
{"id":25778,"date":"2018-05-01T04:00:13","date_gmt":"2018-05-01T02:00:13","guid":{"rendered":"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?p=25778"},"modified":"2020-03-31T19:34:29","modified_gmt":"2020-03-31T17:34:29","slug":"fantasme-commentaire-images-reportage-television-david-buxton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/fantasme-commentaire-images-reportage-television-david-buxton\/","title":{"rendered":"Le lieu du fantasme : le commentaire sur images dans les magazines de reportage \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise 1960-92 &#8211; David BUXTON"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25778?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25778?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><div class=\"su-note\"  style=\"border-color:#b7b9c2;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\"><div class=\"su-note-inner su-u-clearfix su-u-trim\" style=\"background-color:#d1d3dc;border-color:#ffffff;color:#000000;border-radius:3px;-moz-border-radius:3px;-webkit-border-radius:3px;\">\n<p style=\"text-align: center;\">Avant propos<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;article \u00ab Le lieu du fantasme : le commentaire sur images dans les magazines de reportage \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise 1960-92 \u00bb fut originellement publi\u00e9 comme chapitre dans l&rsquo;ouvrage collectif <em>T\u00e9l\u00e9visions : la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 construire<\/em> (David Buxton, Jean-Pierre Esquenazi, Fr\u00e9d\u00e9ric Lambert, Kamel Regaya et Pierre Sorlin) chez L&rsquo;Harmattan en 1995, r\u00e9sultat de deux ann\u00e9es de discussions communes, et depuis longtemps oubli\u00e9. Il s&rsquo;agissait pour moi de l&rsquo;\u00e9tape interm\u00e9diaire d&rsquo;un travail en vue d&rsquo;une th\u00e8se d&rsquo;habilitation \u00e0 diriger des recherches. La th\u00e8se fut soutenue en 1999 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Paris 3, et publi\u00e9e en 2000, aussi chez L&rsquo;Harmattan, sous le titre <em>Le reportage de t\u00e9l\u00e9vision en France depuis 1959<\/em>. Ma premi\u00e8re motivation pour ressusciter ce texte, c&rsquo;\u00e9tait de mettre en ligne un soutien pour un cours sur le journalisme de t\u00e9l\u00e9vision que je continue de faire en licence. Sans attente particuli\u00e8re, je le remets en circulation tel quel, \u00e0 part un toilettage par-ci, par-l\u00e0 (notamment en rempla\u00e7ant \u00ab inconscient historique \u00bb, concept erron\u00e9, par \u00ab imaginaire historique \u00bb). Quelques phrases rajout\u00e9es en 2017 sont plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses carr\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Relecture faite, force est de reconnaitre que ce texte est <em>dat\u00e9<\/em>. Cela peut impliquer qu&rsquo;il est obsol\u00e8te, p\u00e9rim\u00e9, d\u00e9pass\u00e9 (mais par quoi ?), ou simplement qu&rsquo;il a besoin d&rsquo;\u00eatre r\u00e9actualis\u00e9 pour tenir compte de l&rsquo;\u00e9volution historique. Dans les sciences sociales, ce genre de jugement a toujours \u00e9t\u00e9 plus politique que strictement scientifique, et les conditions de r\u00e9ception pour un texte de ce type ne sont gu\u00e8re favorables dans l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, marqu\u00e9e par la soumission croissante aux exigences du march\u00e9. On peut tout de m\u00eame avoir l&rsquo;impression que la tradition critique est elle-m\u00eame fig\u00e9e dans le temps, en partie pour des raisons politiques, en partie \u00e0 cause de ses propres impasses th\u00e9oriques. Le cocktail th\u00e9orique qui m\u00e9lange la notion de r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9 chez Foucault, la conception d&rsquo;id\u00e9ologie chez Althusser, la psychanalyse appliqu\u00e9e, et la critique des m\u00e9dias de Bourdieu (pas mentionn\u00e9 ici, mais implicite) est d\u00e9tonnant, et \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 probl\u00e9matique \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Certains concepts appartiennent \u00e0 des espaces th\u00e9oriques tr\u00e8s diff\u00e9rents (\u00e9v\u00e9nement discursif, id\u00e9ologie, le fantasme freudien), et le texte court assur\u00e9ment trop de li\u00e8vres \u00e0 la fois. La mobilisation de th\u00e9ories diverses est l\u00e9gitime en principe, si on veut \u00e9viter un positivisme docile et l\u00e9nifiant, mais il faudrait que tout cela soit repris sur des bases plus solides. La synth\u00e8se de Marx et de Foucault est d&rsquo;autant plus difficile qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire th\u00e9oriquement et politiquement*; quant \u00e0 un mariage (de raison) convaincant des traditions marxistes et freudiennes, c&rsquo;est la grande arl\u00e9sienne des sciences humaines et sociales, qui perdurera tant que celles-ci continuent d&rsquo;exister sous une forme critique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le texte est \u00e9galement dat\u00e9 en ce qui concerne son objet. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, le magazine de reportages avait le vent en poupe, et se multipliait sur les cha\u00eenes hertziennes, publiques et priv\u00e9es (le c\u00e2ble \u00e9tait \u00e0 ses d\u00e9buts). Internet commen\u00e7ait tout juste \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;espace domestique, et \u00e9tait loin de dominer la diffusion et la circulation de l&rsquo;information comme il le fait aujourd&rsquo;hui. La <em>reality show<\/em>, d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9e dans des magazines comme <em>52 sur la une<\/em>, attendait encore son heure. Alors qu&rsquo;<em>Envoy\u00e9 sp\u00e9cial<\/em> est toujours \u00e0 l&rsquo;antenne en 2017, les magazines de reportage g\u00e9n\u00e9ralistes touchent probablement \u00e0 leur fin. Entre-temps, la profession journalistique dans tous les formats s&rsquo;est fortement pr\u00e9caris\u00e9e. Mais l&rsquo;analyse pr\u00e9sent\u00e9e ici vaut pour la forme du commentaire sur images en g\u00e9n\u00e9ral, qui continue d&rsquo;exister en format court dans les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, et qui n&rsquo;est plus limit\u00e9e au support t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. La d\u00e9couverte que le discours n\u00e9olib\u00e9ral dominant, qui impr\u00e8gne le journalisme \u00e0 des degr\u00e9s divers, est sous-tendu de pulsions masochistes refoul\u00e9es, tendant vers l&rsquo;acceptation passive d&rsquo;une hypoth\u00e9tique \u00ab fin du monde \u00bb, s&rsquo;av\u00e8re plus actuelle que jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\">*Voir cependant le livre extr\u00eamement rigoureux, remarquable de Jacques Bidet, <em>Foucault avec Marx<\/em>, La Fabrique, 2014.<\/span><\/p>\n<\/div><\/div>\n<h2><span style=\"font-size: 12pt;\">Introduction : le reportage t\u00e9l\u00e9vis\u00e9.<\/span><\/h2>\n<figure id=\"attachment_25826\" aria-describedby=\"caption-attachment-25826\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-25826 size-thumbnail\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ferro1-150x150.jpg\" alt=\"reportage\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ferro1-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ferro1-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ferro1-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ferro1-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ferro1-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ferro1-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ferro1-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ferro1-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25826\" class=\"wp-caption-text\">Marc Ferro (1924-)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce texte cherche un moyen d&rsquo;interpr\u00e9ter le reportage t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 qui respecte la sp\u00e9cificit\u00e9 de la forme ; il est guid\u00e9 en m\u00eame temps par l&rsquo;id\u00e9e formul\u00e9e par l&rsquo;historien <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marc_Ferro\">Marc Ferro<\/a> que l&rsquo;image (en l&rsquo;occurrence du cin\u00e9ma) peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e comme une <em>archive<\/em>, une source primaire \u00e0 exploiter par l&rsquo;historien. Si le reportage est un ensemble de choses dites et de choses montr\u00e9es, une analyse de celui-ci doit partir de la relation entre ces deux \u00e9l\u00e9ments. Dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre exhaustive, l&rsquo;analyse doit se focaliser sur des incidents, des <em>fissures<\/em> dans cette relation qui saisissent les contradictions internes du document audiovisuel. J&rsquo;avance ici le concept d&rsquo;<em>image-sympt\u00f4me<\/em> qui d\u00e9crit une incongruit\u00e9 patente entre commentaire et image, qui s&rsquo;assimile \u00e0 un lapsus ou acte manqu\u00e9. De l\u00e0 \u00e9merge l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ce type d&rsquo;analyse : trouver des traces visibles de ce qu&rsquo;on peut appeler <em>l&rsquo;imaginaire historique<\/em>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25827\" aria-describedby=\"caption-attachment-25827\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-25827 size-thumbnail\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/brusini-150x150.jpg\" alt=\"reportage\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/brusini-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/brusini-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/brusini-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/brusini-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/brusini-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/brusini-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/brusini-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/brusini-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25827\" class=\"wp-caption-text\">Herv\u00e9 Brusini<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment traiter alors le <em>contenu<\/em> des magazines de reportages \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision d&rsquo;une mani\u00e8re qui ne tende pas \u00e0 r\u00e9duire cette derni\u00e8re au r\u00f4le de simple support ? Comment saisir la sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;une <em>forme<\/em> qui marie paroles et images ? Poser ces questions d&#8217;embl\u00e9e, c&rsquo;est prendre conscience \u00e0 quel point forme et contenu sont indissociables dans le magazine t\u00e9l\u00e9visuel ; celui-ci ne saurait \u00eatre r\u00e9ductible \u00e0 un communiqu\u00e9 politique ou \u00e0 une annonce publicitaire, sa cr\u00e9dibilit\u00e9 en d\u00e9pend. Une influence ext\u00e9rieure, si puissante soit-elle, agit sur des pratiques autonomes d\u00e9j\u00e0 en place avec leurs propres crit\u00e8res de validit\u00e9, leur propre rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Ce qui suit part d&rsquo;une relecture critique d&rsquo;un livre publi\u00e9 en 1982, apr\u00e8s une d\u00e9cennie qui a vu la transformation en profondeur de la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise. <em>Voir la v\u00e9rit\u00e9 : le journalisme de t\u00e9l\u00e9vision<\/em> de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Herv%C3%A9_Brusini\">Herv\u00e9 Brusini<\/a> et Francis James reste \u00e0 ce jour l&rsquo;un des seuls ouvrages sur l&rsquo;information t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e en France qui aborde son objet du c\u00f4t\u00e9 des pratiques professionnelles [1]. Souvent cit\u00e9, mais peu repris depuis sa sortie, ce livre m\u00e9rite mieux que d&rsquo;\u00eatre consign\u00e9 \u00e0 un pass\u00e9 r\u00e9volu de l&rsquo;histoire de l&rsquo;audiovisuel en France. Car la question qu&rsquo;il pose est \u00e0 tous \u00e9gards fondamentale : comment faire une histoire de l&rsquo;information t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e qui ne soit pas la simple projection d&rsquo;une autre histoire, technique ou politique selon les cas ?<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Journalisme d&rsquo;enqu\u00eate et journalisme d&rsquo;examen<\/span><\/h2>\n<figure id=\"attachment_25954\" aria-describedby=\"caption-attachment-25954\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-25954 size-thumbnail\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/desgraupes2-150x150.jpg\" alt=\"reportage\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/desgraupes2-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/desgraupes2-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/desgraupes2-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/desgraupes2-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/desgraupes2-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/desgraupes2-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/desgraupes2-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/desgraupes2-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25954\" class=\"wp-caption-text\">Pierre Desgraupes (1918-93), producteur de \u00ab\u00a0Cinq Colonnes\u00a0\u00bb.