
{"id":31581,"date":"2018-06-01T12:15:12","date_gmt":"2018-06-01T10:15:12","guid":{"rendered":"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?p=31581"},"modified":"2020-03-01T09:01:47","modified_gmt":"2020-03-01T08:01:47","slug":"crise-financiere-et-telerealite-un-entretien-avec-michelle-chihara","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/crise-financiere-et-telerealite-un-entretien-avec-michelle-chihara\/","title":{"rendered":"Crise financi\u00e8re et t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 : un entretien avec Michelle CHIHARA"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31581?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31581?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><div class=\"su-note\"  style=\"border-color:#b7b9c2;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\"><div class=\"su-note-inner su-u-clearfix su-u-trim\" style=\"background-color:#d1d3dc;border-color:#ffffff;color:#000000;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>Pr\u00e9sentation<\/strong> : Michelle Chihara enseigne la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine contemporaine et la creative writing \u00e0 Whittier College, une universit\u00e9 priv\u00e9e au sud-est de Los Angeles ; elle est aussi responsable des pages \u00e9conomiques de la Los Angeles Review of Books, et auteure de fictions prim\u00e9es. Cet entretien, traduit par moi, fut publi\u00e9 sur le site de la Johns Hopkins University Press \u00e0 l&rsquo;occasion de la publication de son article \u00ab Extreme Hoards : Race, Reality Television &amp; Real Estate Value during the 2008 Financial Crisis \u00bb (tir\u00e9 de sa th\u00e8se de doctorat) dans la revue Postmodern Culture. Michelle Chihara est codirectrice de l&rsquo;anthologie The Routledge Companion to Literature and Economics (2018), \u00e0 laquelle j&rsquo;ai eu l&rsquo;honneur de contribuer un chapitre sur les s\u00e9ries. L&rsquo;approche esquiss\u00e9e ici, qui marie la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9, la conjoncture \u00e9conomique et la culture populaire au sens large, devrait inspirer des analyses similaires des franchises et adaptations fran\u00e7aises de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9, beaucoup plus reli\u00e9e aux questions d&rsquo;id\u00e9ologie \u00e9conomique que l&rsquo;on imagine (David Buxton)<\/span>.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Dans quelle mesure est-il dangereux de divorcer la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques de l\u2019\u00e9poque ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Michelle Chihara :<\/strong> Je pense qu\u2019il y a danger \u00e0 concevoir une fronti\u00e8re nette entre la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique et la culture. Il y a danger dans la notion qu\u2019avance parfois la science \u00e9conomique d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 objective, tangible qui s\u2019appelle \u00ab l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle \u00bb, mesurable de fa\u00e7on neutre par des outils techniques. On ne peut divorcer l\u2019\u00e9conomie des questions de culture et de pouvoir. L\u2019\u00e9tude de l\u2019\u00e9conomie est l\u2019\u00e9tude des relations sociales de pouvoir, point barre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je viens d&rsquo;un endroit qui valorise la performance et la construction d\u2019une identit\u00e9 personnelle, alors voir l\u2019\u00e9conomie en termes de culture et de pouvoir \u00e0 tous les niveaux me vient facilement. La culture n\u2019est pas comme un spectacle accessoire ou une sauce sp\u00e9ciale rajout\u00e9e. Quant \u00e0 elle, l\u2019\u00e9conomie ne repose sur aucune fondation, c\u2019est un syst\u00e8me autor\u00e9flexif. Cela ne veut pas dire que le syst\u00e8me n\u2019a pas d\u2019existence objective ; la culture est imbriqu\u00e9e dans la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique. L\u2019\u00e9conomie n\u2019est donc pas un mensonge, mais ce