
{"id":14391,"date":"2015-01-01T02:00:03","date_gmt":"2015-01-01T01:00:03","guid":{"rendered":"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/?p=14391"},"modified":"2019-03-18T09:54:45","modified_gmt":"2019-03-18T08:54:45","slug":"baudelaire-chiffonnier-francis-james","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/baudelaire-chiffonnier-francis-james\/","title":{"rendered":"Baudelaire enqu\u00eateur &#8211; Francis JAMES"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14391?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14391?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><p style=\"text-align: justify;\"><strong>Baudelaire (1821-1867) est contemporain de la construction du Paris haussmannien et de la transformation \u00e9conomique et sociale qui lui est attach\u00e9e. \u00ab\u00a0Le premier il parla de Paris en damn\u00e9 quotidien de la capitale\u00a0\u00bb selon le po\u00e8te Jules Laforgue. Il est aussi contemporain de l\u2019essor de la presse industrielle en tant que lecteur et r\u00e9dacteur. Il publie des chroniques, des critiques d\u2019art, des po\u00e8mes. Sa po\u00e9sie comme le journalisme participe d\u2019une m\u00eame forme, l\u2019enqu\u00eate. Celle-ci place au c\u0153ur de son organisation la chose vue et la monstration. Elle fait tableau. Elle est aussi une composante du d\u00e9veloppement du capitalisme industriel.<\/strong><\/p>\n<p>Article interdit \u00e0 la reproduction payante<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-14434 \" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/1-192x300.jpg\" alt=\"1\" width=\"133\" height=\"208\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/1-192x300.jpg 192w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/1.jpg 341w\" sizes=\"auto, (max-width: 133px) 100vw, 133px\" \/><\/a> \u00ab\u00a0<em>Dans les plis sinueux des vieilles capitales\u2026 je guette des \u00eatres singuliers, et lorsque j\u2019entrevois un fant\u00f4me d\u00e9bile traversant de Paris le fourmillant tableau\u2026 Moi qui de loin tendrement vous surveille<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crit Baudelaire \u00e0 propos des <em>Petites vieilles<\/em> dans ses \u00ab\u00a0Tableaux parisiens\u00a0\u00bb, section cr\u00e9\u00e9e avec la deuxi\u00e8me \u00e9dition des <em>Fleurs du Mal<\/em> en 1861. Guetter, entrevoir, surveiller, ces verbes expriment la position que le po\u00e8te occupe par rapport \u00e0 la ville et ceux qui la peuplent. Le regard est au c\u0153ur de sa pratique de la ville et de sa pratique de la po\u00e9sie. Depuis 1853, Baudelaire assiste \u00e0 la transformation de Paris sous l\u2019autorit\u00e9 du pr\u00e9fet Haussmann. Il marche dans les rues et sur les boulevards, et son regard se porte sur les \u00eatres et les choses\u00a0: une mendiante, un cygne, un vieillard, des aveugles, une passante, des fen\u00eatres, des caf\u00e9s, des baraques, des becs de gaz. La marche participe aussi de sa pratique urbaine et po\u00e9tique\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je vais m&rsquo;exercer seul \u00e0 ma fantasque escrime, flairant dans tous les coins les hasards de la rime, tr\u00e9buchant sur les mots comme sur les pav\u00e9s heurtant parfois des vers depuis longtemps r\u00eav\u00e9s<\/em> \u00bb. Paris offre au po\u00e8te les lieux et la mati\u00e8re de son art, un art dont la difficult\u00e9 s\u2019apparente \u00e0 celle de la marche quand la chauss\u00e9e vient \u00e0 se d\u00e9rober sous ses pieds.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La chose vue<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-14439 size-thumbnail\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3-150x150.jpg\" alt=\"3\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3-150x150.jpg 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3-144x144.jpg 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3-36x36.jpg 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3-115x115.jpg 115w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3-32x32.jpg 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3-64x64.jpg 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3-96x96.jpg 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3-128x128.jpg 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>L\u2019art po\u00e9tique de Baudelaire repose sur la chose vue. Dans <em>Les petites vieilles<\/em>, son regard est attir\u00e9 par ces \u00ab\u00a0\u00eatres singuliers\u00a0\u00bb mobilisant alors toute son attention pour mieux les d\u00e9crire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ils rampent, flagell\u00e9s par les bises iniques, fr\u00e9missant au fracas roulant des omnibus, et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques, un petit sac brod\u00e9 de fleurs ou de r\u00e9bus<\/em>.