
{"id":27975,"date":"2023-09-01T01:00:21","date_gmt":"2023-08-31T23:00:21","guid":{"rendered":"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?p=27975"},"modified":"2023-09-13T16:09:08","modified_gmt":"2023-09-13T14:09:08","slug":"dean-whiteside-musicologie-marxienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/dean-whiteside-musicologie-marxienne\/","title":{"rendered":"Interview de Dean WHITESIDE, chef d&rsquo;orchestre, sur la musicologie marxienne"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27975?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27975?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><div class=\"su-note\"  style=\"border-color:#b7b9c2;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\"><div class=\"su-note-inner su-u-clearfix su-u-trim\" style=\"background-color:#d1d3dc;border-color:#ffffff;color:#000000;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Pr\u00e9sentation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette interview, tr\u00e8s dense mais extr\u00eamement int\u00e9ressante, est parue en avril 2013 sur le site <a href=\"https:\/\/thecharnelhouse.org\/?s=dean+whiteside&amp;submit=Search\">The Charnel House<\/a>, d\u00e9di\u00e9 aux questions d&rsquo;esth\u00e9tique et de marxisme. Elle est traduite par David Buxton avec la permission de Dean Whiteside pour la Web-revue. N\u00e9 \u00e0 New York en 1988 de p\u00e8re am\u00e9ricain et de m\u00e8re cor\u00e9enne, et form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Vanderbilt (Nashville, Tennessee), et \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Vienne, Dean Whiteside est actuellement assistant du c\u00e9l\u00e8bre chef d&rsquo;orchestre Michael Tilson Thomas \u00e0 la New World Symphony (Miami). Il a \u00e9t\u00e9 le r\u00e9cipient de nombreux prix et de bourses, et a fond\u00e9 la Nashville Sinfonietta. Il est aussi violiste et pianiste.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\">Apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 la sonate <em>Appassionata<\/em> de Beethoven, L\u00e9nine a ajout\u00e9 tristement : \u00ab Souvent, j\u2019ai du mal \u00e0 \u00e9couter la musique, elle me tape sur les nerfs. J\u2019aimerais caresser mes semblables, chuchoter des mots doux dans leurs oreilles pour avoir produit de si belles choses malgr\u00e9 l\u2019enfer qu\u2019ils vivent. Aujourd\u2019hui, cependant, il ne faut caresser personne \u2013 car les gens vous arracheront la main d\u2019un coup de dents. \u00bb Georg Luk\u00e1cs, <em>Lenin: A study in the unity of his thought<\/em> (1920).<\/span><\/p>\n<h2><span style=\"font-size: 12pt;\">Dean Whiteside : Adorno, la musique et la pens\u00e9e conceptuelle<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>C. Derick Varn : On a souvent cadr\u00e9 les d\u00e9bats sur le lien entre l\u2019esth\u00e9tique et le marxisme en termes d\u2019arts visuels et de musique. C\u2019est peut-\u00eatre cela, le legs de Theodor Adorno. Pensez-vous qu\u2019Adorno soit le principal point d\u2019entr\u00e9e \u00e0 une musicologie marxiste ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/deanwhiteside.strikingly.com\/\">Dean Whiteside<\/a> :<\/strong> Il ne suffit pas de dire qu\u2019Adorno \u00e9tait bien dispos\u00e9 envers la musique, car pour lui, la d\u00e9pendance mutuelle entre la musique et la pens\u00e9e critique est \u00e0 double tranchant. Pour cette raison, les arguments parmi les plus profonds chez Adorno abordent la relation entre la musique et la pens\u00e9e conceptuelle. Adorno affirme que la musique allemande et la philosophie allemande constituent un seul syst\u00e8me depuis l\u2019\u00e9poque de Kant et de Beethoven. Il a un point de vue critique sur cette relation. Sa m\u00e9thode est profond\u00e9ment historique, et sensible aux fa\u00e7ons dont la musique donne forme aux antagonismes de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise et capitaliste, surtout ses fissures et ses points de non-identit\u00e9. S\u2019il s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 l\u00e0, Adorno n&rsquo;aurait fait que proposer une autre mani\u00e8re de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la relation entre la musique et la soci\u00e9t\u00e9. Mais il va plus loin, en s&rsquo;interrogeant sur le contenu de la musique en termes de v\u00e9rit\u00e9 sociale. La musique ne se situe pas en dehors du capital, elle n\u2019offre pas non plus un havre de s\u00e9curit\u00e9 contre la raison instrumentale. Mais elle n\u2019est pas r\u00e9ductible \u00e0 cette derni\u00e8re ; c\u2019est une fa\u00e7on de penser \u00e0 ce qui est contradictoire et non exprim\u00e9 dans le monde. \u00c0 travers la musique, on d\u00e9couvre la possibilit\u00e9 de penser \u00e0 la pens\u00e9e elle-m\u00eame, dans la mesure o\u00f9 celle-ci se trouve sublim\u00e9e au sein de la forme musicale, souvent par l\u2019entremise de concepts et de signes qui exercent la plus grande d\u2019autorit\u00e9 sur nous, surtout ceux, fondamentaux, comme la r\u00e9p\u00e9tition et l\u2019identit\u00e9 de soi-m\u00eame. La pens\u00e9e est alors sauv\u00e9e d&rsquo;un destin qui consisterait, de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive, \u00e0 fracasser la t\u00eate contre un miroir. Sa r\u00e9demption vient des tessons ensanglant\u00e9s qui se trouvent par terre : la musique, si vous voulez (certainement la <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nouvelle_musique\">Neue Musik<\/a><\/em>).