
{"id":26072,"date":"2017-06-01T01:00:03","date_gmt":"2017-05-31T23:00:03","guid":{"rendered":"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?p=26072"},"modified":"2019-03-18T09:25:29","modified_gmt":"2019-03-18T08:25:29","slug":"realisme-the-wire-impuissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/realisme-the-wire-impuissance\/","title":{"rendered":"Le r\u00e9alisme de \u00ab\u00a0The Wire\u00a0\u00bb rend-il impuissant ? &#8211; Anne-Lise MELQUIOND"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26072?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26072?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Une r\u00e9alit\u00e9 qui s&rsquo;approche par bribes<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab <\/em>The Wire<em>. Le probl\u00e8me lorsque l\u2019on veut produire ce genre de s\u00e9rie, c\u2019est que les programmes ne sont que des interludes entre des pages de pubs. La publicit\u00e9 est la raison d\u2019\u00eatre de la t\u00e9l\u00e9vision parce que c\u2019est l\u00e0 que se trouve l\u2019argent. Alors comment allez-vous dire aux gens des v\u00e9rit\u00e9s qui font mal au sujet de l\u2019Am\u00e9rique, de son \u00e9tat \u00e9conomique et social, comment dire toutes ces choses aux gens quand juste derri\u00e8re on va leur vendre de la lessive et des bagnoles ?\u00a0 <\/em>[1]\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien de trop spectaculaire dans <em>The Wire<\/em>, rien de trop extraordinaire non plus. Une s\u00e9rie polici\u00e8re qui ne r\u00e9pondrait pas aux codes du genre, mais qui ne s\u2019en \u00e9loignerait pas non plus. <em>The Wire<\/em> pr\u00e9sente en soixante \u00e9pisodes d\u2019une heure environ sur cinq saisons la ville de Baltimore sous toutes ses coutures et comme totalit\u00e9. Elle passe au crible toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9 sans en \u00e9pargner aucune. Et \u00e0 travers une ville, beaucoup moins cin\u00e9matographique que New York, San Francisco o\u00f9 Los Angeles [2], on nous montre, de mani\u00e8re r\u00e9aliste, les aspects les plus pessimistes d\u2019une Am\u00e9rique en d\u00e9composition [3]. David Simon et Ed Burns, les cr\u00e9ateurs de la s\u00e9rie, ont une connaissance locale tr\u00e8s forte, car le premier a \u00e9t\u00e9 longtemps journaliste au <em>Baltimore Sun<\/em>, et le second est un ancien policier et enseignant de Baltimore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>The Wire<\/em>, c\u2019est une histoire de dealers, de drogu\u00e9s, de politiciens, de policiers, de prostitu\u00e9es, de dockers, de criminels, de professeurs, de journalistes, d\u2019indics. C\u2019est une fresque de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine rarement vue \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. En m\u00eame temps, on est sur HBO et comme leur slogan le brocarde : <em>\u00ab It&rsquo;s not TV. It&rsquo;s HBO \u00bb<\/em>. HBO est une cha\u00eene payante qui a produit les s\u00e9ries parmi les plus importantes des ann\u00e9es 2000 [4]. Une des raisons du succ\u00e8s de cette cha\u00eene s\u2019explique par la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9crivains de tr\u00e8s grande qualit\u00e9. Par exemple, <em>The Wire<\/em> est sc\u00e9naris\u00e9e par des grands noms du roman noir am\u00e9ricain comme Dennis Lehane, George Pelecanos et Richard Price.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus de soixante heures de r\u00e9cit pour tenter de comprendre une pluralit\u00e9 de mondes. Pas seulement le monde de la police. Il y a du Fritz Lang (<em>M le Maudit<\/em>) derri\u00e8re le projet des auteurs, car \u00e0 la diff\u00e9rence de la majorit\u00e9 des exemples du genre, dans lesquels les policiers sont moralement sup\u00e9rieurs aux d\u00e9linquants qu\u2019ils arr\u00eatent, chaque camp est mis en parall\u00e8le \u00e0 travers les proc\u00e9dures et les codes de son travail [5]. Les policiers et les truands incarnent les deux figures de l\u2019univers institutionnel formant l\u2019arri\u00e8re-plan initial de la s\u00e9rie, qui d\u00e9veloppe une intrigue assez minimaliste, la mise sur \u00e9coute d\u2019une bande de gangsters qui trafiquent de la drogue par des policiers. La police comme la p\u00e8gre se heurtent au m\u00eame type de probl\u00e8me \u00e0 savoir un probl\u00e8me de fonctionnement, de structure, de hi\u00e9rarchie. Chez Fritz Lang, cette alternance des sc\u00e8nes montrant l\u2019enqu\u00eate de la police, et celle de la p\u00e8gre d\u00e9non\u00e7ait la faillite de l\u2019\u00c9tat de la R\u00e9publique de Weimar \u00e9chouant \u00e0 prot\u00e9ger sa population. Et ici, dans <em>The Wire<\/em>, de quelle faillite est-il question ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut alors se demander l\u00e9gitimement quelles sont les motivations qui poussent les auteurs de <em>The Wire<\/em> \u00e0 faire cette s\u00e9rie, \u00e0 faire de cette s\u00e9rie un portrait de Baltimore comme un processus social de l\u2019Am\u00e9rique en d\u00e9composition. On est bien au c\u0153ur d\u2019un projet r\u00e9aliste brechtien, comme se l\u2019approprie Jean-Luc Godard : \u00ab <em>il ne faut pas oublier que le cin\u00e9ma doit, aujourd&rsquo;hui plus que jamais, garder pour r\u00e8gle de conduite cette pens\u00e9e de Bertolt Brecht :<\/em> <em>\u00ab Le r\u00e9alisme, ce n&rsquo;est pas comment sont les choses vraies, mais comme sont vraiment les choses \u00bb \u00bb. <\/em>[6]\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-26528\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/baltimore-crime.jpg\" alt=\"\" width=\"247\" height=\"204\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour mener \u00e0 bien ce projet, prenons l\u2019exemple du meurtre d\u2019une jeune femme de vingt ans survenu dans une temporalit\u00e9 qui pr\u00e9c\u00e8de la s\u00e9rie. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de voir le crime, il y en a tant \u00e0 Baltimore. Le mal est pr\u00e9sent avant, pendant et sera encore l\u00e0 \u00e0 la fin de la s\u00e9rie. Ce meurtre \u00ab hors temps narratif \u00bb, qui encombre le pr\u00e9sent d\u2019un pass\u00e9 irr\u00e9solu, place cette s\u00e9rie dans une fiction r\u00e9aliste, comme s\u2019il y avait des faits r\u00e9els qui pr\u00e9existaient, et qui seraient le gage pour <em>The Wire<\/em> d\u2019\u00eatre une fiction vraie. Il n\u2019y aura pas de <em>happy end<\/em> dans cette s\u00e9rie, le crime ne s\u2019arr\u00eatera jamais. Quant au meurtre de cette jeune femme, sans le voir, on en aura trois versions. D\u2019abord, le r\u00e9cit de la bouche du pr\u00e9tendu meurtrier, D\u2019Angelo, comme une confession \u00e0 pleine voix ensuite une reconstitution quasi silencieuse et minutieuse de deux inspecteurs charg\u00e9s de l\u2019enqu\u00eate, enfin l\u2019aveu de D\u2019Angelo aux policiers, qui nous apprend qu\u2019il n\u2019est finalement pas le meurtrier, mais l\u2019app\u00e2t pour aider Wee Bey \u00e0 la tuer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces trois points de vue d\u2019un m\u00eame geste, un meurtre qu\u2019on ne verra pas, se compl\u00e8tent et nous montrent une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019on approche par bribes. En d\u00e9tournant l\u2019aphorisme spinoziste \u00ab<em> ni rire ni pleurer mais comprendre<\/em> \u00bb, on pourra pleurer avec la confession de D\u2019Angelo, rire avec les soixante-six \u00ab <em>fucks<\/em> \u00bb des policiers, et comprendre avec l\u2019aveu de D\u2019Angelo dans la sc\u00e8ne finale de la premi\u00e8re saison.