
{"id":27270,"date":"2017-09-01T01:00:42","date_gmt":"2017-08-31T23:00:42","guid":{"rendered":"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?p=27270"},"modified":"2019-03-20T12:24:27","modified_gmt":"2019-03-20T11:24:27","slug":"films-super-heros-jason-read","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/films-super-heros-jason-read\/","title":{"rendered":"Quatre textes sur les films de super-h\u00e9ros &#8211; Jason READ"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27270?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27270?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><p style=\"text-align: center;\">Article interdit \u00e0 la reproduction payante<\/p>\n<div class=\"su-note\"  style=\"border-color:#b7b9c2;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\"><div class=\"su-note-inner su-u-clearfix su-u-trim\" style=\"background-color:#d1d3dc;border-color:#ffffff;color:#000000;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Pr\u00e9sentation<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jason Read est un philosophe am\u00e9ricain, sp\u00e9cialiste de Marx, Spinoza et Deleuze, qui enseigne \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Maine du Sud \u00e0 Portland (\u00c9tats-Unis). Depuis 2006, il tient un blog intitul\u00e9 \u00ab <a href=\"http:\/\/www.unemployednegativity.com\/\"><em>Unemployed Negativity<\/em><\/a> \u00bb (recommand\u00e9), aliment\u00e9 plusieurs fois par mois. Dans ce bloc-notes en ligne, il parle de ses lectures, commente l\u2019actualit\u00e9, et livre aussi ses impressions sur des films et des s\u00e9ries populaires. Depuis quelque temps, les philosophes ont investi le terrain des <em>cultural studies<\/em>, de la <em>pop culture<\/em>, souvent de mani\u00e8re opportuniste. Pour ma part, j\u2019ai toujours trouv\u00e9 les commentaires de Jason Read stimulants, d\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de traduire certaines entr\u00e9es touchant aux th\u00e8mes explor\u00e9s par la <em>Web-revue<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut pr\u00e9ciser que ce sont des \u00e9crits informels, loin des contraintes impos\u00e9es aux articles savants. Tant mieux ! Depuis presque vingt ans, le blog est devenu de fait, pour le meilleur et pour le pire, une forme d\u2019expression d&rsquo;id\u00e9es, critiques et rationnelles entre autres. \u00c0 l\u2019encontre de la plupart de revues acad\u00e9miques adoub\u00e9es, depuis longtemps scl\u00e9ros\u00e9es, le blog universitaire est dans le meilleur des cas un lieu d\u2019exp\u00e9rimentation, un \u00ab journal de bord \u00bb intellectuel qui fait partager des id\u00e9es \u00e0 contre-courant dans une premi\u00e8re formulation. Adapt\u00e9s pour le lecteur fran\u00e7ais, les quatre textes ci-dessous ont \u00e9t\u00e9 traduits par moi, et valid\u00e9s par Jason Read (David Buxton).<\/p>\n<\/div><\/div>\n<h2><span style=\"font-size: 12pt;\">Une histoire universelle de l\u2019infamie : une br\u00e8ve remarque sur <em>Spider-Man : Homecoming<\/em><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019essai de <a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/presentation-de-fredic-jameson-thierry-labica\/\">Fredric Jameson<\/a> sur <em>The Wire<\/em> (<em>Sur l\u2019\u00e9coute<\/em>) contient une digression int\u00e9ressante sur le probl\u00e8me du Mal dans la culture populaire. Jameson reprend cette question dans une r\u00e9flexion \u00e0 la fois sur le d\u00e9clin des vilains, et sur leur centralit\u00e9 dans la culture populaire. Pour en citer un long passage :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\">\u2026 [L]\u2019intrigue m\u00e9lodramatique, cet \u00e9l\u00e9ment de base de la culture de masse (avec l\u2019histoire d\u2019amour) devient de plus en plus difficile \u00e0 soutenir. S\u2019il n\u2019existe plus de Mal, il n\u2019y a plus de vilains ; afin que l\u2019argent soit une motivation int\u00e9ressante, il faut que tout se passe sur l\u2019\u00e9chelle immense propre aux requins de l\u2019industrie et de la finance, ou aux oligarques, pour lesquels il reste de nos jours s\u00fbrement de moins en moins de possibilit\u00e9s dramatiques, et dont la pr\u00e9sence, de toute fa\u00e7on, remanie les intrigues traditionnelles en termes politiques, o\u00f9 elles sont moins adapt\u00e9es \u00e0 la culture de masse, qui cherche \u00e0 \u00e9viter cette dimension. (Lorsqu\u2019il est question de la politique, on pourrait se demander si quelque chose \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 la politique elle-m\u00eame : le r\u00e8gne de la Raison cynique comporte aussi l\u2019omnipr\u00e9sence de la conviction d\u00e9sabus\u00e9e quant \u00e0 la corruption du domaine de la politique en g\u00e9n\u00e9ral, et \u00e0 sa complicit\u00e9 avec les corruptions du syst\u00e8me financier ; par d\u00e9finition, cette connaissance cynique universelle ne semble plus avoir des cons\u00e9quences politiques). [\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"> Cela explique pourquoi l\u2019infamie dans la culture de masse s\u2019est r\u00e9duite \u00e0 deux seuls survivants dans la cat\u00e9gorie du Mal. Ces deux repr\u00e9sentations v\u00e9ritables de l\u2019antisocial sont les tueurs en s\u00e9rie, et les terroristes (principalement religieux, car l\u2019ethnicit\u00e9 est devenue associ\u00e9e \u00e0 la religion, et des protagonistes politiques s\u00e9culiers comme les communistes et les anarchistes ne sont plus courants). Tout ce qui reste dans la sexualit\u00e9 ou la motivation soi-disant passionnelle a \u00e9t\u00e9 domestiqu\u00e9 depuis longtemps ; on comprend tout cela maintenant, des sadomasochistes aux homosexuels, la p\u00e9dophilie \u00e9tant une exception mineure, \u00e0 \u00eatre class\u00e9e comme un sous-groupe ou une sous-possibilit\u00e9 au sein de la cat\u00e9gorie plus vaste des tueurs en s\u00e9rie (g\u00e9n\u00e9ralement motiv\u00e9s sexuellement). Il est vrai qu\u2019avec des tueurs en masse du type <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fusillade_de_Columbine\">Columbine<\/a>, on commence \u00e0 toucher \u00e0 la dimension politique ; c\u2019est ici que r\u00e9appara\u00eet le terrorisme, mais organis\u00e9 en termes de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicale de la croyance et du fanatisme religieux, car il y a peu d\u2019autres possibilit\u00e9s. Si on appr\u00e9hendait vraiment le terrorisme comme une strat\u00e9gie purement politique, alors son frisson se volatiliserait, et on pourrait le renvoyer \u00e0 des d\u00e9bats sur Machiavel, sur la tactique, ou sur l\u2019histoire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"> Inutile d\u2019ajouter que ces deux \u00e9l\u00e9ments principaux \u2013 terroristes et tueurs en s\u00e9rie \u2013 sont devenus aussi ennuyeux que des m\u00e9chants pouss\u00e9s par l\u2019avidit\u00e9. H\u00e9las, comme pour la disparition du roman d\u2019espionnage apr\u00e8s la fin de la Guerre froide, l\u2019ennui semble annoncer la fin du m\u00e9lodrame, qui pr\u00e9sage peut-\u00eatre la fin de la culture de masse elle-m\u00eame. [1]<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-27291 size-full\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/vulture.jpg\" alt=\"super-h\u00e9ros\" width=\"182\" height=\"277\" \/>Tout cela est probablement la meilleure fa\u00e7on d\u2019approcher, ou du moins d\u2019historiciser<a href=\"http:\/\/screenrant.com\/marvel-movies-villains-best-worst\/\"> le probl\u00e8me des super-vilains<\/a> dans les films tir\u00e9s des <em>comic books<\/em>, particuli\u00e8rement ceux de l\u2019univers <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marvel_Comics\">Marvel<\/a>. Il se peut que j\u2019intellectualise un peu trop ici ; apr\u00e8s tout, \u00ab l\u2019\u00e9chec \u00bb du super-vilain pourrait se comprendre comme la difficult\u00e9 rencontr\u00e9e lors du passage de la bande dessin\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Il