n\u2019est pas toute la v\u00e9rit\u00e9 non plus. Les cons\u00e9quences de la souffrance \u00e9conomique sont extr\u00eamement r\u00e9elles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019existe pas de bonne \u00ab \u00e9conomie r\u00e9elle \u00bb en dehors de la sp\u00e9culation financi\u00e8re. Et il n\u2019existe pas d\u2019\u00e9quilibre rationnel, m\u00e9ritocratique, que l\u2019on peut trouver en r\u00e9fl\u00e9chissant dans les termes de la politique mon\u00e9taire, ultime science virile. Les sentiments et les rapports de force font partie du syst\u00e8me. Comprendre le capitalisme, c\u2019est comprendre ce que <a href=\"https:\/\/sydney.edu.au\/arts\/political_economy\/staff\/profiles\/martijn.konings.php\">Martijn Konings<\/a> appelle \u00ab <a href=\"https:\/\/www.sup.org\/books\/title\/?id=25513\">la logique \u00e9motionnelle du capitalisme<\/a> \u00bb. Je soutiens que la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 et la culture populaire font aussi partie de cette logique. Il est impossible \u00e0 mon avis d\u2019exciser l\u2019\u00e9conomie politique de l\u2019\u00e9tude de la culture ; \u00e9galement, on ne peut divorcer les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques de l\u2019\u00e9tude de la soci\u00e9t\u00e9 dans une optique plus large. Ce qui est dangereux, c\u2019est d\u2019imaginer que l\u2019argent ou l\u2019\u00e9conomie peut \u00eatre neutre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019aime citer \u00e0 cet \u00e9gard <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Joan_Didion\">Joan Didion<\/a> : \u00ab <em>On se raconte tous des histoires afin de vivre<\/em> \u00bb [1]. Je pense que beaucoup de gens interpr\u00e8tent cette phrase ainsi : \u00ab On se raconte des mensonges afin de s\u2019en sortir \u00bb. Je la lis plut\u00f4t en ce sens : \u00ab On se raconte des histoires parce qu\u2019on vit \u00e0 travers et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des histoires, on est compos\u00e9 d\u2019histoires \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 a un rapport \u00e9trange au r\u00e9alisme. Elle r\u00e9fracte la r\u00e9alit\u00e9 sociale \u00e0 travers un miroir d\u00e9formant, avec de grosses sommes d\u2019argent. Mais celles-ci constituent d\u00e9j\u00e0 un miroir d\u00e9formant. Autrement dit, la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 charrie en son sein des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques. Il me semble, \u00e0 un niveau plus g\u00e9n\u00e9ral, que les enjeux de ce genre de spectacle permettent de mieux comprendre la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine et les divers courants de sa culture populaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Souvent, on critique la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 pour son manque de diversit\u00e9 raciale et ethnique. Pourquoi cette diversit\u00e9 qui caract\u00e9rise <em>Extreme Makeover : Home Edition<\/em> est-elle probl\u00e9matique ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>M.C. :<\/strong> Ce n\u2019est pas la diversit\u00e9 qui est probl\u00e9matique, c\u2019est le spectacle lui-m\u00eame, n\u2019est-ce pas ? Ce serait autrement probl\u00e9matique si l\u2019on ne donnait ces \u00ab maisons extr\u00eames \u00bb qu\u2019aux Blancs. Mais il n\u2019y a pas de distribution raciale \u00ab neutre \u00bb dans ce spectacle sur le r\u00eave am\u00e9ricain et sur les \u00ab pauvres m\u00e9ritants \u00bb. <em>Extreme Makeover : Home Edition<\/em> (ABC, 2003-12) \u00e9tait une somptueuse fantaisie typique du capitalisme tardif, sans une once de socialisme. L\u2019acte de donner un McManoir de 3000m2 en motif bateau de pirate \u00e0 des gens suppos\u00e9ment \u00ab m\u00e9ritants \u00bb se transforme en spectacle. Cela peut \u00eatre intense sur le plan \u00e9motionnel, quand la vie difficile des gens d\u00e9cents et travailleurs est profond\u00e9ment soulag\u00e9e, mais en m\u00eame temps, toutes sortes de questions \u00e9pineuses se posent. Pourquoi des