\u00a0\u00bb Le po\u00e8te passe du voir \u00e0 l\u2019observer. Mais surtout le po\u00e8me est construit sur l\u2019affirmation \u00ab\u00a0j\u2019ai vu\u00a0\u00bb (m\u00eame si elle n\u2019est pas \u00e9nonc\u00e9e) qui agrafe la pr\u00e9sence de Baudelaire sur les lieux \u00e0 ce qu\u2019il d\u00e9crit, l\u2019ici \u00e0 maintenant et le v\u00e9cu au vrai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces ann\u00e9es la chose vue s\u2019installe comme un genre litt\u00e9raire et journalistique qui se donne pour vis\u00e9e de peindre le pr\u00e9sent. Th\u00e9odore de Banville, po\u00e8te, mais aussi chroniqueur, entend pr\u00e9senter dans ses <em>Esquisses parisiennes, sc\u00e8nes de la vie<\/em> (1859) des \u00ab\u00a0<em>Parisiennes arrach\u00e9es toutes palpitantes \u00e0 la vie actuelle<\/em>\u00a0\u00bb. D\u00e9j\u00e0 Victor Hugo, dans <em>Choses vues<\/em>, disait commencer \u00ab\u00a0<em>ces notes, feuilles volantes o\u00f9 l\u2019histoire trouvera des morceaux quelconques du temps pr\u00e9sen<\/em>t\u00a0\u00bb et m\u00ealer \u00ab\u00a0<em>les petites choses aux grandes. L\u2019ensemble peint\u00a0<\/em>\u00bb (1848). Pour le journalisme, Jules Vall\u00e8s fait de la chose vue et entendue un imp\u00e9ratif professionnel que soutiennent le d\u00e9placement sur le terrain, l\u2019attestation oculaire et la restitution du fait par sa description\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le fait-divers, j\u2019y vais le lendemain\u00a0; j\u2019irais au moins sur les lieux m\u00eames \u00e9coutant les cris de d\u00e9sespoir et de malheur, je n\u2019aurai donc qu\u2019\u00e0 bien regarder et \u00e0 tout dire<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il en 1865 quand il collabore avec <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>. Par les situations qu\u2019ils pr\u00e9sentent Le Spleen de Paris et les <em>Tableaux Parisiens<\/em> s\u2019inscrivent dans cette volont\u00e9 de d\u00e9crire la vie actuelle jusque dans ses choses les plus petites (un joujou), ses moments les plus fugitifs (une rencontre) et ses gens les plus modestes (un chiffonnier).<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La rue<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">La rue chez Baudelaire est plus que le d\u00e9cor de sa po\u00e9sie, elle est partie prenante de son \u00e9conomie. Elle le pousse \u00e0 sortir de sa chambre et \u00e0 fl\u00e2ner en m\u00eame temps qu\u2019elle lui offre le mat\u00e9riau pour ses textes\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tu m\u2019as donn\u00e9 ta boue et j\u2019en ai fait de l\u2019or\u00a0<\/em>\u00bb. Balzac disait avant lui\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Comment ne pas d\u00e9penser quelques minutes devant les drames, les d\u00e9sastres, les figures, les pittoresques accidents qui vous assaillent au milieu de cette mouvante reine des cit\u00e9s, v\u00eatue d\u2019affiches<\/em>\u00a0\u00bb (1). Pour lui le fl\u00e2neur n\u2019erre pas sans but comme le promeneur, il est actif, attentif. Baudelaire prolonge cette attitude pour transcrire les m\u00e9tamorphoses de Paris (\u00ab\u00a0le vieux Paris n\u2019est plus\u00a0\u00bb), et se faire l\u2019observateur minutieux de la ville \u00e0 travers les \u00e9v\u00e9nements qui apparaissent, brefs et vifs (il \u00e9crit\u00a0dans les caf\u00e9s et dans la rue).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-14440\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/4.jpg\" alt=\"4\" width=\"230\" height=\"242\" \/><\/a>La rue est le lieu de la multitude, de la circulation, de la cohue\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tout \u00e0 l\u2019heure, comme je traversais le boulevard et que je sautillais dans la boue, \u00e0 travers ce chaos o\u00f9 la mort arrive au galop de tous les c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il dans <em>Perte d&rsquo;aur\u00e9ole<\/em> ; ou encore dans <em>Fus\u00e9es 22<\/em> : \u00ab\u00a0<em>Perdu dans ce vilain monde, coudoy\u00e9 par les foules\u00a0<\/em>\u00bb. L\u2019homme de la rue, et plus largement l\u2019homme de la ville, est pris dans le tourbillon de la circulation affrontant une \u00e9nergie d\u00e9velopp\u00e9e par de nouvelles forces productives, celles du capitalisme industriel. Des \u00ab<em>\u00a0innombrables rapports<\/em>\u00a0\u00bb des hommes entre eux et des hommes avec les marchandises qui en d\u00e9coulent et qui composent les villes devenues, en ce milieu du XIXe si\u00e8cle, \u00ab\u00a0\u00e9normes\u00a0\u00bb selon l\u2019expression du po\u00e8te, \u00e9merge une exp\u00e9rience du temps qui se manifeste \u00e0 travers le fugace. Dans la rue, Baudelaire l\u2019\u00e9prouve au hasard des heurts\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Un \u00e9clair\u2026 puis la nuit. Fugitive beaut\u00e9 dont le regard m\u2019a fait soudainement rena\u00eetre<\/em> \u00bb. La grande ville produit non seulement un espace nouveau, mais aussi une temporalit\u00e9 nouvelle. Le fugace, \u00ab\u00a0<em>le fugitif, le transitoire\u00a0<\/em>\u00bb dit Baudelaire, en sont les formes pr\u00e9dominantes. Celles-ci se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 celui qui fl\u00e2ne \u00e0 travers un choc, une surprise quand un \u00e9v\u00e9nement vient \u00e0 surgir\u00a0: une passante dans une rue assourdissante, un cygne \u00e9vad\u00e9 de sa cage qui se baigne dans la poussi\u00e8re. Le choc est la forme majeure du r\u00e9gime de sensations propre \u00e0 la ville nouvelle. Cette exp\u00e9rience v\u00e9cue du choc est au c\u0153ur du travail po\u00e9tique de Baudelaire, le lien qu\u2019il \u00e9tablit entre rue, foule et surprise traversant ses po\u00e8mes urbains.