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">De l\u2019orange au noir<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bodie, un des dealers du gang Barskdale, arrive \u00e0 s\u2019\u00e9chapper de son centre de r\u00e9\u00e9ducation, et revient \u00e0 son point de d\u00e9part, un canap\u00e9 orange au milieu des tours du quartier de Baltimore West [7]. S\u2019y trouvent trois autres membres du m\u00eame gang, D\u2019Angelo, Poot et Wallace, qui discutent de leurs soucis quotidiens de dealers. Dans la plupart des d\u00e9buts de s\u00e9quence de <em>The Wire<\/em>, il y a un plan voire deux qui permettent de nous situer g\u00e9ographiquement dans l\u2019espace de la ville. On n\u2019est jamais perdu dans Baltimore, on sait toujours o\u00f9 on est et avec qui on est. Le o\u00f9 ne renvoie pas \u00e0 une g\u00e9ographie pr\u00e9cise d\u2019un plan de la ville que l\u2019on visualiserait. Cette ma\u00eetrise totale de l\u2019organisation de l\u2019espace permet de nous rep\u00e9rer <em>grosso modo<\/em> sur les diff\u00e9rents espaces sociaux de la ville. Le centre-ville et les gratte-ciels o\u00f9 circule le monde d\u2019en haut, les commissaires, politiciens, juges etc. Et la p\u00e9riph\u00e9rie, le monde d\u2019en bas : les quartiers pavillonnaires o\u00f9 coexistent les dealers et policiers, les tours, les <em>projects<\/em> (cit\u00e9s de logements sociaux) encore un peu plus loin, encore un peu plus bas o\u00f9 les habitants consomment jour et nuit de la drogue vendue par les trafiquants surveill\u00e9s par les policiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les auteurs de <em>The Wire<\/em> prennent donc un soin particulier \u00e0 ne jamais nous \u00e9garer dans Baltimore. Cette attention \u00e0 l\u2019environnement n\u2019est pas simplement une coquetterie pour ne pas perdre les spectateurs. Elle joue un r\u00f4le capital dans la d\u00e9marche du projet r\u00e9aliste des cr\u00e9ateurs de la s\u00e9rie. Prenons l\u2019exemple de ce gros plan sur du linge qui s\u00e8che dehors et qui ouvre la s\u00e9quence \u00e9tudi\u00e9e (voir vid\u00e9o ci-dessous). Les briques rouges tout autour du linge permettent d\u00e9j\u00e0 de nous situer dans les tours de la cit\u00e9. Ce linge, pour reprendre Barthes, d\u00e9gage un effet de r\u00e9el qui a pour fonction de nous faire adh\u00e9rer \u00e0 la \u00ab <em>r\u00e9alit\u00e9 du r\u00e9cit<\/em> \u00bb [8]. Le concept d\u2019effet de r\u00e9el justifie la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments descriptifs qui semblent d\u00e9nu\u00e9s de valeur fonctionnelle pour reprendre l\u2019exemple du barom\u00e8tre dans le passage de Flaubert cit\u00e9 par Barthes : <em>\u00ab un vieux piano supportait, sous un barom\u00e8tre, un tas pyramidal de bo\u00eetes et de cartons \u00bb <\/em>[9], mais qui assurent la vraisemblance. Le linge qui s\u00e8che au dehors joue donc le r\u00f4le du barom\u00e8tre flaubertien, et ancre le r\u00e9cit dans une caract\u00e9risation r\u00e9aliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/b0Ig40uAabM\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\">Activer les sous-titres (en anglais)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La s\u00e9quence s\u2019ouvre donc sur ce gros plan de linge qui s\u00e8che, o\u00f9 on entend des enfants qui jouent, suit un deuxi\u00e8me plan rapide, une plong\u00e9e qui montre un autre point de vue, celui de la surveillance (le toit o\u00f9 vont se positionner les policiers) o\u00f9 ces m\u00eames enfants qu\u2019on entend jouent au basket dans la cour. La continuit\u00e9 sonore des deux plans qui se juxtaposent cr\u00e9e une continuit\u00e9 g\u00e9ographique. On est bien dans le m\u00eame lieu, \u00e0 savoir les tours du West Baltimore, le fameux quartier o\u00f9 op\u00e8re la bande de Barksdale. Dans ce plan d\u00e9marre une conversation des trois dealers qui continue au plan suivant, un plan qui fixe le canap\u00e9 orange o\u00f9 les trois personnages Wallace, Poot et D\u2019Angelo sont assis avec les tours en arri\u00e8re-plan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On accueille ce canap\u00e9, \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor incongru, comme une illustration du concept deleuzien de d\u00e9territorialisation en faisant du symbole petit-bourgeois le pivot du trafic de drogue. Le territoire, ce n\u2019est pas un espace g\u00e9ographique, c\u2019est un rapport entre un objet \u2013 le canap\u00e9, et un monde \u2013 le salon et le confort qui va avec. Le d\u00e9tournement de l\u2019usage du canap\u00e9, et sa reterritorialisation au milieu des <em>projects<\/em> du West Baltimore est un geste fort et transgressif. Ce canap\u00e9 nous montre une Am\u00e9rique o\u00f9 plus rien n\u2019est \u00e0 sa place : les policiers ont leurs bureaux dans un sous-sol alors que les dealers font leurs business sur un canap\u00e9 qui tr\u00f4ne au milieu du terrain vague de la cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-26529\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/wire-sofa.jpg\" alt=\"\" width=\"276\" height=\"183\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce canap\u00e9 n\u2019a \u00e9videmment pas la m\u00eame fonctionnalit\u00e9 que le canap\u00e9 du Perk\u2019s Caf\u00e9 de <em>Friends<\/em> qui permettait aux personnages de la s\u00e9rie de se retrouver autour de moult tasses de caf\u00e9 dans un environnement cosy et toc. Ici tout est vrai, y compris ce canap\u00e9. C\u2019est d\u2019ailleurs ce m\u00eame canap\u00e9 qui \u00e9tait r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 entre les sc\u00e8nes par les vrais dealers de drogue de la cit\u00e9 o\u00f9 ils tournaient [10]. L\u2019anecdote est suffisamment surprenante pour y croire, et on pense \u00e0 Godard d\u00e9clarant : \u00ab <em>ce n\u2019est pas le cin\u00e9ma qui imite la vie mais la vie qui imite le cin\u00e9ma.<\/em> \u00bb [11] Ce canap\u00e9 permet de mettre en sc\u00e8ne la hi\u00e9rarchie du gang. Qui est dessus, qui est \u00e0 c\u00f4t\u00e9, indique qui a un petit peu de pouvoir, qui en a perdu. Il sera vide dans le dernier plan de l\u2019avant-dernier \u00e9pisode, car les arrestations ont eu lieu, et il deviendra noir dans le dernier \u00e9pisode comme un d\u00e9nouement morbide [12].