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Brusini et James distinguent deux champs discursifs : le <em>journalisme d&rsquo;enqu\u00eate<\/em>, qui tire sa l\u00e9gitimit\u00e9 de la pr\u00e9sence sur le terrain d&rsquo;un t\u00e9moin professionnel qui donne \u00e0 voir les traces visibles de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ; et le <em>journalisme d&rsquo;examen<\/em>, plus analytique, qui met en avant le sp\u00e9cialiste sachant expliquer le r\u00e9el affranchi \u00ab <em>de la servitude de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement<\/em> \u00bb (Pierre Desgraupes, 1969). Dans le journalisme d&rsquo;enqu\u00eate, qui caract\u00e9rise la premi\u00e8re p\u00e9riode de la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise jusqu&rsquo;au milieu des ann\u00e9es 1960, le commentaire n&rsquo;ajoute peu ou rien \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence primaire que constitue l&rsquo;image : <em>\u00ab la volont\u00e9 de voir et montrer tout en m\u00eame temps fait de la description l&rsquo;acte de parole majeur port\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00bb<\/em>. Le reportage de t\u00e9l\u00e9vision, c&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue du journaliste en situation ; il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un mode de savoir r\u00e9solument <em>empiriste<\/em>, la comp\u00e9tence professionnelle venant d&rsquo;une sensibilit\u00e9 sup\u00e9rieure, d&rsquo;un \u00ab <em>\u0153il irradi\u00e9<\/em> \u00bb qui voit mieux que le commun des mortels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers la fin des ann\u00e9es 1960, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un niveau d&rsquo;explication plus abstrait de l&rsquo;actualit\u00e9 s&rsquo;affirme dans la plupart des discours professionnels. Peu \u00e0 peu, une actualit\u00e9 <em>invisible<\/em> \u00e9merge, per\u00e7ue en termes de \u00ab probl\u00e8mes \u00bb ou de \u00ab ph\u00e9nom\u00e8nes de soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. Actualit\u00e9 d\u00e9pendante donc de la construction pr\u00e9alable d&rsquo;un objet journalistique ; le terrain perd sa pr\u00e9pond\u00e9rance au profit du studio, lieu d&rsquo;explications et de d\u00e9bats, o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un <em>dossier<\/em> (t\u00e9moignages, interviews, interventions savantes) sont examin\u00e9s de fa\u00e7on contradictoire. Le r\u00e9sultat de cette \u00e9volution, o\u00f9 l&rsquo;unit\u00e9 de base du journalisme \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision n&rsquo;est plus l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, mais le th\u00e8me, c&rsquo;est un d\u00e9calage croissant entre image et texte, le commentaire se d\u00e9tache de l&rsquo;image pour dire ce que celle-ci ne parvient pas \u00e0 montrer. Acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;abstraction afin de rendre compte d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n&rsquo;a ni lieu, ni dur\u00e9e fixes passe par l&rsquo;utilisation de ce qu&rsquo;on pourrait qualifier des <em>images-pr\u00e9textes<\/em>, qui n&rsquo;apportent rien en termes strictement informationnels, images \u00ab banales \u00bb de b\u00e2timents et de promeneurs m\u00e9tonymiquement ou m\u00e9taphoriquement li\u00e9es au discours qui les surplombe. S&rsquo;impose alors une forme b\u00e2tarde, le m\u00e9lange de deux formes, le commentaire abstrait sur fond d&rsquo;image-pr\u00e9texte (forme \u00ab examen \u00bb), et l&rsquo;interview du t\u00e9moin en situation (\u00ab forme enqu\u00eate \u00bb). Ce mod\u00e8le fut g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 pendant les ann\u00e9es 1970 dans les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, en m\u00eame temps que les magazines de reportage tendaient \u00e0 dispara\u00eetre en faveur d&rsquo;\u00e9missions th\u00e9matiques et de d\u00e9bats sur plateau. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 que les magazines g\u00e9n\u00e9ralistes de reportage se sont impos\u00e9s de nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel que soit le jugement que l&rsquo;on veuille finalement porter sur ses arguments, reconnaissons que le grand m\u00e9rite de <em>Voir la V\u00e9rit\u00e9<\/em>, c&rsquo;est d&rsquo;avoir construit un objet th\u00e9orique sp\u00e9cifique ; l&rsquo;information t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e est une configuration de discours et de techniques, plus ou moins avou\u00e9s, qui vise jour apr\u00e8s jour \u00e0 dire et montrer la v\u00e9rit\u00e9. Sous l&rsquo;influence de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Michel_Foucault\">Michel Foucault<\/a>, les auteurs con\u00e7oivent cet objet th\u00e9orique comme un savoir appliqu\u00e9, relativement autonome ; \u00e0 cet \u00e9gard, le journalisme, qui tire sa l\u00e9gitimit\u00e9 d&rsquo;une pr\u00e9tendue objectivit\u00e9 garantie par un syst\u00e8me de r\u00e8gles et de contr\u00f4les \u00e9tablis par une communaut\u00e9 de professionnels, n&rsquo;est pas si \u00e9loign\u00e9 des sciences humaines (sociologie, histoire, ethnologie) en ce que son discours, pour id\u00e9ologique qu&rsquo;il soit, n&rsquo;est pas enti\u00e8rement r\u00e9ductible \u00e0 des int\u00e9r\u00eats sectoriels ni \u00e0 une quelconque subjectivit\u00e9. L&rsquo;historicit\u00e9 du journalisme audiovisuel est aussi et surtout celle de la <em>production de ses concepts<\/em>, et pas seulement celle de ses contraintes ext\u00e9rieures politiques et sociologiques. Construire ainsi son objet th\u00e9orique, c&rsquo;est \u00e9viter une vision par trop r\u00e9ductrice qui voit dans l&rsquo;information t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e l&rsquo;expression directe des influences politiques ou mercantiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De prime abord, il faut s&rsquo;interroger sur le statut \u00e9pist\u00e9mologique de la coupure faite entre journalisme d&rsquo;enqu\u00eate et journalisme d&rsquo;examen, et situ\u00e9e autour des ann\u00e9es 1964-1967. Per\u00e7ue comme une th\u00e9orie descriptive susceptible d&rsquo;\u00eatre confirm\u00e9e ou infirm\u00e9e de fa\u00e7on empirique, une telle coupure ne r\u00e9sisterait pas longtemps \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve des faits. \u00c0 maints \u00e9gards, le journalisme de t\u00e9l\u00e9vision des ann\u00e9es 1990 est tr\u00e8s loin de celui analys\u00e9 par Brusini et James ; grande est alors la tentation d&rsquo;y ajouter d&rsquo;autres coupures qui prennent en compte l&rsquo;\u00e9volution de techniques et de pratiques et, fait marquant, le changement de statut juridique de la premi\u00e8re cha\u00eene. Tentation \u00e0 laquelle il faut r\u00e9sister dans la mesure o\u00f9 multiplier les discontinuit\u00e9s tend vers une histoire compos\u00e9e de stades successifs, identifi\u00e9s empiriquement. Comme les auteurs le pr\u00e9cisent (p. 19), il s&rsquo;agit d&rsquo;une distinction entre deux \u00ab r\u00e9gimes de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, concept qu&#8217;emploie Foucault pour d\u00e9signer \u00ab l&rsquo;\u00e9conomie de pouvoir \u00bb (relation circulaire entre institutions et discours) gouvernant les proc\u00e9dures et les techniques qui distinguent entre le \u00ab vrai \u00bb et le \u00ab faux \u00bb. La discontinuit\u00e9 entre deux r\u00e9gimes de v\u00e9rit\u00e9 doit se justifier en termes autres qu&#8217;empiriques, ce qui nous oblige \u00e0 rejeter, par exemple, une d\u00e9finition par trop descriptive du journalisme d&rsquo;examen qui le limiterait \u00e0 la pr\u00e9pond\u00e9rance du studio par rapport au terrain, ou \u00e0 la dominance du commentaire sur l&rsquo;image. Compos\u00e9 d&rsquo;aprioris fondamentaux r\u00e9gissant les pratiques et leurs discours d&rsquo;escorte, le r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9 a sa propre temporalit\u00e9 : comme le disent les auteurs, <em>\u00ab l&rsquo;histoire de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision n&rsquo;est pas scand\u00e9e par les m\u00eames \u00e9v\u00e9nements que son histoire juridique, politique ou technologique. La nomination d&rsquo;un ministre de l&rsquo;information, l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un statut in\u00e9dit ou l&#8217;emploi d&rsquo;une nouvelle cam\u00e9ra ne d\u00e9tournent en rien son cours. Elle n&rsquo;a pas non plus la m\u00eame vitesse \u00bb<\/em>[2].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;analyse d&rsquo;un r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9 porte donc sur la <em>configuration abstraite<\/em> qui relie les \u00e9l\u00e9ments isol\u00e9s et disparates (image-pr\u00e9texte, commentaire sur images, commentaire sur plateau, t\u00e9moignage, d\u00e9bat, terrain, studio, reporter, sp\u00e9cialiste, animateur, etc.) et qui les rend intelligibles. Ainsi d\u00e9fini, le concept de r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9 se mesure \u00e0 d&rsquo;autres formulations th\u00e9oriques ; bien \u00e9videmment, les m\u00eames formes empiriques (type d&rsquo;\u00e9mission, statut du journaliste, techniques professionnelles) existent avant comme apr\u00e8s la ligne de coupure dessin\u00e9e. Au sein d&rsquo;une autre configuration, cependant, elles n&rsquo;ont ni le m\u00eame sens, ni la m\u00eame fonction. La coupure est un \u00ab \u00e9v\u00e8nement discursif \u00bb (Foucault), qui marque un r\u00e9am\u00e9nagement interne de la configuration de discours et de pratiques, un d\u00e9placement d&#8217;emphase qui se manifeste dans l&rsquo;\u00e9mergence de nouveaux objets autrefois inconcevables, de nouvelles f\u00ealures.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25813\" aria-describedby=\"caption-attachment-25813\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-25813\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/foucault-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/foucault-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/foucault-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/foucault-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/foucault-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/foucault-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/foucault-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/foucault-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/foucault-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25813\" class=\"wp-caption-text\">Michel Foucault (1926-84)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut pr\u00e9ciser toutefois que les concepts d&rsquo;\u00ab enqu\u00eate \u00bb et d&rsquo;\u00ab examen \u00bb, appliqu\u00e9s au journalisme audiovisuel, sont des emprunts m\u00e9taphoriques de ce qui, chez Foucault dans <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Surveiller_et_punir\"><em>Surveiller et Punir<\/em><\/a>, r\u00e9f\u00e8re au passage au 19\u00e8me si\u00e8cle d&rsquo;une justice \u00ab inquisitoire \u00bb \u00e0 une justice \u00ab disciplinaire \u00bb, marqu\u00e9e entre autres choses par l&rsquo;observation minutieuse de plus en plus analytique, l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un dossier jamais clos [3]. Emprunts qui sont \u00e9galement partiaux en ce qu&rsquo;ils n\u00e9gligent un des th\u00e8mes principaux de <em>Surveiller et Punir<\/em> : le lien \u00e9troit entre le d\u00e9veloppement des sciences humaines et celui d&rsquo;une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 disciplinaire \u00bb. \u00c9tablir le lien entre le passage \u00e9voqu\u00e9 ci-dessus et la naissance du journalisme moderne demandera un travail en amont qui fonde ce dernier dans le projet des Lumi\u00e8res, projeter justement une lumi\u00e8re \u00e0 vis\u00e9e r\u00e9formatrice sur les zones d&rsquo;ombre de la soci\u00e9t\u00e9 : en ce sens, l&rsquo;information en images serait le point culminant d&rsquo;une certaine conception historique du journalisme. Une telle approche, qui fonderait les techniques journalistiques dans les proc\u00e9dures juridiques visant \u00e0 \u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 [4], donne une autre r\u00e9sonance au terme usuel \u00ab dossier \u00bb, consacr\u00e9 dans le titre de l&rsquo;\u00e9mission \u00e0 d\u00e9bats th\u00e9matiques <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Les_Dossiers_de_l%27%C3%A9cran\"><em>Les Dossiers de l&rsquo;\u00c9cran<\/em><\/a>. Jamais ferm\u00e9, ouvert et rouvert selon le jugement d&rsquo;un professionnel affranchi des p\u00e9rip\u00e9ties \u00e9v\u00e9nementielles, le dossier journalistique permet d&rsquo;\u00e9laborer des discours \u00ab normalis\u00e9s \u00bb s&rsquo;appliquant aux secteurs de la vie quotidienne jusqu&rsquo;alors \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du regard journalistique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est clair que pour Foucault, les formes d&rsquo;enqu\u00eate et d&rsquo;examen sous-tendent toutes les disciplines scientifiques, et se d\u00e9tachent d&rsquo;une technologie ou d&rsquo;une m\u00e9thode pr\u00e9cise. Dans le domaine du journalisme, elles existent bien avant l&rsquo;arriv\u00e9e de la t\u00e9l\u00e9vision. Dans son histoire de la presse \u00e9crite aux \u00c9tats-Unis, Michael Schudson montre l&rsquo;irruption vers la fin du 19e si\u00e8cle d&rsquo;un journalisme de synth\u00e8se et d&rsquo;interpr\u00e9tation, \u00e9troitement li\u00e9 aux sciences sociales naissantes, qui rompait avec la forme dominante orient\u00e9e autour de la collecte (pr\u00e9sence sur le terrain) et le compte rendu des faits (qualit\u00e9s narratrices) [5]. Le journalisme en tant que langage sp\u00e9cialis\u00e9 est donc constitu\u00e9 dans la rupture avec une approche purement descriptive des \u00e9v\u00e9nements, rupture qui permet l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un discours professionnel autonome et l&rsquo;extension du champ journalistique \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 non \u00e9v\u00e9nementielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9thode g\u00e9n\u00e9alogique de Foucault n&rsquo;est pas une recherche des origines, de formes embryonnaires en attente d&rsquo;un aboutissement historique ; plut\u00f4t, elle tourne le dos \u00e0 la tentation \u00e9volutionniste afin de voir sous quelle forme, et dans quel contexte discursif, un savoir a fait son entr\u00e9e dans le champ du discours [6]. La coupure \u00e9pist\u00e9mologique entre deux r\u00e9gimes est <em>constitutive<\/em> d&rsquo;une pratique proprement journalistique \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision : les formes enqu\u00eate et examen font partie de la configuration qui pr\u00e9side au d\u00e9but de la t\u00e9l\u00e9vision (dans une histoire de longue dur\u00e9e, vingt ans sont un instantan\u00e9 dans le temps). Pour imposer une mani\u00e8re de faire de l&rsquo;information <em>sp\u00e9cifique \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision<\/em>, il a fallu franchir un obstacle \u00e9pist\u00e9mologique primitif : l&rsquo;incapacit\u00e9 de l&rsquo;image \u00e0 figurer un discours abstrait, autrement dit \u00e0 rendre visible l&rsquo;invisible, condition <em>sine qua non<\/em> d&rsquo;un traitement proprement journalistique de l&rsquo;information \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. La coupure entre les formes enqu\u00eate et examen doit \u00eatre pens\u00e9e non seulement comme un \u00e9v\u00e9nement fondateur, donc irr\u00e9versible, mais aussi comme une tentative continue de surmonter cet obstacle, o\u00f9 rien n&rsquo;est gagn\u00e9 d&rsquo;avance.