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le fait divers<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le journalisme, au cours de ces ann\u00e9es, sont invent\u00e9s simultan\u00e9ment le fait divers et le reportage. Confront\u00e9e \u00e0 un contr\u00f4le rigoureux avec l\u2019instauration du Second Empire en 1852, la presse est contrainte d\u2019estomper fortement le caract\u00e8re politique de son contenu. Elle reprend alors une tradition de faits colport\u00e9s oralement dans les bourgs, lors des foires et des march\u00e9s, appel\u00e9s \u00ab\u00a0<em>nouvelles curieuses, singuli\u00e8res, extraordinaires\u00a0<\/em>\u00bb, ou encore \u00ab\u00a0<em>fait Paris\u00a0<\/em>\u00bb et \u00ab\u00a0<em>canards\u00a0<\/em>\u00bb dans les villes \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Balzac. En passant de l\u2019oral \u00e0 l\u2019imprim\u00e9, le fait divers devient une rubrique \u00e0 part enti\u00e8re de la presse d\u2019information en pleine croissance. Le terme s\u2019institutionnalise en 1863 avec <em>Le Petit Journal<\/em>, quotidien vendu \u00e0 bas prix favorisant ainsi des tirages toujours plus grands selon l\u2019actualit\u00e9. Dans le classement des faits op\u00e9r\u00e9 par le journalisme, le fait divers en est le rebut au regard de l\u2019actualit\u00e9 politique, financi\u00e8re, internationale, litt\u00e9raire. Ces faits h\u00e9t\u00e9roclites regroup\u00e9s au sein d\u2019une m\u00eame rubrique ont en commun de r\u00e9v\u00e9ler un accroc dans l\u2019ordre social, d\u2019\u00e9veiller la curiosit\u00e9, de faire choc. Ce sont g\u00e9n\u00e9ralement des catastrophes naturelles, des accidents, des crimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La presse d\u2019information est urbaine et s\u2019inscrit dans la ville moderne et sa temporalit\u00e9. Elle trouve dans le fait divers son \u00e9v\u00e9nement type. Le fait divers est fugace : il dispara\u00eet de la une aussi vite qu\u2019il y est apparu. Le fait divers fait choc : il produit des \u00e9motions chez les lecteurs. Le fait divers est li\u00e9 \u00e0 la multitude\u00a0: le public se fait toujours plus nombreux pour acheter les journaux ou se rendre sur le lieu de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Le fait divers se d\u00e9multiplie\u00a0: un fait divers ressemble \u00e0 un autre fait divers, sa fabrication standardis\u00e9e rel\u00e8ve de la production de masse des \u00e9v\u00e9nements comme n\u2019importe quelle autre marchandise. Le fait divers est fragmentaire\u00a0: la vie urbaine appara\u00eet comme un chaos, les faits qui y surviennent semblent sans lien les uns avec les autres, la ville est un kal\u00e9idoscope.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait divers est attach\u00e9 \u00e0 la rue, il faut aller le chercher dans les coins et recoins de la ville. Le journaliste se fait fl\u00e2neur. Il crotte ses chaussures dans la boue. Le fait-diversier est un saute-ruisseau. Avec le d\u00e9veloppement du reportage se met en place le protocole de sa fabrication\u00a0: aller sur les lieux, mentionner ce que l\u2019on voit. Ses outils et sa m\u00e9thode\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il faut acheter un calepin, un gros crayon pour noter le fait, marquer l\u2019accident, arr\u00eater au vol la sensation comme un oiseau dont on prend les ailes<\/em>\u00a0\u00bb, explique Vall\u00e8s [2].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait divers avec le reportage ouvrent au journalisme une voie vers le banal, le trivial, l\u2019infime, quand la presse donne encore le primat au politique, aux institutions et \u00e0 la chronique, le genre r\u00e9dactionnel noble. Les tableaux que Baudelaire fait de Paris mettent en sc\u00e8ne des vies minuscules, des quotidiens mornes, mais aussi des gestes extr\u00eames. Ils auraient pu figurer dans la rubrique fait-Paris des journaux populaires. Le po\u00e8te projetait d\u2019\u00e9crire un m\u00e9lodrame \u00e0 partir d\u2019un fait divers paru dans la <em>Gazette des tribunaux<\/em>, <em>L\u2019Ivrogne<\/em>, qui devait pr\u00e9senter le meurtre de sa femme par un scieur avin\u00e9. Il traitait d\u00e9j\u00e0 du crime sous l\u2019emprise du vin dans le po\u00e8me Le vin de l\u2019assassin.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La presse<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-14441\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5-150x150.gif\" alt=\"5\" width=\"260\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5-150x150.gif 150w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5-144x144.gif 144w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5-36x36.gif 36w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5-115x115.gif 115w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5-32x32.gif 32w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5-64x64.gif 64w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5-96x96.gif 96w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/5-128x128.gif 128w\" sizes=\"auto, (max-width: 260px) 100vw, 260px\" \/><\/a>S\u2019il partage avec la presse le m\u00eame mat\u00e9riau, \u00ab\u00a0<em>ce monde (qui) sue le crime<\/em>\u00a0\u00bb selon sa formulation, Baudelaire ne la rejette pas moins au pr\u00e9texte \u00ab\u00a0<em>que le journal, de la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re ligne, n\u2019est qu\u2019un tissu d\u2019horreurs<\/em>\u00a0\u00bb [3]. La critique se fait m\u00eame plus s\u00e9v\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les journaux \u00e0 grand format me rendent la vie insupportable\u00a0!