Le doublage au cinéma et à la télévision – dossier de la Web-revue

La recherche passe aussi par le repérage de documents sur le Web qui peuvent servir de point de départ à nos lecteurs pour leurs propres travaux. Ce deuxième dossier n'a pas d'autre prétention quand la Web-revue se propose de faire circuler des objets culturels troublants. Ainsi le corps de nos stars préférées a-t-il pour le spectateur français deux voix suivant qu'on regarde leurs films en VO ou en VF. La question du doublage est une nouvelle entrée pour questionner la logique des industries culturelles en général et celle du « septième art » en particulier.

La recherche passe aussi par le repérage de documents sur le Web qui peuvent servir de point de départ à nos lecteurs pour leurs propres travaux. Ce deuxième dossier n'a pas d'autre prétention quand la Web-revue se propose de faire circuler des objets culturels troublants. Ainsi le corps de nos stars préférées a-t-il pour le spectateur français deux voix suivant qu'on regarde leurs films en VO ou en VF. La question du doublage est une nouvelle entrée pour questionner la logique des industries culturelles en général et celle du « septième art » en particulier.

Article interdit à la reproduction payante

Doublage : les deux voix des stars : VO et VF

Au début du parlant, l’émancipation de la piste des dialogues, qui permet leur doublage dans une langue étrangère, répond à une double logique économique et esthétique. En effet, le doublage évite de tourner simultanément plusieurs versions du même film, mais en même temps il permet de mieux intégrer sa réception dans la culture cible. Le doublage va donner naissance, bien avant le clonage des personnages dans les images à des clones audiovisuels : le corps d’un acteur et la voix d’un autre. On se souvient des réussites du genre : l’accent américain en français de Stan Laurel et Oliver Hardy, les deux voix françaises de John Wayne assez réussies, mais qui n’ont rien à entendre avec l’accent traînant et caractéristique de l’original représentant, pour un américain, l’homme de l’Amérique profonde. Aujourd’hui, la voix française de Julia Roberts (Céline Montsarrat) fait pour beaucoup dans sa réception. Par contre, les trois voix différentes d’Indiana Jones dans la trilogie (Francis Lax dans Indiana Jones et le temple maudit, la voix de Claude Giraud pour Les Aventuriers de l’Arche perdue et enfin celle de Richard Darbois pour La dernière Croisade) font du coffret collector sorti pour Noël 2003, qui permet de les entendre en continu sans l’intervalle séparant les sorties cinéma, un objet sonore non identifié.

Pour beaucoup, et même si la voix de Jacques Dynam est forcée par rapport à l’originale on ne peut « écouter » Jerry Lewis (pour l’époque du tandem Jerry Lewis et Dean Martin) qu’avec la voix française de leur enfance, petite madeleine de Proust quand tu nous tiens… Cependant, et sans quitter l’entrée son pour interroger les logiques de production et de réception des films, qu’est-ce qui de la voix ou de l’image d’un acteur est le plus important ?

Il est toujours difficile de rechercher les noms qui correspondent à ces voix françaises, sauf certaines interprétées par des acteurs en vogue et qui sont alors médiatisées. Il en va ainsi pour les dernières productions Disney (Muriel Robin pour Tarzan, Didier Gustin pour Kuzko et même Houcine de Star Ac chantant dans Le Livre de la jungle 2), à l’instar des originaux américains. Les doublages, de toute façon, doivent répondre chez Disney à un cahier des charges très strict et recevoir un agrément. Pour le premier long métrage, Blanche Neige, on se souvient de la différence entre la voix chantée française du personnage titre, celle d’Éliane Celys en 1937, celle du second doublage du film en France de 1962 avec Lucie Dolène et le troisième doublage en 2001. Cette prégnance des voix est si forte que lors de la remasterisation (couleurs et sons) du film pour la sortie DVD. En 2001, les voix ont été changées, mais à l’imitation de celle de 1962, compte tenu de la charge affective et mémorielle du film au fil des générations. Même les enfants disposant de la version VHS de 1962, qui va devenir, pour le coup, vraiment « collector », préfèrent parfois malgré les imperfections techniques (ancienne copie et format VHS), cette ancienne version tant est marquante la première expérience d’un tel film, il suffit de porter attention à la voix du nain Prof, imitée de l’ancienne qui, par ce travail d’imitation, n’a plus du tout la même saveur. Et que dire du 45 tours avec Éliane Celys ?