<\/p>\n<figure id=\"attachment_34595\" aria-describedby=\"caption-attachment-34595\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-34595\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/james.jpg\" alt=\"\" width=\"160\" height=\"160\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/james.jpg 160w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/james-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/james-24x24.jpg 24w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/james-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/james-48x48.jpg 48w\" sizes=\"auto, (max-width: 160px) 100vw, 160px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-34595\" class=\"wp-caption-text\">Francis James (1952-)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 premi\u00e8re vue, le livre de Brusini et James, qui se pr\u00e9occupe plut\u00f4t de changements dans les pratiques et dans le statut des professionnels de l&rsquo;audiovisuel, ne semble pas pertinent pour une analyse du contenu des magazines d&rsquo;information. Mais prendre ce livre comme point de d\u00e9part me permet de saisir pleinement <em>l&rsquo;autonomie formelle<\/em> des magazines t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, \u00e0 laquelle tout contenu se doit de s&rsquo;adapter, sous peine d&rsquo;\u00eatre r\u00e9cus\u00e9 par les normes journalistiques dominantes. On ne peut pas traiter une \u00e9mission \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision en recourant, de fa\u00e7on b\u00e2tarde, aux techniques d&rsquo;analyse de cin\u00e9ma ou de textes \u00e9crits, encore moins en passant par des typologies d&rsquo;images ou de linguistique appliqu\u00e9e. Ce qui est fondamental pour les journalistes de l&rsquo;audiovisuel l&rsquo;est \u00e9galement pour qui veut analyser le contenu de celui-ci : un certain rapport historique \u00e9tabli entre commentaire et image.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une reprise ult\u00e9rieure, Francis James se sert d&rsquo;une belle abstraction emprunt\u00e9e \u00e0 Ren\u00e9 Char, celle d&rsquo;un \u00ab <em>partage formel<\/em> \u00bb : \u00ab partage \u00bb en exprime la redistribution des r\u00f4les et des responsabilit\u00e9s ; \u00ab formel \u00bb, \u00ab <em>&#8230;un rapport neuf entre op\u00e9ration et objet<\/em> \u00bb [7]. Portant sur la naissance d&rsquo;un nouvel ordre des gens et des choses dans l&rsquo;information t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, la formule gagnerait \u00e0 \u00eatre appliqu\u00e9e \u00e9galement au rapport \u00e9tabli entre commentaire et image, rapport \u00e0 jamais tendu qui refl\u00e8te la tentative plus ou moins r\u00e9ussie pour r\u00e9concilier deux \u00e9l\u00e9ments discursifs, chacun avec sa logique propre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le journalisme d&rsquo;enqu\u00eate, l&rsquo;image se con\u00e7oit comme un indice de v\u00e9rit\u00e9 qui d\u00e9rive du lien pur, non contamin\u00e9 entre r\u00e9alit\u00e9 et image. Il importe que le commentaire reste subordonn\u00e9, qu&rsquo;il s&rsquo;efface devant l&rsquo;image, n&rsquo;apportant que deux \u00e9l\u00e9ments suppl\u00e9mentaires d&rsquo;information que celle-ci ne peut fournir, le nom et le moment. Mais comme le dit Derrida dans un autre contexte, le \u00ab suppl\u00e9ment \u00bb est dangereusement ambigu, comme en t\u00e9moigne le sens contradictoire de \u00ab suppl\u00e9er \u00bb, compl\u00e9ter et remplacer. D&rsquo;une part, il s&rsquo;ajoute \u00e0 quelque chose de d\u00e9j\u00e0 complet ; d&rsquo;autre part, il constitue une addition qui compense un manque, une carence [8]. Dans une logique qui tend \u00e0 concevoir l&rsquo;image film\u00e9e d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement comme une \u00ab <em>plaque photographique<\/em> \u00bb du r\u00e9el, le commentaire qui s&rsquo;y ajoute risque toujours de d\u00e9tourner cette v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres fins. Il est int\u00e9ressant \u00e0 cet \u00e9gard de noter que les principaux reproches faits aux journalistes de t\u00e9l\u00e9vision des ann\u00e9es 1950-60 concernaient l&rsquo;incapacit\u00e9 de voir \u00ab correctement \u00bb ; ainsi, Claude Darget se montre \u00ab incomp\u00e9tent \u00bb parce que son commentaire, \u00e0 contresens, \u00ab <em>cache le visible et coupe la parole aux images <\/em>\u00bb [9]. Conception qui n&rsquo;est pas d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;arri\u00e8re-pens\u00e9es politiques. Inaugurant \u00e0 l&rsquo;antenne (en pr\u00e9sence du pr\u00e9sentateur L\u00e9on Zitrone) la nouvelle formule du journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 en avril 1963, le ministre de l&rsquo;Information <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alain_Peyrefitte\">Alain Peyrefitte<\/a> s&rsquo;int\u00e9resse, lui aussi, au rapport entre commentaire et image :<\/p>\n<figure id=\"attachment_34073\" aria-describedby=\"caption-attachment-34073\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-34073 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/peyrefitte-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-34073\" class=\"wp-caption-text\">Peyrefitte (1925-99) \u00e0 l&rsquo;antenne (1963)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Il suffit qu&rsquo;on mette (le journaliste) en mesure de s&rsquo;informer et de traduire son information en langage t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire en <\/em>images parlantes<em>. Le g\u00e9nie de la t\u00e9l\u00e9vision, c&rsquo;est l&rsquo;image&#8230;Ce qui compte, ce qu&rsquo;il faut <\/em>remplacer les propos<em> par l&rsquo;image photographique de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement&#8230; Transformer le pr\u00e9sentateur en un simple meneur de jeu qui donne la parole, le plus possible, aux images \u00bb<\/em> (c&rsquo;est moi qui souligne) [10].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9alit\u00e9, ce que souhaite Alain Peyrefitte, sans le dire explicitement, c&rsquo;est une pure visibilit\u00e9 du pouvoir qui peut se passer de propos suppl\u00e9mentaires, trop ind\u00e9pendants, qui peut se passer donc de la m\u00e9diation journalistique. Ses vains propos rejoignent indirectement le naturalisme d\u00e9fendu par une premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de journalistes-reporters, orientation renvers\u00e9e dans le journalisme d&rsquo;examen qui consacre le droit des journalistes sp\u00e9cialistes de parler, et \u00e0 la place de l&rsquo;image, et \u00e0 la place du pouvoir politique. Sch\u00e9matiquement, on pourrait dire que le probl\u00e8me ne se pose plus en termes d&rsquo;ajouts \u00e0 l&rsquo;image, mais \u00e0 l&rsquo;inverse, il importe d\u00e9sormais que l&rsquo;image ne contredise pas l&rsquo;analyse, qu&rsquo;elle soit pr\u00e9texte \u00e0 la parole. Priorit\u00e9 qui a contribu\u00e9 logiquement \u00e0 la quasi-disparition des magazines g\u00e9n\u00e9ralistes de reportages entre 1969 et 1990.<\/p>\n<h2>\u00a0<\/h2>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L&rsquo;image sympt\u00f4me<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Loin d&rsquo;une compl\u00e9mentarit\u00e9 harmonieuse, naturelle, le partage formel entre commentaire et image trahit non seulement un rapport de forces entre cat\u00e9gories professionnelles, mais aussi une tension constante entre deux logiques discursives o\u00f9 l&rsquo;image ne se suffit jamais \u00e0 elle-m\u00eame. L&rsquo;analyse\u00a0critique s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 ces instants o\u00f9 l&rsquo;artifice de la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre paroles et images s&rsquo;effondre momentan\u00e9ment ; le reportage existe autant par ce qu&rsquo;il ne peut pas dire, par les contradictions refoul\u00e9es qui produisent en son sein des microfissures. <em>L&rsquo;image-sympt\u00f4me<\/em> marque une incongruit\u00e9 patente dans le rapport entre commentaire et image, un <em>d\u00e9calage<\/em> (comprenant des silences \u00ab assourdissants \u00bb) qui r\u00e9v\u00e8le les <em>limites r\u00e9elles<\/em> du projet id\u00e9ologique d\u00e9fendu par le reportage (largement conscient, plus ou moins coh\u00e9rent, un projet id\u00e9ologique &#8211; [concept que j&#8217;emprunte au philosophe <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Macherey\">Pierre Macherey<\/a> parlant d&rsquo;un roman de Jules Verne] [11] &#8211; permet au reportage de faire sens dans le contexte historique donn\u00e9). Sous la forme de sympt\u00f4mes \u00ab pathologiques \u00bb, le mariage forc\u00e9 entre image et commentaire nous fournit des traces visibles de ce que nous appellerons <em>l&rsquo;imaginaire historique<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la th\u00e9orie psychanalytique, le sympt\u00f4me repr\u00e9sente le compromis entre l&rsquo;agence du refoulement (instance du surmoi) et les pulsions inconscientes (instance du \u00e7a). Comme l&rsquo;image du r\u00eave, le lapsus ou l&rsquo;acte manqu\u00e9, l&rsquo;image-sympt\u00f4me peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e comme une formation symbolique provenant du conflit intrapsychique, du clivage de la personnalit\u00e9 que suppose l&rsquo;existence d&rsquo;une instance de r\u00e9pression. Formellement, le commentaire <em>off<\/em> sur images ressemble \u00e0 ce que Freud appelle \u00ab <em>le d\u00e9lire d&rsquo;observation<\/em> \u00bb, forme de psychose dans laquelle le sujet entend une voix ext\u00e9rieure qui l&rsquo;observe, et qui commente ses faits et ses gestes [12]. Le d\u00e9lire d&rsquo;observation manifeste de fa\u00e7on nette le clivage du moi ; l&rsquo;instance observante, qui semble \u00eatre log\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, fait partie du moi (la conscience morale) et cependant peut en \u00eatre s\u00e9par\u00e9e (le surmoi \u00ab tyrannique \u00bb qui punit des fautes imaginaires). Selon ses diff\u00e9rentes modalit\u00e9s historiques, la voix <em>off<\/em> remplit plusieurs fonctions \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable : d\u00e9crire le regard, l&rsquo;encadrer (dire la v\u00e9rit\u00e9) et <em>censurer<\/em> le plaisir scopique que procurent les images de corps et de visages (allant jusqu&rsquo;\u00e0 la (d\u00e9)n\u00e9gation \u00ab autodestructrice \u00bb). En d&rsquo;autres termes, la voix <em>off <\/em>est toujours potentiellement psychotique dans la mesure o\u00f9 elle s&rsquo;\u00e9carte de l&rsquo;image. Dans cette optique, la forme \u00ab normale \u00bb que prend le commentaire sur images nous laisse un aper\u00e7u aplani de \u00ab la structure psychique \u00bb (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Michel_de_Certeau\">Michel de Certeau<\/a>) de ceux qui sont mandat\u00e9s pour dire et montrer la v\u00e9rit\u00e9 au nom des autres [13]. \u00c9quilibre historiquement \u00ab id\u00e9al \u00bb entre les trois instances de la deuxi\u00e8me topique freudienne, cette structure psychique, pour peu que la forme soit relativement cr\u00e9dible, est celle qui devrait permettre de voir (et d&rsquo;entendre) la v\u00e9rit\u00e9 de fa\u00e7on non pathologique. Sous sa forme audiovisuelle, le partage est donc doublement <em>normalisateur<\/em>, non seulement sur le plan id\u00e9ologique (discours \u00ab convaincant \u00bb), mais aussi dans sa pr\u00e9sentation implicite d&rsquo;une rupture psychique normalis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>L&rsquo;information en uniforme<\/em>, essai d&rsquo;historien sur la couverture t\u00e9l\u00e9visuelle de la Guerre du Golfe, Marc Ferro formule le souhait que soit exploit\u00e9e par l&rsquo;historien et par le journaliste la masse d&rsquo;images produite par la t\u00e9l\u00e9vision, une sorte de \u00ab <em>contre-analyse de la soci\u00e9t\u00e9<\/em> \u00bb [14]. Projet que je fais mien ici : une contre-analyse des images, ou pour emprunter un autre langage, une \u00ab <a href=\"http:\/\/cnrtl.fr\/definition\/symptomal\">lecture sympt\u00f4male <\/a>\u00bb (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Louis_Althusser\">Althusser<\/a>), demande un travail d&rsquo;interpr\u00e9tation, et permet de situer la\u00a0dimension id\u00e9ologique du journalisme t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u00e0 un niveau plus profond que celui des d\u00e9bats politiques courants. \u00c0 titre de d\u00e9monstration, j&rsquo;analyse deux reportages th\u00e9matiquement comparables, l&rsquo;un datant de d\u00e9cembre 1960 sur la ville nouvelle de Sarcelles (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cinq_colonnes_%C3%A0_la_une\"><em>Cinq Colonnes \u00e0 la Une<\/em><\/a> : \u00ab 40000 voisins \u00bb), l&rsquo;autre datant de juin 1992 sur Los Angeles deux mois apr\u00e8s les \u00e9meutes (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Envoy%C3%A9_sp%C3%A9cial\"><em>Envoy\u00e9 sp\u00e9cial<\/em><\/a> : \u00ab LA, Western Avenue \u00bb), tout en pr\u00e9supposant qu&rsquo;ils sont tous les deux <em>formellement<\/em> repr\u00e9sentatifs des reportages de leur \u00e9poque.