est plus facile d\u2019approfondir les h\u00e9ros des comics \u00e0 travers un <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Iron_Man\">Iron Man<\/a> ivrogne, un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Batman\">Batman<\/a> cafardeux, et m\u00eame un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Captain_America\">Captain America<\/a> tortur\u00e9 que de rendre cr\u00e9dibles des complots de domination mondiale. Qui veut que le super-vilain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/MODOK\">MODOK<\/a> soit r\u00e9aliste de toute fa\u00e7on ? Qui veut un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kang_le_conqu%C3%A9rant\">Kang le conqu\u00e9rant<\/a> \u00e0 qui on peut s\u2019identifier ? Comme l\u2019affirme Dan Hassler-Forest (voir post ci-dessous), la domination du film de super-h\u00e9ros \u00e9merge avec la Guerre contre le terrorisme, qui se pr\u00eate \u00e0 de nombreuses m\u00e9diations all\u00e9goriques. Des super-h\u00e9ros sauvent New York d\u2019une menace catastrophique maintes fois, mais on n\u2019approche pas davantage de la Guerre contre le terrorisme, ou du moins de la figure du terroriste. On voit de multiples versions de la corruption, ponctu\u00e9es par quelques actes de vengeance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai tendance \u00e0 voir les films de super-h\u00e9ros comme des drames du d\u00e9clin dans plusieurs sens : d\u00e9clin de l\u2019Empire am\u00e9ricain, dont les batailles se sont d\u00e9plac\u00e9es vers le domaine fantastique de mutants et de monstres, d\u00e9clin de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle am\u00e9ricaine, d\u2019o\u00f9 la tendance \u00e0 d\u00e9centrer les \u00c9tats-Unis par rapport au reste du monde ; mais aussi d\u00e9clin du cin\u00e9ma, car aller voir un film Marvel ressemble de plus en plus \u00e0 se mettre au courant du dernier \u00e9pisode d\u2019une s\u00e9rie en cours. La difficult\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un super-vilain cr\u00e9dible vient donc du fait que ce d\u00e9clin serait plut\u00f4t un effondrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Vautour\">Le Vautour<\/a> dans <em>Spider-Man : Homecoming<\/em> (Jon Watts, 2017) est une exception int\u00e9ressante. Contraint par trois red\u00e9marrages (<em>reboots<\/em>) en seize ans \u00e0 racler le fond de la collection des m\u00e9chants appartenant \u00e0 la franchise, le film ne trouve qu\u2019un vilain de la deuxi\u00e8me division. Il est plus facile d\u2019imaginer trois variantes de Spider-Man que d\u2019envisager une autre version du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Bouffon_vert\">Bouffon vert<\/a>. Les super-vilains se doivent d\u2019\u00eatre nouveaux, mais le super-h\u00e9ros reste le m\u00eame.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/uVq6rNTh5l4\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le film s\u2019ouvre avec l\u2019attaque spectaculaire sur New York d\u00e9j\u00e0 vue dans <em>The Avengers<\/em>, sc\u00e8ne qui revient maintes fois dans diff\u00e9rents films et s\u00e9ries ; cette fois-ci, cependant, on la voit depuis le sol, du point de vue de ceux qui y restent et qui doivent y remettre de l\u2019ordre. Adrian Toomes est l\u2019un de ces individus, une sorte d\u2019entrepreneur qui s\u2019attend \u00e0 entretenir sa famille en nettoyant les d\u00e9g\u00e2ts. Il a investi dans des camions et du personnel, s\u2019endettant pour r\u00e9aliser son r\u00eave. Mais il est vite mis sur la touche par une alliance des grandes entreprises et de la bureaucratie d\u2019\u00c9tat, et il est incapable de rivaliser avec le r\u00e9seau et l\u2019influence de Tony Stark (Iron Man). La seule option qui lui reste, du moins \u00e0 ses yeux, est de d\u00e9placer ses activit\u00e9s vers la contrebande, fabriquant et vendant des armes rassembl\u00e9es \u00e0 partir d\u2019une technologie extraterrestre, ou des morceaux d\u2019<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ultron\">Ultron<\/a> dispers\u00e9s lors de la derni\u00e8re bataille entre super-h\u00e9ros.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9g\u00e2ts collat\u00e9raux repr\u00e9sentent toujours le retour du refoul\u00e9 dans ce type de film. Toomes (jou\u00e9 par Michael Keaton) se voit comme un brave petit gars, oblig\u00e9 de faire ce qu\u2019il peut pour survivre. Il devient le Vautour, vivant de la r\u00e9cup\u00e9ration de la technologie abandonn\u00e9e, et du cadavre pourri du r\u00eave am\u00e9ricain. Le jeu est fauss\u00e9, et il ne peut gagner qu\u2019en trichant. Il exerce une forte emprise sur ses employ\u00e9s, au point de faire d\u00e9sint\u00e9grer certains d&rsquo;entre eux, ce qui n\u2019est pas tr\u00e8s surprenant chez un patron mafieux. Mais ce trait est compl\u00e9ment\u00e9 par l&#8217;emprise exerc\u00e9e sur sa famille, surtout sa fille. La sc\u00e8ne avec Toomes et Peter Parker (jou\u00e9 par Tom Holland) dans la voiture du premier est l\u2019une des meilleures dans un film Marvel, et nous rappelle que le maintien de la tension dramatique ne passe pas forc\u00e9ment par un h\u00e9liporteur tombant du ciel, mais peut provenir de la personnalit\u00e9 d\u2019un m\u00e9chant, ici petit bourgeois jusqu\u2019\u00e0 la moelle.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Spider-Man: Homecoming (2017) - The Dad Talk Scene (6\/10) | Movieclips\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/fB5HTcFhCso?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce red\u00e9marrage peut se lire de plusieurs fa\u00e7ons. On pourrait l\u2019appr\u00e9hender comme le point culminant de l\u2019esth\u00e9tique fasciste des films de super-h\u00e9ros o\u00f9 ce sont les gens ordinaires qui sont les victimes, et les d\u00e9g\u00e2ts collat\u00e9raux. Le Vautour nous montre ce qui se passe quand la victime acquiert une conscience de soi. On pourrait aussi le lire comme une all\u00e9gorie de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle am\u00e9ricaine de 2016. Toomes agit et parle comme un membre de la tant d\u00e9plor\u00e9e \u00ab classe ouvri\u00e8re blanche \u00bb. Si on rajoute le fait qu\u2019il s\u2019oppose \u00e0 un groupe d\u2019\u00e9coliers multiethniques, et que le New York du film refl\u00e8te bien la diversit\u00e9 de la ville, on a une reprise des enjeux de la derni\u00e8re \u00e9lection. Spider-Man aussi est un jeune homme du peuple, pas un esseul\u00e9 cafardeux, mais quelqu\u2019un qui veut bien trouver sa place dans le monde. Quant \u00e0 ce dernier \u00e9l\u00e9ment all\u00e9gorique, au moins tout finit bien, le Monsieur Tout-le-Monde vautour est vaincu par le bon voisin Spider-Man, qui refuse le financement corporatif des Avengers. Alors, dans la morale de l\u2019histoire, son gardien, l\u2019ancien policier militaire <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Benjamin_Parker\">Oncle Ben<\/a>, aurait gagn\u00e9. Mais qu\u2019importe\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019int\u00e9resse moins \u00e0 ces dimensions all\u00e9goriques qu\u2019\u00e0 une r\u00e9flexion sur le film des super-h\u00e9ros comme la forme et le contenu du d\u00e9clin culturel, et \u00e0 la mani\u00e8re dont il peut \u00eatre d\u00e9tourn\u00e9 en une critique politique. Ces jours-ci, nous sommes tous des marchands de ferraille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Post\u00e9 le 11 juillet 2017<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Capitaine Contingent versus Docteur N\u00e9cessit\u00e9 : l\u2019\u00e9mergence du genre des super-h\u00e9ros<\/span><\/h2>\n<figure id=\"attachment_27294\" aria-describedby=\"caption-attachment-27294\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-27294 