<\/p>\n<figure id=\"attachment_28013\" aria-describedby=\"caption-attachment-28013\" style=\"width: 266px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-28013\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/beethoven.jpg\" alt=\"\" width=\"266\" height=\"190\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-28013\" class=\"wp-caption-text\">Beethoven, timbre sovi\u00e9tique, 1970<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pens\u00e9e conceptuelle est ensuite confront\u00e9e \u00e0 la difficult\u00e9 de donner du sens \u00e0 sa propre image cass\u00e9e. L\u2019angoisse d\u00e9clench\u00e9e par la <em>Neue Musik<\/em> vient du fait qu&rsquo;on ne se reconna\u00eet pas dans les fragments. Le retour de la pens\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame doit surmonter ce moment de m\u00e9connaissance. Beaucoup d\u2019auditeurs butent sur la r\u00e9action initiale : \u00ab <em>ce n\u2019est pas moi !<\/em> \u00bb Ils ont tort, mais leur r\u00e9action est compr\u00e9hensible. \u00c0 l\u2019inverse, Adorno veut probl\u00e9matiser le moment de fausse reconnaissance ressenti par des auditeurs bourgeois \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de Mozart ou de Beethoven. Il insiste que la musique de Beethoven exprime la philosophie h\u00e9g\u00e9lienne sous une forme plus v\u00e9ridique que cette derni\u00e8re ne pourrait jamais r\u00e9aliser d\u2019elle-m\u00eame. Ce n\u2019est pas une analogie. Adorno maintient que, bien qu\u2019on ne puisse plus composer comme Beethoven, on devrait toujours penser et agir comme la musique de Beethoven. Cela revient \u00e0 un id\u00e9al de la praxis qu\u2019Adorno lui-m\u00eame, \u00e0 mon avis, ne respectait qu\u2019occasionnellement. Ses manquements se trouvent le plus souvent du c\u00f4t\u00e9 de la th\u00e9orie musicale, \u00e0 savoir une compr\u00e9hension trop simpliste de la tonalit\u00e9 et de l\u2019harmonie. Alors, en r\u00e9ponse \u00e0 votre question : oui et non.<\/p>\n<figure id=\"attachment_28011\" aria-describedby=\"caption-attachment-28011\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-28011\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/adorno-piano.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"221\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-28011\" class=\"wp-caption-text\">T.W. Adorno (1903-69)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C.D.V. : On a focalis\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment sur la critique adornienne du jazz, d\u00e9non\u00e7ant g\u00e9n\u00e9ralement celle-ci comme eurocentriste et asc\u00e8te, mais quels \u00e9taient les vrais enjeux dans sa critique de la musique populaire, et pensez-vous qu\u2019ils soient toujours pertinents ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D.W. :<\/strong> Je pense qu\u2019on a souvent sorti de son contexte l\u2019argument d\u2019Adorno ; ce, \u00e0 des fins id\u00e9ologiques. Le texte [sur le jazz] a \u00e9t\u00e9 souvent attaqu\u00e9 pour son \u00e9litisme intellectuel, son eurocentrisme, voire sa d\u00e9fense de la supr\u00e9matie blanche. Quand bien m\u00eame Adorno n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s inform\u00e9 sur l\u2019objet de sa critique \u2013 il n\u2019est pas clair \u00e0 quel jazz ou \u00e0 quelle <em>pop music <\/em>il a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 \u2013, ce n\u2019est pas \u00e0 nous de reproduire ses go\u00fbts ou de d\u00e9fendre son ignorance, mais de comprendre la logique de sa critique. On ne devrait pas trouver naturel l\u2019aspect fragment\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle Boulez et Britney Spears coexistent, tous les deux produits au sein du capitalisme tardif, et symptomatique de lui de fa\u00e7ons diff\u00e9rentes. C\u2019est une condition de notre moment historique que Boulez est incompr\u00e9hensible pour la plupart des gens, alors que Britney Spears est tr\u00e8s accessible. Il faut renoncer au faux choix entre d\u2019un c\u00f4t\u00e9, un modernisme \u00e9litiste et descendant, et de l\u2019autre, un art de masse populiste et ascendant. Selon cette logique, on est ou bien \u00e9litiste, ou bien proche du peuple. Le premier r\u00e9flexe critique devrait \u00eatre de refuser de choisir sans r\u00e9flexion un c\u00f4t\u00e9 ou un autre, mais de prendre du recul et d\u2019\u00e9valuer les conditions politiques et sociohistoriques qui produisent ce faux choix ; leur coexistence refl\u00e8te notre condition historique antagoniste. Affirmer que la \u00ab haute culture \u00bb est intrins\u00e8quement sup\u00e9rieure est \u00e9litiste. Il existe de mauvaises \u0153uvres dod\u00e9caphoniques, de m\u00eame qu\u2019il existe des chansons pop bien construites. Clairement, Adorno a limit\u00e9 son argument \u00e0 des \u0153uvres d\u2019art formellement complexes ou r\u00e9sistantes ; on n\u2019est pas oblig\u00e9 de faire la m\u00eame chose. L\u2019un des dangers de l\u2019industrie culturelle est qu\u2019elle reproduit l\u2019id\u00e9ologie dominante, et interdit tout engagement critique