Benoit Allemane, voix française de Morgan Freeman

Quelle voix pour doubler un grand acteur noir américain ? Dépasser les accents caricaturaux et racistes.

 

Céline Montsarrat, voix française  de Julia Roberts

Et si la voix française était plus belle que la voix américaine ? Un joli monstre.

 

Jacques Frantz, voix française de Robert de Niro

Patrick Poivey, voix française de Bruce Willis

Jean-Pierre Moulin, voix française de Jack Nicholson

Daniel Beretta, voix française d'Arnold Schwarzenegger

Harrison Ford : une voix française qui se cherche

Un acteur dont les distributeurs français ont du mal à cerner l'emploi : trublion dans La Guerre des Étoiles, d'où le choix de Francis Lax et hésitation quant au personnage d'Indiana Jones, avant de fixer la voix à partir de l'opus 3 qui deviendra la voix officielle.

Francis Lax : Han Solo dans  La Guerre des Étoiles, et Indiana Jones dans Indiana Jones et le temple maudit

(ici doublant Hutch dans la série Starky et Hutch)

Roland Giraud : Indiana Jones dans Les Aventuriers de l'Arche perdue (mais aussi les voix de Tommy Lee Jones, Robert Redford, Liam Neeson, Alan Rickman/Professeur Rogue dans Harry Potter)


Claude Giraud, un ancien de la Comédie française

Richard Darbois à partir d'Indiana Jones et  La Dernière croisade

Les voix françaises d'Harry Potter (Harry, Hermione, Ron)

Roger Carrel : Z-6PO et tant d'autres voix...

Jacques Thébault, voix française de Patrick McGoohan

C'est Jacques Thébault (1924-2015) qui a prêté sa voix de manière récurrente à l'acteur Patrick McGoohan (Destination Danger, Le Prisonnier), ainsi qu'à Steve McQueen (Au nom de la Loi), Roy Schneider, Robert Conrad (Les Mystères de l'Ouest), et Bill Cosby (The Cosby Show) entre autres. Il est pour beaucoup dans le succès exceptionnel de la minisérie Le Prisonnier (1967-8) en France, qui y garde un statut culte alors qu'elle est quasiment oublié dans son pays d'origine. Depuis l'abandon progressif d'une voix théâtrale standard, les voix des comédiens en Anglais (surtout en Grande-Bretagne, mais il existe aussi des accents régionaux forts aux États-Unis, sans parler de ceux des autres pays anglophones) sont des indicateurs fins de provenance régionale et de classe sociale. Né à New York, mais élevé depuis l'enfance en Irlande et à Sheffield (Angleterre), McGoohan (1928-2009) s'exprime dans un accent singulier qu'on devait appeler ensuite mid-Atlantic, ni franchement britannique, ni franchement américain. Dans les années 1960, on le caractérisait comme une voix hors-classe, « moderne », et à ce titre assez prisée, car s'ouvrant au marché international ; la voix de Sean Connery dans les premiers films James Bond en est un autre exemple. Cette dimension sociologique étant impossible à rendre en Français (qui n'a pas d'accent cosmopolite de ce type), Thébault crée une voix complexe, hors-sol dans les deux séries d'espionnage où il double McGoohan : tour à tour hautaine, pressé, sarcastique, énigmatique, énervée, bref un peu inquiétante.