size-thumbnail\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/howe-150x150.jpg\" alt=\"super-h\u00e9ros\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/howe-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/howe-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/howe-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/howe-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/howe-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/howe-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/howe-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/howe-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-27294\" class=\"wp-caption-text\">Sean Howe<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces derni\u00e8res semaines, j\u2019ai lu <em>Capitalist Superheroes. Caped Crusaders in the Neoliberal Age<\/em> de Dan Hassler-Forest, et <em>Marvel Comics. The Untold Story<\/em> de Sean Howe. \u00c0 premi\u00e8re vue, les deux livres sont tr\u00e8s diff\u00e9rents. Celui de Hassler-Forest traite le film de super-h\u00e9ros sous l\u2019angle des transformations politiques et culturelles des derni\u00e8res d\u00e9cennies. En contraste, le livre de Howe, un journaliste qui travaille sur le monde du spectacle, est une sorte d\u2019histoire des coulisses des <em>comics<\/em> Marvel. En d\u00e9pit de ces diff\u00e9rences de perspective et d\u2019approche, les deux livres convergent sur un objet singulier d\u2019\u00e9tude, celui d\u2019une forme culturelle dominante, la synth\u00e8se du <em>comic<\/em> et du film de super-h\u00e9ros.<\/p>\n<figure id=\"attachment_27293\" aria-describedby=\"caption-attachment-27293\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-27293 size-thumbnail\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest-150x150.jpg\" alt=\"super-h\u00e9ros\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest-128x128.jpg 128w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/hassler-forest.jpg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-27293\" class=\"wp-caption-text\">Dan Hassler-Forest (Utrecht University)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hassler-Forest se concentre sur le film de super-h\u00e9ros comme un genre qu\u2019il faut situer dans son \u00e9poque, comme le film d\u2019action des ann\u00e9es 1980 (sous la pr\u00e9sidence de Reagan). Il ne s\u2019int\u00e9resse pas beaucoup aux <em>comic books<\/em> qui ont inspir\u00e9 le film de super-h\u00e9ros ; globalement, son livre profite de ce choix, car il peut mieux saisir les caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9riques de ce genre de film, sans passer par une discussion sur le d\u00e9voiement ou non des contenus originaux. En effet, beaucoup d\u2019\u00e9crits sur les films <em>comic book<\/em> sont obs\u00e9d\u00e9s par la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019original. Comme l\u2019affirme Hassler-Forest, une des caract\u00e9ristiques d\u00e9terminantes du film de super-h\u00e9ros est justement la focalisation sur la question des origines. Tandis que celles-ci, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une morsure d\u2019araign\u00e9e radioactive ou de parents assassin\u00e9s, fonctionnent comme une toile de fond pour les personnages dans les <em>comic books<\/em>, elles deviennent centrales dans les films, m\u00eame dans les red\u00e9marrages. L\u2019autre caract\u00e9ristique d\u00e9terminante est la focalisation narrative sur la destruction de New York (ou Gotham City). On pourrait penser que c\u2019est la raison d\u2019\u00eatre de tous les super-h\u00e9ros de sauver le monde, ou du moins une m\u00e9tropole importante. Mais c\u2019est justement l\u00e0 que la dimension historique devient cruciale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Hassler-Forest, le film de super-h\u00e9ros est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui intervient principalement apr\u00e8s l\u2019attaque terroriste contre le World Trade Center le 11 septembre 2001. C\u2019est cette contingence historique qui structure en grande partie la logique sp\u00e9cifique de ce genre de film, situ\u00e9 entre deux traumatismes : l\u2019origine du super-h\u00e9ros et la menace que celui-ci affronte. Ce que le film de super-h\u00e9ros offre au niveau de la narration, c\u2019est la reconnaissance d\u2019un traumatisme historique, lequel est coupl\u00e9 avec le fantasme de sa pr\u00e9vention. La structure narrative d\u2019une version alternative de la r\u00e9alit\u00e9 est rendue possible par les nouvelles images de synth\u00e8se qui permettent l\u2019insertion homog\u00e8ne de monstres, de cyborgs, et de mutants. <em>\u00ab Ces notions parall\u00e8les de la r\u00e9alit\u00e9 alternative au niveau narratif,<\/em> <em>et de l\u2019ontologie du cin\u00e9ma num\u00e9rique au niveau de la repr\u00e9sentation, <\/em>dit Hassler-Forest,<em> se sont nourries mutuellement dans le blockbuster post-classique, avec un fort accent plac\u00e9 sur le genre du fantastique populaire. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/bjtXUULtH4E\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La connexion entre le film de super-h\u00e9ros et le 11 septembre 2001 fut dans un premier temps accidentelle et maladroite. Tourn\u00e9 entre janvier et juin 2001, <em>Spider-Man<\/em> fut accompagn\u00e9 lors de sa sortie en mai 2002 d\u2019une bande-annonce faisant figurer de mani\u00e8re pro\u00e9minente les anciennes Tours jumelles. La bande-annonce dut \u00eatre refaite, et toute trace des Tours num\u00e9riquement supprim\u00e9e. Au cours des ann\u00e9es suivantes, on a remplac\u00e9 les Tours jumelles par d\u2019autres cr\u00e9ations num\u00e9riques, Stark Tower, Oscorp Tower, et le paysage invent\u00e9 de Gotham City. Ces tours et ces paysages urbains \u00e9taient alors menac\u00e9s par leurs propres catastrophes, doublement d\u00e9plac\u00e9es sur les plans num\u00e9rique et narratif. La dialectique de l\u2019impuissance et de la puissance, de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hulk\">Bruce Banner et Hulk<\/a>, de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Superman\">Clark Kent et Superman<\/a> devient un moyen d\u2019exorciser le traumatisme de l\u2019agression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le film de super-h\u00e9ros ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une compulsion de r\u00e9p\u00e9tition qui passe par le num\u00e9rique. D\u2019apr\u00e8s Hassler-Forest, il contient les trois piliers de l\u2019ordre politique actuel : la surveillance, la torture, et la violence extral\u00e9gale, suffisamment dilu\u00e9es pour \u00e9chapper \u00e0 toute critique. Que Superman puisse voir \u00e0 travers les murs, que Batman puisse torturer <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Joker_(comics)\">le Joker<\/a>, qu\u2019Iron Man puisse s\u2019engager dans une guerre priv\u00e9e en Afghanistan, tout cela est moins mena\u00e7ant et plus acceptable que si l\u2019\u00c9tat ou ses mandataires priv\u00e9s se comportaient de la m\u00eame fa\u00e7on. C\u2019est la fiction du monde des super-h\u00e9ros qui justifie \u00e0 sa mani\u00e8re la r\u00e9alit\u00e9 politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hassler-Forest ne limite pas le film de super-h\u00e9ros \u00e0 une all\u00e9gorie de la Guerre contre le terrorisme, m\u00eame si les dates correspondent bien (ni l\u2019un ni l\u2019autre ne semblent sur le point de s\u2019arr\u00eater). Il affirme que la focalisation sur les origines repr\u00e9sente un d\u00e9placement lors du passage du <em>comic<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9cran ; ainsi, elle met au premier plan les questions de paternit\u00e9, de patriarchie, et de succession entre p\u00e8re et fils. Hassler-Forest insiste \u00e9galement sur la dimension n\u00e9olib\u00e9rale de la narration. Dans une certaine mesure, il y a continuit\u00e9 ici, car l\u2019id\u00e9e de solutions individuelles (et priv\u00e9es) aux probl\u00e8mes sociaux, ou \u00e0 leurs sympt\u00f4mes s\u2019inscrit dans le moment fondateur des <em>comics<\/em>. Les films font ressortir cela au niveau de la narration, avec l\u2019accent mis sur la richesse de Bruce Wayne (Batman) et de Tony Stark (Iron Man), mais aussi au niveau de la forme. Les effets sp\u00e9ciaux ne sont rien d\u2019autre que la visualisation de la puissance de l\u2019argent. Le spectateur est stup\u00e9fait et par Iron Man et par les effets sp\u00e9ciaux, alors que forme et contenu s\u2019entrem\u00ealent.