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais revenons donc \u00e0 Bodie qui vient de s\u2019\u00e9chapper du centre de r\u00e9\u00e9ducation et revient en jouant le gros dur car il a r\u00e9ussi \u00e0 sortir malgr\u00e9 tout [13], ce n\u2019est pas une \u00e9vasion spectaculaire ni h\u00e9ro\u00efque. D\u2019Angelo se moque de lui, et lui parle de ses propres \u00ab exploits \u00bb : il rentre, lui, de huit mois de prison pour homicide. Bodie, vex\u00e9, lui rappelle qu\u2019il n\u2019a (seulement) tu\u00e9 qu\u2019une personne, ce qui met en col\u00e8re D\u2019Angelo qui avoue en avoir tu\u00e9 bien plus [14]. On les trouve touchants dans leur rivalit\u00e9 masculine et juv\u00e9nile [15] \u2013 n\u2019oublions pas qu\u2019ils ont \u00e0 peine seize ans et on pourrait penser qu\u2019ils se raillent pour des histoires d\u2019adolescents [16]. D\u2019Angelo raconte donc l\u2019histoire et les raisons du meurtre de Deidre, la maitresse de son oncle, Avon. Jalouse, elle mena\u00e7ait de parler des activit\u00e9s d\u2019Avon \u00e0 la police.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019Angelo est calme quand il raconte l\u2019histoire, et semble aussi fier que hant\u00e9 pendant qu\u2019il d\u00e9crit la sc\u00e8ne qui comporte des d\u00e9tails visuels et auditifs extr\u00eamement riches. Par son r\u00e9cit, il fait surgir la lumi\u00e8re et la p\u00e9nombre, la tension sexuelle et le suspens avec la r\u00e9p\u00e9tition du <em>\u00ab tap tap tap \u00bb<\/em> \u00e0 la fen\u00eatre. Il nous plonge r\u00e9ellement (litt\u00e9ralement ?) au plus profond du meurtre de Deidre Kresson. On est \u00e0 la fois dans la cour \u00e0 \u00e9couter D\u2019Angelo et dans l\u2019appartement de Deidre \u00e0 entendre les \u00ab <em>tap tap tap<\/em> \u00bb \u00e0 la fen\u00eatre. En fixant de plus en plus intentionnellement Bodie, il est patent que le but de cette histoire pour D\u2019Angelo est de gagner le respect de son subalterne le plus d\u00e9sob\u00e9issant, et de lui montrer de quoi il est capable. Le <em>climax<\/em> est \u00e0 son comble dans le silence qui pr\u00e9c\u00e8de le meurtre m\u00eame, l\u2019air devient irrespirable. Le <em>\u00ab What happened ? \u00bb<\/em> de Bodie fait retomber un peu d\u2019intensit\u00e9. D\u2019Angelo d\u00e9tourne le regard comme s\u2019il ne voulait pas voir la v\u00e9rit\u00e9 en face, il se tourne donc vers Wallace qui r\u00e9pond \u00e0 sa place comme si c\u2019\u00e9tait une \u00e9vidence <em>\u00ab He shot her\u2026 \u00bb<\/em>. Bodie et D\u2019Angelo se regardent dans un champ-contrechamp muet \u2013 c\u2019est grave, un meurtre vient de se d\u00e9rouler. La s\u00e9quence s\u2019ach\u00e8ve avec un nouveau plan en plong\u00e9e du toit sur la cour, qui remonte rapidement sur le centre de Baltimore. Ce mouvement de cam\u00e9ra qui va du bas (les dealers et leur meurtre) vers le haut (les responsables de la police qui sont loin) met en \u00e9vidence le foss\u00e9 qui s\u00e9pare le coupable de la loi, un sentiment d\u2019impunit\u00e9 transpire. Les enfants ont arr\u00eat\u00e9 de jouer, on n\u2019entend plus qu\u2019une sir\u00e8ne de voiture de police qui hurle au loin son impuissance dans les rues de Baltimore. Ce panoramique vertical rappelle le long travelling horizontal d\u2019une autre sc\u00e8ne de meurtre, celle dans Frenzy qui nous amenait des hurlements dans l\u2019appartement de la femme assassin\u00e9e \u00e0 la rue avec ses bruits dans un mouvement de cam\u00e9ra cr\u00e9ant un sentiment effroyable d\u2019impuissance.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab Fuck \u00bb<\/span><\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le revers de cette s\u00e9quence se d\u00e9roule quelques moments plus tard, dans le m\u00eame \u00e9pisode. Le sergent Landsman envoie Jimmy McNulty et Bunk Moreland enqu\u00eater sur le meurtre de Deidre Kresson. Les deux inspecteurs se rendent donc dans l\u2019appartement que la jeune femme louait, qui est vide depuis, afin de faire un relev\u00e9 des preuves de la sc\u00e8ne du crime. C&rsquo;est une sacr\u00e9e symphonie de blasph\u00e8mes \u00e0 laquelle on assiste dans une sc\u00e8ne choquante, brillante mais surtout extr\u00eamement dr\u00f4le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce \u00e0 D\u2019Angelo, nous connaissons exactement comment ce meurtre s\u2019est d\u00e9roul\u00e9, nous pouvons donc appr\u00e9cier l\u2019observation de ces professionnels au travail. M\u00eame si au moment o\u00f9 McNulty et Bunk arrivent dans l\u2019appartement, nous savons d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019ils vont trouver, pourtant, pendant qu\u2019ils reconstituent lentement le meurtre, pas \u00e0 pas, c\u2019est comme si nous le voyions une premi\u00e8re fois. Bunk et McNulty d\u00e9couvrent la v\u00e9rit\u00e9 avec une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019outils, des photos de la sc\u00e8ne du crime, un m\u00e8tre \u00e0 ruban, un marqueur et un faux pistolet. Ils rejouent la sc\u00e8ne du meurtre en \u00e9tendant les photos autour de la pi\u00e8ce en \u00e9tant debout ou allong\u00e9 tant en position de meurtrier que de victime. Ce savoir-faire est compl\u00e8tement artisanal, on est loin d\u2019un \u00e9pisode des <em>Experts<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/XdfwFDZGnUk\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le plus ahurissant de cette s\u00e9quence, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019auront besoin que d\u2019un seul mot pour communiquer, et \u00e7a sera <em>\u00ab fuck \u00bb<\/em>. Et lentement, <em>\u00ab fuck \u00bb<\/em> apr\u00e8s <em>\u00ab fuck \u00bb<\/em>, l\u2019histoire prend forme. Les \u00ab vieilles affaires \u00bb en deviennent de nouvelles [17]. C\u2019est autant un tour de force en termes d\u2019\u00e9criture de dialogues qu\u2019en termes d\u2019enqu\u00eate. Cette sc\u00e8ne des soixante-six \u00ab <em>fuck<\/em> \u00bb est le ph\u00e9nom\u00e8ne inverse de l\u2019\u00e9pisode de <em>South Park<\/em> [18], o\u00f9 la r\u00e9p\u00e9tition du mot \u00ab<em> shit<\/em> \u00bb privait ce juron de son sens. Ici, \u00e0 chaque nouvelle variation de <em>\u00ab fuck \u00bb<\/em>, McNulty et Bunk explorent la gamme de significations possibles du mot, de l\u2019empathie, du d\u00e9go\u00fbt, de la frustration et de la joie \u00e0 d\u00e9couvrir un nouvel indice. Inutile de traduire pour comprendre ce qu\u2019ils (se) racontent. Cette sc\u00e8ne est savoureuse aussi pour cette raison, parce qu\u2019elle est autant visuelle que sonore. Du vrai comique en somme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Nous pensions avoir affaire \u00e0 un drame, \u00e0 une trag\u00e9die, au