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Au petit matin, Sarcelles se vide (2 d\u00e9cembre, 1960)<\/span><\/h2>\n<figure id=\"attachment_25808\" aria-describedby=\"caption-attachment-25808\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-25808\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/tchernia-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/tchernia-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/tchernia-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/tchernia-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/tchernia-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/tchernia-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/tchernia-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/tchernia-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/tchernia-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25808\" class=\"wp-caption-text\">Pierre Tchernia (1928-2016) \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de \u00ab\u00a0Cinq Colonnes\u00a0\u00bb<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab 40000 voisins \u00bb (Pierre Tchernia) commence par un plan pris depuis un h\u00e9licopt\u00e8re, qui donne \u00e0 voir la topographie d&rsquo;un grand ensemble. Prouesse technique, le regard de la t\u00e9l\u00e9vision s&rsquo;aligne sur les bienfaits du progr\u00e8s : <em>\u00ab dans quelques ann\u00e9es, quand vous traverserez la banlieue parisienne, c&rsquo;est en h\u00e9licopt\u00e8re sans doute que vous irez, et partout vous survolerez des villes dans le genre de celle-ci \u00bb<\/em>. L&rsquo;avenir, c&rsquo;est une ville nouvelle comme Sarcelles, appel\u00e9e \u00e0 remplacer les grandes villes traditionnelles, de m\u00eame que l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re remplacera la voiture et les trains. Visiblement, on n&rsquo;arr\u00eate pas le progr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais dans le pr\u00e9sent il y a un accroc : <em>\u00ab on les appelle aussi les villes dortoirs&#8230;les urbanistes et les sociologues leur consacrent des volumes et des congr\u00e8s<\/em> \u00bb. Que disent-ils ? L\u00e0 n&rsquo;est pas le propos ; dans le code journalistique en vigueur, la r\u00e9f\u00e9rence aux sociologues suffit \u00e0 indiquer que les villes nouvelles <em>posent probl\u00e8me<\/em>. Du haut de son h\u00e9licopt\u00e8re, le journaliste <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_Tchernia\">Pierre Tchernia<\/a> se donne pour mission de juger Sarcelles (comme il le dit plus loin, <em>\u00ab il ne faut pas trop vite la juger \u00bb<\/em>). Sa strat\u00e9gie, c&rsquo;est de suspendre tout jugement imm\u00e9diat, d&rsquo;attendre que la r\u00e9alit\u00e9 permette un avis plus favorable, que les lignes de progr\u00e8s technique et sociale se rejoignent. La difficult\u00e9 que pointe ici un journalisme qui privil\u00e9gie le terrain, le visible, c&rsquo;est d&rsquo;assurer le lien entre un pr\u00e9sent probl\u00e9matique, et un avenir prometteur n&rsquo;existant pour l&rsquo;instant que dans le regard du journaliste. Autrement dit, entre le jugement (situ\u00e9 l\u00e0-haut) et le r\u00e9el (en bas).<\/p>\n<figure id=\"attachment_25899\" aria-describedby=\"caption-attachment-25899\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-25899\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3283-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3283-300x225.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3283-768x576.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3283-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3283-600x450.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3283.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25899\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est en h\u00e9licopt\u00e8re que vous irez \u00a0\u00bb (ombre de celui-ci visible comme tache \u00e0 droite).<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Descente sur terre. Des arbres s&rsquo;interposent entre la cam\u00e9ra et la fa\u00e7ade d&rsquo;un bloc d&rsquo;appartements, et l&rsquo;image nous prend \u00e0 t\u00e9moin : <em>\u00ab les arbres, voyez-vous, sont tr\u00e8s jeunes \u00bb<\/em>. La m\u00e9taphore organique (la ville comme forme de vie) renforce celle d&rsquo;un passage de g\u00e9n\u00e9rations ; surplombant des images d&rsquo;une vieille dame et d&rsquo;une charcuterie \u00e0 l&rsquo;ancienne, le commentaire nous informe, <em>\u00ab \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de l\u00e0, Sarcelles le vieux, un village traditionnel plut\u00f4t fatigu\u00e9 qui a vu na\u00eetre une ville nouvelle dont il ne sera bient\u00f4t qu&rsquo;une d\u00e9pendance \u00bb<\/em>. Mort anticip\u00e9e du village qui n&rsquo;attend que d&rsquo;\u00eatre remplac\u00e9 par \u00ab une ville toute neuve en train de na\u00eetre \u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25898\" aria-describedby=\"caption-attachment-25898\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-25898\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3284-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3284-300x225.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3284-768x576.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3284-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3284-600x450.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3284.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25898\" class=\"wp-caption-text\">Pierre Tchernia (droite) et le bistrotier triste.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9galement vestige d&rsquo;un monde en train de mourir, un petit \u00eelot de pavillons o\u00f9 se trouve un bistrot,\u00a0 <em>\u00ab le seul qui existe dans le coin<\/em> <em>\u00bb<\/em>, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vide. Install\u00e9 en 1937, quand les rares pavillons \u00e9taient <em>\u00ab noy\u00e9s dans la plaine, c&rsquo;\u00e9tait de la grosse culture mara\u00eech\u00e8re, il y avait toujours des betteraves rouges \u00bb<\/em>, le bistrotier triste (et visiblement alcoolique) ne manque pas d&rsquo;infl\u00e9chir la m\u00e9taphore organique dont il est le porteur : <em>\u00ab [les gens de Sarcelles] ne sont pas bien riches, les loyers, ils sont tr\u00e8s chers. Et, en plus, quand les gens arrivent ici, ils n&rsquo;ont pas de meubles&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Meubles, loyers, c&rsquo;est le mode de vie d&rsquo;une classe qui se profile : <em>\u00ab le prix des loyers, c&rsquo;est le principal souci des habitants \u00bb<\/em> ; <em>\u00ab le probl\u00e8me d\u00e9passe le cadre de Sarcelles, c&rsquo;est un probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral, les classes les moins favoris\u00e9es de notre soci\u00e9t\u00e9 ont le plus grand besoin de logements, et c&rsquo;est justement les appartements neufs qui co\u00fbtent le plus cher, d&rsquo;autant que le Fran\u00e7ais, par rapport \u00e0 d&rsquo;autres peuples, est habitu\u00e9 \u00e0 consacrer un budget moins important \u00e0 son logement \u00bb<\/em>. Phrase contradictoire qui, d&rsquo;une main, souligne l&rsquo;injustice d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 divis\u00e9e en classes, et qui, de l&rsquo;autre, implique que le Fran\u00e7ais, cette cr\u00e9ature hors classe, ne d\u00e9pense pas assez sur son logement (et trop peut-\u00eatre dans les caf\u00e9s). Le probl\u00e8me d\u00e9passe le cadre de Sarcelles, il d\u00e9passe le cadre des classes sociales ; le Fran\u00e7ais de condition modeste doit faire des efforts pour acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, et \u00e0 la modernit\u00e9. C&rsquo;est aux Fran\u00e7ais de se mettre en r\u00e8gle avec la marche de l&rsquo;histoire. Sur fond d&rsquo;un plan de la rue principale de Sarcelles, d\u00e9serte, on nous informe : <em>\u00ab ce sont les jeunes m\u00e9nages qui ont besoin de venir ici, cependant que les beaux quartiers voient s&rsquo;\u00e9teindre les vieillards \u00bb<\/em>. Les diff\u00e9rences de classe se dissolvent en diff\u00e9rences de g\u00e9n\u00e9ration : la classe ouvri\u00e8re se transforme en \u00ab <em>jeunes m\u00e9nages<\/em> \u00bb, alors que la bourgeoisie s&rsquo;assimile \u00e0 des vieillards moribonds. C&rsquo;est la mort d&rsquo;une classe devant la mont\u00e9e d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration dont la mission historique est le d\u00e9passement des clivages de classe.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25904\" aria-describedby=\"caption-attachment-25904\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-25904\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3287-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3287-300x225.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3287-768x576.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3287-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3287-600x450.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25904\" class=\"wp-caption-text\">Int\u00e9rieur \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb avec poste de t\u00e9l\u00e9vision<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le processus d&#8217;embourgeoisement qui va main ans la main avec la modernisation du pays, Sarcelles accuse quelques d\u00e9fauts : <em>\u00ab il y a aussi l&rsquo;absence de persiennes aux fen\u00eatres, on s&rsquo;en plaint souvent \u00bb<\/em>. Mais les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s sont sensibles : <em>\u00ab le fait d&rsquo;\u00eatre enfin au chaud, \u00e0 l&rsquo;aise, \u00e0 l&rsquo;abri, ici la plupart des habitants viennent de logis insalubres, trop sombres, trop humides \u00bb<\/em>. Image-sympt\u00f4me, le plan incongru d&rsquo;une cuvette de w.c. (alors que le commentaire parle de <em>\u00ab l&rsquo;allocation logement qui est souvent importante \u00bb<\/em>) trahit la conception hygi\u00e9niste du progr\u00e8s qui fonde inconsciemment le reportage. Le d\u00e9calage momentan\u00e9 entre image et commentaire t\u00e9moigne de la difficult\u00e9 qu&rsquo;\u00e9prouve le reportage \u00e0 figurer son projet, l&rsquo;assemblage du progr\u00e8s technique et de la nouvelle donne sociale dans une vision consensuelle de la modernit\u00e9, les deux \u00e9l\u00e9ments \u00e9tant ici r\u00e9unis trop brutalement dans l&rsquo;image d&rsquo;une cuvette. Mais le sens politique est clair : expuls\u00e9es en dehors de la ville, de leurs logis \u00ab <em>insalubres<\/em> \u00bb, les classes populaires se voient r\u00e9compens\u00e9es par des sanitaires en dedans. Surplombant des images fixes de pavillons de banlieue en pierre, Pierre Tchernia en conclusion nous assure : <em>\u00ab mais de l\u00e0 \u00e0 regretter les bicoques lugubres et malsaines de la banlieue parisienne, il y a un pas que je refuse de franchir \u00bb.<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_25902\" aria-describedby=\"caption-attachment-25902\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-25902 size-medium\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3285-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3285-300x225.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3285-768x576.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3285-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3285-600x450.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25902\" class=\"wp-caption-text\">Image-sympt\u00f4me 1 : \u00ab\u00a0Mais il faut d\u00e9duire de cela l&rsquo;allocation logement qui est souvent importante\u00a0\u00bb<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, les t\u00e9moignages des Sarcelloises (manifestement pr\u00e9occup\u00e9es par le co\u00fbt des loyers, le manque d&rsquo;intimit\u00e9, la sonorit\u00e9, la monotonie, les cat\u00e9gories sociales trop m\u00eal\u00e9es, l&rsquo;architecture inesth\u00e9tique) n&rsquo;appuient pas une conclusion qui force le sens des images, et qui <em>remplace<\/em> les paroles des int\u00e9ress\u00e9s. Un t\u00e9moignage retient l&rsquo;attention : au moment o\u00f9 une femme se plaint des populations \u00ab <em>trop m\u00eal\u00e9es<\/em> \u00bb, le journaliste corrige le tir : \u00ab <em>trop les uns sur les autres<\/em> \u00bb, refusant d&rsquo;entendre l&rsquo;intol\u00e9rance populaire (racisme ?) que ne peut manquer de d\u00e9couvrir l&rsquo;enqu\u00eate sur le terrain. Deuxi\u00e8me image-sympt\u00f4me : un commentaire <em>\u00ab les adolescents et les enfants forment la majorit\u00e9 de la population de Sarcelles<\/em> \u00bb s&rsquo;attache \u00e0 une image d&rsquo;un adulte basan\u00e9 (portugais, espagnol ?) en compagnie d&rsquo;une femme (fran\u00e7aise ?), image doublement indue en ce que le monsieur est sensiblement plus petit que la femme. Remonte donc \u00e0 la surface le temps d&rsquo;une image \u00ab mal choisie \u00bb, ce dont le reportage essaye de refouler : la fracture dans la population de Sarcelles entre immigr\u00e9s et Fran\u00e7ais de souche.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25903\" aria-describedby=\"caption-attachment-25903\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-25903\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3288-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3288-300x225.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3288-768x576.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3288-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3288-600x450.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3288.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25903\" class=\"wp-caption-text\">Image-sympt\u00f4me 2 : \u00ab\u00a0Les adolescents et les enfants forment la majorit\u00e9 de la population\u00a0\u00bb<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fracture d\u00e9plac\u00e9e sur un autre probl\u00e8me. La moyenne d&rsquo;\u00e2ge de Sarcelles est de douze ans, soit trois fois moins que la moyenne nationale. Cette jeunesse, appel\u00e9e \u00e0 vivre plus bourgeoisement, de fa\u00e7on plus moderne, <em>\u00ab est \u00e0 la fois le slogan et le probl\u00e8me de Sarcelles \u00bb<\/em>. Ce sont nos amis les sociologues qui <em>\u00ab vous diront que les grands ensembles favorisent la d\u00e9linquance juv\u00e9nile \u00bb<\/em>. Sur fond d&rsquo;image deux pongistes dans une Maison des Jeunes, le probl\u00e8me \u00e9voqu\u00e9 est aussit\u00f4t r\u00e9gl\u00e9 : <em>\u00ab pour l&rsquo;instant \u00e0 Sarcelles, il n&rsquo;y a gu\u00e8re de voyous et la Maison des Jeunes y est pour beaucoup \u00bb<\/em>. Solution technique aux probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;aligne sur l&rsquo;espace \u00ab neutre \u00bb du journalisme, la Maison des Jeunes (\u00ab<em> ni politique, ni confessionnelle<\/em> \u00bb) participe d&rsquo;une m\u00eame conception \u00ab hygi\u00e9niste \u00bb du progr\u00e8s social qui passe par l&rsquo;organisation d&rsquo;activit\u00e9s (poterie, tennis de table, photo, baby-foot) encadr\u00e9es <em>\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur<\/em>. <em>\u00ab Sans Maison des Jeunes, <\/em>dit un jeune homme en gilet de cuir noir<em>, les trois quarts d&rsquo;entre nous seraient en prison \u00bb<\/em>, autre forme d&rsquo;encadrement pour ce qui constituait les classes dangereuses.