avec ses produits. On voit cela dans le dicton \u00ab <em>ce n\u2019est qu\u2019une chanson<\/em>\u2009\u00bb, injonction de ne pas penser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est possible qu\u2019Adorno ait sous-estim\u00e9 \u00e0 quel point le recyclage de nos besoins et de nos d\u00e9sirs par les m\u00e9dias de masse au service du capital devait devenir essentiel pour naviguer dans un mode de vie ali\u00e9n\u00e9. On a tous soif de quelque niche de la culture populaire, que ce soit Hollywood ou MTV, et on ne devrait pas (toujours) se sentir coupable. Les consommateurs des m\u00e9dias de masse ne sont pas tous des drones sans esprit, et certains groupes pop peuvent faire de la musique int\u00e9ressante. Bien qu\u2019Adorno ait parfois trop mis l\u2019accent sur la production, et qu\u2019il ait n\u00e9glig\u00e9 la particularit\u00e9 des objets d\u2019art individuels, surtout du c\u00f4t\u00e9 de la culture pop, il ne faut pas jeter le b\u00e9b\u00e9 avec l\u2019eau du bain. Adorno a laiss\u00e9 de bons outils pour nous aider \u00e0 formuler une critique mat\u00e9rialiste de la musique.<\/p>\n<h2><span style=\"font-size: 12pt;\">Une critique mat\u00e9rialiste<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C.D.V. : Quelles sont les fondations explicites pour une telle critique mat\u00e9rialiste de la musique ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D.W. :<\/strong> Je ne pense pas que les conditions puissent \u00eatre explicit\u00e9es. Cela reviendrait \u00e0 proposer une s\u00e9rie d\u2019axiomes ou de prescriptions sur la mani\u00e8re de critiquer la musique, ce que j\u2019aimerais \u00e9viter. Il faudra plus qu\u2019une explication historiciste, qui ne fait que rendre compte, d\u2019une fa\u00e7on suppos\u00e9ment objective, des contextes historiques ou sociopolitiques de la production et de la r\u00e9ception d\u2019une \u0153uvre. Une certaine musicologie situe au sein m\u00eame de la musique des rapports de patriarchie, d\u2019id\u00e9ologie et de biopouvoir. On devrait \u00eatre reconnaissant que ces approches aient pu miner l\u2019autorit\u00e9 du concept de l\u2019\u0153uvre, qu\u2019elles aient jet\u00e9 de la lumi\u00e8re sur la d\u00e9pendance de la musique de l\u2019histoire et de la culture, et qu\u2019elles nous aient rendus conscients que le sens de la musique rel\u00e8ve de l\u2019intersubjectivit\u00e9 constitu\u00e9e, et pas seulement des textes musicaux eux-m\u00eames. Il faudra rejeter le contre-argument grossier qui pr\u00e9tendrait que ces approches ont un \u00ab agenda politique \u00bb, ou qu&rsquo;il faudra retourner \u00e0 une critique essentialiste ou non historique de la musique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela dit, je pense que l\u2019approche historiciste n\u2019est ni assez politique, ni proprement historique. Trop souvent, elle suppose que notre position historique est privil\u00e9gi\u00e9e, et qu\u2019elle \u00e9chappe ainsi \u00e0 l\u2019histoire. Parfois, elle renonce compl\u00e8tement \u00e0 faire des analyses formelles ou syntactiques, affirmant que faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un texte autonome serait formaliste et dissoci\u00e9 de la culture et de l\u2019histoire. Ce n\u2019est pas comme \u00e7a qu\u2019on devrait faire. Les textes parlent d\u2019une mani\u00e8re att\u00e9nu\u00e9e un langage dont les intentions ont toujours d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 ni\u00e9es par la culture qui les a expuls\u00e9es. Dans la mesure o\u00f9 la musique cherche \u00e0 rendre convaincantes ses intentions sans objet, elle devient ambigu\u00eb au moment de sa clart\u00e9 aveuglante. (Demandez \u00e0 un m\u00e9lomane de pr\u00e9ciser ce qu\u2019il ressent \u00e0 la fin de la <em>9e symphonie<\/em> de Mahler ou du <em>G\u00f6tterd\u00e4mmerung<\/em> de Wagner ; son silence, ou son b\u00e9gaiement t\u00e9moigne de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La critique con\u00e7ue simplement comme fa\u00e7on d\u2019expliquer des pratiques sociales, ou pour faire des connexions historiques se sert de la positivit\u00e9 de l\u2019histoire pour r\u00e9tablir la musique dans un monde auquel elle n\u2019a jamais appartenu. La critique r\u00e9concilie alors, de mani\u00e8re violente, la musique avec sa place dans l\u2019histoire. Mais en tant que sympt\u00f4me du capital, la musique est historique pr\u00e9cis\u00e9ment dans la mesure o\u00f9 elle n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019histoire. Souvent, elle h\u00e9rite le futur d\u2019un pass\u00e9 non r\u00e9alis\u00e9 (Brahms ou Mahler) ; par ailleurs, elle anticipe un futur qui enterrera d\u00e9finitivement le pass\u00e9 (Berlioz ou Stockhausen). C\u2019est seulement dans des cas rares, par exemple Max Reger, qu\u2019elle s\u2019int\u00e9resse au pr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me semble que je n\u2019ai parl\u00e9 que de comment ne pas faire la critique. Alors voici une autre cat\u00e9gorie \u00e0 \u00e9viter : la critique qui fait r\u00e9f\u00e9rence formellement \u00e0 un lien n\u00e9cessaire entre th\u00e9orie et pratique, sans donner du contenu \u00e0 cette dialectique (comme je le fais ici !). Je n\u2019ai donc pas de solutions faciles. Je pense que les critiques (et les interpr\u00e8tes) devraient commencer avec la musique qui les \u00e9meut, et essayer d\u2019exprimer leurs r\u00e9ponses subjectives. Bien critiquer la musique implique tout d\u2019abord d&rsquo;\u00eatre profond\u00e9ment concern\u00e9 par elle ; sans cela, on ne fait que r\u00e9gurgiter un discours acad\u00e9mique. Il existe de la v\u00e9rit\u00e9 dans la musique ; une compr\u00e9hension formelle de sa surface, et de ses intentions contrari\u00e9es est souvent la meilleure fa\u00e7on de saisir la v\u00e9rit\u00e9 du monde qu\u2019elle n\u2019a pas su r\u00e9aliser.