\u00a0<\/em>\u00bb [4]. Il entretient avec la presse une relation ambivalente. Il a publi\u00e9 po\u00e8mes, traductions, critiques d\u2018art dans divers p\u00e9riodiques. Pour Alain Vaillant, il est \u00ab<em> le parfait exemple de l\u2019\u00e9crivain-journaliste du milieu du XIXe si\u00e8cle\u00a0: plus exactement de ces professionnels de la petite presse culturelle qui, entre po\u00e9sie, critique litt\u00e9raire ou artistique, fiction et chronique, sont les polygraphes de la modernit\u00e9<\/em> \u00bb [5].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une proximit\u00e9 entre l\u2018univers de la presse et celui de la litt\u00e9rature s\u2019est install\u00e9e au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. Comme l\u2019explique Vaillant, \u00ab\u00a0<em>la presse est le support \u00e9ditorial le plus naturel et le plus l\u00e9gitime pour la litt\u00e9rature (et) reste r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite de lecteurs<\/em>\u00a0\u00bb [6]. Journalistes et \u00e9crivains entretiennent des liens \u00e9troits entre coop\u00e9ration et conflit comme Baudelaire avec Ars\u00e8ne Houssaye, directeur de <em>La Presse<\/em>, et Gustave Bourdin, journaliste au <em>Figaro<\/em>, autour de la publication de po\u00e8mes pr\u00e9paratoires au <em>Spleen de Paris<\/em> dans leurs journaux respectifs. Cette interp\u00e9n\u00e9tration des deux univers favorise aussi l\u2019\u00e9mergence d\u2019une forme litt\u00e9raire\u00a0: le po\u00e8me en prose. Parler du pr\u00e9sent (l\u2019actualit\u00e9) au pr\u00e9sent (de l\u2019indicatif) tel que le fait le journalisme gagne l\u2019esprit po\u00e9tique. Les sujets\u00a0et le style se\u00a0rapprochent. Le po\u00e8me puise dans la prose sa mani\u00e8re \u00e0 lui de mettre en sc\u00e8ne le quotidien. Baudelaire y trouve son langage\u00a0pour restituer le mouvement perp\u00e9tuel de la ville, son rythme, ses saccades, ses heurts. \u00ab\u00a0Les Fleurs du Mal<em> sont le premier livre \u00e0 avoir utilis\u00e9 des mots de provenance non seulement prosa\u00efque, mais urbaine dans la po\u00e9sie lyrique\u00a0<\/em>\u00bb, affirme Walter Benjamin [7]. <em>Le Spleen de Paris<\/em>, renon\u00e7ant au vers, r\u00e9alise plus encore la volont\u00e9 de rendre compte de la modernit\u00e9 de son temps \u00e0 travers la vie urbaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Baudelaire use de mots familiers (on dit qu\u2019il \u00e9crit \u00ab\u00a0<em>dans le mauvais argot des gazettes<\/em>\u00a0\u00bb [8]), il se d\u00e9marque malgr\u00e9 tout tr\u00e8s nettement du langage journalistique. \u00c0 l\u2019industrialisation et la standardisation de ce langage dans une vis\u00e9e d\u2019information de masse tourn\u00e9e vers la recherche du nouveau et du sensationnel, il oppose une prose dont l\u2019all\u00e9gorie est le fondement\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Palais neufs, \u00e9chafaudages, blocs, vieux faubourgs, tout pour moi devient all\u00e9gorie\u00a0<\/em>\u00bb. Ses fl\u00e2neries dans Paris font surgir des correspondances entre les situations et son ressenti, l\u2019all\u00e9gorie capturant ce que ces rencontres impr\u00e9vues ont d\u2019\u00e9ternel dans leur fugacit\u00e9 ou d\u2019antique dans leur modernit\u00e9. \u00ab\u00a0<em>L\u2019all\u00e9gorie est l\u2019armature de la modernit<\/em>\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crit Benjamin [9].<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le reportage<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa pratique po\u00e9tique est port\u00e9e par une id\u00e9e du beau qu\u2019il d\u00e9finit (il est aussi critique d\u2019art) comme \u00ab\u00a0<em>toujours, in\u00e9vitablement, d\u2019une composition double, bien que l\u2019impression qu\u2019il produit soit une (\u2026) Le beau est fait d\u2019un \u00e9l\u00e9ment \u00e9ternel, invariable, dont la quantit\u00e9 est excessivement difficile \u00e0 d\u00e9terminer, et d\u2019un \u00e9l\u00e9ment relatif, circonstanciel, qui sera, si l\u2019on veut, tour \u00e0 tour ou tout ensemble, l\u2019\u00e9poque, la mode, la morale, la passion<\/em> \u00bb [10]. Constantin Guys, dessinateur attach\u00e9 \u00e0 des journaux, r\u00e9alise \u00e0 ses yeux cette id\u00e9e du beau\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il cherche ce quelque chose qu&rsquo;on nous permettra d&rsquo;appeler la modernit\u00e9\u00a0; car il ne se pr\u00e9sente pas de meilleur mot pour exprimer l&rsquo;id\u00e9e en question. Il s&rsquo;agit, pour lui, de d\u00e9gager de la mode ce qu&rsquo;elle peut contenir de po\u00e9tique dans l&rsquo;historique, de tirer l&rsquo;\u00e9ternel du transitoire<\/em>\u00a0\u00bb, poursuit-il [11]. Baudelaire emploie les mots fl\u00e2neur ou observateur pour le qualifier, mais Guys est un peintre envoy\u00e9 par l\u2019<em>Illustrated London News<\/em>, puis le <em>Monde Illustr\u00e9<\/em> et le <em>Temps Illustrateur Universel<\/em> pour relater \u00e0 travers des dessins pris sur le vif l\u2019actualit\u00e9 sociale ou mondaine aussi bien que la r\u00e9volution de 1848 ou la guerre de Crim\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je puis affirmer que nul journal, nul r\u00e9cit \u00e9crit, nul livre, n\u2019exprime aussi bien, dans tous ses d\u00e9tails douloureux et dans sa sinistre ampleur, cette grande \u00e9pop\u00e9e de la guerre de Crim\u00e9e\u00a0<\/em>\u00bb, d\u00e9clare le po\u00e8te [12].