d\u00e9clin d\u2019un monde capitaliste, ouvrier, des institutions ? Nous d\u00e9couvrons \u00e0 la place \u00ab une grande s\u00e9rie comique \u00bb, mettant en sc\u00e8ne l\u2019exc\u00e8s, le ridicule, la farce, comme autant de mani\u00e8res de conjurer la violence de cette description. \u00bb<\/em> [19] Et en effet, le rire est partout dans The Wire. <em>\u00ab Le mot de com\u00e9die signifie-t-il ici bien davantage qu\u2019une disposition \u00e0 rire et \u00e0 donner \u00e0 rire. Au plus large, il signifie que la juste mesure r\u00e9aliste va constamment de pair avec un exc\u00e8s \u2013 et avec la conjuration, l\u2019esquive de cet exc\u00e8s. \u00bb <\/em>[20]\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce comique repose sur des situations insolites et les exemples les plus composites fourmillent tout au long des \u00e9pisodes. Par exemple, Bunk surpris par McNulty en peignoir rose cuvant dans la salle de bain de la femme avec qui il vient de passer la nuit, ses v\u00eatements br\u00fbl\u00e9s dans la baignoire car preuve de son infid\u00e9lit\u00e9. Rhonda Pearlman, la substitut du procureur, dans le sous-sol de la police qui sortant du bureau de Daniels, surprend une danseuse de chez Orlando en train de marcher avec un fil attach\u00e9 \u00e0 ses chevilles, et contempl\u00e9e par Herc, qui tient un m\u00e8tre comme si c\u2019\u00e9tait un fouet. Omar qui souffle sur une maison pour r\u00e9cup\u00e9rer de la drogue en chantant la comptine du grand m\u00e9chant loup. Il est pr\u00e9sent aussi dans l\u2019argot homo\u00e9rotique des r\u00e9pliques r\u00e9pandues dans la police dont le couple McNulty\/Bunk est le plus significatif [21]. D\u2019autres couples assurent des moments comiques comme Herc et Carver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/3R4zDkv0slY\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019\u00e9pisode \u00ab The Game \u00bb, ils assistent m\u00e9dus\u00e9s \u00e0 un match de basket entre les quartiers de Baltimore Ouest et de Baltimore Est. Cette sc\u00e8ne est d\u2019autant plus dr\u00f4le que juste avant, ne voyant personne en bas des tours, Herc demande \u00e0 Carver s\u2019ils n\u2019ont pas gagn\u00e9 et que personne ne les a pr\u00e9venus [22]. Car l\u2019humour de <em>The Wire<\/em> est signifiant, il enrichit le sens et en souligne les contradictions. Dans la sc\u00e8ne pr\u00e9g\u00e9n\u00e9rique du quatri\u00e8me \u00e9pisode de la premi\u00e8re saison, Carver aide Herc \u00e0 faire passer un bureau dans leur nouveau local d\u2019enqu\u00eate. \u00c7a coince, le bureau ne passe pas. Sydnor, McNulty et m\u00eame leur chef Daniels les aident, et on les voit qui poussent sous le regard attentif de Freamon. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils se rendent compte qu\u2019ils poussaient dans le sens oppos\u00e9. Le gag montre clairement la m\u00e9taphore que la police est impuissante si les ordres de la cha\u00eene de commandement ne vont pas dans le m\u00eame sens. <em>\u00ab The Wire ne fonctionne-t-il pas de toute fa\u00e7on ainsi, par sc\u00e8nes relevant de la plaisanterie et de l\u2019apologue ? \u00bb <\/em>[23]\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il faut sauver le soldat Wallace<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le troisi\u00e8me point de vue sur le meurtre de Deidre se situe \u00e0 la fin de la saison quand D\u2019Angelo avoue aux policiers qui l\u2019a r\u00e9ellement tu\u00e9e, lui, finalement, n\u2019ayant servi que d\u2019app\u00e2t pour qu\u2019elle se fasse tuer par Wey Bee [24]. On apprend donc la v\u00e9rit\u00e9 tr\u00e8s tard, trop tard. Le meurtre de Deidre Kresson ne nous int\u00e9resse plus, il y a en eu tant depuis\u2026 Le dernier en date est celui de Wallace, un gamin des quartiers, un pion sur l\u2019\u00e9chiquier, un soldat dans la m\u00e9taphore de D\u2019Angelo [25].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une sc\u00e8ne d\u2019un r\u00e9alisme stup\u00e9fiant, on nous pr\u00e9sente Wallace dans son quotidien squattant une maison d\u00e9saffect\u00e9e avec une dizaine d\u2019autres gamins plus jeunes, prog\u00e9nitures urbaines de parents toxicomanes dont il s\u2019occupe. La sc\u00e8ne du petit-d\u00e9jeuner o\u00f9 Wallace apr\u00e8s avoir r\u00e9veill\u00e9 les enfants leur distribue une brique de jus de fruit et un paquet de chips pour leur d\u00e9part \u00e0 l\u2019\u00e9cole est tr\u00e8s proche du cin\u00e9ma n\u00e9or\u00e9aliste italien. Il y a du Rossellini \u00e0 filmer des matelas d\u00e9fonc\u00e9s, un frigo vide, un fil \u00e9lectrique qui pend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/YrSy9r0-lMg\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce r\u00e9alisme renforce notre col\u00e8re \u00e0 sa mort et on pourrait crier comme D\u2019Angelo qui hurle sa rage infinie contre Stringer Bell \u00ab <em>Where the fuck is Wallace ?<\/em> \u00bb. D\u2019Angelo crie d\u2019autant qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 impuissant \u00e0 sauver le soldat Wallace aupr\u00e8s de son oncle \u00ab <em>Leave the boy be, Avon. Just leave him be<\/em> \u00bb. Daniels et Mac Nulty [26], eux aussi, essayent vainement de sauver Wallace, figure christique dans le monde corrompu de Baltimore. Mais comment le sauver quand la chaine de commandement emp\u00eache toute r\u00e9ussite ? [27] <em>\u00ab D\u00e8s lors, puisque la corruption et le manque d\u2019\u00e9thique semblent g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, l\u2019affrontement et l\u2019opposition primordiale ne se jouent pas vraiment entre l\u2019institution polici\u00e8re et l\u2019organisation criminelle, mais entre les quelques garants d\u2019une conscience morale qu\u2019ils tentent d\u2019affirmer et un monde o\u00f9 elle n\u2019a plus cours. \u00bb <\/em>[28]\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le dit David Simon [29], c\u2019est parce que les individus se retrouvent seuls face aux institutions qu\u2019il leur est difficile de s\u2019en sortir. Ils tentent de se sauver individuellement mais ce n\u2019est pas possible. D\u2019Angelo, tout comme Wallace [30], veut partir de cet endroit. Il raconte aux policiers son histoire, sa famille, le fait qu\u2019il ne peut pas se d\u00e9p\u00eatrer de son milieu : <em>\u00ab<\/em> <em>y\u2019all don\u2019t get it. You grow up in this shit. My grandfather was Butch Stamford. You know Butch Stamford was in this town? All my people, man, my father, my oncles, my cousins \u2026 It\u2019s just what we do. You just live with this shit until you can\u2019t breathe no more. I swear to God, I was courtside for eight months and I was freer in jail than I was at home. \u00bb <\/em>[31] D\u2019Angelo cherche donc \u00e0 n\u00e9gocier avec la police autant pour sa libert\u00e9 que pour se venger du meurtre de Wallace. Un peu plus tard, sa m\u00e8re