<\/p>\n<h2><span style=\"font-size: 12pt;\">La politique et l&rsquo;esth\u00e9tique<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C.D.V. : \u00cates-vous inquiet des sentiments antiesth\u00e9tiques qui se trouvent dans la gauche (par exemple dans <em>Anti-Nietzsche<\/em> (2004) de Malcolm Bull) ? Pensez-vous que la radicalisation de l\u2019art nous ait \u00e9loign\u00e9s d\u2019une radicalisation de l\u2019esth\u00e9tique ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D.W. :<\/strong> Ce qui m\u2019inqui\u00e8te, c\u2019est la tendance actuelle dans la gauche \u00e0 recourir au spectacle esth\u00e9tique comme un<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-28078 size-thumbnail\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/occupy-wall-street-150x150.jpg\" alt=\"Dean Whiteside\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/occupy-wall-street-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/occupy-wall-street-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/occupy-wall-street-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/occupy-wall-street-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/occupy-wall-street-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/occupy-wall-street-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/occupy-wall-street-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/occupy-wall-street-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/> substitut \u00e0 l\u2019activit\u00e9 politique. La surestimation du r\u00f4le de l\u2019art est symptomatique d\u2019une politique qui a \u00e9chou\u00e9, ou qui est m\u00eame inexistante. [Le mouvement] Occupy Wall Street, par exemple, s\u2019est servi de l\u2019art pour avancer un message politique explicite, souvent \u00e0 travers des banni\u00e8res accrocheuses, ou des projections vid\u00e9o. Premi\u00e8rement, la politique embrass\u00e9e dans ces spectacles de r\u00e9sistance culturelle est g\u00e9n\u00e9ralement ti\u00e8de et simpliste. Souvent, on demande aux gens de s\u2019\u00e9veiller et de changer leur mentalit\u00e9 envers \u00ab le syst\u00e8me \u00bb ou \u00ab l\u2019autorit\u00e9 \u00bb, comme si l\u2019enjeu politique \u00e9tait une question d\u2019attitude subjective. Deuxi\u00e8mement, la tentative de l\u2019art performatif de r\u00e9aliser une synth\u00e8se de l\u2019art et de la politique est elle-m\u00eame critiquable, et symptomatique de l\u2019absence de politique r\u00e9elle. Aujourd\u2019hui \u00e0 15h30, on peut aimer son sympt\u00f4me pendant deux heures, participer \u00e0 une communaut\u00e9 onaniste de solidarit\u00e9, et puis rentrer chez soi. C\u2019est un sympt\u00f4me de notre condition historique que la politique devient si rapidement spectacle en l\u2019absence d\u2019une organisation politique authentique. En cherchant \u00e0 \u00eatre une repr\u00e9sentation de la politique, le spectacle fonctionne en fait comme son terminus, reprenant un moment politique qui n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019actualiser dans le monde, et le r\u00e9inscrivant dans un domaine ferm\u00e9 avec des fronti\u00e8res clairement d\u00e9marqu\u00e9es, avec un d\u00e9but et une fin. Nos \u00e9checs politiques migrent vers le spectacle quand leurs revendications ne peuvent plus \u00eatre avanc\u00e9es dans le monde. Le spectacle, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 la politique va pour mourir, tout en \u00e9tant f\u00eat\u00e9e comme quelque chose de vibrant et de florissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On devrait noter que la forme de cet art est toujours amusante (<em>fun<\/em>) et compr\u00e9hensible. En tant que telle, sa forme est accessoire, et le contenu qu\u2019elle repr\u00e9sente en est ind\u00e9pendant : ind\u00e9pendant de la repr\u00e9sentation, c\u2019est-\u00e0-dire que ce n\u2019est pas du tout une forme artistique. Quelle est l\u2019alternative ? Je ne pr\u00e9conise pas non plus de l\u2019art formaliste ou autonome en soi : cela semble probl\u00e9matique aussi, mais peut-\u00eatre est-il plus facile \u00e0 racheter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_28014\" aria-describedby=\"caption-attachment-28014\" style=\"width: 564px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-28014 size-full\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/whiteside2.jpg\" alt=\"Dean Whiteside\" width=\"564\" height=\"446\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/whiteside2.jpg 564w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/whiteside2-300x237.