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La bataille de Balaklava, l\u2019arriv\u00e9e de la Reine Victoria, trois femmes \u00e0 un balcon de th\u00e9\u00e2tre, son art consiste \u00e0 saisir ce qui passe sous son regard au moyen d\u2019une technique l\u00e9g\u00e8re et rapide (encre, crayon, lavis, aquarelle) comme autant d\u2019instantan\u00e9s qui figent des sensations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class='content-column one_half'><figure id=\"attachment_14443\" aria-describedby=\"caption-attachment-14443\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/6.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-14443 size-medium\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/6-300x143.jpeg\" alt=\"6\" width=\"300\" height=\"143\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/6-300x143.jpeg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/6.jpeg 580w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-14443\" class=\"wp-caption-text\">La bataille de la Balaklava<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><div class='content-column one_half last_column'><figure id=\"attachment_14444\" aria-describedby=\"caption-attachment-14444\" style=\"width: 247px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/7.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-14444\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/7-300x174.jpg\" alt=\"7\" width=\"247\" height=\"143\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-14444\" class=\"wp-caption-text\">Trois femmes \u00e0 un balcon de th\u00e9\u00e2tre<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><\/div><div class='clear_column'><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec Guys appara\u00eet un mode de repr\u00e9sentation domin\u00e9 par l\u2019observation, la capture de l\u2019instant, l\u2019expression de la sensation, la v\u00e9locit\u00e9 du geste d\u2019ex\u00e9cution. Baudelaire trouve chez lui une conception de la beaut\u00e9 proche de son esth\u00e9tique de la fl\u00e2nerie, le verbe peindre faisant le pont entre la peinture et la litt\u00e9rature. Dans le po\u00e8me <em>D\u00e9sir de peindre<\/em>, s&rsquo;il dit br\u00fbler \u00ab\u00a0de peindre celle qui (lui) est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derri\u00e8re le voyageur emport\u00e9 dans la nuit\u00a0\u00bb, il dit surtout \u00e0 travers cette passante son d\u00e9sir de saisir\u00a0l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement dans sa fugacit\u00e9 et l&rsquo;isoler ainsi un instant du chaos de la ville. Ev\u00e9nement minuscule, infime, intime mais \u00e9v\u00e9nement malgr\u00e9 tout en ce que quelque chose arrive au po\u00e8te sous la forme de cette rencontre fulgurante qu&rsquo;il restitue par les mots. C\u2019est la reconnaissance par Baudelaire\u00a0du reportage naissant en tant qu\u2019art \u00e0 m\u00eame de rendre compte de\u00a0la circonstance et de la vie moderne. Pour Jean-Pierre Montier \u00ab\u00a0<em>ce que fait Baudelaire \u2014 qui est capital \u2014, c\u2019est poser cet \u00ab art moyen \u00bb comme cette forme esth\u00e9tique privil\u00e9gi\u00e9e, qui permet, justement parce qu\u2019elle est marginale au regard des genres institu\u00e9s (on pense en particulier \u00e0 la peinture d\u2019histoire), de discerner les lin\u00e9aments de ce qu\u2019il nomme \u00ab modernit\u00e9 \u00bb, et qui est en fait une mutation, en germe de longue date, du syst\u00e8me classique de la repr\u00e9sentation. Or il appara\u00eet que, dans cette mutation, l\u2019art le plus novateur se rapproche du reportage (\u2026) D\u00e8s lors, il recherche une solution, la modernit\u00e9, en direction du reportage, lequel, sans \u00eatre d\u00e9nomm\u00e9 ainsi, n\u2019en joue pas moins effectivement un r\u00f4le strat\u00e9gique<\/em> \u00bb [13].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/8.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-14448\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/8-300x237.jpg\" alt=\"8\" width=\"256\" height=\"203\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/8-300x237.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/8.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 256px) 100vw, 256px\" \/><\/a>Baudelaire est aussi l&rsquo;un des premiers \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 un autre genre mineur li\u00e9 \u00e0 la presse, la caricature, en particulier\u00a0\u00e0 travers Daumier dont il dit \u00ab\u00a0<em>qu\u2019il a pouss\u00e9 son art tr\u00e8s loin, qu\u2019il en a fait un art s\u00e9rieux\u00a0<\/em>\u00bb [14]. Ses dessins sont consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019examen des types humains tels qu\u2019il les rencontre dans Paris (ici\u00a0<i>\u00ab\u00a0<\/i>Vue prise dans la nouvelle rue de Rivoli\u00a0\u00bb, parue dans <em>Le Charivari<\/em> du 24 d\u00e9cembre 1852),\u00a0 les foyers\u00a0bourgeois, les tribunaux, les th\u00e9\u00e2tres\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il a d\u00e9peint ce qu\u2019il a vu, et le r\u00e9sultat c\u2019est produit<\/em> \u00bb [15]. En portant son attention sur Guys et Daumier, Baudelaire place l\u2019image au c\u0153ur de la modernit\u00e9, plus largement le visuel selon l\u2019expression de Fanny B\u00e9rart-Esquier, dont la chose vue et la po\u00e9tique de monstration sont les fondements [16].