le retrouve et l\u2019emp\u00eache de t\u00e9moigner en invoquant sa famille. Et elle, elle le fait pour continuer \u00e0 avoir son train de vie. Et quand il s\u2019agit de d\u00e9monter le gang Barksdale, certaines autorit\u00e9s reculent de peur de se faire \u00ab saquer \u00bb par le s\u00e9nateur Davis qui r\u00e9cup\u00e8re de l\u2019argent de ce trafic. Le pr\u00e9fet de police Burrell intimide le lieutenant Daniels : <em>\u00ab How is it you have people pulling campaign records and finance reports? The fuck has that got to do with anything? \u00bb <\/em>[32]\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre aspect d\u00e9terminant dans l\u2019incapacit\u00e9 des policiers \u00e0 faire leur travail correctement est la culture du r\u00e9sultat, qui est omnipr\u00e9sente tout au long de la s\u00e9rie. Cette culture du r\u00e9sultat se trouve aussi bien dans le monde de l\u2019\u00e9cole [33], dans le monde de la police, dans le monde des m\u00e9dias que dans celui de la drogue. Cette politique m\u00e8ne \u00e0 des situations absurdes parce que le but n\u2019est pas d\u2019avoir des r\u00e9sultats mais de montrer qu\u2019on en a. \u00c0 la fin de la premi\u00e8re saison, la hi\u00e9rarchie polici\u00e8re qui veut de l\u2019action tr\u00e8s vite pour pouvoir voir la drogue sur la table monte une op\u00e9ration de communication qui d\u00e9truit tout le travail ant\u00e9rieur des policiers. Et dans la saison cinq lorsque McNulty essaye d\u2019obtenir des r\u00e9sultats il va le faire en trichant. Il va s\u2019appuyer sur des histoires fausses pour obtenir des moyens vrais afin d\u2019obtenir des r\u00e9sultats r\u00e9els. La s\u00e9rie nous montre ainsi que s\u2019\u00e9lever dans la hi\u00e9rarchie suppose de renoncer \u00e0 toute action, et inversement les seuls qui essayent d\u2019agir sont les perdants de l\u2019histoire [34]. Cette sociologie du pouvoir renvoie donc \u00e0 un rapport tragique au monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Le pessimisme de Lang consisterait \u00e0 observer \u2013 et \u00e0 nous faire observer \u2013 que tous ces gens qui pourchassent le meurtrier sont aussi antipathiques \u2013 sinon plus \u2013 que lui \u00bb <\/em>[35], ce propos de Ranci\u00e8re pourrait s\u2019appliquer \u00e0 <em>The Wire<\/em>. Qui de McNulty, Bunk, Rawls, Burrell, Daniels, Kima, Herc, Carver du c\u00f4t\u00e9 des policiers, Stringer Bell, Avon Barksdale, D\u2019Angelo, Bodie, Wee-Bey, Proposition Joe du c\u00f4t\u00e9 des trafiquants de drogue, est un personnage r\u00e9ellement sympathique ? R\u00e9ellement antipathique ? Chaque personnage est attachant \u00e0 sa mani\u00e8re parce que l\u2019on prend le temps de le voir, de l\u2019\u00e9couter, de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 son environnement, de comprendre ses motivations. Et c\u2019est l\u00e0 que se situe l\u2019int\u00e9r\u00eat pour cette s\u00e9rie, dans ce r\u00e9alisme qui complexifie nos repr\u00e9sentations de l\u2019opposition manich\u00e9enne et creuse entre les gentils et les m\u00e9chants des traditionnels <em>cop shows<\/em> : <em>\u00ab si nous avions \u00e9chou\u00e9 dans notre projet <\/em>The Wire<em>, nous aurions juste fait un cop show \u00bb<\/em> \u00e9crit David Simon [36].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La saison d\u00e9butait au tribunal o\u00f9 D\u2019Angelo sortait libre apr\u00e8s le revirement d\u2019un t\u00e9moin, elle se termine au m\u00eame endroit mais cette fois D\u2019Angelo est le pr\u00e9venu et le t\u00e9moin et il retournera en prison comme un cycle, l\u2019\u00e9ternel retour du m\u00eame [37]. La fin de la saison se termine sur des plans du corner, o\u00f9 nous avons l\u2019impression que rien n\u2019a chang\u00e9, tout est semblable m\u00eame si certains personnages ont disparu. Et c\u2019est Poot qui a pris du grade et qui est maintenant assis sur le canap\u00e9 devenu noir \u00e0 observer le trafic qui ne s\u2019arr\u00eate pas. Ce n\u2019est que du business et n\u2019importe qui peut en faire. Poot et Bodie remplacent D\u2019Angelo et Wallace et nous savons d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 que d\u2019autres prendront leur place et se feront remplacer \u00e0 leur tour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni D\u2019Angelo, Ni Poot, ni Deidre, ni Bodie, ni Wallace [38], ni personne ne s\u2019en sortira jamais parce que jamais personne ne se sort des quartiers de Baltimore, ville qui fonctionne comme une pieuvre tentaculaire aspirant ses habitants <em>\u00ab way down in the hole \u00bb <\/em>[39].<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00ab This [is] America \u00bb<\/span><\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">La s\u00e9rie commence sur le bitume. Des train\u00e9es de sang refl\u00e8tent les phares de la sir\u00e8ne de police qui jaillissent comme des \u00e9clairs. Puis on aper\u00e7oit un corps cribl\u00e9 de balles. <em>The Wire<\/em> commence donc au ras du sol avec la mort, avec un cadavre. D\u00e9bute alors l\u2019histoire que le jeune du quartier nous raconte sur le mort, une histoire compl\u00e8tement absurde. Chaque soir, ils jouaient aux d\u00e9s \u00e0 plusieurs. Tous les vendredis soirs, Snot Boogie, un des joueurs, prenait la mise et s\u2019enfuyait avec. Chaque soir, ils le poursuivaient, le rattrapaient et le tabassaient. Et puis un soir, un des joueurs en a eu marre et l\u2019a tu\u00e9 [40].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/LYgKmOJT_gM\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">MCNULTY : <em>I gotta ask ya, if every time Snot Boogie would grab the money and run away, why\u2019d you even let him in the game? [Laisse-moi te poser une question. Si Snot Boogie (Morve qui pend) se tirait chaque fois avec l\u2019argent, pourquoi vous le laissiez jouer ?]<\/em><br \/>\n<em> WITNESS : What ?!<\/em><br \/>\n<em> MCNULTY : If Snot Boogie always stole the money, why\u2019d you let him play ? [Si Snot Boogie volait toujours l\u2019argent, pourquoi le laissiez-vous jouer ?]<\/em><br \/>\n<em> WITNESS : Got to. This [&lsquo;] America man. [Fallait bien. On est en Am\u00e9rique.]<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Tout <\/em>The Wire<em> tient dans cette entr\u00e9e en mati\u00e8re (\u2026). La d\u00e9finition de l\u2019Am\u00e9rique comme jeu absurde et toujours recommenc\u00e9, bien qu\u2019il n\u2019ait que des perdants.