<\/p>\n<figure id=\"attachment_27302\" aria-describedby=\"caption-attachment-27302\" style=\"width: 320px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-27302 size-full\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/kirby.png\" alt=\"super-h\u00e9ros\" width=\"320\" height=\"230\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/kirby.png 320w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/kirby-300x216.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-27302\" class=\"wp-caption-text\">illustration : Jack Kirby<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le livre de Sean Howe nous offre une autre version, qui raconte l\u2019histoire de Marvel depuis ses d\u00e9buts sous le nom de Timely Comics (1939), puis Atlas Comics (1951) jusqu\u2019\u00e0 la sortie des <em>Avengers<\/em> en 2012. D\u2019une certaine fa\u00e7on, c\u2019est une histoire de contingence et de n\u00e9cessit\u00e9. N\u00e9cessit\u00e9 parce que l\u2019id\u00e9e de porter des personnages Marvel \u00e0 l\u2019\u00e9cran remonte presque \u00e0 la date de leur cr\u00e9ation. Cette n\u00e9cessit\u00e9 a deux volets, en quelque sorte : en tant que r\u00eave pour <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stan_Lee\">Stan Lee\u00a0<\/a>(qui a m\u00eame collabor\u00e9 en 1972 avec le cin\u00e9aste <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alain_Resnais\">Alain Resnais<\/a>, un grand amateur des <em>comics<\/em>, sur deux sc\u00e9narios finalement non produits), mais aussi en tant que source de b\u00e9n\u00e9fices pour les divers propri\u00e9taires de Marvel. Contingence, car les origines de Marvel ont \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9es autant par les batailles culturelles autour du m\u00e9dium des comics que par la cr\u00e9ativit\u00e9 de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jack_Kirby\">Jack Kirby<\/a> et de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Steve_Ditko\">Steve Ditko<\/a>. La dominance culturelle actuelle de Marvel est non moins contingente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le livre de Howe contient une autre analyse en termes de base et de superstructure. La description qu\u2019il nous donne de Marvel dans les ann\u00e9es 1990, gonflant les ventes avec des \u00e9ditions limit\u00e9es, des hybrides, des num\u00e9ros sp\u00e9ciaux plastifi\u00e9s, est le portrait d\u2019une culture capitaliste au m\u00eame titre que les repr\u00e9sentations de la richesse de Bruce Wayne (Batman). Il n\u2019est pas trop difficile, en lisant entre les lignes, de voir les diff\u00e9rentes phases du capital culturel chez Marvel, des premiers conflits \u00e0 propos des parts du march\u00e9 aux d\u00e9bats continus sur la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Il est clair quand on lit les deux livres ensemble que les <em>comics<\/em>, comme toute forme d\u2019art, ont un rapport conflictuel avec l\u2019exploitation capitaliste. Derri\u00e8re les ventes li\u00e9es, les accords de licence pour les jouets, le marketing multiplateforme se trouvent des intrigues cr\u00e9atives et des innovations artistiques. Dans le cas de Marvel, ces rivalit\u00e9s furent l\u00e9gendaires, et tout fan v\u00e9ritable connaissait aussi bien le conflit entre l\u2019artiste Jack Kirby et le concepteur Stan Lee que celui entre Captain America et MODOK. Le livre de Howe nous rappelle, toutefois, que Marvel n\u2019a pu occuper une si grande part de l\u2019imagination populaire qu\u2019en se liant aux forces contre-culturelles, ind\u00e9pendamment du marketing, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019existentialisme d\u00e9lirant du<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Surfer_d%27argent\"> Surfer d\u2019argent<\/a>, ou de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Panth%C3%A8re_noire_(comics)\">Panth\u00e8re noire<\/a>. Cette dimension contre-culturelle dispara\u00eet compl\u00e8tement dans le film <em>comic book<\/em> contemporain.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/GxC5BEJMb9A\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que le livre de Hassler-Forest a le m\u00e9rite de nous r\u00e9v\u00e9ler le croisement du film de super-h\u00e9ros et les id\u00e9ologies n\u00e9olib\u00e9rales, celui de Howe nous montre que ce croisement n\u2019est que la manifestation actuelle d\u2019un champ de forces mouvantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Post\u00e9 le 15 janvier 2013<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Mutation sans fin : red\u00e9marrages et suites<\/span><\/h2>\n<figure id=\"attachment_27295\" aria-describedby=\"caption-attachment-27295\" style=\"width: 218px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-27295 size-medium\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboots-218x300.jpeg\" alt=\"super-h\u00e9ros\" width=\"218\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboots-218x300.jpeg 218w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboots.jpeg 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 218px) 100vw, 218px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-27295\" class=\"wp-caption-text\">illustration : John Hilgart (<a href=\"http:\/\/4cp.posthaven.com\/4cp-faq\">4cp.posthaven.com\/4cp-faq<\/a>)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce post commence avec une th\u00e8se, qui n\u2019est pas une hypoth\u00e8se, car je vais l\u2019appliquer, et non la mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. La voici : les red\u00e9marrages (<em>reboots<\/em>) constituent la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cran du rapport entre les forces productives et les relations de production. Au niveau des forces productives, la technologie d\u2019effets sp\u00e9ciaux fait dater les films instantan\u00e9ment, et fournit la justification d\u2019un red\u00e9marrage tous les deux ans. Mais cette incessante mise \u00e0 jour technologique ne peut se transformer en film que si elle r\u00e9ussit \u00e0 capter un d\u00e9placement dans le climat politique et culturel, lequel renvoie aux relations de production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les derni\u00e8res ann\u00e9es ont vu une acc\u00e9l\u00e9ration du rythme des red\u00e9marrages. Seize ans s\u00e9parent <em>Batman Begins<\/em> (Christopher Nolan, 2005) de <em>Batman<\/em> (Tim Burton, 1989), et dix ans s\u00e9parent <em>The Amazing Spider-Man<\/em> (Marc Webb, 2012) de <em>Spider-Man<\/em> (Sam Raimi, 2002). Quand on prend en compte les suites, les d\u00e9lais se r\u00e9duisent encore plus : huit ans s\u00e9parent le film de Nolan (2005) de <em>Batman and Robin<\/em> (Joel Schumacher, 1997), mais il y a seulement cinq ans entre le film de Webb (2012) et le dernier<em> Spider-Man<\/em> de Raimi (2007).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est significatif que ces suites aient \u00e9t\u00e9 des \u00e9checs en termes esth\u00e9tiques. C\u2019est ainsi qu\u2019elles finissent par achever la franchise, \u00e9puisant la ligne de production, et justifiant un red\u00e9marrage aux yeux des investisseurs, sinon aux yeux du public. Autrement dit, les suites produisent la frustration et l\u2019usure \u00e0 m\u00eame de faire red\u00e9marrer le d\u00e9sir. La rotation la plus rapide fut le d\u00e9lai entre<em> Hulk<\/em> (Ang Lee, 2003) et <em>The Incredible Hulk<\/em> (Louis Leterrier, 2008) ; si on rajoute la nouvelle it\u00e9ration du personnage dans <em>The Avengers<\/em> (2012), on a un taux de renouvellement qui d\u00e9passe celui des mod\u00e8les d\u2019iPhone [2]. Bien entendu, les red\u00e9marrages incessants des h\u00e9ros peuvent s\u2019appr\u00e9hender comme un exemple o\u00f9 la forme correspond au contenu. Les lecteurs des <em>comic books<\/em> sont habitu\u00e9s \u00e0 de multiples versions du m\u00eame personnage, ainsi que de diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations identifi\u00e9es aux noms propres, le Spider-Man de Steve Ditko, le Daredevil de Frank Miller, etc.