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25897\" aria-describedby=\"caption-attachment-25897\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-25897\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3289-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3289-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3289-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3289-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3289-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3289-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3289-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3289-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3289-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25897\" class=\"wp-caption-text\">Le jeune \u00ab\u00a0sauv\u00e9\u00a0\u00bb par la Maison des Jeunes<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la logique du journalisme d&rsquo;enqu\u00eate, l&rsquo;image apport\u00e9e du terrain constitue \u00ab la preuve \u00bb du discours tenu. Au couple th\u00e8se et d\u00e9monstration, correspond le couple commentaire et image. \u00c9parpill\u00e9es \u00e0 travers le reportage, se trouvent autant d&rsquo;injonctions \u00e0 se laisser convaincre par la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;image : <em>\u00ab les arbres, voyez-vous, sont tr\u00e8s jeunes \u00bb <\/em>;<em> \u00ab un petit \u00eelot que vous allez d\u00e9couvrir \u00bb <\/em>;<em> \u00ab la gare, voyez-vous, n&rsquo;est qu&rsquo;une halte \u00bb<\/em> ; <em>\u00ab tenez, retrouvez la fa\u00e7ade que vous avez regard\u00e9e tout \u00e0 l&rsquo;heure \u00bb <\/em>; <em>\u00ab la vie ext\u00e9rieure, la voil\u00e0 \u00bb<\/em>. Le malaise vient du fait que l&rsquo;image n&rsquo;est pas toujours \u00e0 la hauteur de sa mission : le maire \u00ab <em>aventurier<\/em> \u00bb ne fait que r\u00e9citer des chiffres d&rsquo;une voix monocorde ; le jeune en gilet, \u00ab sauv\u00e9 \u00bb par la Maison des Jeunes, est visiblement (trop) gentil ; les \u00ab <em>bicoques insalubres<\/em> \u00bb ne sont que des pavillons en pierre ; la ville nouvelle \u00ab <em>en train de na\u00eetre<\/em> \u00bb sur fond <em>off<\/em> de musique d&rsquo;accord\u00e9on s&rsquo;illustre par quelques joueurs de p\u00e9tanque et des adolescents qui se prom\u00e8nent, \u00e9cras\u00e9s par les grands ensembles au milieu du \u00ab <em>Sahara<\/em> \u00bb (pour reprendre l&rsquo;image du jeune en gilet). Le commentaire compatissant passe outre les t\u00e9moignages et les images rapport\u00e9s de Sarcelles, ce qui touche le journalisme d&rsquo;enqu\u00eate \u00e0 son c\u0153ur m\u00eame : \u00ab sauver \u00bb Sarcelles exige que l&rsquo;on suspende son jugement jusqu&rsquo;\u00e0 un avenir pour l&rsquo;instant<em> invisible<\/em>. Parfois sous la tension, la r\u00e9alit\u00e9 du visible oblige le texte \u00e0 rattraper le d\u00e9calage, \u00e0 se contredire ; \u00e0 peine a-t-on d\u00e9clar\u00e9 que <em>\u00ab les promeneurs et les amoureux ont pris le pli \u00bb<\/em>, que l&rsquo;on encha\u00eene, <em>\u00ab les enfants s&rsquo;ennuient le dimanche \u00bb<\/em>. Sur le terrain, <em>\u00ab on prend conscience de ce que c&rsquo;est une ville dortoir<\/em> <em>\u00bb<\/em>, mais on voit mal comment le temps pourrait transformer <em>\u00ab un principe qui restera le m\u00eame : des centres commerciaux, sportifs, administratifs \u00e9loign\u00e9s des groupes d&rsquo;immeubles \u00bb<\/em>. Le journalisme d&rsquo;examen n&rsquo;a pas encore trouv\u00e9 sa forme, <em>l&rsquo;image-pr\u00e9texte<\/em> qui permet au journaliste de dire la v\u00e9rit\u00e9, de tenir un discours autonome par rapport \u00e0 l&rsquo;image. Pour l&rsquo;instant, l&rsquo;abstraction n&rsquo;a droit de cit\u00e9 qu&rsquo;en passant par de lourdes mises en sc\u00e8ne : le maire qui r\u00e9cite les chiffres de la croissance d\u00e9mographique ; le cur\u00e9 qui fournit le nombre de bapt\u00eames et d&rsquo;enterrements ; le bistrotier triste qui \u00ab repr\u00e9sente \u00bb les loyers trop chers ; la vue depuis l&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re qui donne \u00e0 voir le futur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Force est de constater que le cadre id\u00e9ologique de la modernisation de la France, discours naturel du journalisme d&rsquo;alors, se trouve malmen\u00e9 sur le terrain. La relation \u00ab naturelle \u00bb de compl\u00e9mentarit\u00e9 descriptive tr\u00e9buche d\u00e8s lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit de monter des images n&rsquo;ob\u00e9issant plus \u00e0 une structure chronologique. L&rsquo;enqu\u00eate sur le terrain entre en contradiction avec le hors-champ, cet espace suppl\u00e9mentaire, surmo\u00efque, qui impose un discours (paternaliste) <em>au nom des autres<\/em>. On ne juge pas un enfant \u00ab <em>qui vient de na\u00eetre<\/em> \u00bb, mais on s&rsquo;occupe bien de lui, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un enfant difficile : afin que sa socialisation soit r\u00e9ussie, il faut qu&rsquo;on lui apprenne la propret\u00e9 et la discipline sociale. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;obsession hygi\u00e9niste du reportage : <em>\u00ab au petit matin, Sarcelles <\/em>se vide <em>\u00bb <\/em>[dans des toilettes privatives]. La gare en construction (\u00ab <em>une halte<\/em> \u00bb) figure la promesse d&rsquo;une vie r\u00e9gl\u00e9e, rythm\u00e9e par le d\u00e9part au travail le matin et le retour au domicile le soir, fantasme d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab propre \u00bb, sans classes dangereuses, o\u00f9 chacun retrouve sa dignit\u00e9 naturelle. On mesure ici l&rsquo;importance strat\u00e9gique pour le journalisme audiovisuel d&rsquo;alors d&rsquo;un discours d&rsquo;inspiration <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Personnalisme\">personnaliste <\/a>(<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Emmanuel_Mounier\">Emmanuel Mounier<\/a>) et sociale-chr\u00e9tienne. C&rsquo;est bien le cur\u00e9 qui nous annonce le nombre annuel de bapt\u00eames, et non pas le maire qui annonce le nombre de naissances. Dans tous les sens du mot, on veut \u00ab sauver \u00bb Sarcelle, c&rsquo;est une question de <em>foi<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Saisie par l&rsquo;id\u00e9ologie, la ville nouvelle se pr\u00eate mal \u00e0 un discours na\u00efvement empirique. L&rsquo;enqu\u00eate s&rsquo;efforce d&rsquo;aboutir \u00e0 son point de d\u00e9part : <em>\u00ab les grands ensembles sont-ils un mal n\u00e9cessaire, ou un nouvel aspect du plaisir vivre ? Ce sera si vous voulez \u00e0 ces enfants de r\u00e9pondre dans plusieurs ann\u00e9es \u00bb<\/em>. Question partiellement ferm\u00e9e dans la mesure o\u00f9 les villes nouvelles sont par-dessus tout \u00ab <em>n\u00e9cessaires<\/em> \u00bb. Y a-t-il de la lumi\u00e8re au bout du tunnel ? On peut en douter ; la derni\u00e8re image montre deux enfants qui sortent de la lumi\u00e8re et entrent dans un tunnel.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25905\" aria-describedby=\"caption-attachment-25905\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-25905\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3290-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3290-300x225.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3290-768x576.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3290-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3290-600x450.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3290.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25905\" class=\"wp-caption-text\">Image-sympt\u00f4me 3 : \u00ab\u00a0Ce sera &#8230; \u00e0 ces enfants de r\u00e9pondre dans plusieurs ann\u00e9es\u00a0\u00bb<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nulle image ne saurait r\u00e9pondre \u00e0 leur place ; rendez-vous donc dans un studio de t\u00e9l\u00e9vision, o\u00f9 seront invoqu\u00e9s non seulement \u00ab ces enfants \u00bb devenus adultes, mais aussi des repr\u00e9sentants politiques, des urbanistes, des sociologues, pour d\u00e9battre du mal-vivre \u2014 constat acquis d&rsquo;avance \u2014 des habitants des villes nouvelles. Aux journalistes de veiller au dossier, de retenir les t\u00e9moins, de poser les bonnes questions.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La jeune fille sur la colline (25 juin 1992)<\/span><\/h2>\n<figure id=\"attachment_25896\" aria-describedby=\"caption-attachment-25896\" style=\"width: 150px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-25896\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3281-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3281-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3281-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3281-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3281-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3281-50x50.jpg 50w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3281-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3281-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3281-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25896\" class=\"wp-caption-text\">Eric Lemasson en plateau<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trente-deux ans plus tard, il est de nouveau question de d\u00e9linquance dans le magazine g\u00e9n\u00e9raliste d&rsquo;information <em>Envoy\u00e9 Sp\u00e9cial<\/em> (France 2), cr\u00e9e en janvier 1990, qui renoue avec le format de <em>Cinq Colonnes<\/em>. Dans \u00ab Western Avenue \u00bb, le jeune reporter <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89ric_Lemasson\">\u00c9ric Lemasson<\/a> et son \u00e9quipe d\u00e9barquent \u00e0 Los Angeles apr\u00e8s les \u00e9meutes d\u00e9vastatrices de mai 1992. Lors de son lancement, le pr\u00e9sentateur <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paul_Nahon\">Paul Nahon<\/a> explique l&rsquo;origine des \u00e9v\u00e9nements (\u00ab <em>l&rsquo;injustice, le racisme, le ghetto, la mis\u00e8re<\/em> \u00bb), et formule la question suivante : <em>\u00ab comment un pays aussi riche peut-il engendrer autant d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, de pauvret\u00e9 ? <\/em>\u00bb Un probl\u00e8me majeur appara\u00eet ; le reportage doit \u00e0 la fois illustrer les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;explication, tout en hissant ceux-ci \u00e0 un niveau encore plus abstrait. L&rsquo;injustice est \u00e0 l&rsquo;origine des \u00e9meutes, mais qu&rsquo;est-ce qui est \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;injustice ? De par sa forme, un reportage ne saurait r\u00e9pondre \u00e0 une telle question.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25815\" aria-describedby=\"caption-attachment-25815\" style=\"width: 275px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-25815\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/envoye-special-1.jpg\" alt=\"\" width=\"275\" height=\"183\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25815\" class=\"wp-caption-text\">Bernard Benyamin et Paul Nahon, pr\u00e9sentateurs d'\u00a0\u00bbEnvoy\u00e9 sp\u00e9cial\u00a0\u00bb, 1990-2001.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">La probl\u00e9matique d&rsquo;enqu\u00eate ne se r\u00e9duit pas au reportage, bien que celui-ci, avec ses notions de \u00ab terrain \u00bb et de \u00ab t\u00e9moignage \u00bb, soit la forme qui exprime mieux sa d\u00e9marche. Ce qui m&rsquo;int\u00e9resse ici, ce n&rsquo;est pas de montrer si oui ou non le reportage moderne correspond aux cat\u00e9gories conceptuelles \u00e9tablies, mais de voir dans quelle mesure une forme issue du journalisme d&rsquo;enqu\u00eate est influenc\u00e9e par la pr\u00e9dominance \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision du journalisme d&rsquo;examen (\u00e9missions en plateau, talk-shows, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commen\u00e7ons par la fin, inversant la logique de la \u00ab postface \u00bb en plateau, o\u00f9 le journaliste explique sa d\u00e9marche <em>apr\u00e8s coup<\/em>. En conversation avec Nahon en plateau, Lemasson s&rsquo;explique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Les gens, lorsqu&rsquo;on est arriv\u00e9 dans ce quartier noir de South Central, d\u00e8s qu&rsquo;on descendait de la voiture, nous ont intim\u00e9 l&rsquo;ordre &#8211; gentiment ou pas &#8211; de d\u00e9guerpir au plus vite. Alors, ce qu&rsquo;on a essay\u00e9 de faire, c&rsquo;\u00e9tait de prendre une photographie de ces populations qui ne se <\/em>m\u00e9langent<em> pas, de ces populations qui se d\u00e9testent, un peu \u00e0 la mani\u00e8re des g\u00e9ologues qui prennent une carotte et qui vont faire une coupe dans le sol, et nous avons d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9hender la ville \u00e0 travers une coupe, \u00e0 travers une avenue, et on a constat\u00e9 que des populations ne se <\/em>m\u00e9langeaient<em> pas \u00bb<\/em> (j&rsquo;ai soulign\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;angle choisi (la \u00ab coupe \u00bb) n&rsquo;est pas le r\u00e9sultat d&rsquo;une construction pr\u00e9alable, mais vient apr\u00e8s (\u00ab <em>alors<\/em> \u00bb) les m\u00e9saventures de l&rsquo;\u00e9quipe, devant l&rsquo;impossibilit\u00e9 de poursuivre le r\u00e9flexe initial d&rsquo;enqu\u00eater sur place. Issu du journalisme d&rsquo;enqu\u00eate, un tel r\u00e9flexe prolonge les implications id\u00e9ologiques d&rsquo;un certain style de sociologie empirique : les pauvres d\u00e9tiennent en eux l&rsquo;origine de leur pauvret\u00e9. La contradiction entre illustration et explication (et entre les formes enqu\u00eate et examen) se trahit dans la tautologie des propos : \u00ab <em>les populations qui ne se m\u00e9langent pas<\/em> \u00bb sont \u00e0 la fois le point de d\u00e9part et la conclusion du reportage. Contradiction \u00e9galement apparente dans les deux m\u00e9taphores employ\u00e9es : l&rsquo;une, la photographie, saisit la surface, le visible, alors que l&rsquo;autre, la coupe ou la carotte, vise la profondeur, le cach\u00e9, invisible. <em>\u00ab Cinq Colonnes n&rsquo;est pas une plaque photographique du monde, mais veut \u00eatre une r\u00e9flexion sur monde \u00bb<\/em>, avait d\u00e9clar\u00e9 Pierre Desgraupes en 1968. Plus de vingt ans apr\u00e8s, le probl\u00e8me fondamental de \u00ab partage formel \u00bb reste le m\u00eame : comment r\u00e9concilier le visible et l&rsquo;invisible, l&rsquo;image de la surface et l&rsquo;analyse en profondeur ? Le reportage en question r\u00e9sout ce probl\u00e8me en mettant \u00e0 plat la profondeur, transformant la dimension verticale en plan horizontal. Le point de d\u00e9part et le point d&rsquo;arriv\u00e9e \u00e9tant identiques, le reportage doit trouver le moyen de faire du surplace, de marquer le temps pendant sa dur\u00e9e. Que faire ? Tout simplement en transformant le terrain en plateau, o\u00f9 interviennent, \u00e0 tour de r\u00f4le, une succession de personnages exotiques et jeunes : des membres de gang noirs, des miliciens cor\u00e9ens et de tr\u00e8s jeunes gangsters mexicains (entre 12 et 16 ans), qui vivent en bas des collines, et qui s&rsquo;expriment en situation, dans leur habitat. Autour de vingt-cinq minutes, alors que l&rsquo;on \u00e9voque le danger des balles perdues pour les enfants (avec image d&rsquo;un panneau d&rsquo;avertissement), le gros plan d&rsquo;une jeune fille blanche d&rsquo;environ douze ou treize ans introduit la derni\u00e8re s\u00e9quence qui se passe sur les collines de Hollywood. Faux raccord : la fille (\u00ab <em>qui n&rsquo;a jamais vu un membre de gang<\/em> \u00bb) n&rsquo;est plus tout \u00e0 fait une enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class='content-column one_half'><figure id=\"attachment_25892\" aria-describedby=\"caption-attachment-25892\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-25892 size-medium\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3277-300x213.