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 564px) 100vw, 564px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-28014\" class=\"wp-caption-text\">Dean Whiteside, Vienne, 2012<\/figcaption><\/figure>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C.D.V. : Quel type de politique peut-on tirer de la musique populaire actuellement ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D.W. :<\/strong> La forme de la question est int\u00e9ressante. Elle sugg\u00e8re que le travail du critique consiste \u00e0 examiner une \u0153uvre musicale, \u00e0 d\u00e9m\u00ealer son contenu social sous-jacent, et \u00e0 transposer celui-ci dans un ensemble de prescriptions politiques. Mais qui accomplit cette t\u00e2che, et pour qui ? Parfois, celle-ci est facile, quand un morceau a un contenu politique r\u00e9pugnant ou r\u00e9actionnaire. Situer le contenu politique peut \u00eatre une mani\u00e8re de ne plus y penser : on d\u00e9signe quelque chose de kitsch, de r\u00e9trograde ou m\u00eame d\u2019abject, ce qui comporte aussi un jugement politique, et on est dispens\u00e9 d\u2019interaction avec lui. Ces concepts fonctionnent comme \u00ab sans domicile fixe \u00bb, et nous permettent de les passer sous silence, une fois faite l\u2019identification. Il est n\u00e9anmoins vrai que parfois on ne peut pas faire autrement, par exemple un morceau [rap] intitul\u00e9 \u00ab <em>Pussy be yankin\u2019<\/em> \u00bb. La charge politique est claire dans le titre [je n\u2019essaierai pas de le traduire ; les lecteurs qui ont 18 ans pourront voir <a href=\"https:\/\/youtu.be\/Sh7-JjGNgq4\">la vid\u00e9o ici<\/a>, NDT].<\/p>\n<figure id=\"attachment_28310\" aria-describedby=\"caption-attachment-28310\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-28310\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/webern-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/webern-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/webern-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/webern-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/webern-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/webern-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/webern-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/webern-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/webern-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-28310\" class=\"wp-caption-text\">Anton Webern (1883-1945)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette d\u00e9marche est beaucoup plus difficile pour des morceaux de musique s\u00e9rieuse, qu\u2019il faut renoncer \u00e0 cat\u00e9goriser en \u00ab pop \u00bb et en \u00ab classique \u00bb. La musique utopique pr\u00f4ne une politique \u00e9galitaire lucide, et elle a \u00ab tort \u00bb justement en raison de sa clart\u00e9 et de sa certitude. Adorno \u00e9crit que l\u2019expression authentique n\u2019existe probablement que dans l\u2019expression de la n\u00e9gativit\u00e9, de la souffrance. L\u2019art renonce \u00e0 une existence substantive et affirmative, et se r\u00e9fugie dans une forme indistincte ; pour cette raison, ses affirmations les plus puissantes sont att\u00e9nu\u00e9es ou indirectes, plut\u00f4t que politiques ou didactiques. L\u2019art poss\u00e8de la remarquable capacit\u00e9 de survivre dans notre condition historique \u2013 on ne devrait pas sous-estimer cet exploit \u2013, et il a continu\u00e9 \u00e0 exercer une sorte de pouvoir faible sur nous. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anton_Webern\">Webern<\/a>, aucunement un compositeur populaire, ne nous offre pas une politique. Sa musique exprime la domination et la totalisation aussi bien que la r\u00e9flexion et la profondeur. Le discours esseul\u00e9, voil\u00e9, fuyant de Webern, ali\u00e9n\u00e9 d\u2019une expression r\u00e9solue, persiste sous une forme spectrale. Cela est le reflet de notre condition politique, mais il est indicatif de l\u2019absence, et non la pr\u00e9sence de la politique. On devrait se m\u00e9fier d\u2019un art qui affirme une politique ou un <em>Weltethos<\/em> (l\u2019un implique g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019autre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019art vient toujours apr\u00e8s le fait, apr\u00e8s que l\u2019art a d\u00e9j\u00e0 repr\u00e9sent\u00e9 le monde. Une critique devrait d\u2019abord comprendre comment l\u2019art se repr\u00e9sente lui-m\u00eame, plut\u00f4t qu\u2019imposer sa propre repr\u00e9sentation. L\u2019art et la philosophie sont tous deux des mani\u00e8res de penser, des formes de repr\u00e9sentation, mais ils sont distincts, m\u00eame s\u2019ils ne sont pas totalement irr\u00e9conciliables. La meilleure critique de la musique est musicale, de m\u00eame que la meilleure musique est rigoureusement conceptuelle.