<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">La forme-enqu\u00eate<\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que Baudelaire appelle modernit\u00e9 prend forme dans un moment historique\u00a0 qui noue connaissance et observation, monde et visible, favorisant ainsi la production industrielle d&rsquo;images comme le dessin de presse et la photographie. \u00a0 \u00ab\u00a0<em>Un discours qui constate, d\u00e9crit et \u00e9tablit les faits<\/em>\u00a0\u00bb, c\u2019est ainsi que Michel Foucault caract\u00e9rise\u00a0la forme \u00e0 travers laquelle la connaissance empirique recense\u00a0les \u00eatres et les choses depuis la Renaissance, et \u00e0 laquelle il donne le nom d\u2019enqu\u00eate [17]. L\u2019enqu\u00eate se pr\u00e9sente comme un v\u00e9ritable mode de production de savoirs qui vise \u00e0 rendre intelligible le monde\u00a0par l\u2019observation, la collecte et l\u2019archivage de donn\u00e9es. Des savoirs empiriques l\u2019histoire est exemplaire, <em>historia<\/em>\u00a0signifiant enqu\u00eate, observation, voir pour savoir. L\u2019accumulation d\u2019informations propre \u00e0 l\u2019enqu\u00eate est, avec l\u2019accumulation de capitaux et \u00a0l\u2019accumulation des hommes, une composante\u00a0de l\u2019essor du capitalisme industriel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce milieu du XIXe si\u00e8cle, le\u00a0fait-diversier, le \u00ab\u00a0reporter-graphique\u00a0\u00bb, le caricaturiste pour la presse mais aussi l\u2019historien, l\u2018enqu\u00eateur social, le d\u00e9tective ont une mani\u00e8re proche de faire et de dire. Ils se d\u00e9placent\u00a0et d\u00e9crivent ce qu&rsquo;ils voient.<em>\u00a0<\/em>Baudelaire s\u2019y inscrit en r\u00f4deur (18) avec une expression nouvelle qu&rsquo;il \u00e9labore pour le projet du <em>Spleen de Paris<\/em>\u00a0 : \u00ab\u00a0<em>une prose po\u00e9tique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurt\u00e9e pour s\u2019adapter aux mouvements lyriques de l\u2019\u00e2me<\/em>\u00a0\u00bb. Cette \u00e9criture, lib\u00e9r\u00e9e entre autres du vers et de la strophe encore pr\u00e9sents dans <em>Les Fleurs du Mal<\/em>, s&rsquo;av\u00e8re un outil fait\u00a0pour rendre compte\u00a0au plus pr\u00e8s des sensations des mouvements mat\u00e9riels de la rue et, plus largement, des bouleversements\u00a0de Paris dont il est le t\u00e9moin, Baudelaire prenant place alors parmi les peintres de la vie moderne qu&rsquo;il appelle de ses voeux (19). Po\u00e9tiques, ses textes n&rsquo;en sont\u00a0pas moins des documents qui disent quelque chose de la vie quotidienne dans une grande \u00a0ville en chantier sous le Second Empire, m\u00eame s&rsquo;ils transcendent le r\u00e9el (ils n&rsquo;en sont pas le simple reflet).\u00a0Ils d\u00e9peignent les transformations de l\u2019exp\u00e9rience sociale dans la m\u00e9tropole, le rapport espace-temps et la sensibilit\u00e9 qui lui sont attach\u00e9s, autant d&rsquo;aspects que formalisera le sociologue allemand Georg Simmel quarante\u00a0ans plus tard \u00e0 partir de Berlin (20), et que d\u00e9crira Siegfried Kracauer lors de ses fl\u00e2neries\u00a0dans \u00a0les rues de Francfort ou de Berlin pour le quotidien <em>Frankfurter Zeitung<\/em> pendant la p\u00e9riode de Weimar. Les chroniques du journaliste allemand, selon\u00a0Benjamin, sont autant de tableaux qui captent la vie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u00e0 travers lieux, moments, choses, gens, renvoyant ainsi aux tableaux parisiens de Baudelaire (21).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-14449 alignright\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/9-150x150.jpg\" alt=\"9\" width=\"211\" height=\"263\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/9-240x300.jpg 240w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/9-819x1024.jpg 819w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/9-600x749.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/9-900x1123.jpg 900w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/9.jpg 1640w\" sizes=\"auto, (max-width: 211px) 100vw, 211px\" \/>Baudelaire fait du\u00a0personnage du chiffonnier son double\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On voit un chiffonnier qui vient (&#8230;) se cognant au mur comme un po\u00ebte<\/em>\u00ab\u00a0. Tous deux\u00a0marchent dans la ville<i>, <\/i>en<i>\u00a0<\/i>fouillent les sinuosit\u00e9s\u00a0et collectent ses d\u00e9chets\u00a0: pour le po\u00e8te, une charogne, un jouet r\u00e9pugnant, des \u00eatres d\u00e9daign\u00e9s; pour le chiffonnier, \u00ab\u00a0<em>un tas de d\u00e9bris, vomissement confus de l\u2019\u00e9norme Paris<\/em> \u00bb. Si chez\u00a0le chiffonnier amasser ce que les rues laissent derri\u00e8re elles\u00a0est une