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"213\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3277-300x213.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3277-768x545.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3277-1024x727.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3277-600x426.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3277.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25892\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab\u00a0<span style=\"font-size: 8pt;\">If you shoot bullets into the sky, when they come down, we might die\u00a0\u00bb (Si vous tirez en l&rsquo;air, les balles peuvent nous tuer).<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-size: 8pt;\"><\/div><div class='content-column one_half last_column'><\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_25891\" aria-describedby=\"caption-attachment-25891\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-25891 size-medium\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3278-300x216.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"216\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3278-300x216.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3278-150x108.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3278-24x17.jpg 24w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3278-36x26.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3278-48x35.jpg 48w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3278-768x552.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3278-1024x736.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3278-600x431.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25891\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"font-size: 8pt;\">La fille du publicitaire (plan sans commentaire)<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><\/div><div class='clear_column'><\/div><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">C&rsquo;est la fin du voyage. Dans son jardin, Dale Richards, publicitaire, la quarantaine, taille ses rosiers. Toute responsabilit\u00e9 envers la <\/span>violence et la mis\u00e8re que nous venons de voir lui est \u00e9trang\u00e8re : <em>\u00ab c&rsquo;est comme une \u00eele ici, comme la campagne&#8230; Je ne suis pas riche, je ne suis pas chanceux, j&rsquo;ai d\u00fb travailler dur pour ce que je poss\u00e8de. Les Noirs veulent quelque chose pour rien. C&rsquo;est tr\u00e8s dommage. C&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;ils pillent. L&rsquo;id\u00e9e de s&rsquo;am\u00e9liorer, d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole n&rsquo;entre jamais dans leur t\u00eate. \u00c7a fait partie de leur culture \u00bb<\/em>. Propos intercal\u00e9s de plans silencieux de \u00ab Lolita \u00bb (d\u00e9signation certes subjective), sa fille, en short, vue de dos se penchant sur la balustrade. Les pr\u00e9jug\u00e9s racistes du\u00a0 \u00ab fils de pub \u00bb risquent de lui co\u00fbter cher, voil\u00e0 ce que nous dit cette s\u00e9rie de prises de vue \u00ab superflues \u00bb qui figurent son absence de conscience politique. <em>\u00ab Dale et ses voisins ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 oublier les pillards, oubli\u00e9s qui peut-\u00eatre un jour monteront sur la colline \u00bb.<\/em> Ce sont les derniers mots du reportage. Et cette fois, l&rsquo;objet de la convoitise des pillards noirs ne sera plus les fringues, les t\u00e9l\u00e9viseurs et les paquets de cigarettes que nous avons vus dans une s\u00e9quence pr\u00e9c\u00e9dente, mais la fille du publicitaire, sexualis\u00e9e dans des images qui anticipent et \u00e9pousent le regard subjectif de l&rsquo;acteur virtuel d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement futur, le violeur de la fille. L&rsquo;oubli de Dale Richards se donne \u00e0 voir dans un plan pris depuis les collines o\u00f9 l&rsquo;on ne voit qu&rsquo;un brouillard noir, <em>\u00ab jugement simple d&rsquo;un habitant de Hollywood pour qui le ruban gris de l&rsquo;avenue se perd l\u00e0-bas dans les brumes \u00bb<\/em>. Voil\u00e0 faute de mieux l&rsquo;explication retenue par le reportage : l&rsquo;injustice r\u00e9sulte d&rsquo;une <em>incapacit\u00e9 de voir<\/em> de la part de Dale Richards et de ses semblables.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25906\" aria-describedby=\"caption-attachment-25906\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-25906\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3282-300x209.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"209\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3282-300x209.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3282-768x535.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3282-1024x714.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3282-600x418.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3282.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25906\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab\u00a0Oubli\u00e9s qui un jour peut-\u00eatre monteront sur la colline\u00a0\u00bb (dernier plan, et renversement du regard)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans cette \u00ab sc\u00e8ne fantasmatique \u00bb que l&rsquo;on d\u00e9couvre l&rsquo;imaginaire historique du reportage. La fille est d&rsquo;abord film\u00e9e de face, prise d&rsquo;en bas ; ensuite, par-derri\u00e8re ; entre-temps, en plans intercal\u00e9s, Dale taille ses rosiers, aveugle \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que d&rsquo;autres, dans un futur proche, risquent de violer sa fille, de \u00ab tailler sa rose \u00bb. Les laiss\u00e9s pour compte d&rsquo;en bas monteront sur les collines, de m\u00eame que les masses mis\u00e9rables et sans espoir de l&rsquo;Afrique, et des pays de l&rsquo;Est \u00ab monteront \u00bb sur l&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest. [Inconsciemment, le reportage anticipe ici par d\u00e9placement l&rsquo;attentat contre les <em>Twin Towers <\/em>\u00e0 New York du 11 septembre 2001].\u00a0 En ce sens, la s\u00e9quence met en sc\u00e8ne un fantasme sadomasochiste : sadique en ce qu&rsquo;elle \u00e9pouse le regard du futur violeur ; masochiste, en ce que la fille, par le jeu de permutation de r\u00f4le entre sujet et objet mis en \u00e9vidence par Freud, c&rsquo;est nous-m\u00eames. On est tr\u00e8s proche ici (\u00ab une jeune fille sera viol\u00e9e \u00bb) de l&rsquo;analyse c\u00e9l\u00e8bre de Freud : <em>Un enfant est battu<\/em> <a href=\"https:\/\/www.valas.fr\/IMG\/pdf\/un_enfant_est_battu_commentaire.pdf\">(r\u00e9sum\u00e9 ici)<\/a> [15].<\/p>\n<figure id=\"attachment_25893\" aria-describedby=\"caption-attachment-25893\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-25893 size-medium\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3280-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3280-300x225.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3280-768x576.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3280-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3280-600x450.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3280.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25893\" class=\"wp-caption-text\">Image-sympt\u00f4me : plan \u00ab\u00a0subjectif\u00a0\u00bb sans commentaire<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, le d\u00e9placement sur le terrain de Los Angeles et les 29 minutes d&rsquo;images qui en r\u00e9sultent ne sont qu&rsquo;un pr\u00e9texte pour faire passer ce plan par trop silencieux, v\u00e9ritable image-sympt\u00f4me. La voix <em>off<\/em> arrive \u00e0 point nomm\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire trop tard pour g\u00e2cher le plaisir scopique ; ainsi, les derniers mots du reportage (<em>\u00ab peut-\u00eatre un jour ils monteront sur la colline \u00bb<\/em>) restaurent le s\u00e9rieux moral apr\u00e8s coup. En termes freudiens, l&rsquo;abord du r\u00e9el tend \u00e0 bifurquer entre l&rsquo;expression visuelle de pulsions sadiques, et la (pi\u00e8tre) justification de celles-ci dans le commentaire, d\u00e9s\u00e9quilibre qui t\u00e9moigne d&rsquo;un surmoi affaibli.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25894\" aria-describedby=\"caption-attachment-25894\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-25894\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3275-300x221.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"221\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3275-300x221.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3275-768x566.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3275-1024x755.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3275-600x442.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3275.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25894\" class=\"wp-caption-text\">John Bryant, financier, \u00ab\u00a0en situation\u00a0\u00bb<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le publicitaire raciste a le (mauvais) dernier mot, le h\u00e9ros du reportage (rencontr\u00e9 \u00e0 mi-parcours) est un jeune financier, <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/John_Hope_Bryant\">John Bryant<\/a>, \u00ab <em>noir, riche et influent<\/em> \u00bb, qui a \u00ab <em>d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;user de ses relations dans les milieux financiers<\/em> \u00bb pour cr\u00e9er \u00ab <em>op\u00e9ration Espoir<\/em> \u00bb, lib\u00e9rale (place aux entrepreneurs) et moralisatrice en diable. Une assimilation rapide s&rsquo;effectue entre John et la conscience collective, r\u00e9ifi\u00e9e : <em>\u00ab L.A. n&rsquo;a qu&rsquo;une seule id\u00e9e en t\u00eate, reconstruire \u00bb<\/em>. Deux membres des gangs rivaux, les Bloods et les Crips, font irruption dans l&rsquo;image au moment o\u00f9 John explique son projet, pour livrer un message : d\u00e9sormais, tous les Noirs sont ensemble. Que la sc\u00e8ne soit manifestement sc\u00e9naris\u00e9e (la voiture arrive \u00e0 point nomm\u00e9 dans le contrechamp ; les membres du gang s&rsquo;adressent \u00e0 la cam\u00e9ra et non pas \u00e0 John comme son salut de la main \u00e0 la voiture qui part essaye de nous le faire croire) importe moins que le fait que l&rsquo;image \u00ab confirme \u00bb non pas la th\u00e8se du journaliste, mais le point de vue d&rsquo;un acteur-t\u00e9moin. La mise en situation sc\u00e9naris\u00e9e de John se met au service de sa propre v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 savoir une r\u00e9demption miraculeuse. Sur des images de John en voiture, le commentaire reprend :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Les c\u00e9l\u00e8bres Bloods et Crips s&rsquo;entre-tuent depuis des ann\u00e9es. Ils essayent maintenant de fraterniser, la preuve est l\u00e0, selon John, que les \u00e9meutes ont provoqu\u00e9 un \u00e9lectrochoc dans la communaut\u00e9 noire. La preuve aussi que son engagement pour reconstruire le quartier sur de nouvelles bases n&rsquo;est pas une utopie. John y croit, exemples \u00e0 l&rsquo;appui, juste derri\u00e8re Western Avenue \u00bb<\/em>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25895\" aria-describedby=\"caption-attachment-25895\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-25895 size-medium\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3276-300x221.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"221\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3276-300x221.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3276-768x565.jpg 768w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3276-1024x753.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3276-600x441.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/IMG_3276.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25895\" class=\"wp-caption-text\">Solidarit\u00e9 sc\u00e9naris\u00e9e : un Blood (en rouge) et un Crip (en bleu) qui arrivent \u00e0 point nomm\u00e9 dans le contre-champ o\u00f9 la cam\u00e9ra les attend.