<\/p>\n<h2><span style=\"font-size: 12pt;\">Adorno et Luk\u00e1cs<\/span><\/h2>\n<figure id=\"attachment_28012\" aria-describedby=\"caption-attachment-28012\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-28012\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/lukacs-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/lukacs-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/lukacs-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/lukacs-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/lukacs-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/lukacs-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/lukacs-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/lukacs-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/lukacs-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-28012\" class=\"wp-caption-text\">Georg Lukacs (1885-1971)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C.D.V. : Que pensez-vous des divers marxistes non influenc\u00e9s par l\u2019\u00c9cole de Francfort qui diraient que cela laisse rentrer l\u2019id\u00e9alisme par une porte d\u00e9rob\u00e9e esth\u00e9tique ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D.W. :<\/strong> Bien, pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, je partirai de la dispute entre Adorno et <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Georg_Luk%C3%A1cs\">Luk\u00e1cs<\/a>. Luk\u00e1cs s\u2019opposait \u00e0 la litt\u00e9rature d\u2019avant-garde, dans la mesure o\u00f9 elle d\u00e9crivait les ruptures et les discontinuit\u00e9s qui d\u00e9finissent la conscience des sujets bourgeois. Il pensait que cette image d\u00e9form\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience individuelle se confondait avec la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame, ce qui revenait ainsi \u00e0 l\u2019id\u00e9alisme. Cet argument se fonde sur la lecture h\u00e9g\u00e9lienne que Luk\u00e1cs fait de Marx. Il affirme que Marx applique la philosophie h\u00e9g\u00e9lienne en d\u00e9montrant comment la relation entre l\u2019universel et le particulier retrouve son expression dans la forme-marchandise, qui repr\u00e9sente, selon lui, la forme d\u2019abstraction extr\u00eame au sein de la production capitaliste. \u00c0 la diff\u00e9rence des \u00e9conomistes vulgaires qui restent prisonniers de leur monde abstrait, f\u00e9tichis\u00e9, la critique marxiste, selon Luk\u00e1cs \u2013 et c\u2019est ici que l\u2019art aussi entre en jeu \u2013 devrait examiner le processus total de la reproduction sociale. L\u2019art pour Luk\u00e1cs doit donc creuser en profondeur afin d\u2019exprimer le contenu social du monde tel qu\u2019il est ; il est insuffisant de simplement d\u00e9peindre le r\u00e9seau de relations abstraites qui constitue la surface d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. La simple description de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de sujets bourgeois (le monologue int\u00e9rieur par exemple) revient \u00e0 une perspective sur la r\u00e9alit\u00e9 sociale fragmentaire et chaotique, donc non dialectique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Adorno, Luk\u00e1cs m\u00e9conna\u00eet la fa\u00e7on dont la r\u00e9alit\u00e9 sociale se repr\u00e9sente. La r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas directement accessible \u00e0 la conscience. Le contenu des \u0153uvres d\u2019art n\u2019est pas r\u00e9el de la m\u00eame fa\u00e7on que l\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 (en fait, il est plus r\u00e9el). Adorno affirme que si cette distinction se perd, alors toutes les tentatives pour cr\u00e9er une fondation r\u00e9elle pour l\u2019esth\u00e9tique seront condamn\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Adorno admet que l\u2019art existe dans le monde, qu\u2019elle y ait une fonction, et que les deux domaines aient de forts liens m\u00e9diateurs. Cependant, \u00ab <em>L\u2019art est l\u2019antith\u00e8se sociale de la soci\u00e9t\u00e9, non d\u00e9ductible imm\u00e9diatement de celle-ci<\/em> \u00bb (<em>Th\u00e9orie esth\u00e9tique<\/em>, Klincksieck, 1974, p. 24). Adorno affirme que ce n\u2019est pas un crime id\u00e9aliste que l\u2019art nous offre des essences, des \u00ab images \u00bb ; que beaucoup d\u2019artistes se soient inclin\u00e9s vers une philosophie id\u00e9aliste ne nous dit rien sur le contenu de leurs \u0153uvres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut expliquer la tendance vers l\u2019id\u00e9alisme chez Adorno par son postulat de non-identit\u00e9 entre la conscience et la r\u00e9alit\u00e9 sociale. La r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas empirique ; elle est ins\u00e9parable des concepts utilis\u00e9s pour la d\u00e9crire, qui sont soumis \u00e0 la m\u00e9diation sociale. La m\u00e9thode dialectique d\u2019Adorno implique l\u2019interrogation du contexte social inh\u00e9rent dans ces concepts, et non l\u2019observation du monde tel qu\u2019il existe r\u00e9ellement, ce qui serait impossible. On ne peut atteindre une critique mat\u00e9rialiste qu\u2019en forant \u00e0 travers l\u2019id\u00e9alisme, en soumettant \u00e0 la critique ses propres concepts, afin de les comprendre avant d\u2019y retourner. En termes plus politiques : la transformation de la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle ne se produira qu\u2019\u00e0 travers une transformation de la conscience de soi.<\/p>\n<figure id=\"attachment_28015\" aria-describedby=\"caption-attachment-28015\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-28015\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/adorno-concert-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/adorno-concert-300x225.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/adorno-concert-768x576.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/adorno-concert-600x450.