<\/p>\n<figure id=\"attachment_27298\" aria-describedby=\"caption-attachment-27298\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-27298 size-thumbnail\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-150x150.jpeg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-300x298.jpeg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-144x144.jpeg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-36x36.jpeg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-32x32.jpeg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-50x50.jpeg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-64x64.jpeg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-96x96.jpeg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1-128x128.jpeg 128w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot1.jpeg 320w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-27298\" class=\"wp-caption-text\">John Hilgart<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est nouveau ici, c\u2019est que les red\u00e9marrages sont pouss\u00e9s autant par la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle corporative (<em>corporate ownership<\/em>) que par la cr\u00e9ativit\u00e9 des individus. Sony Pictures poss\u00e8de les droits pour faire des films avec Spider-Man, mais il les perdrait en cas de non-exploitation. De m\u00eame pour 20th Century Fox et les X-Men. Autrefois, les lecteurs savaient distinguer entre DC et Marvel, et discutaient de la sup\u00e9riorit\u00e9 des personnages de chaque marque. Mais le film <em>comic book<\/em> de nos jours propose une le\u00e7on de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle beaucoup plus complexe. La question n\u2019est plus de savoir si Hulk pourrait battre <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Wolverine\">Wolverine<\/a>, mais quel type de contrat de licence pourrait les faire coexister dans le m\u00eame film.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 juste titre, dans la mesure o\u00f9 existe une sous-intrigue th\u00e9matique dans <em>The Amazing Spider-Man<\/em>, celle-ci concerne une soci\u00e9t\u00e9 commerciale (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oscorp\">Oscorp<\/a>). Non seulement le nouveau Spider-Man est un produit de bout en bout (utilisant de la toile dessin\u00e9e par Oscorp, commandant son costume en ligne), mais son origine est enti\u00e8rement li\u00e9e \u00e0 la question de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Le film introduit l\u2019histoire ant\u00e9rieure (<em>back story<\/em>) des parents de Peter Parker (Spider-Man), surtout celle du p\u00e8re qui a d\u00e9couvert la formule rendant possible l\u2019\u00e9pissage des g\u00e8nes. C&rsquo;est un laborantin brillant qui a cr\u00e9\u00e9 un homme-araign\u00e9e et un homme-l\u00e9zard, et qui a disparu avant que la formule ne tombe dans de mauvaises mains. L\u2019inclusion d\u2019une histoire ant\u00e9rieure explique l\u2019accumulation d\u2019angoisse chez Peter Parker, mais surtout d\u00e9clenche une intrigue qui a tout \u00e0 voir avec la restauration de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, ce qui ouvre aussi la voie pour des suites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La restauration de la propri\u00e9t\u00e9 est reli\u00e9e \u00e0 la recherche d\u2019une figure paternelle, qui am\u00e8ne Peter \u00e0 rencontrer plusieurs substituts. D\u2019abord, le docteur Connors, employ\u00e9 chez Oscorp, et assistant du p\u00e8re de Peter, qui se m\u00e9tamorphose en super-vilain (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_L%C3%A9zard\">le L\u00e9zard<\/a>). Le prochain p\u00e8re substitut de Peter sera le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gwen_Stacy\">capitaine Stacy, p\u00e8re de Gwen Stacy<\/a>, sa petite amie ; c\u2019est une trajectoire qui va de la science commerciale \u00e0 la police militaire. L\u2019oncle Ben, le p\u00e8re substitut original, qui est rel\u00e9gu\u00e9 par son assassinat \u00e0 un r\u00f4le secondaire, repr\u00e9sente le milieu populaire dont Peter veut s\u2019\u00e9chapper.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le nouveau Spider-Man est moins un bon voisin qu\u2019un monte-en-l\u2019air ambitieux, utilisant ses pouvoirs pour contourner des portiers d\u2019h\u00f4tel, ou pour sortir avec des filles issues de la classe sup\u00e9rieure. Dans une sc\u00e8ne jou\u00e9e pour rire, Peter vole le badge Oscorp d\u2019un jeune m\u00e9decin \u00e0 patronyme hispanique, acte de m\u00e9chancet\u00e9 soulign\u00e9 quand ce dernier sera brutalement expuls\u00e9 par la s\u00e9curit\u00e9. Le probl\u00e8me avec cette version de Peter, c\u2019est qu\u2019il plaisante comme son alter ego, mais les blagues visent des opposants plus faibles : le petit dur <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Flash_Thompson\">Flash Thompson<\/a>, le malheureux voleur d\u2019automobiles, le pauvre L\u00e9zard domin\u00e9 par ses pulsions reptiliennes. Du coup, les plaisanteries sont plus m\u00e9chantes que dr\u00f4les. Ce changement refl\u00e8te le fait qu\u2019il est difficile de nos jours de croire en l\u2019histoire d\u2019un boutonneux (<em>nerd<\/em>) qui se transforme en h\u00e9ros. La sc\u00e8ne la plus contemporaine n\u2019est pas lorsque Peter monte sur un skateboard, ou utilise le moteur de recherche Bing pour chercher son p\u00e8re, mais dans la conclusion o\u00f9 Flash Thompson arbore un tee-shirt Spider-Man \u00e0 l\u2019\u00e9cole. C\u2019est l\u2019ultime le\u00e7on du nouveau Spider-Man : le vrai pouvoir, c\u2019est le <em>copyright<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le grand d\u00e9faut de ce red\u00e9marrage, c\u2019est l\u2019omission du personnage <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/J._Jonah_Jameson\">J. Jonah Jameson<\/a>, directeur du Daily Bugle. Ce n\u2019est pas tant que ce personnage capricieux et col\u00e9rique fut l\u2019une des r\u00e9ussites des films de Raimi, mais que la guerre de propagande livr\u00e9e par le journal contre Spider-Man donne \u00e0 l\u2019intrigue une dimension populiste. Spider-Man est d\u00e9test\u00e9 par les journaux et par les flics, mais aim\u00e9 du peuple. Son existence m\u00eame t\u00e9moigne d\u2019un savoir populaire qu\u2019ignorent les m\u00e9dias et les discours du pouvoir.<\/p>\n<figure id=\"attachment_27299\" aria-describedby=\"caption-attachment-27299\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-27299 size-medium\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot2-300x182.jpeg\" alt=\"super-h\u00e9ros\" width=\"300\" height=\"182\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot2-300x182.jpeg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/reboot2.jpeg 320w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-27299\" class=\"wp-caption-text\">John Hilgart<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9f\u00e9rence pour ces divers red\u00e9marrages est la s\u00e9rie de films Batman r\u00e9alis\u00e9e par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Christopher_Nolan\">Christopher Nolan<\/a>. C\u2019est le mod\u00e8le d\u2019affaires copi\u00e9 par tous les autres. On a lou\u00e9 les films de Nolan pour avoir capt\u00e9 l\u2019esprit du temps. Il faut dire que cela se fait assez facilement apr\u00e8s le 11 septembre ; quelques remarques sur la politique de la peur, sur l\u2019exc\u00e8s du pouvoir \u00e9tatique, le d\u00e9bat sur la torture et sur la surveillance, et personne ne nierait qu\u2019un film a capt\u00e9 le <em>zeitgeist<\/em>. Les films de Nolan contiennent tous ces \u00e9l\u00e9ments. Il n\u2019est pas surprenant que le dernier de la s\u00e9rie, <em>The Dark Knight Rises<\/em>, soit interpr\u00e9t\u00e9 dans ce sens, avant m\u00eame sa sortie. Cela a commenc\u00e9 avec des rumeurs que Nolan allait tourner au parc Zuccotti au sud de Manhattan, tenu par les manifestants du mouvement <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Occupy_Wall_Street\">Occupy Wall Street<\/a>, rumeurs apparemment confirm\u00e9es par la premi\u00e8re bande-annonce avec ses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la richesse, et qui fait dire \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Catwoman\">Catwoman<\/a> que le millionnaire Bruce Wayne (Batman) \u00ab <em>laissait si peu \u00e0 nous autres<\/em> \u00bb. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fusillade_d%27Aurora\">Apr\u00e8s la fusillade lors de la projection du film \u00e0 Aurora<\/a>, Colorado, la discussion du film s\u2019est transform\u00e9e en un d\u00e9bat g\u00e9n\u00e9rique sur la question de la violence dans les films.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me de <em>The Dark Knight Rises<\/em> est bien la lutte des classes, mais le film prend fait et cause pour les riches et pour l\u2019autorit\u00e9. Il serait plus juste de dire que le film essaie de scinder cette lutte en deux, en distinguant entre les bons et les mauvais riches, et les bons et les mauvais opprim\u00e9s. Cette fa\u00e7on de voir, qui met en avant le fait qu\u2019il existe de bons et de mauvais \u00e9l\u00e9ments dans chaque classe sociale, et qui amarre les structures sociales \u00e0 la diversit\u00e9 infinie des m\u0153urs et des traits de caract\u00e8re, est le geste id\u00e9ologique par excellence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019instrument de cette division est le personnage <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bane_(comics)\">Bane<\/a>, qui appara\u00eet ou bien comme un lib\u00e9rateur du peuple, ou bien comme le pire d\u00e9magogue jamais vu. Le projet de Bane implique l\u2019isolation physique de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gotham_City\">Gotham City<\/a>, et \u00e0 cette fin il fait sauter les ponts, et tient en otage la ville avec une arme nucl\u00e9aire. La ville est alors soumise au retour du refoul\u00e9 ; les prisonniers sont lib\u00e9r\u00e9s, et les riches sont vis\u00e9s par des simulacres de proc\u00e8s, avant d\u2019\u00eatre condamn\u00e9s \u00e0 la mort ou \u00e0 l\u2019exil, cette derni\u00e8re sentence consistant \u00e0 \u00eatre forc\u00e9 \u00e0 ses risques et p\u00e9rils de traverser les rivi\u00e8res gel\u00e9es s\u00e9parant la ville du reste du monde. On ne sait pas avec certitude si Bane est un vrai r\u00e9volutionnaire, ou s\u2019il veut simplement orchestrer l\u2019autodestruction de Gotham City. Dans le film, cette question tourne autour du transfert suppos\u00e9 de l\u2019arme nucl\u00e9aire \u00e0 un citoyen choisi au hasard, geste qui symboliserait le d\u00e9p\u00e9rissement du grand m\u00e9chant. On fait allusion, de mani\u00e8re tr\u00e8s ambigu\u00eb, d\u2019un lien entre gouvernement populaire et tyrannie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette ambigu\u00eft\u00e9 vient en grande partie de l\u2019incapacit\u00e9 du film \u00e0 imaginer le peuple. Que pensent les gens ordinaires de Bane, qui fait dynamiter l\u2019\u00e9quipe locale de football, puis offre aux citoyens la possibilit\u00e9 de \u00ab <em>faire ce qu\u2019ils veulent<\/em> \u00bb, tant\u00f4t maniant la terreur, tant\u00f4t proposant la lib\u00e9ration ? La question ne se pose pas dans le film. Les habitants de Gotham City sont extr\u00eamement vacillants, d\u00e9monisant Batman un instant, l\u2019adorant \u00e0 un autre, se r\u00e9voltant puis demandant la r\u00e9pression \u00e0 grands cris. Plus qu\u2019autre chose, c\u2019est cette m\u00e9fiance absolue envers le peuple, envers toute volont\u00e9 ou intelligence populaires, qui en fait un film fasciste. Il faut mentir au peuple, c\u2019est cela le th\u00e8me commun des trois films de Nolan.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/fpw0ajm3_5k\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant au statut de la police, le film est clair. Une partie du plan de Bane consiste \u00e0 emprisonner la police sous terre, r\u00e9alisant ainsi l\u2019id\u00e9e d\u2019une ville sans forces de l&rsquo;ordre. C\u2019est un cauchemar de droite plut\u00f4t qu\u2019un fantasme anarchiste. La police est enfin lib\u00e9r\u00e9e par Batman, et retourne \u00e0 la surface d\u2019une ville dans les mains de criminels et de terroristes, ce qui m\u00e8ne \u00e0 la sc\u00e8ne la plus surprenante du film. Un groupe de policiers marchant \u00e0 l\u2019unisson se retrouvent affront\u00e9s par un groupe divers comprenant le gang de Bane, des mercenaires et des criminels lib\u00e9r\u00e9s, qui ordonnent aux policiers de se disperser. Ceux-ci refusent et s\u2019attaquent au gang bien arm\u00e9 et \u00e9quip\u00e9 de chars. Bizarrement, ils le font avec des matraques, et non avec des fusils (vid\u00e9o ci-dessus). C\u2019est l\u2019illustration parfaite de la contre-r\u00e9volution : la logique de la r\u00e9volution se met au service de son renversement. Afin que l\u2019autorit\u00e9 soit restaur\u00e9e, il faut que celle-ci devienne d\u00e9sirable, cool, qu\u2019elle prenne l\u2019image et l\u2019affect de la r\u00e9volte. Ainsi, le film transforme la richesse, l\u2019autorit\u00e9 et la duperie en actes de r\u00e9bellion et de subversion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On se demande souvent pour combien de temps la tendance des super-h\u00e9ros au cin\u00e9ma continuera, combien de red\u00e9marrages et de suites verront le jour ? Est-ce que ceux-ci marqueront le pas, se r\u00e9duisant \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019\u00e9poque entre le Batman de Burton et celui de Nolan, le Spider-Man de Raimi et celui de Webb, et tout ce qui suivra ? On pose habituellement cette question de mani\u00e8re cynique, et on suppose que la recherche de b\u00e9n\u00e9fices est la seule logique qui pr\u00e9vaut. Il est temps de poser une autre question, portant sur l\u2019id\u00e9ologie et non sur l\u2019\u00e9conomie. \u00c9tant donn\u00e9 que tous les films de super-h\u00e9ros se caract\u00e9risent par l\u2019absence du peuple, par un h\u00e9ros qu\u2019on peut idol\u00e2trer sans jamais \u00e9galer, on devrait demander pour combien de temps encore l\u2019audience sera captiv\u00e9e par des images de sa propre impuissance collective. Le film de super-h\u00e9ros s\u2019ach\u00e8vera quand on pourra \u00e9laborer une autre conception du peuple, de la collectivit\u00e9 que celle d\u2019une masse passive et terrifi\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Post\u00e9 le 22 juillet 2012<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Vengez-moi :<em> The Avengers<\/em> et l\u2019industrie culturelle<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne comptais pas \u00e9crire sur <em>The Avengers<\/em>, car le film ne m\u2019inspirait pas. J\u2019y ai pass\u00e9 un bon moment dans un \u00e9tat de r\u00e9gression absolue. Hulk cassait tout, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Thor_(comics)\">Thor<\/a> maniait son marteau, des quolibets marrants furent prononc\u00e9s, et \u00e7a p\u00e9tait dans tous les sens. Pour citer Adorno : \u00ab <em>ce n&rsquo;est pas pour rien que l&rsquo;on peut entendre en Am\u00e9rique de la bouche des producteurs cyniques que leurs films doivent tenir compte du niveau intellectuel d&rsquo;un enfant de onze ans. Ce faisant, ils se sentent toujours plus incit\u00e9s \u00e0 faire d&rsquo;un adulte un enfant de onze ans<\/em> \u00bb [3]. Selon ce crit\u00e8re-l\u00e0, le film est une r\u00e9ussite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le prolongement de cette remarque d\u2019Adorno, une