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces exemples ? En sortant de Western Avenue, on est loin du ghetto, et John nous prend \u00e0 t\u00e9moins : <em>\u00ab la fiert\u00e9 passe par la propri\u00e9t\u00e9, il faut que les Noirs deviennent propri\u00e9taires de leur commerce \u00bb<\/em>. Commence alors une longue s\u00e9quence qui se passe dans la First Emmy Church, o\u00f9 <em>\u00ab John ne manque pas un seul office<\/em> \u00bb, et qui nous offre, en r\u00e9compense, de fort belles images de chansons gospel et de danse. Mais quel est le rapport avec les \u00e9meutes et la mis\u00e8re du ghetto ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab \u00c0 deux pas de Western, on c\u00e9l\u00e8bre ici chaque dimanche 200 ans de lutte pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Les sermons sont emplis de politique, les cantiques emplis de larmes et de joie. Le r\u00eave am\u00e9ricain de la terre promise, de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances, la plupart des fid\u00e8les de la First Emmy Church en r\u00eavent encore, et Western aussi voudrait y croire. Mais en traversant le quartier cor\u00e9en, l&rsquo;avenue, la ville montraient leur vrai visage, celui de la peur \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le commentaire comporte des \u00e9l\u00e9ments m\u00e9taphoriques (\u00ab <em>les cantiques emplis de larmes et de joie<\/em> \u00bb ; \u00ab <em>la ville a un visage, la peur<\/em> \u00bb) et explicatifs (\u00ab <em>emplis de politiqu<\/em>e \u00bb). Mais en regardant de pr\u00e8s, l&rsquo;explication n&rsquo;en est pas une : la dimension politique des sermons n&rsquo;est nullement pr\u00e9cis\u00e9e. Le lien avec Western Avenue ne tient qu&rsquo;\u00e0 un fil rh\u00e9torique (<em>\u00ab le r\u00eave am\u00e9ricain, la plupart des fid\u00e8les de la First Emmy Church en r\u00eavent, et Western aussi voudrait y croire \u00bb)<\/em> qui sert \u00e0 raccorder deux s\u00e9quences du voyage ; c&rsquo;est en ce sens que l&rsquo;on peut parler d&rsquo;un <em>commentaire-pr\u00e9texte<\/em> dont le r\u00f4le principal est de d\u00e9marquer le reportage (dont les images, esth\u00e9tis\u00e9es, empruntent \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture cin\u00e9matographique) d&rsquo;une fiction, et d&rsquo;att\u00e9nuer la transition brutale entre s\u00e9quences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9fait de ses illusions p\u00e9dagogiques, saisi par la concurrence commerciale, le journalisme d&rsquo;examen d\u00e9voile ses cons\u00e9quences inattendues : non pas la ma\u00eetrise de l&rsquo;image par la parole, mais la dissociation radicale entre les deux. Dans le cas de \u00ab Western Avenue \u00bb, il y a presque autant de paroles prononc\u00e9es par le journaliste dans les quelques minutes qui suivent la diffusion que pendant les 29 minutes du reportage. Se d\u00e9gagent les deux cas de figure, les deux p\u00f4les de ce qu&rsquo;on pourrait qualifier de journalisme d&rsquo;examen en crise : les images sans paroles (par exemple, le clip qui ouvre le reportage, montage <em>cut<\/em> et musique rap), et les paroles sans \u00ab images \u00bb (commentaires en plateau). Dans l&rsquo;association de commentaires-pr\u00e9textes et d&rsquo;images-pr\u00e9textes, ce qui entre en crise, c&rsquo;est l&rsquo;existence m\u00eame du reportage <em>en tant que forme journalistique<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soumission de l&rsquo;image au texte dans le journalisme l&rsquo;examen lib\u00e9rait un espace afin que le journaliste puisse passer au-del\u00e0 d&rsquo;une plate description de l&rsquo;image, pour analyser un th\u00e8me pr\u00e9alablement construit, pour dire autre chose. La l\u00e9gitimit\u00e9 de cet espace venait de la force du projet id\u00e9ologique qu&rsquo;il v\u00e9hiculait : la convergence de deux lignes de progr\u00e8s, technique et social, qui rendait caduque la lutte des classes, et qui permettait un traitement \u00ab neutre \u00bb de la marche de l&rsquo;Histoire [une \u00e9mission de d\u00e9bats anim\u00e9e par Jean-Marie Cavada entre 1987-2001 fut intitul\u00e9e <em>La marche du si\u00e8cle<\/em>]. Le reportage s&rsquo;organise autour du progr\u00e8s et de ces accrocs, les probl\u00e8mes que le processus de modernisation se doit d&rsquo;affronter et de surmonter. Dans cette interpellation implicite, il existe un interlocuteur de taille qui permet au journalisme audiovisuel de jouer pleinement son r\u00f4le de m\u00e9diateur, d&rsquo;opposant loyal : c&rsquo;est l&rsquo;\u00c9tat. Ainsi dans le reportage sur Sarcelles, le journaliste identifie les probl\u00e8mes (la d\u00e9linquance) provoqu\u00e9s par la modernisation et propose des solutions techniques au bon entendeur : \u00ab il faut \u00bb faire construire davantage de Maisons de Jeunes, de centres commerciaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fur et \u00e0 mesure que s&rsquo;installe la crise comme horizon ind\u00e9passable de l&rsquo;\u00e9poque, le probl\u00e8me pour les journalistes de t\u00e9l\u00e9vision devient autre. Dans un monde toujours d\u00e9j\u00e0 conceptualis\u00e9 en termes de crise globale, il s&rsquo;agit de moraliser (\u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;expliquer) des images fortes (esth\u00e9tisation qu&rsquo;impose une concurrence commerciale croissante) d&rsquo;un monde \u00e0 la d\u00e9rive. Le reportage s&rsquo;organise d\u00e9sormais autour de l&rsquo;opposition entre volontarisme (du c\u00f4t\u00e9 du commentaire) et fatalisme jouissif (du c\u00f4t\u00e9 des images). Comme John, comme Western, \u00ab <em>il faut y croire<\/em> \u00bb, car \u00ab <em>l&rsquo;engagement [de John] pour reconstruire le quartier sur de nouvelles bases n&rsquo;est pas une utopie<\/em> \u00bb. Volontarisme n\u00e9cessairement moralisateur ; le journaliste, t\u00e9moignage \u00e0 l&rsquo;appui, veut y croire et nous y faire croire aussi. Reconstruire le monde sur de nouvelles bases, sortir de la crise, surmonter les cons\u00e9quences d&rsquo;un ultralib\u00e9ralisme qui accentue les in\u00e9galit\u00e9s sociales, ce n&rsquo;est pas une utopie, c&rsquo;est tout simplement une question d&rsquo;engagement : par d\u00e9faut, la crise s&rsquo;explique par le manque de volont\u00e9, de croyance. Absence d&rsquo;engagement qui vient en premier lieu de l&rsquo;\u00c9tat, de plus en plus en retrait de la vie sociale, sous l&rsquo;influence, justement, du lib\u00e9ralisme classique (<em>\u00ab il faut que les Noirs deviennent propri\u00e9taires de leur propre commerce \u00bb<\/em>) que pr\u00e9conise le banquier John Bryant, et que le reportage reprend \u00e0 son compte. [En fait, vu r\u00e9trospectivement, on assiste ici \u00e0 l&rsquo;origine \u00ab en direct \u00bb de la future crise des <em>subprimes<\/em> en 2008].\u00a0\u00c0 ce titre, \u00ab Western Avenue \u00bb est parfaitement contradictoire : d&rsquo;une main, il dresse le portrait des cons\u00e9quences pathologiques d&rsquo;un \u00ab <em>syst\u00e8me<\/em> \u00bb b\u00e2ti sur l&rsquo;exclusion ; de l&rsquo;autre, il place sa confiance en la doctrine lib\u00e9rale responsable de la situation. Finalement, en plateau, la persistance des in\u00e9galit\u00e9s s&rsquo;explique par des facteurs psychologiques et culturalistes qui emp\u00eachent les Am\u00e9ricains de voir :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab &#8230;quand on discute \u00e0 froid avec ces gens [les pauvres], c&rsquo;est tr\u00e8s frappant de constater qu&rsquo;ils ne remettent pas en cause du tout le syst\u00e8me am\u00e9ricain dans lequel ils vivent. C&rsquo;est-\u00e0-dire que m\u00eame s&rsquo;ils se sentent exclus un tout petit peu de cette soci\u00e9t\u00e9, ils r\u00eavent encore de la terre promise am\u00e9ricaine, et ils pensent qu&rsquo;un jour peut-\u00eatre, ils pourraient profiter de ce syst\u00e8me am\u00e9ricain, ils savent pertinemment que tout le monde n&rsquo;a pas sa place dans l&rsquo;Am\u00e9rique riche, dans l&rsquo;Am\u00e9rique qui gagne, qui r\u00e9ussit, mais l\u00e0 o\u00f9 on retrouve justement l&rsquo;individualisme forcen\u00e9 des Am\u00e9ricains, c&rsquo;est-\u00e0-dire que le chacun pour soi domine \u00e0 la fin et ils pensent qu&rsquo;ils r\u00e9ussiront un jour \u00e0 avoir une part du g\u00e2teau pour eux ou pour leurs enfants \u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fatalisme qui s&rsquo;av\u00e8re finalement plus fort que les efforts volontaristes mis en valeur auparavant. Aussi impuissant que ses personnages, le journaliste ne peut que constater que \u00ab <em>tout le monde n&rsquo;a pas sa place dans Am\u00e9rique riche<\/em> \u00bb, que \u00ab <em>le chacun pour soi domine \u00e0 la fin \u00bb.\u00a0\u00a0<\/em>\u00c0 d\u00e9faut d&rsquo;un discours politique et social coh\u00e9rent, l&rsquo;objet ultime du reportage t\u00e9l\u00e9visuel devient le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fantasme_(psychologie)\">fantasme<\/a>, ce point privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 pourrait \u00eatre saisi le passage entre les diff\u00e9rentes instances psychiques (selon Freud, <em>\u00ab les fantasmes approchent tout pr\u00e8s de la conscience \u00bb<\/em>). Comprise en termes de capture d&rsquo;\u00e9motion, la comp\u00e9tence du journaliste-reporter (arm\u00e9 de sa cam\u00e9ra, sa foreuse et son couteau), c&rsquo;est de pouvoir trouver ce lieu et ces personnages \u00e0 travers lesquels le fantasme e\u00fbt \u00eatre mis en sc\u00e8ne. Le retour du refoul\u00e9 est \u00ab acceptablement \u00bb d\u00e9form\u00e9 par les processus d\u00e9fensifs primitifs (renversement, d\u00e9n\u00e9gation, projection) que fournit la forme m\u00eame du reportage, \u00e0 savoir le commentaire sur images.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Conclusion<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel est le statut du reportage dans la configuration \u00ab examen \u00bb qui s&rsquo;\u00e9tend maintenant jusque dans le domaine des vari\u00e9t\u00e9s ? Il est rare que ces images prises sur le terrain ne soient pas encadr\u00e9es (dans tous les sens du mot) par des d\u00e9bats ou des commentaires en plateau. Apr\u00e8s trente ans de reportages \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on ne part plus \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 comme en voyage de d\u00e9couverte. On peut m\u00eame aller jusqu&rsquo;\u00e0 dire que le terrain est d\u00e9sormais un plateau grandeur r\u00e9elle, \u00e9minemment d\u00e9coratif, o\u00f9 les acteurs sociaux peuvent s&rsquo;exprimer comme acteurs tout court, sur fond d&rsquo;activit\u00e9 naturelle, leurs interventions \u00e9tant \u00ab am\u00e9lior\u00e9es \u00bb dans la postproduction. De fait, le commentaire-(pr\u00e9texte) se r\u00e9duit au r\u00f4le de mod\u00e9rateur, introduisant les personnages, assurant les transitions entre intervenants et accouchant une (non-) conclusion qui respecte la diversit\u00e9 des propos.<\/p>\n<figure id=\"attachment_25992\" aria-describedby=\"caption-attachment-25992\" style=\"width: 88px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-25992\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/moeglin1.jpg\" alt=\"\" width=\"88\" height=\"85\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/moeglin1.jpg 88w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/moeglin1-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/moeglin1-32x32.jpg 32w\" sizes=\"auto, (max-width: 88px) 100vw, 88px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-25992\" class=\"wp-caption-text\">Pierre Moeglin (1951-)<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">La forme examen se voit rattrap\u00e9e par une contradiction de fond ; si l&rsquo;image-pr\u00e9texte est une manifestation en creux du journalisme d&rsquo;examen, l&rsquo;habillage de l&rsquo;image en est une autre. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pierre_M%C5%93glin\">Pierre M\u0153glin<\/a> a parl\u00e9 de <em>\u00ab l&rsquo;incontestable mont\u00e9e de nouvelles cat\u00e9gories de professionnels, graphistes, ensembliers, designers, informaticiens, metteurs en image&#8230; Autant de techniciens de l&rsquo;assemblage&#8230;qui pourraient bien \u00eatre rapidement tent\u00e9s de chercher \u00e0 disputer aux journalistes et aux r\u00e9alisateurs un peu de la ma\u00eetrise sur la confection du JT que ceux-ci se sont, non sans mal, partag\u00e9s au cours des ans<\/em> <em>\u00bb <\/em>[16]. On peut \u00e9galement parler ici d&rsquo;une nouvelle forme de \u00ab partage formel \u00bb au sein de la postproduction, entre les journalistes sp\u00e9cialistes, et ce que M\u0153glin appelle les \u00ab techniciens de l&rsquo;assemblage \u00bb qui visent \u00e0 dynamiser l&rsquo;image (et accessoirement \u00e0 chasser l&rsquo;image-pr\u00e9texte, jug\u00e9e trop peu accrocheuse). Dans ce nouveau partage de r\u00f4les, qui voit l&rsquo;\u00e9mergence en force d&rsquo;autres f\u00ealures, la fonction de commentaire (lui-m\u00eame minimis\u00e9 au profit de la voix <em>in<\/em>) est souvent remplie par les t\u00e9moins eux-m\u00eames, qui parlent en voix <em>off<\/em> sur fond d&rsquo;images o\u00f9 ils jouent leur propre vie. Le r\u00f4le du journaliste se trouve ainsi doublement minimis\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Force est de constater que la pr\u00e9sentation dynamique de t\u00e9moins en situation laisse peu de place \u00e0 la d\u00e9monstration en images d&rsquo;une th\u00e8se, d&rsquo;un point de vue synth\u00e9tique. L\u00e0 o\u00f9 le reportage s&rsquo;av\u00e8re bien rentable, c&rsquo;est lorsqu&rsquo;on compare son co\u00fbt \u00e0 celui d&rsquo;un t\u00e9l\u00e9film. Certains reportages (notamment ceux de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/52_sur_la_Une\"><em>52 sur la une<\/em><\/a> qui innovent en la mati\u00e8re) recr\u00e9ent la vie des t\u00e9moins qui jouent leur propre r\u00f4le dans des situations sc\u00e9naris\u00e9es [17]. L&rsquo;enqu\u00eate sur le terrain consiste essentiellement en un travail de casting et de rep\u00e9rage. Nul besoin de sc\u00e9nario serr\u00e9, de coh\u00e9rence dramatique, les microhistoires et situations se dispersent dans le montage juxtapos\u00e9 de personnages, comme autant de points de vue dans un d\u00e9bat imaginaire. Avec du recul, on peut dire que s&rsquo;affranchir des contraintes de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement constitue l&rsquo;une des conditions formelles pour l&rsquo;\u00e9mergence du <em>talk show<\/em>, ou de \u00ab <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Infotainment\"><em>l&rsquo;infotainment <\/em><\/a>\u00bb o\u00f9 on \u00ab examine \u00bb une th\u00e9matique hors temps \u00e0 des fins promotionnelles ou du pur divertissement. S&rsquo;affranchir de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement peut aller jusqu&rsquo;\u00e0 examiner, avec force techniques journalistiques, le surnaturel (ce monument d&rsquo;obscurantisme qu&rsquo;est le magazine <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Myst%C3%A8res_(%C3%A9mission_de_t%C3%A9l%C3%A9vision)\"><em>Myst\u00e8res<\/em><\/a> sur TF1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\">Le reportage \u00ab Western Avenue \u00bb est disponible <a href=\"http:\/\/www.ina.fr\/video\/CAB92038586\">ici sur le site de l&rsquo;INA <\/a>(1,99 euro), les trois premi\u00e8res minutes gratuites.