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/adorno-concert.jpg 780w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-28015\" class=\"wp-caption-text\">Adorno (au centre) dans l&rsquo;audience (d\u00e9tails inconnus, mais vraisemblablement pas pour un concert de jazz : DB)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Adorno, la r\u00e9alit\u00e9 sociale est toujours d\u00e9j\u00e0 soumise \u00e0 la m\u00e9diation au sein de l\u2019art. Alors, prenons l\u2019affirmation de Luk\u00e1cs que le roman monologue int\u00e9rieur (<em>stream of consciousness<\/em>) est non dialectique, dans la mesure o\u00f9 il retourne \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience imm\u00e9diate de l\u2019individu. Adorno dit le contraire : \u00e0 travers cette technique, une image de l\u2019objet s\u2019int\u00e8gre au sujet, ce qui revient \u00e0 une synth\u00e8se entre sujet et objet. Ce type de litt\u00e9rature \u2013 et Adorno d\u00e9fendait la litt\u00e9rature d\u2019avant-garde, surtout Beckett \u2013 emp\u00eache l\u2019objet d\u2019\u00eatre r\u00e9duit \u00e0 survivre dans un \u00e9tat r\u00e9ifi\u00e9. Cela soul\u00e8ve une contradiction majeure entre l\u2019objet r\u00e9el, non r\u00e9concili\u00e9 au monde, et l\u2019objet soumis \u00e0 la m\u00e9diation d\u2019un sujet. De cette contradiction est n\u00e9e une forme de connaissance n\u00e9gative, qui rend possible la critique. Une distance esth\u00e9tique par rapport au monde est donc essentielle pour la forme de critique pratiqu\u00e9e par Adorno. Pour lui, le simple \u00ab portrait \u00bb de la r\u00e9alit\u00e9 sociale (c\u2019est comme cela qu\u2019il comprend Lukacs) n\u2019est pas dialectique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C.D.V. : Pourquoi d\u2019apr\u00e8s vous y a-t-il tant d\u2019h\u00e9ritiers de l\u2019argument de Lukacs ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D.W. :\u00a0<\/strong> Je ne veux pas donner l\u2019impression que je rejette Luk\u00e1cs en donnant le dernier mot \u00e0 Adorno, m\u00eame s\u2019il faut admettre que Lukacs \u00e9tait limit\u00e9 comme th\u00e9oricien d\u2019art. Le retour \u00e0 un mod\u00e8le lukacsien pr\u00f4n\u00e9 par Jameson, par exemple, essaie d\u2019aborder la relation changeante entre l\u2019art et le capital. La th\u00e9orie de Luk\u00e1cs, selon ses critiques, nous offre, comme une relique de l\u2019id\u00e9alisme allemand, une totalit\u00e9 ferm\u00e9e et int\u00e9gr\u00e9e, au sein de laquelle des \u0153uvres d\u2019art sont contraintes \u00e0 une repr\u00e9sentation non dialectique du monde. L\u2019alternative, qu\u2019on peut appeler l\u2019avant-garde, focalise sur les ruptures au sein de l\u2019exp\u00e9rience, refl\u00e9tant pour ainsi dire les fissures et les d\u00e9faillances qui sont internes et essentielles \u00e0 la reproduction du capital. Jameson pr\u00e9tend que, dans le capitalisme tardif, ces techniques avant-gardistes de rupture et d\u2019\u00e9loignement ont \u00e9t\u00e9 appropri\u00e9es par l\u2019industrie culturelle, devenant m\u00eame le mode \u00e0 travers lequel nous nous r\u00e9concilions au capitalisme en tant que sujets fragment\u00e9s. Je pense \u00e0 la mani\u00e8re dont des vid\u00e9os musicales ou des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, par exemple, utilisent souvent des techniques sophistiqu\u00e9es d\u00e9riv\u00e9es des \u0153uvres d\u2019art radicales sur le plan formel. S\u2019ensuit l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faut retourner \u00e0 une forme de totalit\u00e9 dans le sens pr\u00e9cis de Luk\u00e1cs, retourner \u00e0 un r\u00e9alisme qui exprime et qui rend transparents des moments de la lutte des classes. Il faudrait examiner plus attentivement le concept de \u00ab totalit\u00e9 \u00bb \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez Jameson. Je ne pense pas qu\u2019il r\u00e9siste \u00e0 l\u2019examen critique. Cela dit, je ne suis pas certain qu\u2019il existe autant d\u2019h\u00e9ritiers de Luk\u00e1cs que vous pr\u00e9tendez, Jameson \u00e9tant le plus connu.<\/p>\n<figure id=\"attachment_28016\" aria-describedby=\"caption-attachment-28016\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-28016\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld-128x128.jpg 128w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/neufeld.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-28016\" class=\"wp-caption-text\">Jonathan Neufeld<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C.D.V. : Existe-t-il des analyses qui s\u2019alignent \u00e0 votre id\u00e9e de la critique musicale mat\u00e9rialiste ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D.W. :<\/strong> Bien s\u00fbr. \u00c9norm\u00e9ment d&rsquo;analyses intelligentes ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es, dont la plupart sont r\u00e9serv\u00e9es malheureusement aux universitaires. J\u2019aime bien le travail de <a href=\"http:\/\/philosophy.cofc.edu\/faculty-staff-listing\/neufeld-jonathan.php\">Jonathan Neufeld<\/a>, car il essaie de s\u2019engager avec des pratiques musicales concr\u00e8tes, bien qu\u2019en termes politiques je pense qu\u2019il situe sa th\u00e9orie trop par rapport \u00e0 la d\u00e9mocratie, et pas assez par rapport au capital. En tant que