gens si \u00ab m\u00e9ritants \u00bb sont-ils si pauvres ? Dans une nation riche, technologiquement avanc\u00e9e, ostensiblement d\u00e9mocratique, on voit des gens luttant pour la survie, sans avoir les moyens de r\u00e9parer le toit de la chambre de leurs enfants. On s\u2019appuie sur cette r\u00e9alit\u00e9 comme un pr\u00e9texte pour faire de la publicit\u00e9 pour des comptoirs en granit dans une \u00e9mission divertissante, qui met du baume au c\u0153ur. Comment expliquer tout cela ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/m3uQX3Oki8Q\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Extreme Makeover : Home Edition<\/em>\u00a0 (sous-titres en anglais disponible)<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, votre question concerne plut\u00f4t le r\u00f4le qui y est jou\u00e9 par la race. Dans mon article, j\u2019affirme que ce <em>show<\/em> prend \u00e0 son compte la rh\u00e9torique utilis\u00e9e par Bill Clinton, George W. Bush et d\u2019autres hommes et femmes politiques n\u00e9olib\u00e9raux quand ils parlaient d\u2019une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 de propri\u00e9taires \u00bb (<em>ownership society<\/em>). Les difficult\u00e9s \u00e9conomiques des minorit\u00e9s, ainsi que l\u2019histoire de la s\u00e9gr\u00e9gation raciale dans le domaine du logement \u00e9taient utilis\u00e9es, cyniquement, comme justification pour la d\u00e9r\u00e9gulation des pr\u00eats bancaires. L\u2019id\u00e9e, c\u2019\u00e9tait que donner du cr\u00e9dit pour acheter une maison \u00e0 des gens issus des minorit\u00e9s devait compenser toute une histoire de discrimination financi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour moi, ce <em>show<\/em> fait partie de la logique \u00e9motionnelle mise en \u00e9vidence par la crise des pr\u00eats hypoth\u00e9caires \u00e0 haut risque (<em>subprimes<\/em>). Les minorit\u00e9s dans <em>EM:HE<\/em> sont surr\u00e9pertori\u00e9es, en grande partie parce que, selon le discours n\u00e9olib\u00e9ral, ancrer les nouveaux propri\u00e9taires dans leurs quartiers devrait les inciter \u00e0 rester \u00ab m\u00e9ritants \u00bb. L\u2019industrie financi\u00e8re a cibl\u00e9 des propri\u00e9taires issus des minorit\u00e9s, particuli\u00e8rement dans des quartiers en voie d\u2019embourgeoisement, et a employ\u00e9 des moyens de pression pour leur vendre des marges de cr\u00e9dit sur valeur domiciliaire ou pour leur octroyer des pr\u00eats hypoth\u00e9caires \u00e0 haut risque. Abandonn\u00e9es \u00e0 leur sort, les minorit\u00e9s ont perdu plus que les autres lorsqu\u2019on a d\u00e9cid\u00e9 de sauver les banques [2]. Je compare la tendance de l\u2019audience d\u2019<em>EM:HE<\/em> \u00e0 rejeter la responsabilit\u00e9 de la perte de leurs maisons sur les propri\u00e9taires \u00e0 la fa\u00e7on dont l\u2019id\u00e9ologie dominante a rejet\u00e9 la responsabilit\u00e9 de la crise financi\u00e8re sur les minorit\u00e9s. J\u2019analyse ce <em>show<\/em> en termes de cette dynamique raciale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela, bien entendu, ne veut pas dire que ce show aurait \u00e9t\u00e9 moins probl\u00e9matique s\u2019il y avait moins de diversit\u00e9 ethnique et raciale. On pourrait imaginer un monde o\u00f9 chacun avait un domicile s\u00fbr, et qu\u2019on voulait faire de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 pour f\u00eater la provision universelle de logements. Si un tel <em>show<\/em> socialiste avait une distribution assez repr\u00e9sentative de la diversit\u00e9, la question de celle-ci ne se poserait pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>EM:HE<\/em> caract\u00e9rise la logique fantasmagorique sous-tendant la dynamique financi\u00e8re responsable de la bulle. L\u2019\u00e9mission a normalis\u00e9 et a aliment\u00e9 l\u2019expansion du cr\u00e9dit pour le logement, ciblant les minorit\u00e9s dans sa moralit\u00e9 sentimentale (voir ci-dessus).