question de survie, il\u00a0n&rsquo;en est pas moins un arch\u00e9ologue de cette modernit\u00e9 que Baudelaire h\u00e9ro\u00efse et d\u00e9nonce \u00e0 la fois. Prolongeant ce travail d\u2019enqu\u00eate entre\u00a0la fin du XIXe et le\u00a0d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, Eug\u00e8ne Atget (1857-1927) prend le clich\u00e9 de l&rsquo;homme \u00e0 la\u00a0charette\u00a0un matin de 1899 avenue des Gobelins. Le photographe se fait archiviste de Paris en se livrant \u00e0 un recensement syst\u00e9matique de son patrimoine. En vingt ans, il r\u00e9alise 8500 \u00e9preuves qu\u2019il classe par th\u00e8me\u00a0: \u00ab\u00a0Le Paris pittoresque\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le Vieux Paris\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0Petits M\u00e9tiers\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0M\u00e9tiers, boutiques et \u00e9talages\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La voiture\u00a0\u00bb ou encore les \u00ab\u00a0Maisons closes\u00a0\u00bb. \u00ab <em>Ce ne sont que des documents, des documents que je fais<\/em>\u00a0\u00bb, pr\u00e9tend-t-il, se d\u00e9fendant d&rsquo;\u00eatre un artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-16059\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/francis_alys_the-collector_lg-300x199.jpg\" alt=\"francis_alys_the-collector_lg\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/francis_alys_the-collector_lg-300x199.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/francis_alys_the-collector_lg-600x398.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/francis_alys_the-collector_lg.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>\u00c0\u00a0la fin du XXe si\u00e8cle, Francis Al\u00ffs (1959) transforme\u00a0la marche en un geste\u00a0artistique \u00e0 la fois po\u00e9tique et critique parcourant\u00a0des villes, notamment Mexico o\u00f9 il vit. Il con\u00e7oit, dans le cadre\u00a0d\u2019actions portant \u00a0sur la collecte, des outils d&rsquo;exploration (jouet d&rsquo;enfant magn\u00e9tique sur roulettes qu\u2019il tra\u00eene derri\u00e8re lui, chaussures magn\u00e9tiques)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-16058 alignnone\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/images2.jpg\" alt=\"images\" width=\"301\" height=\"223\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-16060 alignnone\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/FA1-300x225.jpg\" alt=\"FA1\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/FA1-300x225.jpg 300w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/FA1-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/FA1-600x450.jpg 600w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/FA1-900x675.jpg 900w, https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/FA1.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">pour ramasser sur son passage les d\u00e9chets m\u00e9talliques comme autant de traces laiss\u00e9es par la vie quotidienne qu\u2019il porte\u00a0au jour. Le fruit\u00a0de ces marches mat\u00e9rialise\u00a0une forme d\u2019enqu\u00eate qui fait l\u2019arch\u00e9ologie de notre modernit\u00e9 sous l\u2019empire de la production et de la marchandisation rejetant \u00eatres et choses toujours en plus grand nombre dans les rues des villes devenues m\u00e9gapoles.<\/p>\n<p>\u00a0<strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. <em>Ferragus, chef des D\u00e9vorants<\/em>, p. 49, La Biblioth\u00e8que Gallimard, 1998. Balzac fait para\u00eetre en 1833 <em>Th\u00e9orie de la d\u00e9marche<\/em>, article dans lequel il d\u00e9clare : \u00ab\u00a0<em>N&rsquo;est-il pas r\u00e9ellement bien extraordinaire de voir, que, depuis le temps o\u00f9\u00a0l&rsquo;homme marche, personne ne se soit demand\u00e9 pourquoi il marche, comment il marche, s&rsquo;il marche, s&rsquo;il peut mieux marcher, ce qu&rsquo;il fait en marchant, s&rsquo;il n&rsquo;y aurait pas moyen d&rsquo;imposer, de changer, d&rsquo;analyser sa marche<\/em> (&#8230;)\u00a0\u00bb, p. 10, Mille et une nuits, 2015. Balzac fait le pont entre le promeneur solitaire \u00e0 la Rousseau et le fl\u00e2neur baudelairien.<br \/>\n2. <em>L\u2019\u00c9poque<\/em>, \u00ab Causerie \u00bb, 2 ao\u00fbt 1865.<br \/>\n3. <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu, feuillet 80<\/em>, p. 119, Folio classique, 1986.<br \/>\n4. Rapport\u00e9 par Philippe Berthelot, \u00abLouis M\u00e9nard \u00bb, <em>La Revue de Paris<\/em>, 1er juin 1901, cit\u00e9 par Andr\u00e9 Guyaux, <em>Baudelaire, un demi-si\u00e8cle de lecture des Fleurs du mal, 1855-1905<\/em>, Presse Paris Sorbonne, 2007.<br \/>\n5. <em>Baudelaire journaliste, Articles et chroniques<\/em>, p. 7, GF Flammarion, 2011.<br \/>\n6. <em>Ibidem<\/em>, p. 11.<br \/>\n7. Walter Benjamin, <em>Charles Baudelaire, un po\u00e8te lyrique \u00e0 l\u2019apog\u00e9e du capitalisme<\/em>, p. 143, Payot, 1979.<br \/>\n8. Edmond Scherer, <em>Le Temps<\/em>, 20 juillet 1869.<br \/>\n9. <em>Op. cit.<\/em>, p. 240.<br \/>\n10. Baudelaire, <em>Au-del\u00e0 du romantisme, \u00c9crits sur l\u2019art<\/em>, Le peintre de la vie moderne (1863-69), p. 205, GF Flammarion, 1998.<br \/>\n11. <em>Ibidem<\/em>, p. 215.<br \/>\n12. <em>Ibidem<\/em>, p. 222-223.