<\/em> \u00bb [41] Ce n\u2019est pas un hasard que cette sc\u00e8ne fasse l\u2019ouverture de la s\u00e9rie. En effet, le discours de l\u2019id\u00e9ologie am\u00e9ricaine dominante, c\u2019est l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances, c\u2019est la possibilit\u00e9 pour chacun de jouer, de gagner, de s\u2019\u00e9lever et de perdre. Le mythe am\u00e9ricain est repr\u00e9sent\u00e9 par ce r\u00eave d\u2019une possibilit\u00e9 que n\u2019importe qui au d\u00e9part puisse s\u2019\u00e9lever et r\u00e9ussir. Le r\u00e9alisme de <em>The Wire<\/em> nous montre, au contraire, que ce sont toujours les m\u00eames qui vont perdre, que les groupes sociaux n\u2019ont pas un jeu en main \u00e9gal au d\u00e9part, que le destin est bloqu\u00e9, qu\u2019il n\u2019y a aucun espoir de changement. L\u2019avenir est bloqu\u00e9 par l\u2019appartenance sociale et par l\u2019endroit de la ville d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient. <em>\u00ab Nous construisons nos scenarii sur l\u2019id\u00e9e que nous nous faisons des villes am\u00e9ricaines d\u2019aujourd\u2019hui. <\/em>The Wire<em> c\u2019est un regard port\u00e9 sur l\u2019\u00e9tat de l\u2019empire am\u00e9ricain. Nous vivons en ce moment les derniers jours de cet empire. Le gouvernement actuel a sans doute un peu pr\u00e9cipit\u00e9 les choses mais l\u2019id\u00e9e que le capitalisme d\u00e9brid\u00e9 pourrait se substituer \u00e0 toutes les politiques sociales, que la mondialisation finirait par donner quelque chose d\u2019autre que l\u2019exclusion des travailleurs, toutes ces id\u00e9es, \u00e7a ne tient plus aujourd\u2019hui \u00bb. <\/em>[42]\n<p style=\"text-align: justify;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/IbAbFF6Xc04\" width=\"560\" height=\"314\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne des nuggets nous rappelle la fin de ce mythe am\u00e9ricain. Au d\u00e9but de la saison, Poot, Wallace et D\u2019Angelo sont en train de manger des nuggets sur le canap\u00e9 orange. Wallace parle des nuggets et pense que leur inventeur est trop fort et doit \u00eatre tr\u00e8s riche. D\u2019Angelo lui r\u00e9pond : <em>\u00ab<\/em> <em>The niggers who invented them things, still in the basement on regular wage thinking of some shit to make the fries taste better. Believe. \u00bb<\/em> [43] Wallace, un peu d\u00e9\u00e7u, r\u00e9pond : <em>\u00ab<\/em> <em>He still had the idea, though. \u00bb<\/em> [44] D\u2019Angelo donne \u00e0 ces jeunes une le\u00e7on d\u2019\u00e9conomie politique. Entre celui qui a compris comment marche le syst\u00e8me et les deux na\u00effs, qui pensent qu\u2019on peut encore r\u00e9ussir aux \u00c9tats-Unis, se joue une partie de la trag\u00e9die sociale am\u00e9ricaine. En effet, David Simon se demande dans quelle mesure il est possible de r\u00e9introduire de la compr\u00e9hension dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine : <em>\u00ab Voici ce dont nous pouvons tous \u00eatre certains. Ce qui constitue en r\u00e9alit\u00e9 le moteur dramatique de <\/em>The Wire<em>, seul compte le \u00ab pourquoi \u00bb<\/em>. <em>Le \u00ab qui \u00bb, le \u00ab quoi \u00bb, le \u00ab quand \u00bb, le \u00ab o\u00f9 \u00bb, le \u00ab comment \u00bb m\u00eame, tous les autres domaines o\u00f9 s\u00e9vissent r\u00e9guli\u00e8rement les journalistes, les conseillers politiques, les dirigeants ne sont rien, ne servent qu\u2019\u00e0 remplir des pages avec les m\u00eames sujets que ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 balanc\u00e9s l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, qui le seront dans un an pour les d\u00e9cennies \u00e0 venir. Il n\u2019y a que le \u00ab pourquoi \u00bb. Le \u00ab pourquoi \u00bb est ce qui fait du journalisme un jeu d\u2019adultes, le \u00ab pourquoi \u00bb est ce qui rend la politique utile et coh\u00e9rente. Dans les villes am\u00e9ricaines de notre mill\u00e9naire, le \u00ab pourquoi \u00bb a cess\u00e9 d\u2019exister. \u00bb<\/em> [45] Pour le cr\u00e9ateur de la s\u00e9rie, le r\u00f4le des journalistes, des politiques et m\u00eame le sien est de proc\u00e9der \u00e0 une compr\u00e9hension des causes, \u00e0 une mani\u00e8re de faire voir toutes les d\u00e9terminations d\u2019une situation. Mais en quoi cette d\u00e9marche r\u00e9aliste pourrait d\u00e9passer la simple compr\u00e9hension de son sujet ? Autrement dit, \u00e0 qui et \u00e0 quoi sert pr\u00e9cis\u00e9ment le r\u00e9alisme de <em>The Wire<\/em> ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Texte in\u00e9dit \u00e9crit en d\u00e9cembre 2013. Anne-Lise Melquiond est enseignante \u00e0 Rouen, et pr\u00e9pare un doctorat sur les s\u00e9ries apocalyptiques sous la direction de David Buxton \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Paris-Nanterre.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. David Simon, Envoy\u00e9 Sp\u00e9cial diffus\u00e9 le jeudi 3 mai 2007 sur France 2 : <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x1vwy3_the-wire-saison-5-envoye-special_creation\">http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x1vwy3_the-wire-saison-5-envoye-special_creation<\/a>, consult\u00e9 le 28 octobre 2013.<br \/>\n2. Baltimore est une ville o\u00f9 66% d\u2019afro-am\u00e9ricains composent la population et o\u00f9 la situation \u00e9conomique est tr\u00e8s difficile en particulier dans les ann\u00e9es 2000.<br \/>\n3. <em>\u00ab On a voulu montrer ce qui arrive une fois qu\u2019un pays s\u2019est offert au veau d\u2019or du capitalisme. Il r\u00e9colte la temp\u00eate qu\u2019il a sem\u00e9e. L\u2019Am\u00e9rique d\u2019aujourd\u2019hui est le fruit d\u2019un capitalisme d\u00e9complex\u00e9, et on n\u2019a que ce qu\u2019on m\u00e9rite parce qu\u2019on n\u2019a rien fait pour s\u2019y opposer. Avec The Wire, on a essay\u00e9 d\u2019ouvrir les yeux des gens, de leur dire : regardez ce que vous avez fait. On leur a pr\u00e9sent\u00e9 une image fid\u00e8le des probl\u00e8mes des villes am\u00e9ricaines d\u2019aujourd\u2019hui. Maintenant, y a-t-il des parties de ces villes qui s\u2019en sortent bien ? Bien s\u00fbr. Il suffit de grimper tout en haut de cette pyramide qu\u2019est le capitalisme pour trouver les quartiers o\u00f9 habitent les classes moyennes ais\u00e9es, pour voir les \u00e9coles priv\u00e9es\u2026 C\u2019est facile de voir o\u00f9 est all\u00e9 l\u2019argent. Mais, la s\u00e9rie faisait entendre un autre son de cloche parce que nous avons choisi de nous concentrer sur l\u2019autre Am\u00e9rique, la laiss\u00e9e-pour-compte. C\u2019est le th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de la s\u00e9rie, et nous nous y sommes attach\u00e9s durant les cinq saisons. Les hommes contre les institutions.\u00bb<\/em> David Simon, <a href=\"http:\/\/www.vice.com\/fr\/read\/david-simon-280-v4n1\">http:\/\/www.vice.com\/fr\/read\/david-simon-280-v4n1<\/a>, consult\u00e9 le 15 septembre 2013.<br \/>\n4. Par exemple : <em>Oz<\/em> (1997-2003), <em>The Sopranos<\/em> (1999-2007), <em>Six Feet Under<\/em> (2001-2005), <em>Deadwood<\/em> (2004-2006), <em>Rome<\/em> (2005-2007).<br \/>\n5. Le montage altern\u00e9 du premier \u00e9pisode o\u00f9 Mc Nulty et D\u2019Angelo font preuve de la m\u00eame humilit\u00e9 par rapport \u00e0 la dispute de leur chef renforce cette atmosph\u00e8re langienne.