appr\u00e9ciation premi\u00e8re du film serait de dire qu\u2019il repr\u00e9sente le point culminant de la tendance de l\u2019industrie culturelle \u00e0 transformer tout en publicit\u00e9. Les livres deviennent des annonces pour les films, les films deviennent des annonces pour les bandes sonores, les bandes sonores deviennent des annonces pour les jeux vid\u00e9o, etc., tout produit est une publicit\u00e9 pour un autre. <em>The Avengers<\/em> poussent cette logique \u00e0 un autre niveau. \u00c0 partir d\u2019<em>Iron Man<\/em> en 2008, on a vu une s\u00e9rie de films dont les br\u00e8ves apparitions de vedettes et les s\u00e9quences post-g\u00e9n\u00e9riques se retrouvent dans le film dont il est question ici. Je cite \u00e0 ce propos les remarques faites par Fredric Jameson sur le devenir film de la bande-annonce :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Or, la bande-annonce doit non seulement montrer quelques images des vedettes, et quelques \u00e9chantillons des sc\u00e8nes d\u2019action, mais aussi r\u00e9capituler pratiquement tous les coups de th\u00e9\u00e2tre, d\u00e9voilant ainsi toute l\u2019intrigue \u00e0 l\u2019avance. \u00c0 terme, le consommateur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 et forc\u00e9 de ces spectacles \u00e0 venir (dont cinq ou six pr\u00e9c\u00e8dent le film principal, et remplacent les anciens courts-m\u00e9trages) finit par faire une d\u00e9couverte capitale, \u00e0 savoir que la bande-annonce suffit. On n\u2019a plus vraiment besoin de voir le film entier (\u00e0 moins que l\u2019objet soit de tuer le temps) \u00bb<\/em> [4].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La convergence de s\u00e9quences aboutissant \u00e0 <em>The Avengers<\/em> va \u00e0 l\u2019encontre de cette logique dans la mesure o\u00f9 c\u2019est le film lui-m\u00eame qui existe d\u00e9sormais pour promouvoir la suite, en dehors d\u2019une bande-annonce. Les sc\u00e8nes d\u00e9cisives se retrouvent souvent apr\u00e8s le g\u00e9n\u00e9rique de la fin. (La remarque de Jameson, datant de 1997, pourrait \u00eatre elle-m\u00eame \u00ab historicis\u00e9e \u00bb) [5]. Dans le cas des films comme <em>The Avengers<\/em>, la bande-annonce pointe vers une autre bande-annonce, devenue une v\u00e9ritable forme culturelle en elle-m\u00eame. Il faudra contextualiser cette \u00e9volution par rapport \u00e0 la dynamique du capital financier.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/3SElPiIEBS4\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien n\u2019emp\u00eache de voir <em>The Avengers<\/em> comme le point culminant de cette tendance au marketing multiplateforme. Il existe, n\u00e9anmoins, deux arguments qui nuancent ce point de vue. D\u2019abord, la tendance dominante dans la production de blockbusters reste la strat\u00e9gie de \u00ab gonflage et largage \u00bb (<em>pump and dump<\/em>). Un film de ce type fait l\u2019objet d\u2019un battage m\u00e9diatique (<em>hype<\/em>) sur tous les supports possibles, il est projet\u00e9 en ouverture simultan\u00e9ment sur plusieurs milliers d\u2019\u00e9crans, et il en tire des revenus cons\u00e9quents, avant que la r\u00e9ponse critique sur les r\u00e9seaux sociaux puisse le faire couler. Il s\u2019agit toutes proportions gard\u00e9es d\u2019un cycle expansion-r\u00e9cession (<em>boom and bust<\/em>). Mais l\u2019id\u00e9e de passer quatre ans \u00e0 d\u00e9velopper un film qui formerait la base de films futurs est du moins une longue arnaque, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre un investissement \u00e0 long terme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8mement, pour apog\u00e9e de la culture publicitaire qu\u2019il soit, ce marketing transversal est aussi et surtout le prolongement de la culture des <em>comics<\/em>, qui met en sc\u00e8ne un univers autant que des personnages. Autrement dit, il faut voir <em>The Avengers<\/em> comme un film <em>comic book<\/em> plut\u00f4t qu\u2019un film de super-h\u00e9ros. Il s\u2019agit moins du \u00ab voyage (initiatique) de super-h\u00e9ros \u00bb que de la repr\u00e9sentation d\u2019un monde o\u00f9 des dieux scandinaves se battent contre des guerriers aux pouvoirs exceptionnels. Ce sont des r\u00e9f\u00e9rences intertextuelles famili\u00e8res depuis longtemps aux lecteurs des <em>comics<\/em>. La construction d\u2019un univers a toujours \u00e9t\u00e9 une strat\u00e9gie de marketing, et une intrigue avec un personnage Marvel est syst\u00e9matiquement prolong\u00e9e ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble, toutefois, que <em>The Avengers<\/em> puissent toujours s\u2019appr\u00e9hender \u00e0 travers ce croisement d\u2019une forme marketing et du contenu issu de la <em>pulp culture<\/em>. On peut voir cela dans le choix du r\u00e9alisateur <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Joss_Whedon\">Joss Whedon<\/a>, qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une forte r\u00e9putation aupr\u00e8s des \u00ab fans \u00bb (s\u00e9rie culte, blogs, tee-shirts), et qui est amateur des <em>comics<\/em>. Ce choix a un sens dans le contexte d\u2019un renversement culturel, o\u00f9 les cr\u00e9ateurs de t\u00e9l\u00e9vision comme Joss Whedon (<em>Buffy<\/em>), David Simon (<em>The Wire<\/em>), Matt Wiener (<em>Mad Men<\/em>) sont \u00e9tudi\u00e9s comme des auteurs avec des styles singuliers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est int\u00e9ressant dans le choix de Whedon, c\u2019est que <em>The Avengers<\/em> viennent juste apr\u00e8s son travail de sc\u00e9nariste sur <em>Cabin in the Woods <\/em>(<em>La cabane dans les bois<\/em>), qu\u2019il faut voir comme une all\u00e9gorie de tournage. Dans ce film, un groupe d\u2019hommes, recroquevill\u00e9s autour de moniteurs de surveillance, activent des touches et tournent des boutons afin de construire des sc\u00e8nes pour plaire \u00e0 des dieux invisibles. Il se trouve, comme par hasard, que le d\u00e9sir de ceux-ci se porte sur des nymphomanes nubiles poursuivies par des monstres. De m\u00eame, le film <em>The Avengers<\/em> a aussi ses dirigeants invisibles, le \u00ab Conseil \u00bb et un groupe d\u2019hommes pench\u00e9s sur des moniteurs dans un h\u00e9liporteur. Les \u00e9changes entre <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nick_Fury\">Nick Fury<\/a> et le Conseil r\u00e9v\u00e8lent finalement la structure du film. La sc\u00e8ne o\u00f9 le Conseil exprime ses doutes quant au groupe bizarre rassembl\u00e9 par Fury fait penser \u00e0 une r\u00e9union d\u2019investisseurs avec des managers de Disney : <em>\u00ab vous voulez dire qu\u2019on va tout miser sur un film avec un dieu scandinave, un h\u00e9ros de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, et un homme-robot ?<\/em>\u2009\u00bb. La construction de <em>The Avengers<\/em> serait donc un livre ouvert. Le grand moment lib\u00e9rateur qui donne aux Vengeurs quelque chose \u00e0 venger s\u2019av\u00e8re \u00eatre orchestr\u00e9 autant \u00e0 l\u2019\u00e9cran que hors \u00e9cran. De m\u00eame pour le d\u00e9nouement grandiose. Ces moments m\u00e9taphysiques prennent souvent la forme d\u2019un d\u00e9bat entre Nick Fury, qui d\u00e9fend les id\u00e9aux d\u2019h\u00e9ro\u00efsme et de puret\u00e9, et le Conseil qui pr\u00e9f\u00e8re l\u2019efficacit\u00e9 assur\u00e9e par la technologie. Difficile de ne pas y voir une externalisation des premi\u00e8res r\u00e9unions entre cr\u00e9ateurs et financiers (pitch meetings), ainsi que celle du conflit entre le geek devenu r\u00e9alisateur, et sa bo\u00eete de production. Dans ce cas, la sc\u00e8ne post-g\u00e9n\u00e9rique <a href=\"http:\/\/edition.cnn.com\/2012\/05\/07\/showbiz\/movies\/secret-avengers-after-credit-scene-ew\/index.html\">repr\u00e9sente la victoire du premier sur la derni\u00e8re<\/a>.