musicien pratiquant et non pas th\u00e9oricien, j\u2019attache plus d\u2019importance \u00e0 une critique qui apporte quelque chose \u00e0 la praxis musicale. Je pense que des interpr\u00e9tations int\u00e9ressantes et provocatrices peuvent aussi faire cela, d\u00e9clenchant un dialogue qui emp\u00eache les \u0153uvres de devenir ossifi\u00e9es. Cela d\u00e9pend des auditeurs capables de s\u2019engager critiquement avec ce qu\u2019ils \u00e9coutent. Donc, j\u2019aime bien des penseurs qui \u00e9crivent musicalement, ce qui comprend des gens aussi divers que Peter Kivy, Susan McClary, Michael Rose et Charles Rosen. J\u2019aime bien ce que Badiou \u00e9crit sur la musique, surtout sur Wagner, on sent qu\u2019il l\u2019aime vraiment ; Zizek, j\u2019aime moins. Il est difficile d\u2019\u00e9crire sur la musique, car elle est essentiellement abstraite. Les arguments autour du sens de la musique ont maintenu la critique musicale dans un \u00e9tat autocritique, avec des d\u00e9saccords qui restent sur les d\u00e9finitions ontologiques de base, alors que celles-ci ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9es depuis longtemps dans d\u2019autres domaines artistiques. Cela pourrait expliquer l\u2019indigence relative de la critique musicale marxiste. L\u2019abstraction qui caract\u00e9rise la musique n\u2019est pas forc\u00e9ment une mauvaise chose. Sa difficult\u00e9, son opacit\u00e9 et sa r\u00e9sistance \u00e0 la pens\u00e9e sont des qualit\u00e9s qu\u2019Adorno a pris\u00e9es. On devrait voir en ces traits un potentiel dialectique pour la critique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C.D.V. : Voudriez-vous ajouter quelque chose en guise de conclusion ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D.W. :<\/strong> Je soup\u00e7onne que l\u2019angoisse de conclure du philosophe n\u2019est d\u00e9pass\u00e9e que par celle du musicien. Les compositeurs modernes se trouvent devant le probl\u00e8me de terminer un morceau sans fournir une cl\u00f4ture, sans affirmer la nature identitaire de l\u2019existence. La coda douce, ouverte est presque devenue un clich\u00e9 dans la musique moderne. \u00c0 l\u2019inverse, les inhibitions du philosophe \u00e0 propos d\u2019une fin affirmative l\u2019emp\u00eachent rarement de proposer pr\u00e9cis\u00e9ment cela. J\u2019esp\u00e8re que je n\u2019ai pas sugg\u00e9r\u00e9 une ligne dogmatique quant \u00e0 la bonne ou la mauvaise fa\u00e7on de penser \u00e0 la musique. Ce que j\u2019encourage, c\u2019est une approche qui n\u2019envisage pas le sujet d\u2019une critique agissant en dehors de la forme o\u00f9 celle-ci est th\u00e9oriquement \u00e9valu\u00e9e. Cela implique que la r\u00e9flexion sur la musique ne soit pas seulement un processus conceptuel, mais aussi un processus mim\u00e9tique. Ce faisant, la pens\u00e9e doit affronter ce qui est non identique, et autre \u00e0 la pens\u00e9e. En ce sens, la philosophie authentique d\u00e9pend de l\u2019art. La survie de la musique en tant que pratique sociale est \u00e0 son tour li\u00e9e \u00e0 la discussion autour d\u2019elle. Il est dommage que beaucoup de musiciens et de critiques soient si souvent indiff\u00e9rents \u00e0 ce que leurs coll\u00e8gues ressentent de la musique. Soyons plus concern\u00e9s par ce niveau personnel ; c\u2019est souvent la meilleure fa\u00e7on de commencer une conversation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7069\" title=\"bouton citer\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/a><strong> WHITESIDE Dean<\/strong>, \u00ab Interview de Dean WHITESIDE, chef d&rsquo;orchestre, sur la musicologie marxienne\u00bb, <em>Articles<\/em> [En ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2017, mis en ligne le 1er novembre 2017. URL : http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/interview-dean-whiteside-chef-orchestre-musicologie-marxienne<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class=\"su-divider su-divider-style-default\" style=\"margin:15px 0;border-width:3px;border-color:#999999\"><a href=\"#\" style=\"color:#999999\">Aller en haut<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette interview, parue en avril 2013 sur le site The Charnel House d\u00e9di\u00e9 aux questions d&rsquo;esth\u00e9tique et de marxisme, est traduite par David Buxton pour la Web-revue. <\/p>\n","protected":false},"author":1382,"featured_media":34343,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018,780],"tags":[172,695,694,28,89],"coauthors":[961],"class_list":["post-27975","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-arts","tag-contenu-social-sedimente","tag-dialectique-negative","tag-forme-esthetique","tag-ideologie","tag-marxisme"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27975","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1382"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27975"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27975\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/34343"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27975"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27975"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27975"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=27975"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}