Jean-Pierre Duclos, voix française de Sean Connery (James Bond)

Reprise du site (http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article3973&artsuite=1)

« Concernant le doublage des James Bond, Jean-Pierre Duclos garde peu de souvenirs : « A l’époque, à la SPS (Société parisienne de sonorisation), Jean-Claude Michel et moi avons fait, tous les deux, les essais pour le rôle de Bond dans James Bond contre Docteur No. J’ai finalement été choisi. Pour les Bond suivants, j’ai dit à Gérald Castrix, le chef de plateau, que je ne voulais plus doubler Connery au tarif habituel. Je voulais être payé au forfait car je trouvais qu’il n’y avait pas assez de lignes. Cela a finalement été accepté mais avec un petit mécontentement du côté de la SPS. Ce n’était de toute façon pas eux qui payaient, c’étaient les Artistes Associés ! »

Jean-Pierre Duclos (1931-)

Jean-Pierre Duclos (1931-)

Il ajoute : « J’ai aussi prêté ma voix à Connery dans d’autres films que les Bond. Dans La Femme de paille (1964), par exemple, je l’ai doublé au côté de Gina Lollobridgida en personne. Il avait été question au départ qu’elle fasse son doublage seule, mais finalement elle a tenu à le faire avec les autres comédiens. Par contre, la même année, dans Pas de printemps pour Marnie, c’est mon ami Jean-Claude Michel qui a doublé l’acteur écossais ».

En 1965, Jean-Pierre Duclos croise le chemin d’un autre espion, américain cette fois : « Un jour, André Hunebelle me téléphone pour me dire qu’il vient de tourner un OSS 117 et qu’il voudrait que je sois la voix française de Frederick Stafford. Après projection du film et discussion du cachet avec le producteur, j’apprends que le rôle vient d’être doublé par Jean-Claude Michel. Hunebelle voulait que je le refasse car il trouvait la voix de Jean-Claude trop « métallique ». Quelques jours plus tard, je rencontre Jean-Claude et je lui dit que le réalisateur m’a demandé de refaire son enregistrement. Il me répond que la coïncidence est amusante car la Warner lui a aussi demandé de refaire mon doublage de L’Homme à la tête fêlée (avec Connery), dirigé par Jean-Pierre Steimer pour la société de Salva. »

« Au début des années 70, Jean-Pierre Duclos est quelque peu lassé du métier de comédien et a d’autres projets. Il devient alors chef du service de presse et de promotion des Salons de l’électronique, de l'audiovisuel et de la communication.

« Néanmoins, par fidélité envers les Bond, il fait son retour en 1971 pour doubler son dernier 007, Les Diamants sont éternels, et l’année suivante, il retrouve, pour sa dernière synchro, James Coburn dans ll était une fois la révolution de Sergio Leone. Il l’avait déjà doublé dans La Grande évasion (1962), Notre Homme Flint (1966) et F comme Flint (1967)... [C'est son grand rival Jean-Claude Michel qui devient le doubleur attitré (et incontesté) de Sean Connery par la suite].

« Du travail sur [le film de Leone], il nous raconte : « C’était un rôle passionnant dont je garde un grand souvenir. Au départ, j’ai été contacté par Jacques Barclay, avec lequel je ne travaillais pas habituellement, car Leone voulait connaître toutes les voix françaises qui avaient synchronisé Coburn. Je n’étais pas très chaud, mais j’ai donc fait un essai d’une phrase, à partir d’une copie en noir et blanc, que Barclay a ensuite envoyé à Rome. Quelques jours plus tard, on m’a averti que j’étais choisi par Sergio Leone ».

Constantin Pappas, voix française de Peter Dinklage (Tyrion Lannister, Game of Thrones)

 

 

bouton citer

LA WEB-REVUE, « Le doublage au cinéma et à la télévision - dossier de la Web-revue », Articles [En ligne], Web-revue des industries culturelles et numériques, 2016, mis en ligne le 1er juillet 2016. URL : http://industrie-culturelle.fr/industrie-culturelle/doublage-cinema-television-dossier-web-revue/ ‎

Be Sociable, Share!
    Le webmaster

    A propos de l'auteur : Le webmaster