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment la dimension raciale de <em>Hoarders<\/em> (Accumulateurs) interagit-elle avec les perceptions globales des probl\u00e8mes de logement et de maladies mentales ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>M.C. :<\/strong> <em>Hoarders<\/em> (A &amp; E Network, 2009-13) a surr\u00e9pertori\u00e9 les femmes blanches (je suis reconnaissante envers d\u2019autres chercheurs qui ont \u00e9tabli cela, chiffres \u00e0 la cl\u00e9). Apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de la bulle, co\u00efncidant avec la crise des pr\u00eats \u00e0 haut risque (<em>subprimes<\/em>) en 2008, les shows sur les \u00ab accumulateurs \u00bb ont dramatis\u00e9 (en la d\u00e9tournant) la logique \u00e9motionnelle des saisies de biens immobiliers. En effet, l\u2019intervention dans ce genre de <em>show<\/em> ressemble \u00e0 une saisie. Des autorit\u00e9s en uniforme d\u00e9barquent avec des \u00e9quipes de d\u00e9barrasseurs (<em>trash-out crews)<\/em>. Pour moi, <em>Hoarders<\/em> r\u00e9\u00e9crit les saisies comme une sorte de purge salutaire. La correction du march\u00e9 est dramatis\u00e9e comme un retour \u00e0 la raison, \u00e0 la sant\u00e9 mentale. Et ce retour normatif aux valeurs du march\u00e9 \u00ab r\u00e9elles \u00bb a surr\u00e9pertori\u00e9 les femmes blanches, car la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 imaginait qu\u2019un retour \u00e0 la valeur \u00ab r\u00e9elle \u00bb de la maison am\u00e9ricaine familiale serait un retour \u00e0 la domesticit\u00e9 f\u00e9minine blanche, signe de bonne sant\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/xdDD9JQ6JH8\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Hoarders<\/em>, saison 1, \u00e9pisode 1 (sous-titres en anglais disponible)<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quel est l\u2019effet global de cette exploitation du r\u00eave d\u2019\u00eatre propri\u00e9taire de sa maison dans diverses \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9tat mental de ceux qui doivent affronter les obstacles \u00e0 ce r\u00eave ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>M.C. :<\/strong> Je recommande le livre de Jennifer Silva, <em>Coming Up Short <\/em>[3], sur le processus de devenir adulte en r\u00e9gime n\u00e9olib\u00e9ral. En somme, les jeunes pensent que tout rel\u00e8ve de leur responsabilit\u00e9 ou de leur faute. Ce qui n\u2019est pas vrai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e avanc\u00e9e par Lauren Berlant d\u2019un \u00ab optimisme cruel \u00bb est probablement la meilleure fa\u00e7on de saisir le legs durable des r\u00eaves t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la r\u00e9novation [4]. La possibilit\u00e9 de poss\u00e9der une maison familiale est profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans la conception am\u00e9ricaine de la belle vie, enrob\u00e9e dans l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre un(e) adulte capable d\u2019agir dans le monde. On est fier d\u2019\u00eatre propri\u00e9taire, ou esp\u00e8re de le devenir un jour. La grande \u00ab r\u00e9v\u00e9lation \u00bb de chaque \u00e9pisode sur la cha\u00eene HGTV [<em>Home and Garden TV<\/em>] est ressentie en termes optimistes. Cette maison de r\u00eave pourrait \u00eatre pour moi ! Mais il est des normes de discipline cach\u00e9es qui sous-tend l\u2019optimisme \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine. Pour pouvoir esp\u00e9rer, il faut se hisser \u00e0 la hauteur de ces normes cruelles et pratiquement impossibles \u00e0 atteindre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je prends tr\u00e8s au s\u00e9rieux la t\u00e9l\u00e9vision et tous les produits de la culture pop. Actuellement, notre pr\u00e9sident de la R\u00e9publique [Trump] est une ancienne vedette de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9, et m\u00eame s\u2019il ment en permanence, son pouvoir d\u2019attraction est bien r\u00e9el. Tout argument pr\u00e9tendant que la culture populaire n\u2019est pas une partie int\u00e9grante de la r\u00e9alit\u00e9 sociale