plus \u00e0 m\u00eame de s&rsquo;adapter aux concerts en stade, beaucoup plus rentables. Un concert d&rsquo;un groupe de jazz en pareil lieu n&rsquo;aurait aucun sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3. Ce format de base des ann\u00e9es 1960 a connu de multiples variantes par la suite. Le second guitariste \u00ab rythmique \u00bb tendait \u00e0 dispara\u00eetre \u00e0 la fin de la d\u00e9cennie en raison du progr\u00e8s dans le jeu des bassistes (inspir\u00e9 par Paul McCartney, Jack Bruce, Tim Bogert, et John Entwistle entre autres) et des am\u00e9liorations techniques dans l&rsquo;enregistrement et dans la technologie d&rsquo;amplification, favorisant un format classique \u00e0 quatre qui pourrait m\u00eame se r\u00e9duire \u00e0 trois si le guitariste assurait aussi le chant (comme Eric Clapton dans Cream). Le format le plus r\u00e9pandu dans le rock progressif des ann\u00e9es 1970 \u00e9tait cinq membres avec l&rsquo;addition d&rsquo;un clavi\u00e9riste, \u00e9galement soliste. Dans son autobiographie (p. 126), Keith Richards raconte comment les Rolling Stones essayaient de s&rsquo;approcher au maximum au son du blues de Chicago des ann\u00e9es 1950 : deux guitares, une basse, une batterie, un piano. D&rsquo;apr\u00e8s Richards, le pianiste Ian Stewart, membre fondateur, a \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9 \u00e0 la demande de la maison de disques Decca en 1964, qui jugeait que le piano \u00e9tait de trop (probablement parce que, difficile \u00e0 transporter, il est mal adapt\u00e9 aux tourn\u00e9es promotionnelles). D&rsquo;autres affirment que le manager du groupe, Andrew Loog Oldham, pensait que son physique de d\u00e9m\u00e9nageur et son visage au menton carr\u00e9 nuiraient aux photos promotionnelles. Stewart est rest\u00e9 avec le groupe comme chauffeur et musicien contractuel jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1985.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4. Entre 1963 et aujourd&rsquo;hui, les Pretty Things n&rsquo;ont vu passer rien de moins que 33 musiciens dans le format de base, certains rejoignant le groupe \u00e0 plusieurs reprises. On pourrait parler d&rsquo;une petite entreprise brassant les g\u00e9n\u00e9rations se sp\u00e9cialisant dans des concerts <em>old school<\/em>. Le ph\u00e9nom\u00e8ne du groupe-entreprise, dans lequel le nom historique devient une forme de capital de marque, est r\u00e9pandu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5. Dartford est surtout connu pour ses h\u00f4pitaux psychiatriques. Pour la petite histoire, Dick Taylor fut membre fondateur des Rolling Stones en juin 1962, jouant de la basse. Il a quitt\u00e9 le groupe apr\u00e8s cinq mois pour s&rsquo;inscrire \u00e0 la Central School of Art and Design (Londres), o\u00f9 il a fond\u00e9 les Pretty Things avec son ami d&rsquo;enfance Phil May.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6. Pour Keith Richards, il y a eu trois trahisons, chacune symptomatique de la tension entre chanteur et guitariste. D&rsquo;abord, et anecdotiquement, la relation sexuelle capt\u00e9e entre Jagger et la partenaire de Richards, Anita Pallenberg, dans le film <em>Performance<\/em> en 1967. Ensuite, plus s\u00e9rieusement, le choix de Jagger de privil\u00e9gier sa carri\u00e8re solo dans les ann\u00e9es 1980 au d\u00e9triment des tourn\u00e9es des Rolling Stones, culminant dans un contrat pour trois albums solos moyennant 20 millions de dollars, sign\u00e9 dans le dos des autres membres du groupe. Citons Keith Richards (<em>Life<\/em>, p. 523, 525, 527, 528) : <em>\u00ab C&rsquo;est au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 que Mick Jagger est devenu de plus en plus imbuvable. [&#8230;] Dans un groupe, un \u00e9go hypertrophi\u00e9, c&rsquo;est toujours un probl\u00e8me. [&#8230;] Il n&rsquo;y a pas de chanteur qui n&rsquo;en a pas [de grandes id\u00e9es]. C&rsquo;est une maladie connue, le SCL, \u00ab\u00a0le syndrome du chanteur lead\u00a0\u00bb. Il avait d\u00e9j\u00e0 eu des signes avant-coureurs, mais l\u00e0, il avait attrap\u00e9 la forme aigu\u00eb. [&#8230;] Ils finissent par se convaincre qu&rsquo;ils sont uniques. \u00bb <\/em>Enfin, la trahison du go\u00fbt : <em>\u00ab J&rsquo;ai constat\u00e9 que les go\u00fbts musicaux de Mick avaient radicalement chang\u00e9. En gros, il voulait m&rsquo;imposer le dernier tube disco qu&rsquo;il avait entendu en bo\u00eete. [&#8230;] \u00c7a lui a donn\u00e9 une mentalit\u00e9 d&rsquo;\u00e9ponge en mati\u00e8re de musique. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La rivalit\u00e9 aigu\u00eb entre le chanteur Ian Gillan et le guitariste Richie Blackmore fut fatale au groupe Deep Purple dans sa phase la plus r\u00e9ussie. <em>\u00ab <\/em>In Rock<em> [1970] repr\u00e9sente l&rsquo;intronisation de Gillan comme le chanteur-hurleur et le <\/em>frontman<em> dont Deep Purple avait besoin. Cons\u00e9quence directe, celui-ci se place en rival de Richie Blackmore qui a l&rsquo;habitude de voir les projecteurs braqu\u00e9s sur lui pendant ses longues improvisations. La guerre est d\u00e9clar\u00e9e sans \u00e9quivoque, le guitariste annon\u00e7ant au chanteur : \u00ab\u00a0Sache que je le dis pas m\u00e9chamment, mais je vais essayer de t&rsquo;\u00e9clipser tous les soirs\u00a0\u00bb. \u00bb<\/em> (Jean-Sylvain Cabot, <em>Deep Purple, Rhapsody in Rock<\/em>, Le Mot et le Reste, 2013, p. 173). Citons aussi la tension entre le chanteur des Yardbirds (pr\u00e9curseurs de Led Zeppelin), Keith Relf, et le guitariste Jeff Beck ; selon l&rsquo;autre guitariste Chris Dreja, <em>\u00ab<\/em> <em>Keith [Relf] \u00e9tait tr\u00e8s fragile. Peu \u00e0 peu l&rsquo;alcool a pris le dessus. C&rsquo;\u00e9tait dur pour lui de rivaliser avec le guitariste solo et de trouver sa place dans le groupe. \u00bb<\/em> (Chris Welch, <em>The Man who Led Zeppelin<\/em>, Rivages Rouge\/Payot, 2009 (\u00e9dition anglaise, 2002), p. 56).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">7. Richards (<em>Life<\/em>, p. 555) : <em>\u00ab En d\u00e9pit de tout, la relation entre Mick et moi marche encore. [&#8230;] Mais il faut que nos loges respectives soient aussi loin que possible l&rsquo;une de l&rsquo;autre. [&#8230;] Quand on se retrouve tous les deux, on a constamment des id\u00e9es. Entre nous, il y a une \u00e9tincelle \u00e9lectro-magn\u00e9tique. \u00bb <\/em>Plus loin, il pr\u00e9cise (p. 567) : <em>\u00ab Les tourn\u00e9es, c&rsquo;est le seul moyen de survivre. Les droits g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les ventes de disques couvraient \u00e0 peine les frais de fonctionnement, et on ne pouvait pas tourner en s&rsquo;appuyant sur la sortie d&rsquo;un nouvel album comme dans l&rsquo;ancien temps. En fin de compte, les m\u00e9ga-tourn\u00e9es ont constitu\u00e9 la source de revenus qui permettait \u00e0 la machine de continuer \u00e0 fonctionner. \u00bb<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7069\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\" alt=\"bouton citer\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/a><span style=\"font-size: 10pt;\">WHANNEL Garry, \u00abSpectacle \u00e0 deux : le chanteur et le guitariste &#8211; Garry WHANNEL\u00bb, <em>Articles<\/em> [En ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2019, mis en ligne le 1er mars 2019. URL : https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/spectacle-a-deux-le-chanteur-et-le-guitariste-garry-whannel\/<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><div class=\"su-note\"  style=\"border-color:#b7b9c2;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\"><div class=\"su-note-inner su-u-clearfix su-u-trim\" style=\"background-color:#d1d3dc;border-color:#ffffff;color:#000000;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\"><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em> <a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/whannelbis.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-32967 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/whannelbis-150x116.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"116\" \/><\/a><span style=\"font-size: 10pt;\">Gary Whannel est professeur \u00e9m\u00e9rite de l&rsquo;universit\u00e9 de Bedfordshire (Royaume-Uni), o\u00f9 il a enseign\u00e9 la culture populaire et les m\u00e9dias. Il est l&rsquo;auteur de nombreux articles et livres sur les m\u00e9dias, le m\u00e9c\u00e9nat et le sport. Dans sa jeunesse, il fut guitariste du groupe AWD (de l&rsquo;\u00e9cole \u00ab Canterbury \u00bb).<\/div><\/div><\/span><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class=\"su-divider su-divider-style-default\" style=\"margin:15px 0;border-width:3px;border-color:#999999\"><a href=\"#\" style=\"color:#999999\">Aller en haut<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec les Rolling Stones et les Who, les Pretty Things sont les derniers survivants de ce moment fatidique entre 1956 et 1963 quand certains gar\u00e7ons britanniques ont d\u00e9couvert le blues des Noirs am\u00e9ricains. <\/p>\n","protected":false},"author":90,"featured_media":33987,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018],"tags":[154,1012],"coauthors":[795],"class_list":["post-34170","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","tag-cultural-studies","tag-performance"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34170","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/90"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34170"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34170\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/33987"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34170"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=34170"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=34170"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=34170"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}