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/BscTljPanTo\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 de cet angle m\u00e9taphysique, le film ressemble \u00e0 un<em> comic book<\/em> port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran. <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/film\/2012\/may\/11\/avengers-hollywood-afraid-tackle-9-11\">Certains vont jusqu\u2019\u00e0 affirmer<\/a> qu\u2019il s\u2019agit du premier film \u00e0 avoir pleinement assimil\u00e9 les implications de la destruction des Tours jumelles le 11 septembre 2001. Pour ma part, je pense qu\u2019il serait plus int\u00e9ressant d\u2019examiner la fa\u00e7on dont il normalise certaines tendances qui se sont manifest\u00e9es depuis, \u00e0 savoir le recours \u00e0 la torture et \u00e0 l\u2019utilisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la surveillance. La premi\u00e8re n\u2019y figure pas, mais elle est constamment sous-entendue. Il y en a m\u00eame quelques allusions dans la sc\u00e8ne introduisant <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Veuve_noire_(comics)\">la Veuve noire<\/a>, et dans celle o\u00f9 le m\u00e9chant <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Loki_(Marvel_Comics)\">Loki<\/a> est prisonnier \u00e0 bord de l\u2019h\u00e9liporteur. Certes, Thor refuse de torturer son fr\u00e8re (et finalement le rend \u00e0 la plan\u00e8te Asgard pour \u00eatre traduit devant une sorte de tribunal intergalactique). Plus int\u00e9ressante est la mani\u00e8re dont le film traite de la surveillance. <em>The Dark Knight Rises<\/em> fait de celle-ci le th\u00e8me principal de l\u2019intrigue, accompagn\u00e9 comme il se doit par des lamentations \u00e9thiques. Batman accepte d\u2019y avoir recours dans un \u00ab \u00e9tat d\u2019exception \u00bb pour vaincre le Joker, et d\u00e9truit la technologie apr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>The Avengers<\/em>, un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Phil_Coulson\">agent du SHIELD<\/a> d\u00e9clare en passant qu\u2019on est en train de scanner tous les cam\u00e9ras, mobiles, portables, etc., afin de localiser Loki. La surveillance totale fait d\u00e9sormais partie de la toile de fond. On pourrait prolonger ce constat en affirmant que la question soulev\u00e9e dans le film, \u00e0 savoir, vaut-il mieux combattre une menace par un groupe d\u2019individus aux comp\u00e9tences sup\u00e9rieures, ou par de la technologie et des armements, peut se comprendre comme une r\u00e9f\u00e9rence voil\u00e9e \u00e0 la strat\u00e9gie militaire am\u00e9ricaine apr\u00e8s le 11 septembre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Post\u00e9 le 29 mai 2012<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Notes du traducteur (DB)<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\">Les liens \u00e0 partir des noms propres aux entr\u00e9es wikip\u00e9dia (en fran\u00e7ais) ou \u00e0 la pr\u00e9sentation de Jameson sont de moi ; les liens \u00e0 partir des membres de phrase \u00e0 d&rsquo;autres articles (en anglais) sont de Jason Read.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. Fredric Jameson, \u00ab Realism and Utopia in The Wire \u00bb, <em>Criticism,<\/em> 52, no. 3-4, Summer\/Fall 2010, pp. 367-68. Texte disponible en ligne : <a href=\"https:\/\/muse.jhu.edu\/article\/447304\">https:\/\/muse.jhu.edu\/article\/447304<\/a> (je traduis).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2. La rotation du personnage Captain America a \u00e9t\u00e9 encore plus rapide par la suite : [1990], 2011, 2012 (<em>The Avengers<\/em>), 2014, 2015 (<em>The Avengers<\/em>), 2016, et 2018 (sortie pr\u00e9vue).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3. Conf\u00e9rence en fran\u00e7ais pour l\u2019universit\u00e9 radiophonique internationale, 21 et 28 septembre, 1963 : <a href=\"https:\/\/www.le-terrier.net\/adorno\/industrie.htm\">https:\/\/www.le-terrier.net\/adorno\/industrie.htm<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4. Fredric Jameson, \u00ab Culture and Finance Capital \u00bb, <em>The Cultural Turn : Selected Writings on the Postmodern 1983-1998<\/em>, Verso (London, New York), 1998, 2009, p. 155 (je traduis).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Disponible en ligne dans une premi\u00e8re version tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente :<br \/>\n<a href=\"http:\/\/sydney.edu.au\/arts\/slam\/downloads\/documents\/novel_studies\/sem1_2017\/2_May_Reading1.pdf\">http:\/\/sydney.edu.au\/arts\/slam\/downloads\/documents\/novel_studies\/sem1_2017\/2_May_Reading1.pdf <\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5. R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre premi\u00e8re phrase (\u00ab <em>Il faut t<\/em><em>oujours historiciser ! <\/em>\u00bb) de l&rsquo;un des ouvrages majeurs de Jameson, <em>L&rsquo;Inconscient politique <\/em>(Questions th\u00e9oriques, 2012, \u00e9dition originale, 1981). Remarquons le d\u00e9calage important entre la date de la publication am\u00e9ricaine (chez Cornell University Press) et la traduction fran\u00e7aise, due \u00e0 Nicolas Vieillecazes. (Compte-rendu int\u00e9ressant de l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise par St\u00e9phane Haber ici sur le site <a href=\"http:\/\/www.laviedesidees.fr\/L-ideologie-des-oeuvres-d-art.html\"><em>La<\/em> <em>Vie des id\u00e9es<\/em><\/a>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\">Voir aussi l&rsquo;ouvrage classique d&rsquo;Ariel Dorfman et Armand Mattelart sur l&rsquo;id\u00e9ologie de l&rsquo;univers Disney, <em>Donald l&rsquo;imposteur<\/em>, Alain Moreau, 1976 (\u00e9dition chilienne originale, 1971). Un long extrait de ce livre \u00e9puis\u00e9 peut se trouver dans Armand Mattelart, <em>Communication, id\u00e9ologies et h\u00e9g\u00e9monies culturelles<\/em>, tome 1 d&rsquo;une anthologie en trois volumes \u00e9tablie et pr\u00e9sent\u00e9e par Fabien Granjon et Michel S\u00e9n\u00e9cal, Presses des Mines, 2015, pp. 247-65.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7069\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\" alt=\"bouton citer\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/a>READ Jason<\/strong>, \u00ab Quatre textes sur les films de super-h\u00e9ros &#8211; Jason READ \u00bb, <em>Articles<\/em> [En ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2017, mis en ligne le 1er septembre 2017. URL : http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/films-super-heros-jason-read\/<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"su-divider su-divider-style-default\" style=\"margin:15px 0;border-width:5px;border-color:#999999\"><a href=\"#\" style=\"color:#999999\">Aller en haut<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jason Read est un jeune philosophe universitaire am\u00e9ricain, sp\u00e9cialiste de Marx, Spinoza et Deleuze. Depuis 2006, il tient un blog intitul\u00e9 <em>unemployed negativity<\/em> o\u00f9 il parle de ses lectures, commente l\u2019actualit\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"author":1373,"featured_media":27305,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018,11,668,3],"tags":[166,142,47,171,694,28,117,89,149],"coauthors":[954],"class_list":["post-27270","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-cinema","category-culturepop","category-industries-culturelles","tag-americanisation","tag-blockbusters","tag-creativite","tag-fondforme","tag-forme-esthetique","tag-ideologie","tag-marketing","tag-marxisme","tag-plaisir"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27270","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1373"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27270"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27270\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/27305"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27270"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27270"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27270"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=27270"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}