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\">Le reportage \u00ab 40 000 voisins \u00bb est disponible <a href=\"http:\/\/www.ina.fr\/video\/CAF89007746\">ici sur le site de l&rsquo;INA<\/a> (gratuit).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\">Je remercie Jean-Baptiste Favory pour les captures d&rsquo;\u00e9cran de ces deux \u00e9missions.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">[Annexe : extrait de l&rsquo;\u00e9mission <em>Histoire parall\u00e8le <\/em>(Marc Ferro, Arte, mai 1993)]<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><strong>Voix off sur images de foule assistant \u00e0 l&rsquo;inauguration d&rsquo;un monument aux \u00c9tats-Unis (sous-titr\u00e9e), extrait d&rsquo;un reportage sovi\u00e9tique datant de mai 1943<\/strong> : <em>\u00ab Tel \u00e9tait le village de Lidice en Tch\u00e9coslovaquie avant que les Allemands ne le rasent et ne massacrent ses habitants. Ce bourg am\u00e9ricain a \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9 Lidice en m\u00e9moire de ceux qui y sont morts pour la libert\u00e9. L&rsquo;inauguration du monument aux martyrs de Lidice a rassembl\u00e9 le bourg et les alentours qui comptent de nombreux Tch\u00e9coslovaques. Lidice vit ! \u00bb<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><strong>Marc Ferro (en plateau) :\u00a0<\/strong><em>\u00ab Les Sovi\u00e9tiques nous montrent <\/em>maintenant<em> cette c\u00e9r\u00e9monie am\u00e9ricaine de la reconstruction de la ville de Lidice pour un massacre qui a eu lieu il y a plus d&rsquo;un an. Ce document datant de juin 1942, et qu&rsquo;on a d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0 vu \u00e0 <\/em>Histoire parall\u00e8le<em> n&rsquo;est pas innocent. C&rsquo;est pour effacer [le massacre de] Katyn dont on commen\u00e7ait \u00e0 parler partout ; il montre le massacre par les Allemands d&rsquo;une ville tch\u00e8que. Mais c&rsquo;est \u00e0 nous justement de r\u00e9v\u00e9ler pourquoi on nous montre \u00e7a maintenant, et ce dont les Russes bien s\u00fbr ne pouvaient pas se douter\u00a0\u00bb<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">Si ce document n&rsquo;est pas innocent, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il constitue un aveu, indirect certes, mais aveu quand m\u00eame. En reportant sur d&rsquo;autres, on reporte la culpabilit\u00e9 sur d&rsquo;autres ; en ce sens, le document \u00e9ponge par massacre allemand interpos\u00e9 la culpabilit\u00e9 ressentie par les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques. Ferro insiste sur l&rsquo;incongruit\u00e9 temporelle du reportage, tourn\u00e9 en juin 1942, rediffus\u00e9 sans explication en mai 1943 comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une actualit\u00e9 r\u00e9cente. On reconnait facilement ici le concept freudien de d\u00e9n\u00e9gation (<em>Verneinung<\/em>), o\u00f9 on manifeste indirectement un d\u00e9sir en affirmant (vivement) le contraire, alors qu&rsquo;autrui n&rsquo;a rien demand\u00e9. Plus le reportage se lib\u00e8re des imp\u00e9ratifs temporels de l&rsquo;actualit\u00e9, plus il s&rsquo;expose \u00e0 laisser exprimer des d\u00e9sirs inconscients. Et du m\u00eame coup, plus il se lib\u00e8re des imp\u00e9ratifs d&rsquo;un lieu d&rsquo;actualit\u00e9, plus il s&rsquo;expose \u00e0 devenir le lieu de projection de ses d\u00e9sirs : on est \u00e0 Lidice, \u00c9tats-Unis, pour parler du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lidice\">massacre \u00e0 Lidice<\/a>, Tch\u00e9coslovaquie, pour <em>refouler <\/em>(mais il y a retour du refoul\u00e9 par ce double <em>d\u00e9placement<\/em>) le massacre des officiers polonais \u00e0 Katyn, en URSS. Si on peut partir des images des actualit\u00e9s \u00e0 des fins de <em>contre-histoire<\/em>, c&rsquo;est parce que celles-ci permettent, de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e, de d\u00e9gager dans des sympt\u00f4mes analys\u00e9s <em>le discours de l&rsquo;Autre<\/em> (Lacan) qui se niche dans ce qui se pr\u00e9sente comme un discours de v\u00e9rit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 8pt;\">Extrait de David Buxton, <em>Le reportage de t\u00e9l\u00e9vision en France depuis 1959<\/em>, L&rsquo;Harmattan, 2000, pp. 88-9.<\/span><\/p>\n<h2><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Notes<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. Herv\u00e9 Brusini et Francis James, <em>Voir la V\u00e9rit\u00e9 : le journalisme de t\u00e9l\u00e9vision<\/em>, PUF, 1982. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un ouvrage tir\u00e9 d&rsquo;une th\u00e8se de doctorat pr\u00e9sent\u00e9 en commun avec, chose rare, un document audiovisuel en soutien (archiv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;INA). [Par la suite, Brusini a \u00e9t\u00e9 journaliste, puis directeur de l&rsquo;information \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision publique, et James enseignant-chercheur en information-communication \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Paris Nanterre].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2. <em>ibid<\/em>, p. 22-23.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3. Michel Foucault, <em>Surveiller et Punir<\/em>, Gallimard, 1975, pp. 226-229.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4. A ce propos, voir le livre de G\u00e9rard Leblanc sur les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, <em>Treize heures\/Vingt heures, le monde en suspens<\/em>, Hitzeroth, Marburg (R.F.A.), 1987, surtout les pages 13-30. <em>\u00ab Ce sont les pratiques juridiques qui ont donn\u00e9 naissance au mot \u00ab\u00a0information\u00a0\u00bb. Aujourd&rsquo;hui encore, ouvrir une information fait partie de l&rsquo;instruction d&rsquo;une affaire. \u00bb <\/em>(p. 13).<em> \u00ab Toute information-infraction est virtuellement une information-\u00e9v\u00e9nement \u00bb<\/em> (p. 26).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5. Michael Schudson, <em>Discovering the News. A social history of American newspapers<\/em>, Basic Books, New York, 1978. Pour une histoire synth\u00e9tique en fran\u00e7ais, voir l&rsquo;essai de Michael Palmer, \u00ab Les h\u00e9ritiers de Th\u00e9ophraste \u00bb, in J.-F. Lacan, M. Palmer et D. Ruellan, <em>Les journalistes<\/em>, Syros, 1994.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6. Voir Pierre Sorlin, <em>Esth\u00e9tiques de l&rsquo;audiovisuel<\/em>, Nathan, 1992, p. 48 et sq.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">7. Francis James, \u00ab\u00a0Le probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9volution du statut de l&rsquo;image dans l&rsquo;information t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e\u00a0\u00bb, in <em>Histoire et m\u00e9dias : journalisme et journalistes fran\u00e7ais 1950-1990<\/em> (sous la direction de Marc Martin), Albin Michel, 1991, p. 113.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">8. Jacques Derrida, <em>De la grammatologie<\/em>, Minuit, 1967, p. 203 et sq.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">9. Brusini et James, <em>op cit<\/em>., p. 83.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">10. Cit\u00e9 in <em>ibid<\/em>, p. 85-6. Pour la petite histoire, cette formule, mal re\u00e7ue, fut abandonn\u00e9e apr\u00e8s quelques mois seulement. L&rsquo;\u00e9mergence du commentaire sur images s&rsquo;\u00e9cartant de la simple description, et impliquant explications et points de vue correspond \u00e0 une conqu\u00eate professionnelle, face \u00e0 la conception de Peyrefitte fond\u00e9e sur la s\u00e9paration entre images d&rsquo;actualit\u00e9 et commentaires en studio prononc\u00e9s par des journalistes \u00ab s\u00fbrs \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">11. Pierre Macherey, <em>Pour une th\u00e9orie de la production litt\u00e9raire<\/em>, Maspero, 1966 (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 2014 aux \u00c9ditions ENS, Lyon).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">12. Freud, <a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/freud_sigmund\/nouvelles_conferences\/Nouv_conf_psychalyse.pdf\"><em>Nouvelles Conf\u00e9rences d&rsquo;introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em><\/a>, Gallimard, 1984, p. 83. Voir aussi Patrick Lacoste, <em>L&rsquo;\u00e9trange cas du Professeur M : psychanalyse \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran<\/em>, Gallimard, 1990, p. 80 ; Paul-Laurent Assoun, <em>Freud et les sciences sociales<\/em>, Armand Collin, 1993 ; Roland Chemama (dir.), <em>Dictionnaire de la psychanalyse<\/em>, Larousse, 1993, p. 275 (entr\u00e9e sur \u00ab surmoi \u00bb) ; Jean Laplanche et Jean-Baptiste Pontalis, <em>Vocabulaire de la psychanalyse<\/em>, PUF, 1967, pp. 152-6 (d\u00e9finition du fantasme).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">13. Michel de Certeau, <em>Histoire et psychanalyse entre science et fiction<\/em>, Gallimard, 1987, pp. 97-117. De Certeau nous rappelle que Freud invalide la coupure entre psychologie individuelle et psychologie collective, et consid\u00e8re le \u00ab pathologique \u00bb comme une r\u00e9gion o\u00f9 les fonctionnements structuraux de l&rsquo;expression humaine se d\u00e9voilent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">14. Marc Ferro, <em>L&rsquo;information en uniforme<\/em>, Ramsay, 1991, p. 84. [Dans une note en bas de cette page, Ferro cite mon livre sur les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es (<em>De Bonanza \u00e0 Miami Vice<\/em>, Espace europ\u00e9en, 1991)]. Voir du m\u00eame auteur <em>Cin\u00e9ma et Histoire, Gallimard<\/em>, 1993, surtout les\u00a0chapitres \u00ab Le film, contre-analyse de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb (article qui date de 1971), et \u00ab Critique des actualit\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">15. Freud, \u00ab <a href=\"http:\/\/espace.freud.pagesperso-orange.fr\/topos\/psycha\/psysem\/fanbattu.htm\">Un enfant est battu<\/a> \u00bb, <em>N\u00e9vrose, psychose et perversion<\/em>, PUF, 1973, pp. 219-243.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">16. Pierre M\u0153glin, \u00ab Paillettes \u00e9lectroniques \u00bb, <em>Dossiers de l&rsquo;audiovisuel<\/em>, 11, 1987, p.29. Voir \u00e9galement du m\u00eame auteur : \u00ab Journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s : enjeux sc\u00e9nographiques des nouveaux traitements de l&rsquo;image \u00bb, <em>Quaderni<\/em>, 4, 1988 ; \u00ab <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/doc\/reso_0751-7971_1986_num_4_21_1016\">Une sc\u00e9nographie en qu\u00eate de modernit\u00e9 : de nouveaux traitements de l&rsquo;image au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9<\/a> \u00bb, <em>R\u00e9seaux<\/em>, 4 : 21, 1986, pp. 31-69.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">17. Dans une interview donn\u00e9e \u00e0 <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>, Patrick Le Lay, le PDG de TF1 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, a pris la d\u00e9fense du magazine <em>52 sur la Une<\/em>, critiqu\u00e9 pour avoir trop insist\u00e9 sur les fesses des jeunes femmes tha\u00eflandaises : <em>\u00ab Cette \u00e9mission n&rsquo;est pas de l&rsquo;information. C&rsquo;est du reportage-documentaire \u00bb<\/em>. Cit\u00e9 dans <em>Le Canard Encha\u00een\u00e9<\/em>, 23\/02\/94,\u00a0 p. 6.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7069\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\" alt=\"bouton citer\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/a>BUXTON David<\/strong>, \u00ab Le lieu du fantasme : le commentaire sur images dans les magazines de reportages \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise 1960-92 &#8211; David BUXTON\u00bb, [en ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2017, mis en ligne le 1er avril 2017. URL : http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/fantasme-commentaire-images-reportage-television-david-buxton\/<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class=\"su-divider su-divider-style-default\" style=\"margin:15px 0;border-width:3px;border-color:#999999\"><a href=\"#\" style=\"color:#999999\">Aller en haut<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment traiter le <em>contenu<\/em> des magazines de reportages \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision d&rsquo;une mani\u00e8re qui ne tende pas \u00e0 r\u00e9duire cette derni\u00e8re au r\u00f4le de simple support ? Comment saisir la sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;une <em>forme<\/em> qui marie paroles et images ? <\/p>\n","protected":false},"author":1294,"featured_media":36056,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018,15,690,10,681],"tags":[74,171,941,942,28,608,55,943,944,759],"coauthors":[791],"class_list":["post-25778","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-jt","category-presseaudiovisuelle","category-television","category-televisionfrancaise","tag-fantasme","tag-fondforme","tag-foucault","tag-freud","tag-ideologie","tag-journalisme","tag-journalisme-de-television","tag-pratiques","tag-regime-de-verite","tag-sadomasochisme"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25778","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1294"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25778"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25778\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/36056"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25778"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25778"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25778"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=25778"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}