<br \/>\n6. Jean-Luc Godard, \u00ab\u00a0Les Carabiniers, Mon film, un apologue\u00a0\u00bb, <em>L&rsquo;Avant-Sc\u00e8ne Cin\u00e9ma,<\/em> 46, mars 1965.<br \/>\n7. On peut y voir une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couleur de l\u2019uniforme des prisonniers am\u00e9ricains.<br \/>\n8. On prend ici \u00ab effet de r\u00e9el \u00bb dans la d\u00e9finition stricte qu\u2019en donne Roland Barthes : le \u00ab d\u00e9tail inutile \u00bb, \u00ab l\u2019objet ni incongru ni significatif \u00bb, in Roland Barthes, \u00ab L\u2019effet de r\u00e9el \u00bb, <em>Communications,<\/em> 11, 1968, pp. 84-89.<br \/>\n9. Gustave, Flaubert, <em>Un c\u0153ur Simple<\/em>, cit\u00e9 par Barthes, <em>op. cit.<\/em><br \/>\n10. Bonus saison 1, David Simon commente le premier \u00e9pisode. <em>The Wire<\/em>, Saison 1, Home Box Office, 2005.<br \/>\n11. On pense aussi au personnage de Snoop jou\u00e9e par l\u2019actrice Felicia Pearson arr\u00eat\u00e9e pour de vrai pour trafic de drogue en mars 2011.<br \/>\n12. De l\u2019orange au noir, de la prison \u00e0 la mort. Tout comme la planque du gang Barksdale qui \u00e9tait un bar de stripteaseuses deviendra un magasin de Pompes Fun\u00e8bres.<br \/>\n13. Il a un outil dans les mains et est couvert de bleus. Il propose un \u00ab <em>go a ride ?<\/em> \u00bb avec la voiture qu\u2019il vient de voler.<br \/>\n14. D\u2019Angelo : \u00ab <em>You ever seen a city jail, nigger ? You ever caught a body ? I\u2019m the one who just go home, remember ? Eight months on Eager Street with a body on me.\u201d [T\u2019as d\u00e9j\u00e0 vu une prison ? T\u2019as d\u00e9j\u00e0 descendu un mec ? C\u2019est moi qui viens de rentrer, tu piges ? Huit mois \u00e0 Eager Street, et un meurtre \u00e0 mon compte.] Bodie : \u2013 yeah, you got the one. \u2013 The one you know about. You little motherfuckers need to ask around.\u201d [C\u2019est vrai, t\u2019en as un. Tu n\u2019en connais qu\u2019un. Faut vous informer, bande d\u2019enfoir\u00e9s.<\/em>]\n15. La rivalit\u00e9 Bodie\/D\u2019Angelo sera pr\u00e9sente toute la saison, D\u2019Angelo \u00e9tant du clan, de la famille, mais qui n\u2019arrive pas \u00e0 devenir m\u00e9chant, Bodie, plus impitoyable montrant plus de qualit\u00e9s dans le business.<br \/>\n16. Dans l\u2019\u00e9pisode \u00ab\u00a0The Pager\u00a0\u00bb (S1E5), le jeune Wallace est surpris par Bodie \u00e0 jouer avec une petite figurine en plastique, au lieu de surveiller les tours et se fait violemment interpeller pour cela : <em>\u00ab<\/em> <em>Easy to see why niggers come around here stealing our shit ! \u00bb [C\u2019est facile de voir pourquoi on nous vole notre came !]<\/em><br \/>\n17. \u00ab Old cases \u00bb est le titre de l\u2019\u00e9pisode.<br \/>\n18. <em>South Park<\/em>, Saison 5 Episode 1, \u00ab\u00a0It Hits the Fan\u00a0\u00bb, diffus\u00e9 le 20 juin 2001. Le mot \u00ab <em>shit<\/em> \u00bb est prononc\u00e9 162 fois, soit un \u00ab <em>shit<\/em> \u00bb toutes les huit secondes (il y a un compteur tout au long de l&rsquo;\u00e9pisode pour les comptabiliser). Cet \u00e9pisode fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une pol\u00e9mique autour de l&rsquo;utilisation injustifi\u00e9e d&rsquo;insultes dans les s\u00e9ries polici\u00e8res.<br \/>\n19. Am\u00e9lie Flamand, \u00ab The Wire sur \u00e9coute \u00bb, <em>M\u00e9tropolitiques<\/em>, 11 novembre 2011. URL : <a href=\"http:\/\/www.metropolitiques.eu\/The-Wire-sur-ecoute.html\">http:\/\/www.metropolitiques.eu\/The-Wire-sur-ecoute.html<\/a>, consult\u00e9 le 17 novembre 2013.<br \/>\n20. Emmanuel Burdeau, <em>\u00ab\u00a0The Wire\u00a0\u00bb, reconstitution collective<\/em>, Les prairies ordinaires, Capricci, 2012, page 16.<br \/>\n21. <em>Mc Nulty: You know why I respect you so much, Bunk? [Tu sais pourquoi je te respecte autant, Bunk ?] Bunk: Mm-mmm. McNulty: It\u2019s not \u2019cause you\u2019re good police, \u2019cause, y\u2019know, fuck that, right? [C\u2019est pas parce que t\u2019es un bon flic. Parce que \u00e7a, on s\u2019en branle, hein ?] Bunk: Mm. Fuck that, yeah. McNulty: It\u2019s not \u2019cause when I came to homicide, you taught me all kinds of cool shit about . . . well, whatever. [C\u2019est pas parce que quand je suis arrive \u00e0 la crim\u2019, tu m\u2019as appris des trucs cool.] Bunk: Mm. Whatever. McNulty: It\u2019s \u2019cause when it came time for you to fuck me . . . you were very gentle. [C\u2019est parce que quand il a fallu que tu me baises, t\u2019as \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s doux.] Bunk: You damn right. [Tu l\u2019as dit.] McNulty: See, \u2019cause you could have hauled me out of the garage and just bent me over the hood of a radio car, and . . . no, you were, you were very gentle. [T\u2019aurais pu me trainer hors du garage et me pencher en avant sur le capot d\u2019une bagnole\u2026 Mais non, t\u2019as \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s doux.] Bunk: I knew it was your first time. I wanted to make that shit special. [Je savais que c\u2019\u00e9tait ta premi\u00e8re fois. Je voulais que ce soit special.] McNulty: It was, man. It fucking was.[\u00e7a l\u2019a \u00e9t\u00e9, mon pote. Putain, \u00e7a l\u2019a \u00e9t\u00e9.]<\/em><br \/>\n22. Detective Ellis Carver: <em>\u201cWhere&rsquo;s everybody at?\u201d Det. Thomas &lsquo;Herc&rsquo; Hauk: \u201cMaybe the whole thing is over and no one bothered to tell us. Maybe we won.\u201d<\/em><br \/>\n23. Emmanuel Burdeau, <em>op. cit.<\/em>, page 19.<br \/>\n24. Bunk en tapant trois fois sur la table montre \u00e0 D\u2019Angelo qu\u2019il connait la v\u00e9rit\u00e9, qu\u2019il sait comment le meurtre s\u2019est d\u00e9roul\u00e9.<br \/>\n25. Sc\u00e8ne de l\u2019\u00e9chiquier, \u00e9pisode 3. Voir l\u2019article de Pascal Lougarre : <a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/the-wire-de-la-serie-policiere-a-lechiquier-tragique-pascal-lougarre\/\">http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/the-wire-de-la-serie-policiere-a-lechiquier-tragique-pascal-lougarre\/<\/a>,consult\u00e9 le 5 octobre 2013.<br \/>\n26. <em>\u00abWhat\u2019s the deal with the yo-boy ? \u00bb <\/em>demande un policier \u00e0 Mc Nulty qui lui r\u00e9pond :<em> \u00abHe stumbled into my world \u00bb.<\/em><br \/>\n27. <em>\u00ab Ils sacrifient tout imp\u00e9ratif moral \u00e0 leur ambition personnelle. Ils embrassent le capitalisme, acceptent le statu quo \u00e0 n\u2019importe quel prix. (\u2026) Tous les personnages qui travaillent dans des institutions et qui se pr\u00e9servent, qui veulent monter en grade, font syst\u00e9matiquement les mauvais choix lorsqu\u2019il s\u2019agit du bien commun. \u00bb<\/em> David Simon, <em>art. cit.<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.vice.com\/fr\/read\/david-simon-280-v4n1\">http:\/\/www.vice.com\/fr\/read\/david-simon-280-v4n1<\/a><br \/>\n28. Pascal Lougarre, <em>art. cit.