peut d\u00e9sormais \u00eatre d\u00e9finitivement rejet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le point culminant de la popularit\u00e9 de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 est pass\u00e9. Idem pour \u00ab l\u2019\u00e2ge d\u2019or \u00bb des s\u00e9ries. Les formats num\u00e9riques et en streaming indiquent d\u00e9j\u00e0 de grands changements \u00e0 venir. Des histoires qu\u2019on se raconte pour vivre travaillent d\u00e9j\u00e0 nos esprits. Il importe de trouver un autre langage, capable d\u2019int\u00e9grer des intrigues impr\u00e9gn\u00e9es d\u2019esp\u00e9rance, quel que soit le genre ou le format, et sans optimisme cruel. Il faut imaginer et envisager une autre r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 m\u00eame de d\u00e9clencher de nouvelles histoires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/YS0jEk__Ees\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Notes<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Joan_Didion\">Joan Didion<\/a> (1934-), romanci\u00e8re, essayiste, journaliste. Il s&rsquo;agit de la premi\u00e8re phrase de son livre d&rsquo;essais <em>The White Album <\/em>(1979). En fran\u00e7ais : <em>L&rsquo;Am\u00e9rique 1965-90, Chroniques<\/em>, Grasset 2009, 2014.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2. Lire \u00e0 cet \u00e9gard Matthew Desmond, <em>Evicted. Poverty and Profit in the American City<\/em>, Crown Books (Random House), 2016 ; Mehrsa Baradaran, <em>The Color of Money. Black Banks and the Racial Wealth Gap<\/em>, Belknap Press of Harvard University Press, 2017.<\/p>\n<p>3. Jennifer M. Silva, <em>Coming Up Short. Working Class Adulthood in an Age of Uncertainty<\/em>, Oxford University Press, 2013.<\/p>\n<p>4. Lauren Berlant, <em>Cruel Optimism<\/em>, Duke University Press, 2011.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7069\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\" alt=\"bouton citer\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/a><span style=\"font-size: 10pt;\">CHIHARA Michelle<\/span><\/strong><span style=\"font-size: 10pt;\">, \u00ab Crise financi\u00e8re et t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 : un entretien avec Michelle CHIHARA \u00bb, <em>Articles<\/em> [En ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2018, mis en ligne le 1er octobre 2018. URL : https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/crise-financiere-et-telerealite-un-entretien-avec-michelle-chihara\/<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"su-divider su-divider-style-default\" style=\"margin:15px 0;border-width:5px;border-color:#999999\"><a href=\"#\" style=\"color:#999999\">Aller en haut<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Michelle Chihara enseigne la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine contemporaine et la <em>creative writing<\/em> \u00e0 Whittier College ; elle est aussi responsable des pages \u00e9conomiques de la <em>Los Angeles Review of Books<\/em>, et auteure de fictions prim\u00e9es. <\/p>\n","protected":false},"author":1397,"featured_media":34019,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018,900,10,685],"tags":[154,1004,28,825],"coauthors":[1005],"class_list":["post-31581","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-cultural-studies","category-television","category-televisionamericaine","tag-cultural-studies","tag-economie","tag-ideologie","tag-serialite"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31581","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1397"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31581"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31581\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/34019"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31581"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=31581"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=31581"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=31581"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}