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">13. \u00ab Constantin Guys selon Baudelaire : reportage et modernit\u00e9 \u00bb, <em>Litt\u00e9rature et Reportage<\/em>, dir. M. Boucharenc et J. Deluche, p. 187-203, Limoges, PULIM, 2000.<br \/>\n14. \u00ab\u00a0Quelques caricaturistes fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, in <em>Curiosit\u00e9s esth\u00e9tiques : L\u2019art romantique et autres \u0153uvres critiques, Salon de 1846<\/em>, <a title=\"http:\/\/visualiseur.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k101426n\" href=\"http:\/\/visualiseur.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k101426n\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/gallica.bnf.fr\/<\/a><br \/>\n15. <em>Ibidem<\/em>.<br \/>\n16. <em>Les origines journalistiques du po\u00e8me en prose ou le si\u00e8cle de Baudelaire<\/em>, Universit\u00e9 Charles de Gaulle \u2013 Lille 3, p. 223-231, 2006.<br \/>\n17. <em>Surveiller et punir, Naissance de la prison<\/em>, p. 227, Gallimard, 1975. Ailleurs, Foucault explique : \u00a0\u00bb <em>Tout le grand mouvement culturel qui, apr\u00e8s le XIIe si\u00e8cle, commence \u00e0 pr\u00e9parer la Renaissance peut \u00eatre d\u00e9fini en grande partie comme celui du d\u00e9veloppement, du fleurissement, de l&rsquo;enqu\u00eate comme forme g\u00e9n\u00e9rale de savoir<\/em>.\u00a0\u00bb Une accumulation de connaissances li\u00e9e \u00e0 une accumulation de biens qui s&rsquo;appuie\u00a0notamment sur\u00a0la technique du voyage tourn\u00e9e vers\u00a0la d\u00e9couverte de continents nouveaux. (<em>Dits et \u00e9crits 1, 1954-1975<\/em>, \u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 et les formes juridiques\u00a0\u00bb, p. 1454, Quarto Gallimard).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">18. \u00ab\u00a0Le r\u00f4deur parisien\u00a0\u00bb est un des titres envisag\u00e9s par Baudelaire pour ces po\u00e8mes en prose avant qu&rsquo;il ne choisisse \u00ab\u00a0Le Spleen de Paris\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">19. Depuis les salons de 1845 et 1846, Baudelaire, critique d&rsquo;art, cherche un peintre capable de prendre la rel\u00e8ve d&rsquo;Ingres et Delacroix, sentant ainsi la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une nouvelle esth\u00e9tique avec sa vision propre de la beaut\u00e9 en phase avec le monde en train d&rsquo;advenir qu&rsquo;il d\u00e9finit dans <em>Le peintre de la vie moderne<\/em> en 1863 (r\u00e9f. la partie intitul\u00e9e Le reportage).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">20. Notamment la conf\u00e9rence M\u00e9tropoles et mentalit\u00e9, 1903.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">21. \u00ab\u00a0<em>au fil de tant de tableaux de votre main<\/em>\u00ab\u00a0, extrait d&rsquo;une lettre \u00e0 S. Kracauer du 20.04.1926 in\u00a0Siegfried Kracauer, <em>Rues de Berlin et d&rsquo;ailleurs<\/em>, p. 9, Les Belles Lettres, 2013.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/author\/francis-james\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Lire les autres articles de Francis JAMES<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7069\" src=\"http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/bouton-citer.jpg\" alt=\"bouton citer\" width=\"150\" height=\"93\" \/><\/a>JAMES Francis, \u00ab\u00a0Baudelaire enqu\u00eateur\u00a0&#8211; Francis JAMES \u00bb, <em>Articles<\/em> [en ligne], Web-revue des industries culturelles et num\u00e9riques, 2015, mis en ligne le 1er janvier 2015. URL : <span id=\"sample-permalink\">http:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/baudelaire-chiffonnier-francis-james\/<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><div class=\"su-divider su-divider-style-default\" style=\"margin:15px 0;border-width:3px;border-color:#999999\"><a href=\"#\" style=\"color:#999999\">Aller en haut<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Baudelaire (1821-1867) est contemporain de la construction du Paris haussmannien et de la transformation \u00e9conomique et sociale qui lui est attach\u00e9e. Il est aussi contemporain de l\u2019essor de la presse industrielle en tant que lecteur et r\u00e9dacteur.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":18838,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_container_layout":"default_layout","colormag_page_sidebar_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[1018,780,3,604,683],"tags":[607,609],"coauthors":[188],"class_list":["post-14391","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-article","category-arts","category-industries-culturelles","category-presse","category-presseecrite","tag-poesie","tag-reportage"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14391","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14391"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14391\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18838"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14391"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14391"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14391"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/industrie-culturelle.fr\/industrie-culturelle\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=14391"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}