<\/em>, <a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/the-wire-de-la-serie-policiere-a-lechiquier-tragique-pascal-lougarre\/\">http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/the-wire-de-la-serie-policiere-a-lechiquier-tragique-pascal-lougarre\/<\/a><br \/>\n29. Bonus DVD Saison 1, David Simon, <em>art. cit.<\/em><br \/>\n30. Daniels, impuissant \u00e0 l\u2019aider, l\u2019envoie chez sa grand-m\u00e8re \u00e0 la campagne, qu\u2019il quittera tr\u00e8s vite car il s\u2019y sent mal.<br \/>\n31. <em>\u00ab Vous pigez pas. On grandit dans cette merde. Mon grand-p\u00e8re, c\u2019\u00e9tait Butch Stamford. Vous savez qui c\u2019\u00e9tait, Butch Stamford ? Toute ma famille, mon p\u00e8re, mes oncles, mes cousins, voil\u00e0 ce qu\u2019on fait. On vit dans cette merde jusqu\u2019\u00e0 plus pouvoir respirer. Je vous jure, j\u2019ai fait huit mois dans la cour, mais j\u2019\u00e9tais plus libre derri\u00e8re les barreaux que chez moi. \u00bb<\/em><br \/>\n32. <em>\u00ab Comment cela se fait que des gens publient des rapports de campagne et des compte-rendus des finances ? C&rsquo;est quoi le rapport, bordel ? \u00bb<\/em><br \/>\n33. <em>\u00ab Don\u2019t teach the math, teach the test. \u00bb<\/em><br \/>\n34. De ce point de vue, le personnage de Carcetti qui va faire campagne pour devenir le maire et qui traverse l\u2019ensemble de la s\u00e9rie est symptomatique de ce renoncement.<br \/>\n35. Jacques Ranci\u00e8re, <em>La Fable cin\u00e9matographique<\/em>, Le Seuil, 2001, page 65.<br \/>\n36. Rafael Alvarez, Nick Hornby, Victor Paul Alvarez, <em>The Wire: Truth Be Told<\/em>, prologue by David Simon, Grove Press, 2010, page 7.<br \/>\n37. Le \u00ab <em>well done<\/em> \u00bb de Mac Nulty \u00e0 Stringer Bell au tribunal au d\u00e9but du premier \u00e9pisode et celui de Stringer Bell \u00e0 Mac Nulty \u00e0 la fin de la saison dans le m\u00eame tribunal renforcent cette impression de retour du m\u00eame.<br \/>\n38. <em>\u00ab Une chose est certaine : je suis plus int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019\u00e9conomie, la sociologie et la politique que par les tourments du c\u0153ur humain. Ceci dit, comme sc\u00e9nariste, j\u2019ai l\u2019obligation de donner vie \u00e0 des personnages qui sont l\u00e0 pour vous \u00e9mouvoir, pas pour d\u00e9biter des propos didactiques ! Quand je tue Wallace, le gamin de la premi\u00e8re saison de \u00ab The Wire \u00bb, je suis cens\u00e9 vous faire pleurer. Mais pour moi, cela n\u2019a pas de sens s\u2019il s\u2019agit uniquement de cela : cette mort est \u00e9minemment politique, la cons\u00e9quence d\u2019un syst\u00e8me qui a choisi d\u2019\u00e9liminer certains individus. Avec \u00ab The Wire \u00bb, j\u2019esp\u00e9rais susciter le d\u00e9bat sur la guerre contre la drogue, en d\u00e9passant les pr\u00e9jug\u00e9s et les arch\u00e9types. Pour cela, j\u2019ai choisi d\u2019\u00eatre au plus pr\u00e8s des humains. \u00bb<\/em> <a href=\"http:\/\/seriallovers.blogs.nouvelobs.com\/archive\/2012\/11\/01\/l-amerique-cote-obscur-par-david-simon.html\">http:\/\/seriallovers.blogs.nouvelobs.com\/archive\/2012\/11\/01\/l-amerique-cote-obscur-par-david-simon.html<\/a>, consult\u00e9 le 26 octobre 2013.<br \/>\n39. \u00ab <em>Jusqu\u2019au fond du trou<\/em> \u00bb, g\u00e9n\u00e9rique de la s\u00e9rie et titre de la chanson de Tom Waits.<br \/>\n40. Cette histoire vraie se trouve dans un des 350 carnets que David Simon a rempli lors de son ann\u00e9e d\u2019enqu\u00eate \u00e0 la police de Baltimore et qui est racont\u00e9e dans <em>Baltimore<\/em>, Editions Sonatine, 2012. Titre original, <em>Homicide: A Year on the Killing Streets<\/em>, Houghton Mifflin, 1991.<br \/>\n41. Emmanuel Burdeau, op. cit., Page 25.<br \/>\n42. David Simon, <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x1vwy3_the-wire-saison-5-envoye-special_creation\">http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x1vwy3_the-wire-saison-5-envoye-special_creation<\/a>.<br \/>\n43. <em>\u00ab Le mec qui a invent\u00e9 \u00e7a travaille toujours au salaire minimum, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019am\u00e9liorer les frites. Croyez-moi. \u00bb<\/em><br \/>\n44. <em>\u00ab C\u2019est quand m\u00eame lui qui a eu l\u2019id\u00e9e. \u00bb<\/em><br \/>\n45. Interview de David Simon parue dans la revue <em>Capricci<\/em> et lu par Mathieu Potte-Bonneville sur France Culture, <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/player\/reecouter?play=4385701,\">http:\/\/www.franceculture.fr\/player\/reecouter?play=4385701,<\/a> \u00e9cout\u00e9 le 7 septembre 2013.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/author\/anne-lise-melquiond\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Lire d&rsquo;autres articles d&rsquo;Anne-Lise Melquiond<\/a><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7069\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\" alt=\"bouton citer\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/a>MELQUIOND, Anne-Lise<\/strong>, \u00ab Le r\u00e9alisme de \u00ab\u00a0The Wire\u00a0\u00bb rend-il impuissant ? &#8211; Anne-Lise MELQUIOND \u00bb, <em>Articles<\/em> [En ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2017, mis en ligne le 1er juin 2017. URL : http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/realisme-the-wire-impuissance\/<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"su-divider su-divider-style-default\" style=\"margin:15px 0;border-width:5px;border-color:#999999\"><a href=\"#\" style=\"color:#999999\">Aller en haut<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rien de trop spectaculaire dans The Wire, rien de trop extraordinaire non plus. Une s\u00e9rie polici\u00e8re qui ne r\u00e9pondrait pas aux codes du genre, mais qui ne s\u2019en \u00e9loignerait pas non plus. <\/p>\n","protected":false},"author":758,"featured_media":26536,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018,3,14,10,685],"tags":[673,87,28],"coauthors":[558],"class_list":["post-26072","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-industries-culturelles","category-serie-tv","category-television","category-televisionamericaine","tag-alienation","tag-capitalisme-tardif","tag-ideologie"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26072","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/758"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26072"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26072\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/26536"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26072"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26072"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26072"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=26072"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}